Entretien avec Lord Naggaroth

I) Hail Lord Naggaroth ! Je commence à bien connaître l’underground de notre morbitaire Lorraine et, en conséquence, la sombre entité qu’est Devilish Era, mais, pour ceux et celles à qui cela ferait encore défaut et, pour commencer cette interview dans les règles de l’art, pourrais-tu exposer le parcours de la bête, de ses tout premiers fondements jusqu’à ce qu’elle est aujourd’hui; Revenir quelques instants sur les anciens projets que furent Fjalar et Pagan Grief; Et apporter quelques éclaircissements sur les raisons qui t’ont amenées à opter pour le nom “Devilish Era” comme bannière de combat ?

Hail à toute l’équipe de Resistancia Underground ! DEVILISH ERA est né à la fin de l’année 1998 sous la forme d’un duo : moi-même, Lord Naggaroth (guitares / chant) et Viscount Krantar (guitares / basse / drums machine). Nous avons auparavant toujours joué ensemble dans différentes formations depuis l’âge de 13 ans tu te rends compte ? La première démo de DEVILISH ERA s’intitule Winds of Hatred et voit le jour en 1999. Cette démo comporte deux parties : 4 titres de 1999 et 3 titres de 1998 (sous le nom de FJALAR). Les échos furent plutôt bons car même si notre musique semblait naïve et maladroite, je trouve que pour des gamins de 16 ans, on s’en sortait vraiment pas trop mal eh eh ! Malheureusement, Krantar décide de quitter DEVILISH ERA en 2000, son intérêt pour la scène extrême étant en constante perdition (je le salue au passage, lui qui vit à présent aux Etats-Unis). C’est depuis cette date que DEVILISH ERA est un one-man-band. J’ai donc enregistré des nouveaux morceaux, mais avec du recul, les compos ne me plaisaient plus. La démo devait s’appeler Eschatology, mais j’ai préféré regrouper les morceaux sur une split-tape avec mes anciens projets FJALAR et PAGAN GRIEF. Ce n’est qu’en 2002 que DEVILISH ERA sort sa véritable seconde démo sous la forme d’un split-cd avec ZAGHURIM : il s’agit de Prolegomena to the Theory of Wrath. Les chroniques ont vraiment été plus que favorables dans l’ensemble. C’est donc en septembre 2003 qu’est sortie Under the Aegis of the Megathropist, la dernière démo en date de DEVILISH ERA, disponible en version cd-r limité chez Foedus Aeternus Distro et en format tape pro-cover chez DUKE. Voilà en gros ce qu’il faut retenir de l’historique du groupe.

Pour ce qui est de mes anciens projets FJALAR et PAGAN GRIEF, je crois que c’est la première fois qu’on s’intéresse à eux dans une interview eh eh ! En fait, FJALAR est l’ancêtre de DEVILISH ERA. Les seuls morceaux de l’ère FJALAR que tu pourras trouver figurent sur cette fameuse split-tape dont je t’ai parlé tout à l’heure, ainsi que sur la seconde partie de Winds of Hatred. Quant au changement de nom de groupe, impossible de te donner une raison valable ! Je n’ai plus aucun souvenir ah ah ! Peut-être que FJALAR ne marquait pas assez l’esprit, contrairement à DEVILISH ERA qui semble plus accrocheur. Enfin, en ce qui concerne PAGAN GRIEF, il s’agit de mon premier véritable groupe de black-metal ! Je n’étais qu’un jeune con de 14 ans et je jouais déjà du black-metal ! Il n’existe qu’une seule démo-tape qui s’intitule A Bewitched Doom. Franchement, ceux qui possèdent cette tape ne doivent pas être nombreux ! Nous avions également réalisé une vidéo ultra culte ! Seuls quelques privilégiés ont pu la regarder eh eh ! Cela dit, malgré notre jeune âge, nous étions plutôt créatifs !

