Entretient avec Pierre Marie Reverdy
I) Hail ! Commençons par le traditionnel préalable, à savoir la présentation de votre unité car, même si je connais pour ma part Lex Talionis depuis la suprême demo « Ultimate Barbaric Bestiality », il y a fort à parier que certains sont passés au travers des mailles du filet. J’ai décidé de former le groupe entre la fin 1996 et le début 1997 dans le but de créer la musique la plus violente possible, et nous avons naturellement adopté la thématique de la guerre puisqu’elle me semble très liée au concept de violence. Nous avons réalisé 3 démos dont la troisième Ultimate … a été particulièrement appréciée et nous a permis de signer avec Deadsun Records pour le compte desquels nous avons réalisés 2 albums « Inhuman Violence » qui a reçu d’incroyables chroniques partout dans le monde et le petit nouveau « The Supreme Aggression », distribués à l’échelle mondiale par cette structure très efficace dans ce domaine. Vu que tu connais le groupe depuis cette troisième démo, il faut que je précise le changement radical qui s’est opéré entre celle-ci et le premier album. Je suis l’unique membre restant de cette époque et la conception de notre travail a beaucoup changé depuis lors, avec l’arrivée des nouveaux membres et la signature d’un contrat avec un label pro pour plusieurs albums. A l’époque des démos, on faisait le groupe pour le fun, de façon délirante. A posteriori on était quand même meilleurs que pleins de groupes actuels se prenant au sérieux et on a écrit de très bons morceaux comme « Submit To The Conquerors Of Your Land » qui reste culte pour pas mal de gens qui me demandent de le rejouer ou de l’enregistrer avec le son et la technique d’aujourd’hui. Bref, on n’est plus le même groupe depuis le changement de line up et la signature. On prend tout de façon pro, essayant de proposer un produit ultra pro et novateur, à tous les niveaux. De plus, plus personne ne me pose de limites quant aux parties que j’ai à jouer ce qui fait que je peux utiliser tout ce que je sais faire. Les autres membres du groupe ayant un très gros niveau technique, ils me poussent plutôt à m’améliorer et on se tire bien la bourre avec Yannick, l’autre gratteux . II) Lex Talionis s’est très rapidement désolidarisé des sentiers battus du Metal Extrême pour proposer une osmose Black/Death/Thrash évidemment très brutale mais surtout très moderne, inhabituelle et déroutante. Peut on à ce jour dire que vous avez réussi, au sein de scènes aussi sectaires que le BM et le DM, à trouver un véritable auditorat capable de concevoir à la fois un primitivisme très brut et une vision innovante futuriste ? En fait, en écoutant nos albums, je ne perçois aucuns plans BM… Si des fans de BM nous apprécient je le comprends, du fait que notre musique a une âme, qu’elle dégage une ambiance et qu’elle est épique, ce qui est important je crois pour les fans de BM. Pour le Thrash et le Death, il y a des éléments de ces deux styles dans notre musique donc effectivement les gens appréciant Lex aiment ces styles. Si on arrive à rassembler ces différents auditorats, je sais pas, il faudrait faire une enquête, mais ça serait génial. Cependant, Lex Talionis et tous les styles cités plus haut, à part peut être pour le BM, c’est du putain de Heavy Metal et tout fan de ce style devrait pouvoir écouter du death, thrash, speed, doom ou Lex Talionis !!! Moi j’écoute Symphony X et Krisiun, putain, c’est la même sève, c’est du Heavy metal, c’est un style varié mais unique. Pour l’anecdote, au niveau du style, on ne fait pas vraiment l’unanimté. Je crois qu’on est le seul groupe à avoir été catalogué DM, DM technique, DM prog, Cyber DM, DM/Grind, B/DM, extrême indus, BM et la meilleure pour la fin….. BM élitiste ! Nous on fait du Heavy Metal, c’est tout, mais pour ceux qui veulent plus de précisions , on fait du Brutal War Metal. Pour ce qui est du côté primitif, là je ne