Peu de groupes peuvent aujourd’hui se vanter de posséder une aura très particulière, une personnalité forte et unique tout en sachant systématiquement rester fidèle à la substance de l’art de vivre et de mourir qu’est le Black Metal. Mystic Forest est de cette caste rare et noble.

Cette entité énigmatique à été crée en 1997 par Stefan Kozak, que l’on ne présente plus aujourd’hui , alors que l’autre groupe dans lequel il officiait à l’époque, à savoir Azerlath, était en période d’accalmie. Cette initiative fut également appuyée par l’ancien guitariste d’Azerlath.

Les motivations étaient tout simplement de laisser libre court à ses pulsions et instincts créatifs.

La même année est rapidement enregistrée la demo « Medieval Art » et, ceci en improvisation complète. Cette démo qui fut décrite en son temps comme « un bol de fraîcheur dans la scène extrême actuelle… » comprenait quatorze titres proposant un mélange entre Black médiéval violent et Dark Ambiant orchestral.

Toujours en 1997, Frédéric Thomas décide de quitter la scène metal et quitte donc Azerlath. Stefan est alors désigné pour le remplacer et, Mystic Forest sera momentanément mis en sommeil. Il va dés lors falloir attendre la suite du premier album d’Azerlath en 1998 et l’autodestruction de ce combo pour que Mystic Forest reprenne du service et enregistre le premier album qu’est « Green Hell » et qui ne sortira qu’en 2001.

En 1999, et jugeant avoir suffisamment de matériel, Stefan enregistre en studio la seconde démo de sa bête via Chanteloup Créations. D’après ce que nous savons « Your Memories » marque un tournant dans la carrière musicale du groupe qui s’oriente vers une musique de plus en plus progressive mélangeant du Black Metal brutal à de la musique classique et à des interventions d’instruments solo. Sur cette œuvre, Stefan s’allie avec l’un des meilleur guitariste soliste français, Gabriel Palmieri, alias « Gaabh » a qui l’on doit ici des réinterprétations de Chopin ou Paganini. Sniper, un des meilleur représentant de la scène latino cubaine progressive fera également des interventions au piano.

Les choses s’accélèrent et, l’année suivante est capturée l’excellent « Third Requiem » (cf. notre chronique dans la catégorie démos…). Ce troisième opus est, à ce stade de l’évolution de Mystic Forest, considéré comme le plus dépressif du groupe, peut être du fait que Stefan était seul et face à lui même en studio. Quoi qu’il en soit, cette tape va recevoir un fantastique accueil dans l’underworld car déjà unique et très personnelle.


Le moment est enfin venu. Ainsi en 2001, suite à l’incontestable succès de « Third Requiem », Chanteloup Créations, label qui soutient l’entité depuis la seconde démo, décide de sortir « Green Hell » qui attends dans les recoins poussiéreux d’un tiroir depuis trois ans.

Avant sa propagation « Green Hell » passe par deux remasterisations, l’ajout de bruitages et de morceaux bonus et, dés février, cette œuvre, qui devrait initialement sortir chez Blackfield avant que ce dernier ne cesse ses activités, voit enfin le jour.

« Green Hell » va très vite renforcer la réputation que Mystic Forest s’est forgé avec ses trois démos et faire l’effet d’une bombe sur la scène. Beaucoup vont sans appel s’accorder pour dire que la création de Stefan est à part, autant conceptuellement que musicalement. Nous ne démentirons pas à cela. Comment pourrait il en être autrement ?!?!

L’effet est instantané et, il suffit de la très courte introduction pour permettre à tout ceux qui ne connaissaient pas le combo avant cette réalisation, de saisir avant la déflagration, que son essence repose sur un mélange travaillé et subtil entre violence crue, beauté pastorale, finesse et virtuosité instrumentale.

Mystic Forest magnifie d’opus en opus son feeling, ses qualités et compétences.

Pour commencer, les bases sont indecrottablement Black Metal (tout individu qui dira le contraire est un fou !!!) avec son lot de riffs rudes et abruptes, de rythmes vifs et virulents ici perpétrés mécaniquement (sauf concernant le bonus enregistré « live » et où Sniper tient vigoureusement les baguettes) et, de vox inhumaines, hantées et ici particulièrement écorchées et originales. Tout cela à le mérite d’avoir sa propre identité dans la mesure où elle ne sonne pas « norsecore » et, n’a surtout rien à lui envier.

On sort déjà des clichés sur ce point.

Mais Mystic Forest n’en reste pas là et greffe à ce premier ensemble déjà très correct d’innombrables solos de guitare et de piano dont la maîtrise ne peut être réfutée et qui, bien souvent en osmose totale, créent un contraste vertigineux et imposant avec la violence précité via un filigrane mélodique purement émotionnel et vecteur d’une tristesse insondable et d’une mélancolie majestueuse.

Le résultat final se révèle bien plus dépressif que malsain. Stefan dans sa quête semble bel et bien désireux de pousser toute personne qui foutra la main et les oreilles sur cette galette à se faire prescrire une cure de xanax avant de sombrer et de se pendre haut et court !!