II) D’après ce que j’ai cru comprendre, l’art de Devilish Era a énormément évolué avec le temps. Etant désormais le seul et unique maître à bord, comment pourrais-tu expliquer ce passage du Black Metal classique des origines à un mode d’expression et un feeling beaucoup plus personnel et original mêlant influences scandinaves de tradition et apports beaucoup plus modernes et atypiques ? D’ailleurs, les mots me manquant, comment définirais-tu toi même la substantifique moelle de ton art ?

Dans quel état d’esprit te trouves-tu en phase de création pour atteindre un résultat à la fois si touchant dans sa nostalgie et si monstrueux dans son insanité ?

A l’époque de Winds of Hatred, nous étions encore jeunes comme je te l’ai dit. Krantar et moi-même ne jurions que par le black traditionnel, d’où cet attachement à la scène scandinave. Mais lorsque je me suis retrouvé seul, j’ai peu à peu « mûri musicalement ». J’ai commencé à incorporer d’autres éléments beaucoup plus « atypiques » comme tu le dis si justement. Cette évolution s’est faite naturellement, je ne saurai donc t’expliquer exactement pourquoi ce feeling personnel est apparu dans mes compos. Mais attention, DEVILISH ERA relève toujours du domaine du black-metal ! Je n’ai pas de définition précise, c’est plutôt à l’auditeur de la suggérer.

Dans quel état d’esprit je me trouve quand je compose ? Les riffs me viennent facilement lorsque je me retrouve face à face avec moi-même. Face à face avec mes angoisses, ma haine, ma colère, mes peurs et mon aversion envers la religion. Il en est de même lors de la phase d’écriture de mes textes. DEVILISH ERA propose une musique très personnelle. Je suis musicalement égoïste.

III) En parlant de Devilish Era dans sa forme actuelle, « Under The Aegis Of The Megathropist », ta dernière et très recommandable démo tape en date, est sortie il y a quelques mois chez D.U.K.E.

-Avec désormais le minimum de recul nécessaire à l’appréciation de toute œuvre, quel regard objectif et critique portes-tu sur celle-ci ?

-D’un point de vue plus large, quel accueil a reçu ce « Under The Aegis Of The Megathropist » ?

-Peut-on dire que ceux qui étaient restés dubitatifs face à « Prolegomena To The Theory Of Wrath », ton excellent Split avec le non moins excellent Zaghurim, ont enfin révisé leurs positions ?

Huit mois après sa sortie, je trouve que Under the Aegis of the Megathropist aurait pu avoir un impact bien plus important si la prod’ avait été davantage soignée. C’est évident que je ne peux pas faire de miracles avec mon modeste matériel, mais j’aurais dû miser sur le mixage de la démo. De plus, l’intro ainsi que l’outro me paraissent beaucoup trop longues. Mais bon, je suis satisfait dans l’ensemble.

Malgré ces points de détail, les chroniques qui me sont parvenues ont été plutôt enthousiastes. Pour te dire la vérité, je n’ai pas reçu une seule chronique négative à ce jour ! Soit les gens sont hypocrites (ce qui ne m’étonnerait pas), soit la démo sort vraiment du lot. Qu’il s’agisse de zines français, italiens, danois ou belges, les réactions furent carrément encourageantes. J’espère que ça continuera comme ça.

Par contre, de là à savoir si ceux qui sont restés dubitatifs face à Prolegomena to the Theory of Wrath pourront apprécier Under the Aegis of the Megathropist, je n’en sais strictement rien. Et à vrai dire je m’en fous. Si les gens aiment ou n’aiment pas, je m’en tape. Tout ce que je peux te dire, c’est que Under the Aegis comporte moins d’éléments expérimentaux que Prolegomena. Peut-être que les puristes apprécieront davantage…

IV) Il semblerait que l’avenir soit d’ores et déjà planifié pour Devilish Era puisqu’un autre Split devrait voir le jour dans les mois à venir, Split partagé avec un groupe dont je ne connais encore rien.

-Peux tu corriger cette infamie en en dévoilant plus sur ce nouveau compagnon d’armes et son art ?

-Comment s’est décidée et planifiée une telle alliance et quelle va être l’ampleur de vos participations respectives ?

