
Depuis ses débuts, Otargos œuvre à rechercher l’expression d’un Black Metal qui soit à la fois puissant, malsain et fidèle aux références de ses membres, cela en développant un concept qui, même si en surface semble classique (la destruction….), lui est parfaitement propre en profondeur puisque selon le groupe lui même, son champ de bataille est la destruction aussi bien physique que mentale. « L’enfer est pour les cieux, le chaos et les machines pour la destruction des mondes ». Tout débute avec « Infernal Legion Strike ». Les premiers souffles de ce track se font avec lourdeur et imposent avec lancinance la personnalité du groupe via une trame résolument sombre, puissante et massive. Les pickings sont hypnotiques, le timbre de Dagoth est profond et totalement maîtrisé, la machine de guerre se fait sentencieuse, froide. La tension monte crescendo puis finit par exploser avec violence comme pour rappeler que l’apocalypse est imminente et, sera, dans des sphères universelles, la seule issue. Selon Otargos, l’enfer comme certains l’entendent couramment n’est pas intra terrestre mais, dans les univers et, peut se déverser sur notre rance humanité à tout moment. Au delà de cette dimension prophétique, l’on peut également voir en le lyrisme de ce track une dénonciation du faible champ de perception et de réflexion de notre espèce pourtant si fière car, si l’homme peut matérialiser par son esprit seulement trois dimensions, la réalité est toute autre. De là viendra sa faiblesse et sa perdition. « Sulphuring Armageddon Fog » emboîte rapidement le pas et, cela de façon beaucoup plus brutale et crue. Ce track ne m’est pas inconnu puisque j’avais eu l’occasion d’en découvrir il y a quelque temps une version vidéo live sur la toile laquelle m’avait plutôt convaincu sur le potentiel du groupe et, ce malgré la sous-jacence évidente d’influences suédoise type Dark Funeral, Setherial qui, comme tout le monde le sait désormais, sont loin d’être à mon goût à la base car, aujourd’hui tellement présentes qu’elles en sont devenues clichesques et ridicules. Néanmoins, Otargos s’en sort avec personnalité et efficacité. L’intensité est de mise, cela via un travail à deux guitares très bien pensé, une puissance rythmique très soutenue et sans failles et, toujours cette présence vocale écorchée au possible. Un ravage auditif en parfait accord avec une représentation plus crue du Mal par la violence allégorique des sémantiques religieuses. Les prémices quasi martiales de « Invoked To Destroy » ne laissent que peu de répit à l’auditeur avant que la dévastation universelle, concomitante à la souillure des cieux, ne lui éclate à la tronche ! La mécanique ravageuse d’Otargos est bien rodée et, l’on retrouve sans peine les ingrédients régnants sur ce Mcd depuis ses premières secondes, à savoir un concassage incessant entre fréquences rythmiques épileptiques et ralentissement frénétiques dominés par une double sur-vitaminée où s’épanouissent des structures de riffs pas particulièrement techniques mais, systématiquement implacables et bien pensées ne laissant aucune place à de pompeux exercices de styles inutiles. A noter néanmoins quelques innovations pour ce track avec l’apport de solos, chose relativement peu courante pour le groupe et, au delà, pour le BM en général et, de certains arrangements vocaux particuliers mais judicieux et très bien placés dans le contexte. « Codex 666 »
reprend à lui seul tout les éléments du concept
abordé en lui apportant une conclusion en un embrasement généralisé
où les abîmes infernaux ne sont plus sous les pieds naïfs
de l’homme, mais dimensionnels. Le chaos déchire ici l’espace
sidéral pour prendre possession des dimensions, la notre y
compris. Enfin, ce Mcd s’achève sur « Demons March », un track de la démo réenregistré pour l’occasion ce qui permettra pour sur à tout auditeur de se faire une idée de l’évidente progression du groupe entre ces deux réalisations. Pour conclure, « Codex 666 – Infernal Legions Strike » est une œuvre résolument moderne, autant dans le fond que dans la forme. La prod est énorme, Otargos maîtrise à la perfection son art, lequel est violent et tourmenté, à l’image de l’artwork et, plus important encore, ces cinq tracks sont exécutés avec sincérité et, sans compromission. Tout cela fait de ce Mcd une pièce qui mérite respect, attention et soutient tant il est aujourd’hui devenu difficile de créer quelque chose de contemporain sans souiller les codes du genre. Contact : Sperm. S. |