SILCHARDE « Les Tourments De La Charogne » (2006)
« Silcharde,
« Les tourments de la charogne » résonne
tel le râle d’un mort cherchant désespérément
à fuir sa condition. Il se débat ce mort, contre les
vers, les mouches, tout comme vous, êtres stupides subitement
mis face à face avec votre néant, votre ignorance. Tout
comme cette charogne, vous êtes rongés par vos rites
stupides, votre musique formatée, vos émissions avilissantes,
votre soif de consommation et de reconnaissance, dans votre monde
BCBG et autres univers hippies bien pensants. Ce monde, ce refuge,
est votre cercueil, il est le berceau de tout vos futurs tourments,
et je vous souhaite, tout comme à cette charogne, de disparaître
définitivement dans le feu des crématoriums. »
En ce morbide week-end commémoratif, alors que les institutions ecclésiastiques s’évertuent invariablement, armées du touchant concept « Holy Wins », à récupérer l’une des toutes dernières célébrations païennes officielles et récalcitrantes de notre vieille Europe, tandis que, comme autant de tentations pédophiles servies sur un plateau d’argent, des cohortes de chiards racoleurs arpentent le pavé sous les plus incultes bienveillances parentales, Silcharde, en un juste retour aux choses, nous revient paré d’une noirâtre et obscure chiure que ne saurait renier Samhain. « Une Charogne Dans Les Bois » ouvre les hostilités là où les tenants et aboutissants du fondateur « I Love… My Death » les avait mises en suspend. Subtiles mixtions de silences, vecteurs d’oppression absolus, et, de fragiles réverbérations d’une diffuse régularité, les prémices de ce premier track, des quelques soixante dix minutes d’expérience de mort imminente auxquelles nous convie cette rondelle en somme, chancellent grièvement, inspirant de précaires soubresauts de vie qui, noyés en milieu hostile, refuseraient l’inexorable asphyxie ; Sphères vipérines ne tardant pas à, crescendo, s’éveiller pour se mouvoir puis [en un antagoniste maelström tonal d’informes macérations magnétiques, d’écrêtées impulsions imbibées de larsens, d’exhalaisons sordides plus organiquement nauséabondes, d’improbables mélodies scabreuses que n’auraient pas reniés les vertiges sadiquement décalés de L. Fulci…] draper la ponctuelle résonance précitée, omniprésente bien que littéralement submergée, de plus en plus maladivement cardiaque dans son fondement, des pires traumatismes. Sporadiquement, d'épouvantables et cachectiques clameurs s’élèvent, comme pour mieux esquisser le pathétique d’une carcasse sur le point, en chaque instant, de lâcher prise. Un premier track très Dark Ambiant laissant entrevoir un modus-operandi plus dense, moins austère / éthéré qu’auparavant. In-habituellement court en comparaison des quelques dix minute de son prédécesseur, des quinze minutes de son menaçant épigone, ou, tout simplement dans le contexte Silcharde, je dois dire que je m’interroge encore quand à la raison d’être de « La Purulence Infectieuse », second chapitre qui, quasi drone dans le concept, n’atteint pas les trois minutes. La terreur a ses raisons que la raison ignore… Hallucination auditive effervescente de murmures sépulcraux, d’allusives fièvres chtoniennes, rythmée de ces palpitations toujours aussi hypothétiques, indigentes, cette plage insuffle à l’être moribond l’ardente chimère d’une géhenne qui ne serait que douce délivrance, libération face à la plus vorace et abrupte des déchéances mortifères. Mise en bière par une incantation semblant avoir été forgée au pinacle du culte de la pourriture, « Chemins D’asticots Affamés » ne tarde pas à imploser en un tumulte rythmique d’une incision aveugle quasi Harsh Noise dans le principe, d’une rigueur clinique proche du power-electronic en la forme ; Comme si le grand Shinya Tsukamoto, inspiré par l’insalubre quintessence du fantastique « Moi Zombie – Chronique De La Douleur », s’employait, à l’épileptique sauce image par image de son Tetsuo et en vertu de la thématique mutante lui étant chère, à graduellement rendre hommage à la précoce avidité charognarde des Diptères Calliphoriae, à célébrer le suintant rancissement des graisses, à glorifier fermentation caséique & ammoniacale, à