-J’ai entendu parler d’une reprise pour Devilish Era mais rien n’est vraiment sur en ces jours où commérages et rumeurs sont le quotidien de notre scène ?

Non, il ne s’agit pas de rumeurs ! Un split DEVILISH ERA / ONDAAND devrait bel et bien sortir pour la rentrée 2004. ONDAAND est un groupe de black-metal parisien. Je ne connais que le chanteur (Hail L’Ennemi) qui vient d’ailleurs d’intégrer la rédaction de Foedus Aeternus Zine, fanzine dont je suis le créateur. ONDAAND pratique un black-metal hypnotisant, inquiétant, nécrosant. Notre alliance s’est faite naturellement. Nous avions évoqué cette éventualité lors d’une conversation téléphonique, et ça s’est décidé ainsi.

Cette split-démo aura ses spécificités : il s’agit d’un « war-split ». En fait, chaque formation propose 3 titres : une reprise de l’autre groupe, une reprise d’un groupe « connu » et un nouveau morceau. Pour DEVILISH ERA, je reprendrai donc un titre de ONDAAND (je ne sais pas encore lequel), un titre de BURZUM (Det Som En Gang Var qui a déjà été enregistré), et un tout nouveau morceau. Quant à ONDAAND, ils reprendront The Satirical Enigma (d’une façon originale paraît-il), une cover de PRIMORDIAL aux dernières nouvelles, et également une nouvelle compo. L’objet sortira dans une version strictement limitée à 66 exemplaires dans un boîtier en inox avec logos gravés ! Espérons que tout se passe comme prévu.

V) Conceptuellement, Devilish Era me laisse un peu les mêmes impressions que Zaghurim, à savoir quelques chose de difficilement accessible de premier abord bien que visiblement entouré d’une certaine sémantique anticléricale beaucoup plus évidente. Si un nom de démo tel que « Winds Of Hatred » était plus qu’explicite, on ne peut pas en dire autant pour les plus récents « Prolegomena To The Theory Of Wrath » et « Under The Aegis Of The Megathropist » ; Je t’invite donc, si tu le veux bien, à nous exposer plus en profondeur les fondements de la chose, tes influences et inspirations.

Tu as entièrement raison de souligner le fait que mes intitulés de démos semblent difficilement abordables. Là où Winds of Hatred se voulait explicite, l’auditeur est amené à s’interroger sur la signification des œuvres suivantes et sa propre interprétation est donc la bienvenue. Le mot « prolégomènes » (notion qui n’existe qu’au pluriel) est propre au raisonnement philosophique. Il s’agit d’un ensemble de présupposés, d’hypothèses ou de données diverses et variées qui servent à introduire une théorie. Et dans le cas présent, il s’agit de la – ou plutôt de ma – théorie du courroux (Theory of Wrath). Nombreux sont les fondements de cette colère : absurdité de la religion, balourdise de l’être humain, inanité de l’existence.

Quant à Under the Aegis of the Megathropist (que l’on peut traduire par « sous l’égide du Mégathrope »), il s’agit d’un concept beaucoup plus personnel. Le terme Mégathrope n’existe pas à proprement parlé (le terme Méganthrope existe quant à lui), il s’agit en fait d’un néologisme de ma part (à moins que ce terme n’ait déjà été utilisé auparavant). Cette notion paraît purement impalpable : c’est la représentation mentale du souverain-dieu – figure titanesque toute-puissante régnant sur le monde – engendrée dans l’inconscient de chacun d’entre nous. Les Chrétiens ont leur Mégathrope : Dieu. Chacun a son propre mode de représentation. Mon Mégathrope à moi n’est autre que moi-même. L’athéisme n’en est que l’éclatante illustration. L’intitulé du prochain DEVILISH ERA (celui qui sortira après le split avec ONDAAND) sera également énigmatique pour ceux qui ne parviennent pas à se calquer sur mon mode de représentations mentales. Le terme Ego-Worshipers constituera un des éléments-clés de cet intitulé.