vois aucun aspect primitif dans notre musique, de l’extrêmisme, oui, du primitif non. Pour ce qui est de l’aspect futuriste, je dirais plutôt, que l’on est pas hypocrite et que l’on utilise les technologies au profit de notre musique et sans s’en cacher, que ça fait partie intégrante de notre volonté de repousser les limites de la violence musicale. Pour les paroles, on a un cadre mais pas de limite alors oui, on peut parler de sujets ayant trait aux technologies. Dans le même esprit, ayant éclaté à la face du monde il y a déjà quelque temps, quel regard portez vous sur l’accueil reçut par « The Supreme Agression », votre second opus ? En fait, il y a eu des petits problèmes avec UMC notre distributeur en France qui aurait été mis en liquidation judiciaire alors, Deadsun travaille à nouveau avec Adipocere et notre album sort ces jours ci… Enfin, vous qui semblez privilégier l’évolution musicale permanente à la « stagnation conservatrice », avez vous une opinion sur ce qui semble à ce jour être un revival du Raw BM & du Brutal DM old vein avec tout ce que cela implique en termes de sous-production, de maîtrise technique minimaliste… ? Franchement, des modes, j’en ai rien à branler et personne ne me dira ce que je dois écouter ou jouer parce que c’est ce qui se fait. J’écoute du Heavy car j’aime ça depuis des années, ça fera partie de moi jusqu’à la tombe et même après, et les autres peuvent bien faire ce qu’ils veulent, se produire dans leurs chiottes et jouer comme des punks, je m’en branle avec une force inouïe ! III) Vous cultivez depuis toujours un concept très noble gravitant de près autour de l’éminente Loi du Talion. Cela que ce soit au niveau de votre art lui même très martial et auguste, de vos textes guerriers et vengeurs à souhait ou même, au niveau de la symbolique très forte que vous utilisez (ceux qui ne font pas partie de la caste des incultes feront aisément le rapprochement entre l’œil, les dents et une certaine maxime…) D’où vous vient ce goût pour la guerre ? Que pensez vous de la négation aujourd’hui totale du concept de vengeance privée, principe qui a fait les grandes heures de l’époque romaine ou médiévale ? De la justice actuelle ? Considérez vous le sujet comme une source d’inspiration intarissable ? La guerre, c’est un sujet qui colle bien avec le concept de faire la musique la plus violente qui soit, c’est un sujet qui s’est imposé de lui même mais ça veut pas dire qu’on aime la guerre, c’est même assez horrible comme truc. Seulement parfois, il faut la faire pour préserver des valeurs ou éviter un mal encore pire. Il faut parfois avoir le courage de prendre la décision de faire la guerre. Comme on s’appelle Lex Talionis, il est normal que je m’explique sur notre conception de la vengeance et de la justice. A ce propos, j’ai choisi ce nom car c’est une forme de justice que je trouve juste même si les gens trouvent ça barbare « parce que c’est pas gentil ». C’est normal de châtier de façon proportionnelle un type qui a commis une atteinte. Si un connard viole une de mes proches je peux te dire que je lui coupe la bite moi même !!! De plus il faut pas oublier qu’à l’époque de son apparition, la loi du Talion était un progrès car elle remplaçait la vengeance sur l’intégralité du clan et donc sur des innocents. La Lex Talionis, c’est une forme radicale et non hypocrite de justice et je trouve que ces caractères nous correspondent bien. Pour ce qui est de la légitimité de la vengeance privée, et de la justice, le débat peut être très long et j’ai pas envie de me lancer dans un cours de droit alors je dirais que je préfère la Lex Talionis à la justice d’aujourd’hui qui est une sorte de simulacre et cela est dû au fait que l’intégralité de la démocratie est un système vicié à la base. En ce qui concerne la vengeance comme source d’inspiration, effectivement j’ai écrit certains textes sur ce thème, par contre je n’ai pas encore