
Pour faire simple, Mütiilation aurait poussé ses premiers méphitiques souffles courant 1991 pour rapidement enfanter une première démo rehearsal auto produite, suivie de « Rites Throught The Twilight Of Hell » en 1992. En la noble et mouvementée année suivante voient le jour les démos « Ceremony Of The Black Cult » et, « Satanist Striken ». Cette dernière sera rééditée à cent cinquante exemplaires via « Les Légions Noires Records » sous forme de vinyl qui inclura d’ailleurs le Ep « Hail Sathanas, We Are The Black Legions » de 1994 ; Année qui marquera également la régurgitation des démos « Black Imperial Blood » & « Evil ». C’est finalement en 1995, après la capture d’une œuvre promo qu’un premier album estampillé du nom de la bête verra le jour. D’abord édité en Cd à mille exemplaires par Drakkar Productions, puis pressé en format LP à cent cinquante exemplaires via End All Life Productions avec une tracklist sensiblement différente en 1999, pour finalement être réédité dans sa première version par la division Vinland de Drakkar à cinq cent unités en 2001, ce « Vampires Of Black Imperial Blood », renvoyant directement à la démo de 1994, va rapidement s’imposer dans l’underworld comme le feraient une bonne douzaine de grenades incendiaires balancées dans le paisible dortoir de je ne sais quelle mièvre et puante crèche ! Ce monolithe s’ouvre sur une lente saturation arpégée ; Mise en bouche sommaire, imparable et classique mais qui néanmoins, de part l’asphyxiante froideur, l’aura foutrement désespérée, le vécu viscéral et haineux et, la forte odeur de terroir vicié qu’elle déploie, laisse d’emblée présager qu’en cette période où la référence scandinave commençait à s’embourber dans les acquis de ses aînés condamnés, la cacophonie sans âme, Mütiilation, via des inspirations et un feeling macérant bien au delà du simple commun des mortels, avait quelque chose de réellement particulier et original à apporter au sein de la scène. Va dés lors, de part un effort de production nauséeux, chiadé, mais délectablement audible pour l’initié, privilégiant la plus morbide des sincérités à la haine la plus travestie des releases mainstream, suinter un maelström des plus rustique, techniquement simpliste mais qui, via le chaos de ses perpétuels soubresauts, ses torturées et imprévisibles variations et, ses plus incontrôlées mises en abîmes, engendrer une paradoxale et étrange impression de complexité. La copulation déchirée et fétide des guitares, à l’image d’une cohorte globuleuse de vers grouillants en la rance chaleur d’un épais cloaque de merde, sang coagulé et viscères putrescents relevant le fumet de je ne sais quel doux charnier yougoslave, luit de cette identité détestable si typique aux Black Legions, de cette créativité hystérique. Sincérité introspective quasi mystique invoquant des riffs concassant tantôt des dissonances submergeantes gorgées de sulfureuses pulsions de haine, tantôt des dénuements pus posés, hypnotiques, vomissant des flux de mélancolie purement suicidaires ; Des cycles agglutinants de pesantes montées en dépression arpégées semblant avoir été enfantées au bord du gouffre et, de mornes et plus inqualifiables abandons n’étant pas sans rappeler certains plans complètement flingués de Belketre ou Vlad Tepes sur le fantastique « March To The Black Holocaust » par exemple. Le bourreau suppliciant les fûts, aujourd’hui responsable de la furie rythmique de Hegemon, privilégie, en ces temps reculés, bien plus une frappe oppressante, nuancée et fuyante qu’un martèlement épileptique ; Chose qui convient on ne peut mieux à la substance de cette rondelle, lui donnant, de part nombre de changements de rythmes, de contretemps fragiles, de roulements crasseux, d’alourdissements abruptes… une dimension incantatoire, quasi ritualistique, et déstabilisante, renforçant ainsi tout autant sa densité que ses effluves indecrottablement neurasthéniques. Enfin, les vocaux de Meyhna’ch sont la cerise viciée sur ce gâteau pourrissant en tant que vecteurs indéniables et majeurs de l’incroyable négativité, de la noirceur autodestructrice et, des servitudes hoquetantes gangrenant les fluides de Mütiilation. Très atypiques et personnels, à l’image du reste de l’instrumentation, ils ne relèvent pas tant des traditionnels écorchages de larynx que des déments, pestiférés et haletant râles d’une âme égarée croupissant dans les limbes du désespoir terrestre. La vie et la Mort ne semblant plus avoir aucune signification, chaque élocution, chaque phrasé érigé en l’honneur du grand accusateur, du dégoût, des plus décadentes folies et de la haine la plus aveugle sont autant de paliers franchis vers la dégénérescence la plus maligne, l’ultime damnation. Qu’ajouter de plus ??! Une œuvre immense, aussi fascinante que dangereuse, aussi maudite que légendaire qui trônera à jamais aux cotés de quelques autres perles, au plus haut du Panthéon de notre Art Noir national.
