GORGOROTH
1349

30 NOVEMBRE 2005
L'Underworld [Londres]

« NO RIGHT TO TAKE PICTURES AT THE GIG. IF TAKEN, CAMERAS WILL BE DESTROYED AND SO WILL YOU BE!!!: NO RESPECT FOR THE BANDS, NO RESPECT FOR YOU!!!! »

Cette affichette placardée sur les portes de l underworld a le mérite de poser tout de suite l’ambiance. Décidément la soirée s’annonce mal. En arrivant, comme d’habitude une heure en avance, je m étais déjà fait peur en tombant sur deux jeunes éphèbes à la coupe incertaine, grelottant de froid dans leur t-shirt gorgoroth trop grand pour eux et, paraissant avoir étés achetés dans l’après midi. Apres avoir constaté que oui ils buvaient bien du JUS D ORANGE (chouette, mes premiers trends anglais, dommage que je n’ai pas eu de dictaphone parce que là, ça aurait mérité l’interview), je tombais sur l’affiche qui me plomba le moral, d’autant plus que renseignement pris, c’était la première fois depuis belle lurette que l’underworld était confronté a un tel caprice de rock star. Alors qu’en penser? Gorgoroth aurait pris la grosse tête ou tout cela est dû a leurs éternels démêlés avec la justice? En tout cas voilà les photographes-journaleux bien emmerdés et obligés d’aller couiner a quatre pattes un traitement de faveur.
Sachant qu il ne faut pas espérer un minimum de rébellion de la part des anglais, je reporte mon attention sur un bataillon de six polonais qui s’approche de moi. Le leader auto-proclamé de la bande (et accessoirement le plus petit, le plus teigneux et le plus bourré) s’adresse a moi dans un anglais bien a lui, ce qui donne peu ou prou « Drrïnk beeerrr wherrrre to fainde beeerrr? ».
Il me débite ensuite un monologue incompréhensible où surnagent des perles telles que « Rob Darken gut frriend of maine!!! Nsbm rulezz graah !!! ». Ma simple évocation de Veles suffit a m’en faire un pote à la vie à la mort. Inutile par contre de tenter d’engager une vraie conversation mais j’ai hâte de voir ce que cette bande de polacks va donner dans le pit (sait-on jamais...)
Alors que la queue se remplit et que j’ai le droit au pire défilé de trends que j’ai jamais vu de ma vie (la France peut dormir tranquille croyez-moi)et me demande si ils n’ont pas tous confondu avec le concert de cradle le lendemain, un singulier personnage s’approche de moi pour se plaindre de l’histoire des photos interdites. Voici donc la nouvelle race de blackeux dont il me faut ici parler, tant cette dernière va à mon avis surgir en France incessamment sous peu, a savoir le TREND ANTI TREND:
-Le trend anti trend n aime pas les trends, il le répète toutes les deux minutes environ.
-le trend anti trend est soit trop maigre (france) soit trop gros (angleterre) ce qui l’a conduit a s’habiller en noir et a écouter du hard rock très fort. Il est aussi fort laid (angleterre).
-Il arbore une tenue totalement gothique mais c’est un true, puisqu il a une croix de fer toute neuve par dessus sa combinaison en kevlar.
-Il possède une coupe totalement émo (pour les heureux méconnaisseurs de cette « scène », pensez a brian molko ») mais c’est parce qu’il a fallu qu il se coupe ses cheveux trop frisés la semaine dernière et bien sur qu il va se les laisser repousser mais que c’est a cause de sa gonzesse...(qui au passage l’appelle toutes les dix minutes, a moins que ça ne soit sa mère) 
-Il connaît très bien gorgoroth même s’il n est pas foutu de citer un nom de membre fondateur
-Il connaît très bien les types d Abgott (groupe local qu’il est trop true de connaître genre antaeus si vous préférez) d ailleurs hier, il parlait avec eux du label totalement true qu’il allait fonder pour contrer ces enfoirés de trends qui font rien qu’a nous envahir...
Bref, ayant constaté qu effectivement la fouille a l’entrée est plus hargneuse que d’habitude, mon jetable se trouve bien calé entre mes burnes et tout passe comme une lettre a la poste. Au passage je ne peux m’empêcher de décrire le genre de personnes que j’ai vu dans la salle tant j’aurais pu claquer la moitié de la pellicule rien qu’en photographiant le moindre cas social alentours:
nous avons donc: 
Le ptit noir en corpsepaints (au passage ça coûte moins cher il na besoin que du blanc...)
Le blondin en lunettes qui lit le « da vinci code » au beau milieu de la fosse (??).
Le yuppie londonien de base qui arrive en costard cravate et qui va enfiler sa tenue de metalleux aux chiottes (non je n’étais point ivre)
Le hippie dreadeux et loqueteux, avec un magnifique t-shirt « Adolf hitler european tour » (??!!).

