Putain, rien ne m’avait autant titillé le nœud depuis une certaine rombière qui, à mi chemin entre le veau marin et le plus joufflus idéal féminin de la Renaissance, s’évertua, par un alcoolique matin de juillet 2000, à pomper de tout son coffre, dans la chaleur édentée de son goitre, l’idole de ma virilité jusqu’à m’en faire rentrer les draps de ma couche dans le cul… C’est donc, sans plus attendre, qu’à force de malsaines rumeurs, de rampantes supputations et autres magnétiques cacophonies de comptoirs, je me risque, en mon âme et conscience, à l’expérience Stalaggh.
Alors que l’underground le plus globalement extrémiste ne paraît plus qu’être une ample et vaudevillesque mascarade frivole, se pavanant piteusement en un aussi rutilant que franchouillard élan de copinage marginal, une affabilité martyr à peine plus digne que les communautarismes ethno-religieux les plus autistes, où les paroles les plus inoffensives ont quasi définitivement remplacées les actes, Stalaggh en revient au concret même des choses. A l’image de son substantif n’ayant aucune espèce de signification humaine tangible [quoi que, à quelques lettres prés un parallèle avec un certain univers concentrationnaire serait envisageable…], ce projet visiblement né de l’alliance de membres influents des scènes Black Metal & Industrielles Germano-belge parés, pour l’occasion, d’un anonymat honorablement sibyllin, n’a que pour dessein avéré de détruire l’esprit de l’homme en le mettant face à la futilité de son existence, de manipuler son cercle auditif jusqu’aux plus irréversibles fractures ; Cela via un élixir imbriquant la haine, l’agressivité du Black Metal, l'ascétisme, la froideur de l’Indus, et, les ambiances sépulcrales de l’Ambiant… Nous sommes bien loin de la valeur thérapeutique quasi bienveillante que beaucoup semblent, à ce jour, accorder à l’Art Noir…
… Et, contrairement à bon nombre, notamment en matière de Metal Extrême, pour ne pas lénifier son aura se voulant terroriste via de simples simulacres de souffrance, de banals pastiches de folie, Stalaggh va s’octroyer les services subreptices de malades mentaux derrière les micros. Ainsi participeront sur ce « Projekt Nihil », premier volet d’un insoutenable triptyque prophétisé, un patient interné pour matricide et, une cachectique loque atteinte du syndrome de Borderline qui se donnera la mort peu de temps après les enregistrements… Enregistrements capturés, deux jours durant, dans un studio relié aux tréfonds d’un entrepôt désaffecté, théâtre des hostilités, s’étant soldé, pour le producteur, par un intrinsèque dégoût traumatique, et pour cause :
Tout ici ne consiste qu’en un insatiable crescendo improvisé, heurtant la raison humaine à un capharnaüm presque abstrus car dénué de tout repères cohérents, de tout points d’attaches rassurants… confrontant le douceâtre entendement de notre espèce à ses pulsions les plus odieusement viles, impulsivement animales, à ses instincts les plus cruellement effrayants, candidement refoulés. D’abord d’un bruitisme austère digne de la subversion industrielle la plus frugale & vaporeuse mais, paradoxalement gorgé d’effroi, de précipitation, tel le bruit-blanc loqueteux et aléatoire qui pourrait galvaniser la fuite d’une fillette sourde et aveugle laquelle, au crépuscule de je ne sais quelle extinction de masse, essayeraient de fuir, dans le friche poisseux d’une vieille aciérie, de libidineux maniaques évadés du premier Mad Max… le seul et unique track de plus d’une demi heure ici déféqué ne tarde pas à accueillir en ses entrailles des percussions plus asphyxiantes que le serait une overdose collective bercée par une transe shamanique, où surnagent de lointains hurlements, aussi incohérents qu’authentiques, insufflant les plus atroces venins d’âmes psychotiques qui, viandes écorchées dans la crasse obscurité de ce qui n’est plus qu’une chambre des tortures, tenteraient d’exorciser des années de frustrations chimiques, d’électrochocs aliénés, de claustrations cérébrales. Et, lorsque la tension chute en des abîmes plus ambiancés, comme dominés par les sinueuses dégénérescences d’un Kaoss-pad que l’on aurait abandonné aux mains d’un scrofuleux ; Par les vertiges d’un « The Banshee » de Cowell que le plus atroce des synthétiques projets de Luc Mertz tenterait, sous antalgiques, de reprendre depuis le confins des limbes les plus torves des dimensions intermédiaires ; Ou, par les derniers souffles d’un Melek Tha dans la plus décharnée de ses transcendances apocalyptiques… ce n’est que pour mieux ré-effleurer quelques improbables mesures plus tard, alors que la démence mentale sombre, lentement mais sûrement, vers la dévastation physique la plus incontrôlée, l’incident cardiovasculaire sonique en des fréquences rythmiques de plus en plus densément chaotiques, des sporadiques envolées de guitares ladres plus proches de la discontinue bouillie de larsens que ne le sera jamais un Emit, des sonorités bipolaires tantôt suraiguës, tantôt d’une gravité suffocante, si désagrégées, abstraites, maladives et pénétrantes de négativité qu’elles ne suscitent aucunes émotions concevables, des introspections verbale n’ayant de cesse de gagner en présence jusqu’à vous en pousser les encéphales à la nausée… cela jusqu’à la rechute finale aux allures de délivrance.
En définitive, comme ce fut le cas dans le passé avec Abruptum, bien que de façon moins avant-gardiste, il est difficile de ne pas considérer, d’une certaine manière, ce premier glaviot comme une expression abstraite de ce qu’est intrinsèquement le Black Metal d’un point de vue sensitif et, par là, comme un retour concret, brut, sans apparats échappatoires ou adoucissants, à sa quintessence même. Quoi qu’il en soit, si vous ressortez poissés, écœurés, et estropiés de son écoute, l'entreprise de Stalaggh a déjà fait son œuvre. Pour ma part, je m’attendais à beaucoup plus ultime et insoutenable, m’étant même surpris à m’assoupir en ses affres, mais, le pire reste à venir.