suffisamment exploré ce thème pour savoir si c’est une source d’inspiration intarissable. Cependant, de manière générale je considère la Création comme quelque chose d’intarissable et d’indispensable dans quelque domaine que ce soit. Enfin, doit on voir en Lex Talionis une division vouant un véritable culte à la destruction, à la souffrance et l’annihilation ou, doit on vous envisager au delà du premier degré avec une certaine propension à l’exégèse ? Lex Talionis est un concept, un essai, une recherche, sur la violence musicale, rien d’autre. Les paroles sont des réflexions théoriques prenant comme point de vue la guerre afin d’être les plus extrêmes possibles et ainsi coller avec la musique, rien de plus. Evidemment que nous ne vouons pas un culte à la destruction à la souffrance et à l’annihilation, de façon matérielle, je tiens trop à mes guitares pour ça ! Déjà que ça me rend malade quand je les cogne contre un meuble, j’ai aucune envie qu’un connard vienne me les détruire, me les annihiler et me faire souffrir par la même occasion… Par contre, nous pouvons entamer des réflexions sur les thèmes de la destruction et la souffrance qui sont particulièrement intéressants et qui collent bien à notre concept. Il doit tout de même être noté que si nos textes prennent toujours la forme de récits guerriers, la thématique qui y est cachée peut être très variée, elle est même sans limite. IV) Toujours dans cette optique, que ce soit sur « Inhuman Violence » ou sur « The Supreme Aggression », vos remerciements et salutations frappent de part les personnages qui y sont mentionnés : On y trouve par exemple des hautes figures telles que Caius Julius Caesar, Charles Martel, Napoléon Premier… Cela étant évidemment lié à votre concept inhérent. Pouvez vous nous exposer plus amplement vos vues sur ces derniers, leurs œuvres, leurs règnes, leurs morts… ? Je ne vais pas faire de l’histoire, là je n’ai pas les compétences requises, mais je peux dire que ces gens sont tous de grand hommes de guerre et leur vie, les actes qu’ils ont accompli nous influencent beaucoup dans la conception des paroles et dans la grandeur de la musique. Pour ce qui est de Napoleon 1er, c’est un peu spécial car je l’admire particulièrement car plus qu’un génial stratège militaire qui a inventé la guerre moderne, il est un grand homme d’Etat qui a donné à la France un rayonnement incroyable. Il est un génie pur, certaines des institutions qu’il a créées ont toujours cours dans notre pays (Code civil par exemple) et ce modèle a aussi été transmis et a perduré dans de nombreux grands pays d’Europe. Napoléon est ce qu’un chef d’Etat devrait être. Il est pour moi la définition d’un grand homme. Enfin il faut dire que la plupart des personnages remerciés est française ce qui montre notre attachement à notre culture, et qu’on en a rien à branler de la culture scandinave qui inonde les concepts des groupes de metal depuis quelque temps et que je trouve d’une grandeur et d’un intérêt très très relatifs surtout en comparaison de la culture française… V) Pour approfondir une dernière fois sur ce sujet empli d’honneur, j’aimerais avoir votre opinion sur quelques points : Habituellement, je ne réponds jamais aux questions extramusicales cependant, comme c’est le nom du groupe qui nous a amené à aborder ces points et que tu sembles porter un réel intérêt au groupe et à notre musique, je vais répondre. Cependant, ces réponses n’engagent que moi et absolument pas le groupe ou les autres membres. -Les droits de l’homme. Je pense qu’ils sont surtout théoriques et je me méfie plus que tout de ceux qui prennent le prétexte de leur respect pour opprimer les gens. Je me méfie des gens qui sont gentils et qui veulent imposer le bien aux autres. Ceux qui se proclament gentils sont des enculés. Les anti quelque chose le sont souvent plus que tous… -L’hégémonie américaine particulièrement flagrante à l’heure