Les cinq premiers tracs proviennent de l’album « Evil, The Gestalt Of Abomination » originellement régurgité en 1993 et jusque là jamais diffusé. L’ouverture de cette œuvre exhumée suintant conceptuellement de cette même thématique douloureuse et aliénée particulièrement appropriée à la personnalité sordide et cauchemardesque du groupe place instantanément l’auditeur / victime, dans le contexte. Agonie chaotique et désordonnée où se meurent larsens, hurlements pestiférés, percussions sous sédatifs, murmures sadiques, crasses saturations des plus anarchiques, solos sous acides façon Euronymous…. Ne transpirant d’aucun espoir et, pouvant rappeler par moments l’entrée en matière d’un certain « A Sorcery Written In Blood » de Gorgoroth. Les quatre immondices s’ensuivant s’avèrent être beaucoup plus posées et structurées bien que le spectre tourmenté et détraqué, sans lequel Mütiilation ne serait probablement pas, demeure bien palpable. L’appui rythmique est ici très modéré, privilégiant les lourdeurs comateuses, la froideur hallucinée de la double et quelques mid-tempos. Ces fréquences asphyxiantes reniant tout blast beats & semblant s’apparenter aux fragiles soubresauts et l’instabilité haletante du palpitant de viandes en proie au manque, à l’angoisse narcotique, est très propice au déploiement d’un jeu de cordes tendant plus que jamais à la dépression, à l’abandon le plus résigné de toute jouissance bassement humaine. Les riffs suppliciés par un fuzz craspec, que seul le bouillonnements crématoires des fluides viciés de je ne sais quelles vermines pourrait retranscrire, n’offrent ici que mélodies macabres, litanies suicidaires ou arpéges distordus et perturbateurs. C’est ici que l’on ressent d’ailleurs à quel point Mütiilation a été une influence pour le fantastique Darvulia…. Et, putain, le vokills, ici totalement hurlés et disloqués enfoncent littéralement les clous d’une torture auditive hissée sur la croix de Saint Jean ! Les deux derniers tracks proviennent de sessions d’enregistrement datant de 1996, soit peu de temps après la sortie de « Vampires Of Black Imperial Bood » et, en conséquence, s’inscrivent dans la droite continuité du premier opus. Le tempo s’avère ici plus épileptique, virulent et incontrôlable, galvanisé au speed le plus pur et nocif offrant ainsi, en osmose avec des riffs plus névrotiques et alambiqués, un retour à des structures complexes, labyrinthiques dans un contexte sonore plus gras et consistant, moins perçant et aigu. Enfin, les vocaux renouent avec le feeling dépravé et foutrique du premier album pour cracher avec une éloquence décuplée un flux constant, inavouable de malsaines lucidités, d’implacables antipathies et répugnances. A noter de jouissives utilisations de la langue de Molière. Somme toute, ce « Remains Of A Ruined, Dead, Cursed Soul » est tout simplement digne de son appellation. Un impur joyaux d’Art Noir dans ce qu’il a de plus hermétique, dérangeant et subversif même si, je l’admet, j’ai une légère préférence pour la fougue orgiaque et obscurantiste de son prédécesseur.