Un ans plus tard, vient l’heure de la récidive avec pour ambition manifeste de transgresser l'extrémisme vers l'intolérable le plus intense. Pour se faire, au mépris total de toute considération éthique, déontologique ou morale, les têtes pensantes du projet vont s’entourer non plus de deux liquéfiés du bulbe mais de quatre, dont une représentante de la gente féminine, ainsi que de deux batteurs, deux claviéristes et deux bassistes. Pour disposer d’un contrôle sonore et créatif absolu du seul, unique et long track de ce second miasme nihiliste, les enregistrements se feront en autarcie totale, sans le moindre appui d’un insipide producteur trop peu burné, dans une pièce exiguë et obscure. De là naîtra, non plus en collaboration avec New Era Productions mais via Total Holocaust Rex, « Projekt Terror ».
Très difficilement impressionnable, il me fut néanmoins peu plausible d’envisager un renouvellement de l’essence vipérine du « Projekt Nihil » vers quelque chose de plus paroxysmique, et pourtant, voici une immondice non musicale et anti-artistique ayant rarement aussi bien portée son nom.
Le principe du crescendo, propice à l’endoctrinement le plus nocif, est reconduit, à la différence que l’on rompt ici avec les atmosphères laxatives et sinistres spécifiques au Dark Ambiant pour vaciller vers quelque chose de beaucoup plus abrasif, turbulent et irrité, vers des arcanes très Industrielles, parfois presque Harsh Noise. C’est ainsi que les hostilités prennent peu à peu corps sur les fondements d’une monomaniaque sentine de basses sur-saturées qui, plus grouillante qu’une pléthore de vers pétant dans la soie acrimonieuse d’une ample gangrène, n’est pas sans inspirer l’obstination abrupte des pires MZ412… De claviers plus éviscérés et méconnaissables que pourraient l’être les carcasses de fin de chaînes d’une firme d’équarrissage qui se serait recyclée dans la viande humaine… De modulations de fréquences atroces façon Kaoss-pad dont l’écran tactile serait persécuté avec un minimalisme clinique et distordu à en répugner jusqu’au suicide les fondus se terrant derrière Hinyouki…
Porté par la chaotique volonté génocidaire de ces primales effluves soniques s'exalte peu à peu, d’abord sous forme d’intimistes susurrements cérébralement égarés puis de violentes résurgences exaspérées, un cauchemar vocal, d’une densité évidement décuplée, aussi dérangeant qu’hypnotique ; Une horreur indéfinissable ne pouvant qu’être l’apanage de désaxés en continuelle proie aux afflictions et maux psychologiques les plus vifs, aux prédispositions criminelles et sociopathes les moins rationnelles ; Une infamie de haine et de désolation comme seule alternative pour les âmes mortes de ce monde en ruines, inhibées quelque part entre douleurs et phobies, avec pour unique issue plausible le trépas et la nébulosité ; Une abjection indiscutablement réelle où, alors qu’une certaine plèbe sociologique se plait à nous baver sur les rouleaux armée de ses pompeux préceptes d’imaginaire subversif, l’on ressent de façon quasi corporelle la tension qui a put régner en les affres de l’interdite loge claustrophobe entre musiciens sadiques et patients de plus en plus insatiables, obscènes et extravertis ; L’effroi de ces même orchestrateurs lorsque le statut de cobayes de leurs névrotiques collaborateurs se trouve dangereusement contrevenu ; L’autisme de la seule et unique patiente féminine que l’on devine, aux sons de ses sporadiques vociférations angoissées, prostrée tremblante dans l’un des recoins insondable du local ; La folie du boucher matricide, déjà présent sur le « Projekt Nihil », semblant à chaque hurlée ressentir la morsure de l’un des trente coups de couteau qu’il infligea jadis à sa génitrice…
Les instigateurs du projet le disent eux même « L’atmosphère et les émotions deviennent de plus en plus extrêmes au fil des minutes » […] « la terreur et la peur prennent des proportions énormes vers la fin de l’album » ; Postulat très largement exacerbé par un regain aussi massif que permanent de guitares informes parasitées de larsens poussés dans leurs derniers retranchements et, de percussions toujours plus déshumanisées façon « Messe Des Morts » de Beherit en plus anesthésiques… Comment, à ce titre, ne pas d’ailleurs évoquer le monstrueusement bordelique passage blasté quasi central, dans le souffre duquel les patients semblent succomber à une crise d’épilepsie collective jusqu’à audiblement dégorger tripes et boyaux…
Au terme d’un peu plus d’une demi heure l’orgie s’achève brutalement, abandonnant l’auditeur à son sort, le laissant macérer dans le trouble le plus ordurier, comme si, au final, il était le seul et unique sujet thérapeutique de cette hystérique expérimentation incontestablement plus malsaine, noire et violente que bon nombre d’actuels exercices de styles purement métallurgiques.

No Fukking Contact !

Sperm. S.