actuelle. Je ne trouve pas que les amerloques soient spécialement hégémoniques à part peut être en économie. De toute façon il vaut mieux que ce soit eux que certains autres… Je ne suis pas anti-américain, je suis même plutôt pro-américain en ce qui concerne leur politique extérieure. Je parle de ça car je pense que c’est ce point qui rattache cette question à la Lex Talionis -La peine de mort et son abolition passée. En théorie, je suis pour la peine de mort. Mais de là à dire que ça serait moi qui déclancherais le mécanisme si je ne suis pas partie prenante dans l’affaire…Je pense que je ne pourrais le faire. Si la victime est un de mes proches, là OK ça serait avec soulagement que je le ferais. Je pense que le mieux ça serait de laisser les parents de la victime décider et appuyer sur le bouton. L’abolition de la peine de mort, encore un truc gentil… Le mec qui l’a abolie a dû se dire que ça serait bien pour sa carrière de politique… « Moi Monsieur, j’ai aboli la peine de mort !! C’est pas être quelqu’un de bien ça, hein ? ». VI) Revenons un peu sur votre art dans son expression musicale pure : Etant moi même musicien, il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte de la complexité de vos morceaux, du minimum de dextérité nécessaire à leur exécution, de l’important travail d’arrangements qui les entoure… A ce titre, j’imagine que vos performances live doivent représenter un challenge de tous les instants ? A ce sujet, l’utilisation d’une boîte à rythmes ne contribue-t-elle pas à laisser un léger vide sur scène ? En live, on saute pas partout, on est plus occupé à jouer qu’à faire des grimaces ou à savoir si on ne s’est pas pris les pieds dans notre jolie robe de méchant black metalleux androgyne malsain, et de toute façon, on est habillé normalement car notre passion c’est la musique et pas les fringues, les cosmétiques ou la danse… Mais je pense qu’on s’en sort très bien car apparemment les gens ne font que nous féliciter pour notre jeu. Je pense qu’il y a encore des gens que ça intéresse de venir voir des musiciens jouer de leurs instruments et qui n’ont pas besoin d’un spectacle de guignol pour ne pas se faire chier… Pour le vide sur scène, je ne sais que répondre. Notre musique ne comprend pas de batterie organique alors je vois pas l’intérêt d’en ajouter une pour faire joli sur scène. Les gens viennent voir et entendre un groupe qui joue sa musique, la nôtre est sans batteur. La musique est quelque chose d’abstrait, qui s’adresse aux sentiments, à l’intellect, à l’âme. La musique n’est pas une formule, une addition de notes, d’ingrédients. En live nous transmettons notre musique. L’idéal, et même ce qui serait normal, c’est que les gens soient réceptifs à la musique dégagée et s’intéressent à la façon dont elle est jouée, interprétée et vécue par ses concepteurs indépendamment des facteurs et des standards de la mode qui imposent la présence d’un batteur. Ca c’est la vision pure de la chose et je sais que la mode veut qu’il y ait un batteur et que les gens sont très perméables aux modes… Cependant Samael fait des shows énormes sans batteur et je ne trouve pas qu’il y ait de vide. De plus, chez nous, le spectacle est assuré par les parties jouées par les grattes et la basse, ça je peux te l’assurer… Enfin, je dois dire que la batterie organique est un élément que je ne trouve pas franchement indispensable musicalement parlant dans le metal extrême. La preuve en est qu’il y a une généralisation du triggage qui coupe toutes les nuances de jeu sur les éléments qui en font l’objet, de plus, en studio 80% des groupes d’extrême utilisent une BAR, enfin, le travail des batteurs se fait uniquement sur la rapidité et la régularité (c'est-à-dire qu’ils imitent les BAR) et pas sur le feeling. Le son est bien plus gros avec un son travaillé par ordinateur et une précision parfaite qui contribue à la puissance. Malgré cela, dans l’esprit de