Les quelques samples et bruitages très sylvestres placés furtivement ça et là ne font que pousser un peu plus au dénuement et, la production elle même n’arrange pas les choses. A noter que ce son si particulier lié à la base aux peu de moyens du label va devenir une véritable facette de la personnalité de Mystic Forest.

Comme pour tout album qui se respecte, la textuelle, ici encore dans la langue shakespearienne, est en parfait accord avec les images et la symbolique qui peut se dégager de la musique et pénétrer l’auditeur :

Ainsi, « A Dead Tree In The Landscape » dépeint une puissante thématique autour de la solitude, du désespoir glacial y étant lié et, même s’il est explicitement question ici de l’impitoyable cycle végétal dont seule mère nature a la maîtrise, il semble tout à fait possible d’y voir une allégorie de la Mort à échelle beaucoup plus humaine ; Cela comme pour rappeler implicitement que notre éphémère existence est liée aux éléments ancestraux qui nous entourent.

« Mystic Spirit » couche sur papier toute la fascination que peut susciter l’immensité vertigineuse d’une foret ; Les mystères ancestraux qu’elle renferme et, son atmosphère surnaturelle.

« Black Forest » est dans la même lignée et, à la recherche de l’héritage enfoui par les grands anciens sous les écorces et feuillages, dépeint les sentiments que nous tous avons un jour éprouvés dans nos moments d’égarement avec pour seule compagnie l’omniscience de la dame verte….

Etc… etc…

Inutile de piller tout le contenu du livret, laissons une part de mystère et retenons juste que tout comme pour sa forme musicale, Mystic Forest se détache lyriquement des clichés en restant loin du satanisme et en ne prônant pas particulièrement de revendications païennes.

Au final, « Green Hell » marque donc le début du règne d’un groupe qui contre toute attente parvient à faire du Black Metal quelque chose d’à la fois violent, brutal et beau. Etonnant, unique et donc excellent !


Comme tout le monde peut s’en douter, l’accueil reçut par « Green Hell » fut monumental et probablement inespéré. De ce fait, toujours en cette même année 2001, Stefan décide de retourner s’enfermer en studio au mois d’avril pour y capturer l’essence divine de son prochain assaut.

C’est ainsi que « Welcome Back In The Forest » va être immortalisé.

Cette seconde réalisation va s’inscrire de façon toujours aussi rustique et authentique dans la droite lignée de son prédécesseur mais, en ne tombant pas dans les piéges de la facilité et des acquis et donc en faisant preuve d’un certain nombre de changements et évolutions non négligeables.

Tout cela à commencer par la musique en elle même où l’on retrouve les ingrédients de violence, de nostalgie, de rudesse, de mysticisme incontournables et, o combien indispensables, mais où l’on peut également dénoter un pauffinement imposant.

Ainsi, une production beaucoup plus soignée que dans le passé, sans pour autant rompre avec l’identité sonore caractéristique au groupe, permet ici d’entrevoir dans le Black à la fois brutal, mélodique et triste de Mystic Forest une évolution de la maîtrise instrumentale encore plus poussée, un grand nombre de détails auparavant peu aisément décelables. Tout cela renforce incontestablement la personnalité du groupe en propulsant sas penchants profonds pour la grande musique, aussi bien dans les riffs, où Stefan s’est clairement inspiré des génies du genre, que dans les solos et l’utilisation des pianos. Notons que ce goût totalement assumé trouve son apogée dans la superbe interlude qu’est « La Tristesse D’un Pluie D’automne » où règne le fantôme de Chopin et, dans la non moins fantastique outro qu’est « Requiem Lunaire » et, où les connaisseurs pourront retrouver avec fascination une adaptation très correcte de la sonate au clair de lune de Beethoven.

Marduk est un groupe à chier et, les motivations de ses membres sont contestables, mais, il faut bien admettre que lorsque Morgan scande que les corrélations entre la Grande Musique et le Black Metal sont étroites, il a au moins raison sur un point !

Voici donc pour l’aspect instrumental et, nous allons désormais voir que pour le lyrisme, l’évolution n’est pas en reste. Celui ci a en effet subit un remaniage totalement radical en la forme.

Lorsque au mois de mai, l’intégralité de la musique de « Welcome Back In The Forest » fut enregistrée, il restait encore à y poser des textes de qualité et, aux yeux de Stefan, cette textuelle se devait d’être intégralement française. Cette initiative o combien honorable que beaucoup de groupes hexagonaux ont tendance à esquiver dans un souci de facilité et d’expansionnisme fait suite à une rencontre avec Baalberith. Ce poète à la réputation gothico-depressive, va dés lors écrire pour Mystic Forest toute une série de poèmes.

Ceci va donner aux nouveaux tracks une dimension encore plus funeste, sombre et dépressive que dans le passé. De surcroît, de part un travail plus fouillé, dense, parfois presque abstrait dirons-nous, cette collaboration, tout en laissant immaculé le concept premier et éternel, va décupler la personnalité lugubre et splendide de Mystic Forest, la rendre encore plus forte et inébranlable.