Quant à mes inspirations, je n’en ai aucune : inutile de faire preuve de psittacisme en répétant ce que d’autres ont déjà dit. Je puise tout dans mon imagination, dans mes convictions, dans mes fantasmes, dans ma haine.

VI) En s’éloignant un peu de Devilish Era, tu mènes également de front un certain nombre de projets parallèles. Outre Zaghurim que tu partages avec Count Azazel (Necrofurya / Satanachia), il y a tout d’abord Krazumpath.

-Comment induirais-tu ce rejeton indecrottablement underground pour ceux et celles qui n’auraient pas encore eu la présence d’esprit de s’y intéresser ?

-En la forme, le moins que l’on puisse dire est que l’on touche ici de près la substance originelle du Black Metal. D’où t’est venu le besoin d’enfanter quelque chose d’aussi raw et primaire, d’aussi contrasté avec la subtilité perverse et labyrinthique de Devilish Era ou Zaghurim ?

-Enfin, il semblerait qu’il y ait du mouvement à l’heure actuelle dans Krazumpath avec l’intégration d’un nouveau membre et un changement d’orientation musicale, vers des cieux un peu plus catchy ! Quelques précisions ?

L’idée de vomir KRAZUMPATH m’est venue par hasard. Luc Mertz de ZBT souhaitait sortir une split-tape avec ZBT, NECROFURYA et DEVILISH ERA. Mais mes compos du moment ne sonnaient pas du tout comme du DEVILISH ERA, j’ai donc décidé de sortir ça sous un autre nom : KRAZUMPATH (notion qui ne rime à rien, à l’image de notre existence en fait). Musicalement beaucoup plus raw que DEVILISH ERA, ce projet se veut bien plus « explicite ». Là où DEVILISH ERA constitue un subtil vecteur de blasphèmes argumentés, KRAZUMPATH n’est qu’une bouillie d’impiétés mécréantes déféquées à la gueule de Dieu. Rien n’y est justifié, tout est gratuit.

Le besoin d’enfanter cette entité me permet de vider mon sac blasphématoire là où je me sens obligé de me contenir – ou plutôt de me justifier – dans DEVILISH ERA. Parmi ces deux projets, l’un semble plutôt amphigouriquement recherché, l’autre odieusement détestable par son manque de finesse.

Enfin, pour conclure le chapitre KRAZUMPATH, il est bon de préciser que l’heure des changements et du mouvement a bel et bien sonné ! Cette délétère entité compte un nouveau membre depuis quelques semaines : il s’agit d’Olivier (guitariste de SUFFEREIGN et également indispensable associé dans Foedus Aeternus Zine). Son arrivée coïncide avec un changement d’orientation musicale : KRAZUMPATH sonnera beaucoup plus thrash/black ! Je peux d’ores et déjà te communiquer certains titres de la prochaine démo (qui n’est pas prête de sortir d’ailleurs) : Horny Mary 666, Wide-Open Whore-God, Anti-Valborg Legions. Cette démo s’intitulera Crush Your Balls Against Mary’s Tits. Un titre on ne peut plus explicite…

VII) Plus récemment et en collaboration avec Luc Mertz (est-il encore utile de le présenter !!!!), tu as donné naissance au projet Wolok.

-Sur les bases de quels désirs et pulsions a pu naître une collaboration aussi privilégiée ?

-Quel état d’esprit a guidé le processus de création de « Universal Void » pour atteindre un résultat aussi saisissant dans sa disharmonie et son insalubrité ?

-Enfin, tout comme mon camarade Sperm. S. l’a demandé à Luc Metz à ton égard, comment perçois-tu, de ton coté, l’œuvre immense accomplie par celui-ci, sa démarche des plus obscures et son état d’esprit ?