la plupart, un batteur est nécessaire, preuve encore de l’importance des modes chez les gens même (et surtout ) chez ceux qui se défendent d’y être perméables. VII) Au vu de ce que j’ai pu lire à votre sujet, Lex Talionis est un regroupement de musiciens rassemblant un très large panel d’influences ; influences allant par exemple du Brutal Death/ Black à la grande musique en passant par des guitar-heroes tels que Malmsteen ou d’autres choses plus « hallucinogènes ». Si il est évident que cela contribue à la variété et au psychotisme de votre musique, ces goûts très hétéroclites et, une fois de plus très inhabituels dans le milieu, ne contribuent ils pas à rendre le processus de composition très fastidieux ? Contrairement à la plupart des groupes, afin de travailler la musique, on considère celle-ci comme des notes et pas comme des mouvements sur une guitare… Ainsi, de quelque inspiration qu’elle vienne, une belle partie peut être intégrée de façon homogène dans n’importe quel style de musique, tout est une histoire d’arrangement. Je peux très bien composer un album d’ambiant ou de folk avec la musique de Lex Talionis, il suffit de changer les arrangements. Donc peu importe ce qui a inspiré une mélodie, tant qu’elle est bien, ça s’intègre à Lex sans poser de difficulté particulière. VIII) Est il d’ores et déjà possible de vous arracher quelques informations sur le monstre que vous devez probablement préparer actuellement dans l’ombre ? Ne sera-t- il pas complexe de repousser l’extrémisme musical encore plus loin que sur « The Supreme Aggression » ? Etant donné le retard qu’a pris la sortie de The Supreme Aggression, et le fait que l’on ne joue qu’à l’occasion de festivals surtout à l’étranger (puisqu’il y en a pratiquement aucun de taille conséquente en France), on a eu pas mal le temps de composer et d’élaborer le concept du nouvel album qui est déjà pratiquement écrit. Il ne reste plus qu’à toucher des détails et que je compose mes parties instrumentales. Enfin il faudra qu’on apprenne à jouer la bête ce qui nous prendra a peu prés un an je pense… Cet album est incroyablement ambitieux d’un point de vue artistique. Cet album, au lieu d’être composé de chansons séparées, a une structure calculée comme une seule unité qui s’enchaîne. De surcroît, il s’enchaîne avec les précédents opus avec à terme l’objectif de créer une discographie concept qui s’écoute d’un bloc… En fait on a été inspirés comme jamais, pour la compo et on a assez de matériel pour composer 3 excellents albums traditionnels… Nos plans sont d’une telle qualité qu’ils pourraient tous constituer de véritables « hits » assez catchy pour être des refrains imparables à la Grave Digger sur Excalibur. Vu cet incroyable état de grâce que l’on a traversé on a décidé de proposer quelque chose de totalement énorme. Concernant plus précisément la musique, effectivement, il va être difficile de faire plus extrême que The Supreme Aggression mais nous effectuons un gros travail au regard du son que l’on obtient, après chacune de nos réalisations studio afin de prolonger notre effort vers la violence musicale. Nous travaillons en étroite collaboration avec notre producteur /ingé. son, Yann, et l’on tire toujours des séjours en studio de précieux enseignements et de nouvelles idées pour aller plus loin dans la violence musicale. Pour chaque album nous développons un concept dans les arrangements afin d’atteindre la violence maximale. Avec le premier album le concept était d’utiliser l’extrémisme et le contraste entre les parties inhumainement rapides et intenses et des parties très courtes et très lourdes soutenues par un sous accordage en la. Le tout étant aidé par les possibilités offertes par l’utilisation de percus électroniques. Et comme le titre l’indique, nous avons voulu insister sur les possibilités qu’offraient les nouvelles technologies en matière de violence. Le concept du deuxième