exalter la dessiccation du corps, à immortaliser son dessèchement absolu… Mais, la succession des huit escouades étant un processus de longue haleine, l’ultime purification qu’implique sa dernière étape supposant un travail méticuleux de mère nature, Silcharde finit par exhorter le chaos à une dépressurisation plus rituelle, pour ne pas dire tribale conférant l’énigmatique impression de se retrouver face à un Aghast qui aurait fait une overdose d’Atrax Morgue croisé Dapnom. Track le plus long de la rondelle des tréfonds de ses presque dix-huit minutes, « Pourrissement Par L’abîme » en revient, dans la veine de « Une Charogne Dans Les Bois », à des miasmes plus rampants, plus pernicieusement Dark Ambiant, y apposant judicieusement quelques touches et sonorités Industrielles ; Alternative auditive lucide et implacable au mythique « Une Charogne » de Baudelaire où, au final malgré son sublime incontestable, tout, entre ironie environnante et traîtres oxymores, n’est que beauté échappatoire, volonté négationniste d’affirmer qu’aux confins de la laideur peut germer l’ébauche de la beauté d’un monde gracié. Si à en croire nombre d’onanistes la fonction de l’art est de recomposer la réalité du monde pour en déféquer une variante magnifiée, nions le. Ici la carcasse n’a rien de superbe, le soleil n’accompagne pas son abandon, ne retenons que les mouches bourdonnantes, la déesse putrescence et ses noirs bataillons, les larves et les haillons, pour orner le moderne et dégénérescent tombeau de toute une génération d’antimatières annihilée par l’invasion du néant, la culture pornographique de la superficialité et le manque d’audace. Obéissant à un évident désir de continuité, comme pour n’autoriser aucune échappatoire, « Les Tourments De La Charogne » enfonce le clou ; Cinquième track revêtant une aura de gigantesque procession funèbre post-apocalyptique où, entre souffles estropiés semblant émaner d’une foultitude de masques à gaz archaïques, pesanteurs irradiées quasi physiquement palpables, percussions sabbatiques aux allures de bombardements lointains, bruits blancs crépitant tel de gigantesques bûchers, et, prêches inhumains, surnage l’effroyable grondement de ce que pourrait être un angélus fracassé, à la sauce harsh-noise la plus manipulatrice et dissonante, depuis les plus hautes fournaises intra-terrestres. Je me plais à imaginer l’acte final du vaudevillesque spectacle de nos congénères prêts à toutes les frustrations et insouciances de surface pour refouler les instincts les confrontant à leur intrinsèque statut animal, à la fatalité en découlant, entre perpétuelles recherches de gardes-fous apathiques, lobotomies dogmatiques, standards de vertu, compassion altruiste, normes sociales, codes moraux... « Infestations De Bêtes Crevées » est probablement le morceau de cette démo se rapprochant le plus de la précédente release ; L’on y retrouve d’emblée ces hurlements étranges, difficilement définissables entre souffrance ou plaisir, qui lui conférèrent son aura SM perverse… Comme si la tête pensante de Silcharde, gouverné par ses plus inavouables pulsion, exhortait Thanatos au viol d’Eros. Etrange sentiment exacerbé par une progression basculant peu à peu en une lobotomie méphitique, débauchée, n’étant pas sans rappeler la bande son de « The Charles Manson Meditation’s Tape » figurant à titre de bonus sur la version Dvd du « Through Eyes Of The Dead » de Necrofagia. Les initiés se laisseront effleurer par les plus obscènes et délicieuses visions. Enfin, « Désordre Organique Rampant » referme « Les Tourments de La Charogne ». Deux minutes assez anecdotiques en comparaison des soixante huit autres les ayant précédées mais, nécessaires pour, de part son essence éthérée replonger l’auditeur désormais sensibilisé face à son statut de simple maillon et, lui offrir de nouvelles perspectives car, tel un conglomérat de cellules saines qui aurait tourné à la métastase dans un corps mourrant, l’humanité au potentiel originellement noble, grand et prometteur, n’est plus que pourriture bafouant le privilège suprême lui ayant été offert. For Sickos Only !!! Sperm. S. TRACKLIST
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