HONOS AQUILAE « Imperium Legionis » (2006)

Avec à son passif la tuerie que fut « War Wolf Spirit », d’une envergure pour le moins impressionnante et hors norme au vu de son statut de simple et fondatrice démo, nombreux sont, probablement, ceux qui attendent, la plus alerte rage aux burnes, un digne successeur au tournant… Ceux ci devront, hélas, se la mettre derrière l’oreille car Gladsheim n’est plus. De toute évidence désireux de glorifier Mars de façon désormais plus concrètement punitive que poétique, de se démarquer d’une certaine ramification eunuque de la scène également, Skoll nous revient donc avec un Honos Aquilae se voulant plus direct et intensif, moins subtil et alambiqué que son prédécesseur, armé d’un « Imperium Legionis » entièrement dédié, les initiés l’auront peut être d’ores et déjà entrevus, à l’armée romaine, la guerre dans l’Empire, et, la religion romaine dans une certaine mesure.

Thématique mûrement honorée oblige, point d’antalgiques, enflés et fadasses préalables introductifs, de sylvestres borborygmes volatiles ou autres vaudevillesques incantations orthodoxes. « Furor Campigenorum », paré de riffs plus incisifs qu’une Rwandaise exécution sommaire célébrée à la sainte machette… d’une section rythmique d’un bellicisme à en faire pâlir le plus zélé criminel de guerre de l’ex bloc soviétique… d’une échancrure laryngale digne de ce que pourraient être les plus barbares supplications d’un boy-scout qui se retrouverait, avec son précieux pucelage, embrigadé dans les affres d’une sordide auto-prod’ estampillée BME video… intronise les hostilités en parfait accord avec ce qu’implique son appellation ; Sulfureuse entrée en matière, quelque part, et cela me coûterais presque de l’admettre, très proche du sur-matraqué contexte Charogne, ne tardant pas, forte d’une délicatesse à faire passer un bombardement au napalm pour un pont aérien humanitaire, à déraper vers la folie d’une charge épileptique inspirant les pires instants du « Panzer Division Marduk ». Escalade incontinente d’agression suprême, effervescence de haine pure dont l’ascension s’embrase néanmoins, inexorablement, d’énigmatiques harmonies dont l’orchestration, tout en speed pickings, ne peut manquer d’inspirer le spectre cafardeux du dernier Svart Hat… ce track bascule peu à peu, en son essence centrale, aux confins d’un auguste atavisme qui, très typé Satanic Warmaster, rétablit une jonction avec Gladsheim pour mieux ré-exploser à terme.

Le spectre d’antan se trouvant évoqué, difficile de ne pas rebondir sur « Honos Aquilae » qui, à l’instar d’un souverain et révérencieux « Rhétorique Lycanthropique », ne peut manquer d’inspirer, grandiose, conquérant et amer, toute la quintessence passée de la vieille scène Toulonnaise; Cette ineffable alchimie de violence hypnotique et beauté nostalgique qui permit à l’Art Noir hexagonal de transgresser les a-priori des frontières pour faire des victimes sur tout le globe… Mais, lorsque Skoll laisse la grandeur cristalline de ses litanies s’oublier en des dépressurisations très Old School, c’est tout le modus-operandi du Horna des « Hiidentorni » et « Houdankylmydden Mailla », du Horna de la grande époque serais-je tenté de dire, qui, accompagné d’une furieuse envie de se couler une rotteuse pour aller tabasser du parasite local, surgirait presque ; Et, lorsque les blasts finissent par reprendre les rênes pour éclater ces abandons quasi Rock’n’Roll d’envolées triviales, insatiables, c’est toute une hégémonie très Suédoise qui, aujourd’hui déchue, semble renaître de ses cendres. 

