
Cet album apparaît a un moment où la scène black voit émerger de nombreux projet individuels. C’est une époque étrange, ou certains sont porté par une vague nostalgique, dont la musique lancinante et agressive, est principalement un hommage aux styles de « Burzum » et autres « Darkthrone ». L’influence sur cet opus, old school et raw est donc indéniable. Il en ressort un savant mélange de beats rigides à profusions, et de guitares rugueuses, mélodiques, et parfois ambiantes. La violence monte crescendo, tout au long de cet album, pour finir par un apaisement tout relatif, qui nous apporte une certaine quiétude de l’esprit… Ici les morceaux sont agréablement répartis. Les deux premiers tracks sont construis d’une subtile manière, selon un modèle de riffs décalés qui s’imbriquent parfaitement dans une rythmique simple. Au fur et a mesure on perçoit nettement une mélodie de plus en plus malsaine, et ô combien envoûtante. Les changement de riffs donnent une nouvelle impulsion à la rythmique même si son utilisation peut paraître quelque peu limitée. Ces riffs renforcent et complètent la variation nucléaire des tempos. La texture des morceaux n’en est que plus forte et sombre. Avec le 3ème track, on arrive a mieux cerner comment l’album a été construit Car après le déluge des deux premiers que sont « Kveldstime » et « Langs Stier Uten Ende », dont les thèmes se rapportent à la nuit, « Grålysninge » fait référence tout naturellement au lever du jour, il peut se traduire par « Aube ». Un titre on ne peut mieux choisit pour un morceau qui commence d’une manière très profonde, on a le sentiment qu’il vient de très loin. En effet pendant que le même riff se répète encore et encore, le clavier prend une place de plus en plus importante au fur et a mesure que le morceau progresse. Lentement, graduellement, le clavier supplante le riff pour ne devenir que le seul instrument ; comme s’il évoquait la course du soleil qui émerge lentement de la nuit, il reproduit la levée de l’astre solaire dans toute sa splendeur. Après cette brève halte contemplative, Sort Vokter invite l’érudit a poursuivre sa route. Avec « Fra Kilden til Tjernet » et « Tårers blood », on repart vers une nouvelle entité. Cette rythmique hypnotique et solennelle, montre la complexe construction des morceaux, car il faut savoir apprécier, cette subtile diversité délibérément chaotique : la rythmique récurrente, des riffs volontairement abrasifs accompagnent un chant nécro-poétique, qui sort d’outre tombe. On ressent alors toute la belliqueuse puissance des Vokills qui rentrent en parfaite harmonies avec les quintes âcres et fourbes des guitares. Vient ensuite un morceau proprement hallucinant, qui nous fait prendre conscience que la magnificence de la nature ne se trouve que dans son côté le plus froid et cruel. Avec « Hatefulle Tanker ut i Natten » (« Pensées pleine de haine surgissant hors de la nuit »), on atteint l’apothéose ! ici, point de pompeuses fioritures. Ce morceau débute directement avec un cri des plus inhumain, l’image d’un nazgul se faisant sodomiser par Sauron lui-même et subissant ensuite nombre supplices et tourments, n’est peut-être pas assez évocatrice, mais ce cri lugubre et inqualifiable me titille encore doucement l’épine dorsale. Cette voix vous transperce l’âme et vous pénètre le cœur. On ressent clairement toute cette vile répulsion, impossible de ne pas évoquer ce vieil adage : « La haine est toujours plus clairvoyante et ingénieuse que l’amitié… » Les esprits éclairées sauront donc l’apprécier. Le track 7 « Ni Grygrer_ Nattjakt » qui peut être transposé littéralement par « Chasse Nocturne », arrive a point nommé, puisque après le déluge de frustration et haine ressentit lors du 6ème track, l’esprit est préparé pour pouvoir continuer sa quête, ce n’est que douce continuité et subtile harmonie. Les 8ème et 9ème morceaux : « Bak to lysende Øyne » et « Sønn », nous inculquent une aspiration plus modéré presque impassible, puisque l’imperméable cohérence de leurs rythmiques nous préparent davantage à la méditation du morceau final : « Fjellsterv ». Cet « Appel de la Montagne » incite au repos du guerrier et à la contemplation, ce track est uniquement composé de long claviers triste et mélancolique comme seul les monts de Norge savent inspirer. Peut-être ce morceau est une préquelle à « Landscape » et « Hardangervida ». Pour finir on peut dire que l’abominable quintessence du fuzzbox est omniprésente, et, l’enregistrement de basse facture, typique et si personnel aux productions habituelles d’Ildjarn, renforcent la distance que prend l’auditeur à l’égard de cette œuvre. En le maintenant dans une position d’éloignement permanente et épileptique, l’aspect mystique voire magique en devient palpable. La composition de cet album utilise une tonalité simple, qui est subtilement corroboré par une rythmique élaborée. Ceci afin d’augmenter le côté dissonant, moribond et mélancolique. Le nombre important d’intro lente et « complexes » dans leur recherche primitive de noirceur, est soutenu par l’usage de claviers, ce qui permet de prendre contact avec tout l’espace musical en apportant une grande profondeur, et nous emmène vers un point de non retour auditif. Toute cette complexité est cachée, subtile. C’est ce qui fait tout le charme de cette musique, la beauté est suggéré, par fragments, afin que l’on puisse mieux s’imprégner de cette idée de communion avec cette nature si proche et pourtant si inaccessible dans sa fureur. C’est comme si vous pénétriez, pour la première fois dans une sombre forêt, et de votre esprit confus, émerge l’idée que vous ne la quitterez jamais plus. Mais pour cela, il faut vous préparez a la grande chasse, celle qui vous fera découvrir le goût du sang. Car la Nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles… L’aspect minimaliste de l’artwork vient compléter le concept de l’album. La première écoute peut paraître périlleuse et hasardeuse pour certains. Mais il faut l’écouter seul, dans une atmosphère fuligineuse, comme un doux et précieux trésor que vous chérissez, afin de vous imprégner totalement de sa beauté. Cette œuvre magistrale combine subtilement violence et tranquillité, rage et calme. L’atmosphère qui se dégage de cet album est difficilement transcriptible par des mots ; La structure des morceaux est comme une quête mystique, le film bleuté posée sur la cover, qui bleuit les arbres, capture toute l’émotion narrative de cet album.
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