En témoignent les fantastiques « O Belle Maudite », « Sous La Majesté Céleste », « La Dame Verte », « Une Valse Avec La Mort », « Genèse De Glace », ou « Le Sourire De La Nymphe », qui laissent entrevoir un grand talent de parolier, emplit de violence, de symbolisme morbitaire et d’amertume.

Dans la même optique, soulignons avec autant d’intérêt la collaboration de Julie, connue localement en tant que chanteuse de blues-rock, dont le timbre de voix qui n’a rien de comparable avec celui des traditionnelles figurantes du BM sympho, apporte pour sur une dose supplémentaire de tristesse vaporeuse, de dépression mélancolique et qui, elle aussi a écrit quelques textes tels que « Mes Songes Décimés », « Braver Les Ombres » ou, « Pour Enfin Libérer Ma Vie ».

Il découle de tout cela un nouveau chapitre, exemplaire de caractère, sans failles, puissant et intemporel.

A posséder !!


Sans grandes surprises, « Welcome Back In The Forest » est un franc succès ! Ce coup de maître va aisément franchir les frontières de nos contrés gauloises et être accueillit avec goût et enthousiasme partout dans le monde et notamment aux U.S.A. et au Japon où les ventes vont s’avérer pantagruéliques !!!

Etant évident que le périple se doit de continuer, Stefan compose un nouvel album sur mesure pour sa créature et, c’est ainsi que le troisième opus va voir le jour.

Au passage, Mystic Forest décide de quitter Oaken Shield, aujourd’hui trop occupé avec ses innombrables signatures et prods, pour trouver un label plus adapté à sa musique. C’est ainsi que tout les intérêts vont naturellement se tourner vers Sacral Production qui, malgré son jeune age s’est déjà largement illustré avec Belenos, Hegemon, Eikenskaden (autre groupe fortement recommandable où joue également Stefan…), ou The Arrival Of Satan (Aaaaarrrggghhh !!! Une véritable tuerie de Raw Black avec des membres du très malsain Blacklodge…). « Waltz In The Midst Of Trees » est donc prévu pour le vingt et un septembre 2002, le design de la cover est confié à Bob Libby et au « Fallen Angel Studio), et, deux versions limités de l’album sont prévues.

Est il encore utile de préciser le programme de cette troisième galette ?!?!

Il est évident que Mystic Forest est passé maître dans la composition d’un Black Metal glacial, dépressif, majestueux et profond qui démontre encore une fois que le monopole des contrées nordiques n’est plus qu’une banale histoire ancienne !! A noter quelques réminiscences assez thrashy plutôt efficaces.

Avec « Welcome Back In The Forest », le but avéré était de mettre l’auditeur dans le même état de dépression constante que celui dans lequel sont tout les membres du groupe depuis des années. Le pari fut emporté haut la main et, ce « Waltz In The Midst Of Trees » ne se révèle pas moins efficace.

La musique de Mystic Forest est telle un voile de brume qui après avoir envoûté l’auditeur par sa beauté, l’enveloppe, s’accapare ses sentiments pour l’enfouir plus bas que terre dans des sphères abruptes, presque suicidaires !!!

Pour parvenir à ce résultat remarquable tout en se renouvelant et, outre un perfectionnement instrumental toujours plus grandissant, le chef d’orchestre oriente encore plus sa musique vers des dimensions « neo-classiques » en incorporant toujours plus d’instruments traditionnels tels que l’accordéon, le hautbois et le piano ; Chose qui renforce au passage l’aspect pastoral et sylvestre qui a toujours accompagné le groupe.

Comme nous l’avons laissés clairement sous entendre quelques lignes auparavant, les compositions sont encore plus sombres et tristes (le cas échéant, Mystic Forest ne serait plus Mystic Forest…) et, le fait que le spectre intemporel de la grande musique soit encore plus présent que dans les œuvres précédentes n’y est pas étranger.

Figurent en effet au coté du nom de Stefan dans la conception de ces onze hymnes, les noms prestigieux de Beethoven, Bach, Tchaïkovski ou Schubert et, les arrangements qui en découlent n’en sont que plus poignants et prodigieux.

D’un point de vue lyrique, c’est encore une fois Baalberith qui a écrit la majeure partie des textes sous forme de poésie tandis que Julie tient une part plus importante dans le chant et va poser sa voix sur la plupart des morceaux !

La réussite et l’osmose sont une fois de plus au rendez vous via des textes qui mettent une fois encore en scène tout l’omniscience mystique de la dame verte ; Tout ce qu’inspirent à la fois l’hostilité et la beauté de certains lieux luxuriants où l’homme se laisse submerger par une immensité qui le dépasse ; Toute la grandeur d’une nature qui vit en nous observant et qui est aussi bien un berceau très pur de vie qu’une entité obscure où la mort rode et guette.

Au moment où se doit de survenir la conclusion qui s’impose, est il vraiment utile de rajouter un seul mot pour vous convaincre de faire une place à cette œuvre envoûtante et dépaysante dans votre collection ??????!!!!!!!

Contact :
http://perso.wanadoo.fr/mysticforest/principala.htm

Verrukose-Urethra
Sperma Syphilikum
& Nilfheim