Finalement conscient de son erreur et de son droit légitime au trône laissé vacant, Meyhna’ch va réinvestir les devants de la scène et enfanter le très éloquent « Black Millenium – Grimly Reborn » ; Troisième opus qui sortira en 2001 via Drakkar Prod et sera strictement limité à trois mille exemplaires Le ton est donc donné et, pour les endomorphes qui n’auraient toujours pas saisis le retour de la bête sanguinaire, le contenu du livret, outre la présence pour la toute première fois des paroles, est on ne peut plus clair quand aux intentions du maître de cérémonie :
Il faut bien avouer que la bête a prit de l’age, qu’une époque est indéniablement révolue et, que la carrure des deux premiers albums semble désormais difficilement restituable… Il n’en demeure pas moins que Mütiilation délivre ici un album de haute volée. Certes, l’évolution de la production est assez surprenante en ce qu’elle tend à aller vers plus de puissance, un son plus cristallin, moins hermétique ; L’aura de pestilence grouillante des premières heures, à l’image d’une carcasse créatrice massacrée et pourrissante sur le gibet, en pâtit, mais, la froideur originelle en ressort en contre partie décuplée, préservant délectablement le désespoir viral, l’insanité suicidaire ayant toujours frappés l’entité. Je concède également que l’ensemble n’en ressort que plus accessible pour le profane rendant le traditionnelles structures torturées et dithyrambiques des tracks plus palpables, ôtant ainsi une bonne dose de mysticisme à cet album en comparaison de ses prédécesseurs et, levant le voile sur certaines imperfections assez tenaces telles que les percussions un peu trop linéaires et rapidement torchées, hasardeuses et approximatives dans le cas présent. Mais, il n’en demeure pas moins que l’esprit si caractéristique aux Légions Noires d’antan a survécu de part nombre de riffs toujours aussi écorchés et dégueulant d’un terroir pestiféré des plus cruels, moult menus breaks ou intros complètement barrés, éternellement atypiques et, défiant toutes logiques harmoniques, un flux de rechutes dépressives toutes en déclinaisons à s’en coller un flingue sur la tempe… Et Diantre… cette voix ! Puissant colporteur d’insanité et de haine n’ayant pas prit une ride dans ses frénétiques et altérées décompositions et, d’autant plus jouissif que, comme je l’ai évoqué plus haut, les textes, sournois et exécrables, sont cette fois présents dans le livret. Ce « Black Millenum – Grimly Reborn » s’achève sur « Black As Lead And Death », track qui, comme bien d’autres dans le cas présent, n’est pas particulièrement récent dans l’histoire du groupe et, qui, à mon goût, est l’apogée de l’album, tant l’aura qu’il dégage est asphyxiante, nostalgique, manipulatrice et malsaine. Un aller simple que, quoi qu’on en dise, très peu de groupes de la nouvelle génération seraient capables d‘enfanter dans le contexte actuel. Verdict concis et simple pour un très bon album, tout simplement.
