ASPHYX
UNPURE
RAZOR OF OCCAM


Le 22/11/07 - The Fridge [Londres]

 

Au pays de CCTV et de la délation en tant que vertu sociale, on trouve de sacrées bonnes affiches bien roots comme celle-ci… Je troquai donc ma petite chemise, mon petit pantalon et mes petites chaussures de cadre dynamique pour un t-shirt IMPERIAL vintage et un treillis boueux à force d’écumer les bois dégueulasses de la banlieue Londonienne à la recherche d’endroits glauques et propices à la nécro-méditation…
Sorti de la station de métro, un prédicateur allogène me tombe dessus en me prédisant un enfer proche, mais vu la chiasse qui me colle au cul depuis la veille, telle la puanteur d’un jour de pluie à Bamako, j’y suis déjà…
Le quartier est intéressant, je me sens comme un bout de sucre qui vient d’atterrir dans une mare de pétrole, bien que l’endroit ne fasse pas ghetto et plutôt friqué, l’exception culturelle du melting pot londonien, on va dire, histoire de faire PC…
Bon, la salle fait vachement old school, avec un bon gros ASPHYX en lettres majuscules sur le balcon, la classe vintage.
J’ai 45 minutes de retard à cause d’imprévus, mais il y a bien une dizaine de clampins devant la salle, qui larvent en picolant… Une mini bande de boches et de polaks de deux mètres pour 100 kilos en moyenne arrivent en se faisant des siegs tout joyeux, je me sens bien seul avec ma gauloiserie…
Je remarque que contrairement à la France, il faut ici aller dans des gigs metals pour trouver des gonzesses qui ne sont pas en sur-poids…. Étrange.
Rentrer dans cette salle me donne l’impression d’aller voir Puff Daddy au zénith, tant le déploiement de sécu est digne d’un meeting de l’ONU… Je me fais fouiller TROIS fois, dont une au détecteur à métaux, j’étais tellement pris de court que j’ai failli me mettre au garde à vous, avant qu’un petit nerveux tatoué se mette à scruter mes clefs de maison comme si elles étaient des armes de destruction massive, enfin j’arrive à entrer et achète mon billet à trois biatches gloussantes. Au passage, bonne chose que de faire payer le billet à l’entrée au même prix que la pré-vente , contrairement aux gigs habituels situés à Camden qui font mal au fion…

Bon, à peine rentré et imaginant déjà avoir loupé RAZOR OF OCCAM, quelle n’est pas ma surprise en m’apercevant que rien n’a encore commencé… le public est très clairsemé, préférant rester vautré au bar classy que de s’approcher des retours….les anglais…
Au niveau de la salle, ça en jette, bonne capacité, coin distro correct, plein de petits canapés pour les larves, presque trop classe pour un gig pareil…

RAZOR OF OCCAM commence d’un seul coup, devant DIX personnes, le reste restant collé au bar, je mets bien cinq minutes à réaliser que ça ne va PAS bouger une seule seconde, trois personnes headbanguent vaguement, le reste croise les bras, demeurant à une distance respectueuse de la scène, no pit please we’re English…
Bon , sinon le groupe délivre une putain de performance War Metal, devant un public d’herbivores zombifiés, que dire sinon que je me sens bien seul scotché à la scène, m’attirant même quelques regards narquois… Où est ma lacrymo…

Bref, je suis témoin de deux trois choses typiquement Anglaises durant ce laps de temps :
CCTV est partout évidemment, même dans la fosse, mais bon là c’est de l’ordre culturel…
Les vigiles font du zèle jusqu’à aller dans la fosse, scruter alentours au cas où un bus serait plastiqué par portable interposé.
Un petit indou-pakistanais (pas sûr de la marque) en orange fluo traverse la fosse de temps à autres, pour ramasser les bières au fur et à mesure qu’elles sont jetées au sol…là mon cerveau commence à craquer et j’ai envie de chanter Maréchal et de m’envelopper nu de la bannière tricolore pour ne pas imploser…
Le gig se termine dans une indifférence polie, et j’erre dans un état second aux alentours , me demandant si je vais passer les deux prochains groupes tout seul devant à m’accrocher avec les photographes… Les anglais se re-ruent aux bar, bien disciplinés, et la fosse redevient déserte… euh….où suis-je…

UNPURE commence….un peu plus de monde se déplace, mais néanmoins je me retrouve encore tout seul devant avec un sud-américain clouté et patché….j’hésite à taper dessus pour déclencher une réaction mais je suis tellement déboussolé que je décide me la jouer solo, ayant presque l’impression qu’UNPURE joue pour moi tout seul dans la salle…
Que dire sinon que la leçon de thrash-black est magistrale, et que l’attitude reste motivée malgré la fosse de bovins amorphes, le sud-américain se tire et je reste tout seul devant la scène pour la fin du concert, avec la tenace impression d’être tout seul dans mon salon en train d’headbanguer contre la télé…. A ceci près que, j’ai oublié de le signaler, le son est FORT, bien plus que dans n’importe quel concert français, et que mes oreilles en ont sifflées pendant 48 heures.
Après cette performance atomique, ben les anglais retournent vite se scotcher au bar, le petit pakis orange récolte les bières comme moi les amanites phalloides dans mon enfance berrichonne, et j’erre à nouveau, déphasé, et dégoûté d’engager la moindre conversation…

Après ces deux performances cultes accueillies avec un flegme déconcertant, je m’attends à un ennui poli pour Asphyx…enfin la fosse se trouve remplie et on a l’impression de se retrouver à un concert de métal…
ASPHYX délivrera un concert impérial de death old school comme on en fait plus, où la lourdeur se fait impériale et les accélérations impitoyables… L’ambiance décolle enfin, avec un début de pogo à imputer à Mr Stratanael, vu qu’il leur faut un Français pour commencer à ces cons-là (en même temps j’avoue avoir péché par excès de timidité ce soir-là pourtant c’était pas l’envie qui manquait de décalquer du rosbif)… L’attitude sur scène est décontractée, vieux briscards qui se font plaisir, deux trois teutons imbibés montent sur scène pour enlacer gay-ment le chanteur, avant de se vautrer comme des veaux marins en redescendant de scène, la fosse devient vite une mare de bière dans laquelle je me vautre dans une tentative foirée de rebondir contre de l’anglais, et deux phénomènes de foire débarquent, à savoir une Anglaise typique, Paris Hilton version obèse, bourrée, suintante, et réussissant à monter sur scène tant bien que mal pour serrer dans ses bras un chanteur qui commence à stresser, ainsi qu’un nabot sud-américain, qui a l’air d’avoir douze ans, en plein milieu de la fosse avec son t-shirt Slayer imitation arménienne, qui grogne et qui agresse tout le monde, et que les divers coups de latte qu’il se prend ne calment pas le moins du monde….Folklorique to say the least…
Avec un ultime « The last One On Earth », qui ridiculiserait la pop-viking d’Amon Amarth en terme de death de stade, Asphyx tire sa révérence dans une salle bierreuse à souhait, et je peux enfin m’écrouler une dernière fois sur le sol liquide, ayant eu ENFIN un minimum d’action (très relative) de la part des Anglais…
Je me casse illico, m’attendant à repasser au détecteur de métaux avant de partir, l’after Party très peu pour moi, pas grand-chose à dire à cette peuplade splendidement isolée disposant de gabarits digne d’une escouade de veaux marins, mais refusant à bouger ne serait-ce qu’une pellicule pour trois groupes irréprochables, dans une salle nickel pour un son manowar-esque… Qu’est-ce que j’y peux ma bonne dame…

Arsongod