« Imperium Legionis » se révèle être, à mon sens, le track le plus radical de cette putain de rondelle mais aussi, paradoxalement, la plus subtile et significative synthèse des influences renouvelées de ce nouveau projet : 
Un déluge de violence jusqu’au-boutiste mené au front par des guitares d’un tranchant extrêmement soutenu dans leurs fréquences, plus pestiférées que ne le furent assurément jamais les râles d'hérétiques traînés sur le pinacle d’une pénitence aux arômes d’huile bouillante… déluge qui, allié à une rythmique plus matraquée que les neurones d’un épileptique défoncé au speed , ferait presque, à lui seul, trembler de défiance le fameux « Death To Peace… War At Last » de Marduk. Notons, au passage, le jeu de cymbales proche, de part la ponctualité chirurgicale de ses tintement sporadiques, de celui de Fredrik Andersson sur l’album 1999 cité quelques paragraphes plus haut… 

D’inquisiteur sursaut martiaux, qui, exécutés selon des boucles très spartiates, comme galvanisés par les plus funestes perspectives d’une rage aveugle, tendent souvent à rappeler les plus despotiques mises en charnier d’Ad Hominem. D’antagonistes harmonies qui, à mi chemin entre solennité et abjection, pourraient quasiment insuffler à l’esprit profane tout le contraste entre grandeur et décadence qui marqua le règne de l’Empire.

Résurgences d’un autre âge qui, entre pesanteur de guitares d’un archaïsme confinant les plus authentiques racines Metal, et, bouillonnement omniprésent d’une basse grumeleuses, dégueulante de stupre, ne sauraient laisser indifférent l’increvable tandem Fenriz / Nocturno Culto… Etc… 

Tant que j’évoque Darkthrone… tout comme le duo norvégien ne prétend plus pratiquer un Art Noir clairement labellisé Black Metal tout en ayant néanmoins conservé certaines connivences, Skoll confesse lui même ne pas avoir conçu ce premier glaviot en règle dans le traditionnel esprit du genre ; Chose n’étant pas pour me déplaire au vu du répugnant climat actuel de la scène ; Démarche témoignant de surcroît d’une certaine maturité envisageant le Metal de façon globale, sachant se détacher des clichés les plus éculés… Et, il ne faudra guère aux esprits sceptiques plus de quelques seconde de « Legio & Funebris » pour en prendre conscience puisque son riff d’amorce se veut quasi Punk dans le principe. Lorsque je parle Punk, je n’entend bien évidemment pas tout le souillon fatras actuel d’opportunistes militants consensuels, de toute cette génération street-wear / surf-wear débourrant dans l’embourgeoisée soie parentale et n’envisageant une hypothétique, et bien altruiste au demeurant, révolution que du haut de leurs skates-boards… j’invoque une rage rustre, apatride, prompte au négativisme le plus massif… une fureur plus chaotique qu’une baston de rue ivrogne, plus insondable qu’un chiotte de fond de squat, plus empestée que l’entre cul d’une mendiante héroïnomane ; Fureur revêtant un visage hyperbolique lorsque s’y mêlent les vocaux hallucinés de Skoll, leur déclamation sentencieuse au possible, et, s’y développe, de façon fort habile, toute l’artillerie évoquée précédemment. 

Enfin, selon la même, solide, pilonnée et compacte logique que ses prédécesseurs, « Imperial Blood » referme la marche, laissant derrière lui, en une effusion de noblesse toute particulière, une ligne de front informe et fumante… Simple fantasme outrecuidant pour bon nombres de groupes incompétents pompeusement auto-proclamés « BM War Machine »…

A ce stade, il me semble difficile d’ajouter quoi que ce soit sans prendre le risque de me répéter. Une rondelle dont, une fois encore, je suis fier de me faire porte parole et qui, en plus de faire preuve d’un incontestable anticonformisme conceptuel, se positionne d’ores et déjà comme l’une de mes plus grosse baffe dans la gueule de l’année 2006.

Sperm. S.

TRACKLIST

I) FuroR Campigenorum
II) Honos Aquilae
III) ImperIUm Legionis
IV) Legio X Funebris
V) Imperial Blood

Durée totale: 27,09 mn