tourne autour de l’intensité et de la vitesse maximale. On a aussi laissé libre cours à notre technique. Je crois que c’est le contraire d’un de ces albums « matures » que font les grands groupes au bout de quelque temps de carrière et qui essaient de vendre encore plus et déçoivent toujours car sont en fait plein de compromis et de compromissions… Nous avons voulu insister cette fois non pas seulement sur l’utilisation des nouvelles technologies pour aller plus loin dans la violence mais sur le mélange de l’humanité et des nouvelles technologies qui est la clef de cette agression suprême qui a donné le nom à l’album. Le concept du troisième album tourne autour de la puissance, élément primordial de la violence musicale Nous adoptons pour cela, des plans rythmiques très saccadés et martiaux et en même temps toujours aussi rapides (mais pas plus car il est impossible d’aller plus loin que le deuxième album dans ce domaine) ce qui par la même occasion souligne encore la vitesse de notre groupe, qui est l’une de nos armes principales, L’album sera donc en permanence incroyablement martial, un peu comme sur l’intro du morceau « Leaving The Grave Of Submission » qui est l’une de nos grandes satisfactions sonores de notre deuxième album et qui a servi de base à l’élaboration du concept de ce troisième opus. L’ensemble de ce disque insistera cette fois sur la puissance des pouvoirs psychiques. Côté technique, nous avons suivi la personne que j’envie le plus d’un point de vue technique musicale, Tony MacAlpine, en adoptant des guitares sept cordes. Cela nous offre des possibilités nouvelles en solo comme en rythmique à l’image de ce que fait le sieur Mac Alpine. IX) Depuis « Inhuman Violence », votre premier album, vous êtes en étroite collaboration avec l’excellent et très authentique label français Dead Sun Records. Quels critères ont orientés ce choix initial au milieu des nombreuses sollicitations que vous avez visiblement reçues à l’époque ? C’est l’absence de clauses sur la direction artistique ou idéologique et la très large distro mondiale qui nous ont décidé. Là où il est fort JF, c’est qu’on est distribué partout dans le monde et ça tue de faire des interviews pour des mags de Singapour ou du Pérou. En fait Deadsun offre une distro nettement plus large que certains autres labels biens plus gros financièrement… Comment percevez vous le travail acharné et passionnel de Jean François ? Ses autres signatures ? Ses projets actuels (Flesh Divine) ou passés (Le regretté Gurkkhas) ? Gurkkhas c’était vraiment cool et bien fait, avec un son énorme, ça faisait vraiment mega prod, ça sonnait ambitieux et très respectable. De Flesh Divine je ne connais qu’un morceau de 1mn 56 donc je peux pas juger mais le son est beaucoup plus petit. Ca sonne plus underground, moins ambitieux quoi mais le riff dont je me rappelle était efficace ainsi que le chant et j’ai vu d’excellentes chroniques donc c’est que ça doit le faire… Dans les autres signatures, de Deadsun, y a des trucs qui le font comme Dark Legion, l’excellent Recueil Morbide, Horrid, dans une moindre mesure Merendine Atomiche en tout cas pour ces derniers, Jeff Waters s’est bien foutu de leur gueule avec le solo de merde qu’il leur a fait… C’est le moins bon truc du morceau. C’est assez incroyable vu qu’il est très bon guitariste. Enfin pour le prochain, s’ils veulent des guests solo, ils feraient mieux de m’appeler, car même en une prise, bourré, enfumé, en impro, en matant un film de cul, dans le noir, par -25 °, je ferais mieux… Même notre chanteur/clavier qui ne joue que de la sèche ferait mieux… X) Lex Talionis est une formation française et, comme c’est bien souvent le cas au sein du Metal Extrême hexagonal, l’intégralité de vos textes sont écrits dans la langue de Shakespeare. Pourquoi un tel choix ? Pour rendre votre message plus universel et moins élitiste dans la forme ? Par commodité ? … ? En