"Manipuler, Terroriser, Detruire" (2004)
 

« Ce qui est à mon sens, pure miséricorde en ce monde c’est l’incapacité de l’esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île de placides ignorances, au sein des noirs océans de l’infini, et nous n’avons pas été destinés à de longs voyages.

Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait de mal jusqu’à présent ; mais un jour viendra ou la synthèse de ces connaissances dissociées nous offrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons… »

H.P Lovecraft


« Manipuler.Terroriser.Detruire. » Une maxime ici largement appropriée et honorée.

Telle une renaissance hideuse, typique d’un culte blasphématoire que le genre humain croyait à jamais disparu. Tel la révolte violente et sans pitié des peuplades primitives en l’honneur de la créature Céphalopode endormie dans sa demeure de R’lyeh.

Ce Split sans prétentions aucunes, mais ô combien sincère, est une existentielle déjections parcellisée de la lugubre existence des membres de Cavaticus, Charogne, Brume et Votum Mortis.

Conscient de n’être qu’un infime amoncellement de terre sur le tumulus du sarcophage de la race humaine ; une pierre parmi tant d’autres sur l’édifice de la haine, ces 27 minutes et 49 secondes marqueront sans doute les esprits les plus déséquilibrés, tourmenté et maladifs.

A la vue de l’artwork, l’auditorium sera d’ores et déjà informé sur l’aura que dégage cette galette produite comme à l’accoutumé à l’Anal Studio.

Par ailleurs, la qualité de la production de cette dernière confère aux tracks ici présents un rendement instrumental vraiment très appréciable, notamment si l’on prend comme base de référence les deux premiers tracks de Cavaticus, « Stone Of Sacrifice » du mémorable « Primoris » et « L’Appel Du Sardellois » du bestial « Deamonium Inattaminatis ».

Force est de constater que ces deux déjections sont repassées sur le billard pour un léger lifting sonore que certains appellent dans le jargon une remasterisation. En outre, cela reste plus que jamais du pur et du bon Cavaticus, avec en prime une puissance sonore décuplée et une aura toujours aussi dérangeante et impitoyable.

La sonorité des cordes s’apparente toujours indéniablement à de la vermine croupissant dans les tréfonds humides et incommodants des caves voûtées du Sardellois, accompagnée d’une présence et prestance toute particulière, belliqueuse et oppressante.

Le bourreau Tioneb comme à l’accoutumée n’épargne personne car il nous assaille d’une foultitude de rapides, frénétiques et épileptiques rythmiques en blast, de laminages à la double et de roulements à vous en déloger le cervelet !!!

Les vox quand à elles sont d’une terrible prestance et d’une efficience à en faire pâlir la plupart des cul tendus prétentieux et hautins.

Puis c’est au tour de Charogne de lancer l’assaut avec deux tracks dans un pur style Black/Death avec un feeling très Militariste.

« Rhétorique De La Puissance » et « Prophétie Charognarde » en disent long sur l’orientation stylistique de la bête noire domptée par Yiskandar aux vokills et à la BàR et Sperm S à la guitare.

Morbleu, le chant est d’une puissance phénoménale, il suppure en chaque instant d’antipathie, de nihilisme et de misanthropie à l’état pur.

Yiskandar adopte là, un style m’inspirant la verve de Vikernes, exercice délectable déversant un flot de véritables hurlements de guerre !!!

La guitare est d’une précision chirurgicale et d’une brutalité singulière. Elle renverse les lignes ennemies et y extermine tout ses occupants par un amoncellement de bombardements rythmiques impitoyables et martiaux.

Enfin la BàR de part ses multiples et rapides concassages nous plonge au beau milieu d’un champ de bataille en anéantissant sans scrupules ni pitié tous les corps mutilé mais encore en vie de l’assaillant. La vermine peut ronger leurs carcasses putride et viciée….

L’avant dernier assaut est lancé par Brume, Formation menée par Nilfheim.

« Le Chien De La Forêt » et « Les Maîtresses Oiseaux » sont deux morceaux d’obédience indéniablement Pagan Black, mais ceci en une substance totalement dépouillée inspirant bien plus un Absurd en pleine dégustation du terroir creusois que la grandiloquence onirique d’un Temnozor. Ces deux périples austères mais efficaces nous font voyager en des ères reculées dans les arcanes hostiles et profondes de contrées pastorales oubliées dans le brouillard des mythes, nous narrant des faits tantôt teintés d’une nostalgie profonde tantôt suintant d’une rage séculaire.

Les parties guitares varient entre des arpéges rustiques, froids et déroutants, rythmiques mid tempo et de judicieuses promptitudes en speed picking.

Les vox sont assez faibles mais écorchées, recrachées avec une parcimonie calculée à la manière d’un gobelin s’étant enquérit des plus hautes et interdites éruditions.

La BàR oscille, avec simplisme, entre cycles très martiaux, catchy et accrocheurs et, montées en puissance agressives et crues, procurant un relief très primitif à l’ensemble.

Un voyage intimiste à travers le temps et l’espace…

Enfin, c’est au tour de Votum Mortis , projet de Sperm S, de clôturer cette sombre œuvre avec « De L’Honneur Et Du Sacrifice… » et « Requiem Anthropique Pour Un Règne De Sang ».

Ce dernier officie dans une essence Black torturée, vindicative et malveillante.

Des les premières secondes d’écoute, l’on se rend vite compte du leitmotiv de Votum Mortis et de son géniteur Sperm S ; La haine, la mort la misanthropie le nihilisme mais aussi l’honneur, le Sacrifice….

Musicalement, les riffs mourants et suppliciés que les guitares engendrent avec une rage indescriptible sont déroutants et malsains, couplé d’une sombre mélancolie pathologique. Leurs prestances sont profondes, impitoyables, manipulatrices et malmènent spirituellement et physiquement l’auditoire de la manière aussi cruelle et perverse que froide et lucide…

Certains arpéges, du fait de leurs teneurs décuplent cet aspect incommodant, glacial et funèbre.

Les vocalises sont extrêmement vindicatives, agressives, venimeuses et tourmentées, elles donnent au tout une aura que je qualifierais de déstabilisante, soulignée par l’incorporation parcimonieuse de phrasés parlés sentencieux, sur le second track, à mon sens quasi propagandistes…

Pour ce qui est de la BàR elle est vraiment riche en rythmiques et bien appropriée avec le reste des parties instrumentales.

Elles nous écrase sans pitié, avec cette même détermination glaciale, et ne nous garde en vie que dans le seul but d’assouvir les pulsions les plus déviantes et malsaines.

Une simple mais efficace leçon d’honneur pour un suicide artistique !

Verrukose Urethra

TRACKLIST

I) CAVATICUS - Stone Of Sacrifice
II) CAVATICUS - L'Appel Du Sardellois
III) CHAROGNE - Rhétorique De La Puissance
IV) CHAROGNE - Prophétie Charognarde
V) BRUME - Le Chien De La Forêt
VI) BRUME - Les Maitresses Oiseaux
VII) VOTUM MORTIS - De L'Honneur Et Du Sacrifice
VIII) VOTUM MORTIS - Requiem Anthropique Pour Un Régne De Sang

Durée totale: 27.49 mn

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