WOLOK est né un peu de la même façon que KRAZUMPATH : c’est le fruit du hasard. Un jour, Luc m’a téléphoné pour me faire part de son désir de monter un nouveau projet avec moi ! Au bout de 20 années « solo » au service de notre art, il a finalement éprouvé le besoin de jouer avec quelqu’un d’autre ah ah !! Au début, nous souhaitions évoluer dans un style proche de celui d’ABRUPTUM. Mais au final, lorsque l’enregistrement des versions instrumentales fut accompli, le résultat s’en retrouva totalement différent. Luc a alors enregistré ses parties de chant, et notre première démo Universal Void était née. Notre collaboration peut être qualifiée d’optimale. Malgré les années qui nous séparent, nous avons exactement le même mode de pensée, les mêmes goûts, les mêmes opinions. Nous sommes sur la même longueur d’onde et je peux te dire que Luc est l’une des personnes les plus sympathiques et intéressantes que je connaisse. Rares sont ceux qui lui arrivent à la cheville. Sa modestie en est d’autant plus exemplaire ; jamais tu l’entendras se la jouer comme beaucoup d’autres se plaisent à le faire. C’est quelqu’un de simple et d’authentique. 

Pour ce qui est du processus de création de Universal Void, il peut être qualifié de « très spécial ». Je compose toute la musique de mon côté, enfermé et cloisonné dans mon antre. Puis j’envoie la version instrumentale à Luc qui appose alors ses parties vocales. Tout ce processus s’effectue sans même que nous nous voyions. Le résultat est là : du black-metal suicidaire, répugnant, divinement repoussant.

Quant à l’œuvre accomplie par Luc depuis 1983 (date à laquelle sa première démo est sortie), je crois que tout a déjà été dit : il est le Quorthon lorrain ! La scène hexagonale se doit de le respecter ! Ses compos sont uniques (lorsque tu écoutes ZARACH BAAL THARAGH, tu reconnais immédiatement sa touche personnelle). Ses autres projets de musique ambiante (dont le plus connu se nomme STIGMA DIABOLICUM) sont, pour moi, ce qu’il y a de meilleur en France depuis toujours dans ce style. Je n’exagère pas ! Lorsque tu écouteras STIGMA DIABOLICUM, je t’assure que tu feras dans ton froc ! Luc est une figure vivante de l’underground français. Que tout le monde se prosterne devant lui !

VIII) Comme nous venons de le voir, tes projets abondent et il est indéniable que tu es un musicien très prolifique, inspiré, diversifié et surtout doté d’un potentiel de composition très personnel. A ce titre et par pure curiosité, quelles œuvres abreuvent ta play-list du moment ?!

Merci du compliment ! Et bien en ce moment, je suis accro à Pathetic Being de SCEPTIC (death technique polonais). Cet album est tout simplement magistral. Le dernier ONDSKAPT passe pas mal en boucle également. Death Pierce Me de SILENCER m’a vraiment troué le fion. Un des meilleurs albums de black-metal qui soit sorti ces 5 dernières années. Dommage que le groupe n’existe plus puisque le chanteur s’est récemment fait interner en asile psychiatrique. Le dernier WATAIN est aussi somptueux. Sinon, en vrac, il m’arrive souvent en ce moment d’écouter les derniers VOMITOR, MAZE OF TORMENT, NOMINON ou encore ROTTEN SOUND. Dans un registre plus « abordable », j’ai carrément adoré les dernières œuvres de KATATONIA, OPETH et ANATHEMA.

IX) Au-delà de tes activités de musicien, tu es également investi dans l’underground via l’association Foedus Aeternus où tu t’occupes il me semble, du zine du même nom.

-Quelles motivations ont été à l’origine de cette épopée collective ; Epopée qui, je l’imagine, ne doit pas toujours être de tout repos du fait de l’implication qu’elle suppose !?

-Comment perçois-tu à ce jour le chemin déjà parcouru par Foedus Aeternus que ce soit pour la prod et la distro ou pour le zine et l’organisation des concerts ? Pour l’avenir ?