Bref, après un dernier rappel vaguement menaçant de la part d’un roadie que les photos sont interdites, le gig peut enfin commencer même si tout le monde l’a mauvaise. Et bien sur, quand Ravn et Frost de 1349 arrivent sur scène pour cracher du feu (très mal au passage, tout le premier rang se prend de l’huile sur la gueule) dans une salle pourtant très basse de plafond, les flashs fusent de toute part, n’occasionnant aucune réaction...faudrait savoir. Il faut préciser que je n’ai jamais pu blairer 1349 sur disque et que tout le buzz autour de leur dernier pseudo « chef d’œuvre » me fait marrer, tant je suis incapable de même écouter un morceau en entier, refoulé par cette prod clinique et ces riffs sans saveur. Néanmoins sur scène leur énergie de jeunes loups est très efficace, Ravn en fait des tonnes et la prestation est agréable bien qu’il faille avouer qu’on ne distingue pas grand chose du bordel sonore orchestré. Mais, la fougue fait plaisir a voir. Alors qu’en fin de set Ravn annonce une reprise, voilà qu’il quitte la scène et qu’Attila (oui oui, le vrai, imaginez le bordel dans la fosse et la bataille de flashs...) débarque pour « Freezing moon ». Pendant quelques minutes, le pogo est général et la beuglante a l’unisson, et on croirait avoir quitté l’Angleterre...Evidemment, une fois Attila disparu, l’ambiance retombe comme un soufflet et 1349 termine son set dans l’apathie collective...
Des roadies commencent alors a installer le décor de scène de Gorgoroth, qui se compose d’une croix inversée géante et complètement ridicule car semblant être recouverte de paillettes, et de torches que les pauvres roadies ont un mal fou allumer, la pauvre flammèche obtenue évoquant plus une grosse bougie qu’autre chose. Et ça ne loupe pas, au bout de longues minutes assez humiliantes pour ces artificiers des bacs à sable, commence a s'élever du pit un « Happy birthday to you!!!», tant il est vrai que de la fosse, on a l’impression qu’avec la croix a paillettes et les bougies sataniques, Gorgoroth va débarquer sur une énorme pièce montée...l’ambiance est sur le point de dégénérer car nos braves polonais de toute a l’heure n’entendent rien a l’humour anglais et commencent a montrer les crocs. Mais tout le monde se calme quand Gorgoroth arrive enfin. 
Et là, ite misa est en deux secondes. Contrairement a 1349 qui joue comme s’il avait tout à prouver, la bande à Infernus transpire la maîtrise et l’assurance. Gaahl dégueule de charisme, scéniquement il constitue l’antithèse du frénétique Ravn; arpentant calmement la scène de long en large mais avec des mouvements si mesurés qu’il paraît évoluer dans une autre dimension temporelle que ses comparses qui headbanguent férocement (effet garanti). Evidemment les flashs se déchaînent mais le groupe semble n’en avoir cure et les multiples mises en garde en deviennent d’autant plus ridicules. 
Quand il s’avère que le deuxième morceau n’est autre que « Possessed by Satan » et son tempo infernal, plus personne ne songe à se gausser et on voit même toute une salle (d’Anglais je le rappelle) devenir cinglée sur le passage bien connu. Pas vu ça depuis un concert d’Amon Amarth et pourtant Gorgoroth a réussi à réveiller le peuple le plus blasé qui soit, au moins pendant un morceau. Tour de force . La leçon se poursuit et mes aïeux, je comprends que j’assiste au concert black de l’année, voire des cinq dernières. « Incipit Satan » tiré de l’album maudit, est ici transfiguré et métamorphosé en véritable hymne, et quand Gorgoroth ralentit le tempo pour un feeling quasi rock n roll, il réussit ce que carpathian Forest essaie désespérément d’accomplir depuis des années. Ca faisait une éternité que je n’avais vu une telle démonstration de force tranquille, et un gig sans aucun temps mort mais Gorgoroth l’a fait...Et posséder une fosse d’anglais n’est pas un mince exploit... La Norvège vit peut-être sur ses acquis mais foutredieu quelle claque dans la gueule...Les anciens bandent toujours...

Arsongod