
J’ai toujours eu la profonde et intime conviction que, mis à part pour tout ce qui gravite de prés ou de loin autour de Nuclear Blast, la scène germanique est l’une des plus conservatrice et traditionaliste au monde. Ce one man band, dirigé d’une poigne de fer par Ulfhednir et, signé chez le très honorable No Colours records, est un exemple incontestable de cet intégrisme si particulier et respectueux de nos racines. En introduisant ce premier album dans votre platine, abandonnez donc tout espoir d’y trouver les extravagances actuelles et désolantes qui, sous prétexte d’évolution, ne contribuent qu’à traîner dans la boue la divine substance du Black Metal. Dans les méandres de cet « Hoffnungstod », point d’orchestre symphonique rutilant contrairement à ce qui semble être à la mode depuis un certain temps ; Point de breaks et sonorités electros gavées aux narcotiques ; Point d’expérimentations et émulations vocales pompeuses ; Point de synthés intimistes semblant tout droit sortis de je ne sais quelle alcôve chaleureuse et suintante de foutrine ; Point d’arrangements subtils ou d’énorme prod à en renvoyer Nergal dans les jupons de sa mère…etc…etc… Bien au contraire, les premiers souffles du track d’ouverture annoncent de façon froide et implacable un long périple vers un dénuement des plus total. Ce dépouillement funeste et radical suivant son cours, je pense que je ne surprendrais pas les personnes qui possèdent la galette ou, ceux qui ont déjà lus d’autres reviews à son sujet, en disant qu’il me semble difficile de ne pas penser, de façon quasi instantanée à Burzum (à moins d’avoir douze ans, d’être passé hier du neo au BM et, d’imaginer que le summum de l’élitisme, de l’underground et de la pureté originelle résident dans les albums de merdes de groupes tels que Mystic Circle, Morgul, Opéra IX … !!!). C’est ainsi que les puristes , forcément nostalgiques en ces âges répugnant, retrouveront non sans plaisir ce minimalisme savant et antique qui a transcendé depuis bien longtemps la bête de Varg Vikernes au Vahalla. Les cordes au sens général évoluent en conséquence selon une ligne de conduite qui fait bien évidemment abstraction de toute technique et qui prône la régression. Ulfhednir articule son art autour de riffs hautement primitifs et répétitifs et, d’arpéges très rustiques mais profonds car jouant avec efficacité sur le fuzz hypnotique des saturations à la manière de certains plans de « Hvis Lyset Tar Oss ». Les percussions sont à mille lieux de la frénésie débilisante et sans âme des derniers Marduk, Setherial ou autres Dark Funeral. Ces dernières s’expriment avec une lourdeur oppressante et simpliste très appropriée pour conférer totalement aux cordes précitées la dimension nostalgique, glaciale et lancinante voulue. Les vokills sont ravagés par la haine ; Ils inspirent en tout instant une perforation de trachée artère et paraissent plus que jamais possédées par le spectre inhumain et propagandaire d’un Varg des premières heures. Enfin, le son est coulé dans le même moule cryogénique, monotone et suicidaire. Spirituellement parlant, Wigrid, de part des lyrics entièrement dévoués à l’agressivité du dialecte teutonique, nous met face à ce qui nous permet de garder la tête haute face à un monde répugnant qui n’est pas fait pour nous et dont nous ne voulons pas. Il n’est donc point question ici d’obscurs
cultes sataniques, de mythologie et légendes nordiques… Chez Wigrid,
tout n’est que nihilisme et misanthropie comme chez beaucoup de ses compatriotes.
N’oublions tout de même pas que Nietzsche était Allemand. Pour ma part, en tant qu’éternel adepte du one man band norvégien, je ne peut qu’apprécier « Hoffnungstod » et tout simplement le considérer comme un hommage respectueux ; Hommage de surcroît parfaitement assumé puisqu’il est évident qu’un certain détail de la cover renvoie sans équivoque à l’artwork de « Hvis Lyset Tar Oss ». Contact : Sperm. S. |