En fait, le fanzine est né bien avant l’association ! En juin 2001, je fondai Foedus Aeternus Zine. Je suis resté plus d’un an et demi seul aux commandes de ce projet avec succès. Mes motivations se résumaient à mon envie de soutenir les groupes de métal extrême qui le méritent. Ce n’est qu’en septembre 2002 que Stéphane (guitariste de NECROFURYA) s’est proposé de créer l’association Foedus Aeternus. En plus du zine, nous souhaitions promouvoir notre art via d’autres vecteurs (liste de distro et concerts principalement). Fin 2003, Olivier (guitariste de SUFFEREIGN et nouveau membre de KRAZUMPATH donc) a rejoint les rangs de Foedus Aeternus Zine en tant que second membre officiel ! C’est lui qui s’occupe de tout ce qui est mise en page, graphisme, etc. Son boulot est tout simplement faramineux. Enfin, il y a quelques mois, un troisième membre est venu s’intégrer au zine : il s’agit de Thibault (leader de ONDAAND). J’ai vraiment pris soin de m’entourer de personnes compétentes pour faire avancer FAZ. Et je crois que je suis tombé sur les meilleures personnes qui soient ! Chapeau bas à ces deux passionnés qui feront grandement avancer mon – ou plutôt notre – magazine !

Quant au chemin parcouru jusqu’ici, je crois que je peux en être fier. Jamais je n’aurai pensé, il y a trois ans, que Foedus Aeternus Zine irait aussi loin. Quand j’entends Kurgan de DUKE dire que FAZ est le meilleur canard (rédigé en français) de l’hexagone (même si je persiste à dire qu’il exagère), je ne peux que continuer cette aventure avec un plaisir maximal ! Je tiens bien sûr à remercier du fond du cœur toutes celles et ceux qui ont soutenu le zine depuis ses balbutiements. Sinon, en ce qui concerne la liste de distro et les concerts, c’est plutôt Stéphane qui gère tout cela. Et comme il consacre énormément d’énergie à sa vie personnelle (son boulot, sa femme, son fils et son groupe aussi), il n’a plus vraiment le temps d’organiser des gigs. En juin 2003, il a organisé un festival dans son village, mais depuis, il n’a pas vraiment eu le temps de se consacrer à ce genre d’évènements. Par contre, notre distro a vraiment de la gueule maintenant, et Stéphane en est le principal artisan ! N’hésitez pas à le contacter pour qu’il vous maile notre liste ! Les prix sont plus qu’honnêtes ! Enfin, dernière précision, le site de l’association Foedus Aeternus sera bientôt en ligne ! Je n’en dis pas plus pour le moment.

X) Puisque l’on parle de ce qui est sans nul doute l’une des plus grosses structures underground de l’Est de la France, comment ne pas évoquer le combat passionnel que tu mènes pour promouvoir le Metal Extrême Lorrain ! (Ah la Lorraine ! Terre de mes ancêtres à laquelle, tout comme Sperm. S., il m’arrive parfois de songer avec nostalgie !)

Ces dernières années ont vraiment été l’occasion pour moi de me rendre compte de l’ampleur de cette scène ! La compilation réalisée par tes soins il y a déjà quelque temps est d’ailleurs très exhaustive sur ce point mais je reste persuadé qu’il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg !

XI) Comment présenterais-tu ce véritable vivier de l’art noir aux profanes ?

-La galette précédemment évoquée aura-t-elle vocation à recevoir des suites à l’avenir ?

Euh, Foedus Aeternus est vraiment loin d’être une des plus grosses structures de notre région eh eh !! Il existe des associations bien plus importantes que la nôtre. Cela dit, tu fais bien de souligner le fait que la Lorraine regorge d’excellentes formations, tous styles confondus. Les groupes de black-metal sont de qualité (ZBT, FUNERAL HOLOCAUST, PANZERFAUST, et beaucoup d’autres encore), les formations de death/grind ont de quoi faire pâlir certains pays réputés pour ce genre musical (jetez plutôt une oreille sur ORGAN HARVEST, SUFFEREIGN, DVORHEAD, KRONOS, et un des meilleurs groupes français tous styles confondus : DUNGORTHEB), sans oublier les scènes heavy, speed et thrash qui ont également leurs représentants (RAZOR BLADE, INSANE , etc). Notre région est riche en bonnes surprises et il serait temps que les ignares commencent à s’y intéresser sérieusement !