France, le metal n’existe pour ainsi dire pas. Le public n’en a rien à foutre d’un groupe de heavy, même AC/DC c’est trop brutal pour les gens. En plus, on passe pour des débiles plus ou moins nazis tout ça parce qu’il y a des grosses guitares et une grosse voix alors franchement on préfère s’adresser à notre public qui se situe à l’étranger principalement dans les pays de l’Est, en Allemagne et en Amérique du Sud. De plus, notre culture metal s’est faite avec Manowar dont on adore les paroles éminemment philosophiques et on voulait retrouver l’esprit typiquement metal que possède ce groupe culte dans certaines tournures de phrases de Lex. XI) Dans une de vos interviews,
j’ai pu lire que par votre entité, vous êtes désireux
d’apporter au Metal une infime partie de ce qu’il vous a apporté. Le heavy metal est vraiment le style musical et le style de vie qui me correspond le mieux. J’ai eu beaucoup de chance de le découvrir. Je pense que j’étais metal avant même de connaître cette musique car j’y ai découvert des sentiments que j’avais toujours ressenti. Le metal est une musique profondément puissante, c’est ce qui m’a attiré dans ce style. Quand j’écoute un bon morceau de metal, je me sens invincible, j’ai l’impression que rien ne peut m’arrêter, j’ai envie de me balancer contre les murs pour les détruire et cela même si l’instant d’avant je me sentais minable… Comme j’ai toujours été fasciné par les actes de bravoure, le dépassement de soi, le metal m’était destiné. Quand j’ai un truc à accomplir et que je ne m’en sens pas capable, je m’écoute un morceau de metal comme « Blinded By Fear » d’At The Gates et là, je lance un énorme « je t’encule » à l’adversité et rien ni personne ne peut m’arrêter… Grâce au metal j’ai fait des trucs que jamais j’aurais pu faire sans. J’ai enduré sans broncher des épreuves uniquement parce que l’écoute de Metal m’aidait… Je crois que c’est un peu pareil pour les autres, c’est pour ça qu’on essaie d’apporter une petite avancée au Metal. Notre contribution consiste en l’exploration des limites les plus reculées de la violence exprimée par le Metal. Notre plus grande récompense c’est qu’un type dans le monde écoute un de nos morceaux et ressente ce qu’il cherche d’un bon morceau de Metal comme ça nous est arrivé à nous à l’écoute d’autres groupes. Pensez vous que d’autres styles musicaux puissent êtres aptes à dégager autant de sentiments et susciter autant de passion ? Je ne sais pas si je suis vraiment apte à te répondre car je ne connais bien que le Metal. Le Metal est le style le plus mal vu ( à part peut être la oi et la rac mais ces trucs sont très nuls musicalement) et en plus ça évoque des sentiments très puissants, il est donc possible qu’il déclanche des passions plus sincères que les autres styles car de surcroît, il est impossible d’y faire fortune. Pour ce qui est de l’évocation des sentiments j’espère pour les autres (et pour moi-même si je les découvre) que d’autres styles peuvent en dégager autant que le Metal. Quelles vues avez vous sur la pierre que vous avez apportés à l’édifice avec vos œuvres ? Comme j’ai jamais entendu un album aussi violent que les nôtres, je pense qu’on est sur la bonne voie pour apporter une contribution… XII) Voici venu le moment de terminer cet entretien. Je vous laisse ce dernier espace d’expression pour que tout ceci soit définitivement dit et prenne acte : Merci pour cette interview, c’est la plus fouillée à laquelle j’ai répondu jusqu’à présent. Si vous êtes de vrais fan de metal, que vous n’en avez rien à foutre des modes, et que vous cherchez à découvrir un nouveau stade de violence musicale, je vous invite tous à acheter ou au moins écouter notre dernier album « The Supreme Aggression ». Pour la violence, vous serez servis, c’est l’ultime expérience en la matière. Soyez sûrs que vous n’aurez aucun autre CD semblable dans votre discothèque. Contact : DeadSun Records |