ASES « The Dark Anthems » (2008)

Métèque néophyte au moins aussi identitaire que ses plus chevronnées répugnances ? Apôtre geek d'un Nouvel Ordre Noir ayant prêté allégeance à ce qui, éphémèrement, avant notre débarquement en 2003 dans les joyeuses sphères funderground virtuelles, fut le webzine le plus haït de France & Navarre ? Ou pire encore ? Allons savoir, et, qu'importe au final.
Louée soit cette petite merde qui, jadis et bien en vain, tenta de semer conflit et discorde entre les Légions Gauloises du Front Limousin & Resistancia Underground, ce fut sans compter avoir affaire à parties sensées, quelque peu inhospitalières mais surtout aucunement dupes quant aux tracas fadasses du web...
... Et, c'est ainsi que moult menus indicibles banquets sauvage [hantés de mets que les soi-disant païens urbains, dopés à la chiasse lyophilisée et aux micro-côtes de porc industrielles, ne sauraient pas même imaginer dans leurs songes les plus ataviques], que légions inénarrables de levées de coudes menées à la plus haute gloire dionysiaque [épiques à en renvoyer dans les jupons de bonne-maman les moules redoublants, totalement à côté de la plaque soit dit en passant, de quolibets anti « no-life » pour dédramatiser nos positions et propos] plus tard, nous ne pouvions que soutenir la résurgence de la bête Lemovicienne sur les cendres d'un silence n'ayant que trop duré.

Les apparats d'avant-garde, Ases ne s'en est jamais embarrassé, à tel point que prétendre, à desseins véhéments, qu'il n'a pas inventé le fer à friser les poils du cul se résumerait à pisser dans un violon. Ases, au même titre que Lord ou Epheles, fait partie de ces exceptions françaises qui, nonobstant un serment indécrottable prêté, idéologiquement et musicalement, à la tradition Black Metal, dégage une singularité si forte qu'elle en devient instantanément identifiable, à fortiori parmi les actuels marasme impersonnel d'ersatz médiocrement passéistes, et, miasme eunuque d'aberrations new-age flanqué d'une maturité toute relative ; Exceptions françaises qui, d'ailleurs, n'ont jusqu'alors jamais bénéficié de l'appui d'envergure mérité, tandis que l'imposture généralisée continue de profiter à un réseau underground dont le degré d'exigence / élitisme n'a décidément plus rien à dicter aux sphères mainstream... Passons.
Déjà quatre années d'absence depuis l'excellent « Of Moonlords And Sunwheel Warriors » donc, mais le temps ne semble rien avoir érodé. Les premiers instants de « Cult Of Might » suffisent à l'attester. Le temps ne détruit tout que pour les mollusques de peu de Foi ...
Synthétisant, sous le joug d'un travail sonore une fois encore tourné vers le surpassement mais toujours authentiquement rustique, toute l'alambiquée nostalgie mélodique du second album précité et, l'enfer primitif de « Neverending Warlust », le quintette barbare reprend les armes là où il les avait laissé non sans s'offrir un retour aux sources.
Le mariage du feu et de la glace pour un track d'ouverture abrupte, entièrement dévolu à l'animalité refoulée de notre espèce indigne.

« Take the way of will and pride
The way of self government
No glory for weak needies
Leave mankind, follow bestiality »

Parmi les invectives les plus récurrentes et caustiques inondant nos carnets de doléances trône en maître le postulat selon lequel nos colonnes seraient radicalement hostiles au Black Metal d'obédience Païenne ? Merde ! Première nouvelle. Les commanditaires microcéphales, qui devraient sérieusement commencer à réfléchir quant au bousier de non sens au sein duquel ils se vautrent avant même d'envisager emprunter cheminements hors de leurs portées intellectuelles, se trompent du tout au tout, nous sommes bien pire que cela.
Le paganisme est force et, outre ses servitudes séculaires, il ne peut, il ne doit s'encombrer des complaintes mélancoliques de sous-êtres en inavouables dépressions pastorales, des sanglots victimisés d'individus ne vivant que de fantasmes et élucubrations, des utopies communautaristes d'amibes post-soixante-huitardes ... Il est le cri des derniers barbares au coeur d'un monde pourrissant et, en tant que tel se doit d'y tenir dissidence réelle et combative au jour le jour.
Le paganisme est blasphème, irriguant d'un seul et même fluide l'opacité des obscurités sabbatiques et l'éclat des lumières lucifériennes. Il ne saurait céder au compromis d'alliances hasardeuses avec l'une des trois brebis galeuse du Dieu unique au nom d'intérêts bien futiles.
Le paganisme est instinct primordial ; Héritage génétique différenciant le gibier voué à la mort certaine et le prédateur destiné à survivre, seule donnée qui aurait encore de l'importance si demain la grande fracture survenait. De fait, il lui serait inconcevable de se contenter de vagues généralités géographico-ethnologiques ou culturo-historiques pour simplement déterminer qui est allié ou ennemi.
Le paganisme est charnel, décomplexant l'homme vivant libre, en tant qu'animal, par et pour la nature. Il ne peut subir ou même seulement concevoir les castrations les plus straight-edge.
La seconde plage éponyme de ce Mini-Cd est, à mon sens, l'une des plus parfaite expression de ceci, tant au niveau de son essence sonique à la fois cristalline et abrasive, frénétique et processionnelle, éclatante et noire, expéditive et pluridimensionnelle... que de sa trame lyrique aussi noble que cruelle.

Lointains, des choeurs quasi liturgiques s'élèvent, mais la trêve sera de courte durée avant que le corps même de « Frost » n'explose littéralement.
Un jeu de cordes d'une richesse émotionnellement à vif, incisif à en émorfiler les viandes les plus endurcies ; Dégueulant d'un givre à faire passer les témoignages des rescapés du Vorkoutlag pour les arguments-vente d'une brochure promotionnelle de la cellule Club Med' d'Agadir... Un concassage rythmique, toujours organique, si intense, hypnotique et imprévisible que, une fois le cervelet happé, il serait presque plus probable de s'extirper d'une avalanche en aérosol aux confins du toit du monde que de ne pas effleurer la lobotomie... Une présence vocale rauque à en pousser tout Cervus elaphus consommant le brame, à la fuite toutes balloches rabattues ; Spectre à la distance glaciale mais menaçante, déclamant bon lot de sorcelleries boréales...
Tout ici concorderait presque tel un inconscient hommage rendu aux « Pure Holocaust » ou « Battle In The North » de qui l'on sait.

Enfin, « Chaos » renferme cette galette, laissant plus que jamais entrevoir à quel point la vieille scène scandinave à comptée et a encore pignon sur rue au sein de Ases . Inutile que je me fende l'oignon en analyses et digressions, le MP3 mis à disposition devrait vous permettre de juger.
Précisons simplement que si le précédent opus recelait de très nombreuses servitudes Heavy Metal, ce chapitre de clôture est le seul, encore que très sporadiquement de part un riff en particulier, à laisser filtrer cette influence antique.
Un track qui, lyriquement parlant, aurait presque justifié que nous sortions ce mini en Split avec la démo de F.A.M.A.S. !


Sperm. S.

TRACKLIST

I) Cult Of Might
II) The Dark Anthems
III) Frost
IV) Chaos


Durée totale : 20:01 mn

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