Et puisque tu fais allusion à la compilation Foedus Aeternus – Metal Extrême en Lorraine que j’ai réalisée l’année dernière, j’ai été un peu déçu de ses retombées plutôt discrètes. Peu de gens se sont procurés cette galette, bien que les chroniques furent bonnes dans l’ensemble. Mais je pense qu’un second volet verra le jour sous peu.

XII) Pour changer un peu de contrées, j’ai cru comprendre que tu te trouvais actuellement en Scandinavie et plus particulièrement en Suède. Je suppose que le passionné que tu es n’a pas dû hésiter un instant à t’imprégner du terroir métallique local !

En conséquence, la scène actuelle de ces terres pionnières est-elle réellement morte et enfermée dans ses stéréotypes comme beaucoup le prétendent (nous les premiers…) ou au contraire peut-on toujours y trouver des joyaux brillants encore dans l’ombre des légendes devenues clichesques ?

J’habite en effet à Uppsala (à 70 bornes de Stockholm) en Suède depuis le mois de janvier 2004 et ce jusque début juin. Et je peux te dire que la scène black-metal est bel et bien morte ici. Hormis WATAIN qui est vraiment un groupe excellent, la scène locale est carrément pauvre. A l’échelle nationale, tu trouveras quelques formations qui sortent vraiment du lot (ONDSKAPT, MAZE OF TORMENT, etc), mais le black-metal a rendu l’âme ici. Par contre, je ne compte plus les groupes de death et de thrash qui m’ont littéralement collé au mur ! La plupart des gens s’imaginent que tous les groupes suédois jouent du death-metal mélodique à la IN FLAMES, mais ce n’est pas vrai ! L’heure est au brutal death ! J’ai découvert de purs joyaux du genre : NOMINON (death/thrash aux accents black, une pure tuerie), DEVIANT (les CRYPTOPSY suédois !), DEFLESHED (le groupe incontournable d’Uppsala, une grosse claque de death/thrash brutal), etc. De plus, il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait un concert dans le coin (surtout à Stockholm). En conclusion, même si les groupes de black-metal sont aux abonnés absents, la scène suédoise a encore de beaux jours devant elle ! Et que l’on ne vienne pas me dire qu’il n’existe que des clones de IN FLAMES !

A part ça, le pays est assez sympa, mais comme je le dis souvent, c’est lorsque l’on se retrouve dans un autre pays que l’on se rend compte que la France est un pays formidable. Tu sais, il y a beaucoup de choses qui clochent ici en Suède (le monopole de l’Etat sur l’alcool, la division de la population sur la question de la monnaie unique, la hausse du chômage, l’omniprésence de l’Etat, la croissance de la délinquance, etc.). Tout n’est pas aussi rose que l’on pourrait le croire. Cela dit, j’aurai un petit pincement au cœur lorsqu’il me faudra quitter ce pays où j’ai malgré tout pris mes habitudes.

XIII) Cette intie touche à sa fin camarade ! Un dernier mot pour conclure à ta guise et éventuellement souligner certains points que j’aurais honteusement négligés ?

Je ne saurai jamais comment te remercier pour tout le soutien que tu voues à mes projets ! Merci infiniment à Resistancia Underground ! J’espère que votre webzine s’imposera comme l’un des meilleurs de notre hexagone ! Vous êtes vraiment loin devant la plupart des autres webzines du fait de la qualité de votre rédaction (vos chroniques sont uniques) et du choix des groupes interviewés ! Longue vie à vous !

Quant à ceux qui ne possèdent toujours pas le dernier DEVILISH ERA, il serait temps de se bouger le cul ! Mon site est également mis à jour régulièrement, donc n’hésitez pas à venir y faire un tour : http://devilishera.free.fr.

Hailz & Fukk !

DEVILISH ERA
C/o GERMAIN Eymeric – 50, rue St Agathe
57190 Florange - France