Va immédiatement s’ensuivre « Majestas Leprosus » quatrième album officiel en date et, par là, l’occasion pour les indécrottables sceptiques nostalgiques d’âges hélas révolus, de sceller une nouvelle fois les funérailles imminentes de la bête ; Cela d’autant plus qu’ayant abandonné Drakkar Prod en tant que fer de lance, Meyhna’ch va faire d’Ordealis Records le colporteur de son message discordieux sur terre ; Label ô combien controversé en ce que, si la soutane ne saurait convenir à la quintessence de l’Art Noir, il ne pourrait en aller autrement pour le port de la kippa… Mais, ne nous laissons pas aller aux acquis et suffisances des ragots et autres bruits de couloirs et, accueillons cette nouvelle offrande comme il se doit. Après une légère intro, au demeurant bien obsolète, Mütiilation démontre aisément qu’il ne s’est en rien laissé déposséder du crasse vertige pestiféré, de la rance crudité et de la détestable aversion qui le caractérisent depuis son premier crépuscule… Une fois de plus. Néanmoins, ce « Majestas Leprosus », bien plus que son ancêtre le plus direct, me laisse tout de même un étrange et mitigé arrière goût du fait d’un changement incontestable de modus operandi, d’une désormais très palpable évolution en terme de folie créatrice. Rigoureusement mis en branle par un laminage rythmique bien plus contrasté, soigné, juste et alambiqué que celui régnant sur « Black Millenium.. », un saturé élixir se déclinant en nombre de strates toutes plus envoûtantes de répugnance les unes que les autres vient rapidement éprendre l’oreille dévouée ; Clair obscur sonore déglutissant autant de mornes maléfices nostalgique, trademark typiquement Gauloise sur laquelle seuls nos plus grands ténors nationaux ont eus et ont encore de réelles emprises, que de plus malsaines et, comme à l’accoutumée souvent très abstraites, aliénations. Malgré tout, un certain conformisme semble désormais avoir porté son dévolu sur Mütilation, venant fortement perturber son essence originelle. Peut être cet inéluctable et naissant élan de sagesse qui en à déjà contaminé plus d’un et qui, bien heureusement, serait ici encore copieusement malmené par les excès de tout ordres…. Il n’en demeure pas moins qu’aux cotés de rifs toujours aussi viscéraux et personnels sont venus se greffer un non négligeable regain d‘inspirations plus classiques ce qui, doublé d’un production une fois de plus bien moins fanatique que dans le passé, rend ce « Majestas Leprosus » un peu trop abordable. L’ensemble des tracks, et par là leur progression, restent tout à fait corrects et supérieurs à bien des merdes pondues actuellement mais, il est vrai que la spontanéité irrationnelle et, l’intransigeance informe des débuts semblent à ce jour bien lointaines. La voix quand à elle n’a pas changée dans sa globalité, hormis pour quelques essais effroyablement distordus, et rappellent que le cadavre, quoi que l’on en dise, bouge encore. Le spectre lyrique de Meyhna’ch est toujours aussi glacial et inhumain. Comme agité de spasmes mortels après un shoot à l’arsenic, il dégueule littéralement ses fluides transpirants plus que jamais de ses plus profondes rancœurs, dépressions et pulsions de dégoût. Je conclurais simplement sur le fait que cette rondelle est probablement la plus « fade » et essoufflée vomie jusqu’alors, mais que restant de bonne facture, il n’y a pas assez de grief en celle ci qui me permettent pour l’heure de prétendre que Mütiilation n’est plus que l’ombre de lui même et s’apprête à une longue traversée du désert.
Cultivant toujours une certaine volonté putrescente et trouble d’instaurer le malaise, éternelle et louable nostalgie de toute une époque, les huit tracks de cette rondelle regorgent de riffs plus nébuleux que purent l’être les dégénérescence de je ne sais quel poète maudit qui, rongé par les plus épouvantables symptômes de la syphilis, aurait tenté de noyer ses agonies cérébrales dans le vice d’une absinthe frelatée jusqu’à ce que trépas s’ensuive… d’alambiqués speed-pickings plus écorchés vifs, dolents et torturés, que ne le seront jamais les larmes asthéniques d’un hémiplégique qui tenterait de se pendre, ou, les dernières volonté d’une femme tronc qui, fraîchement poissée en tournante, se traînerait jusqu’au firmament nocturne et solitaire d’une passerelle ferroviaire pour en finir… de mélodies et arpéges si informes, amphigouriques et gibbeux qu’ils semblent ne pouvoir être l’œuvre que d’un esprit qui, aux lendemains d’un calamiteux exorcisme, se serait muré dans les affres d’un hermétique autisme… Mais, au final, quelque chose fait défaut à ces lignes de guitares ; quelque chose les rendant vides, tiédasses, galvaudées, prévisibles et semblables à nombre d’autres, comme si leur écriture était non plus vilement introspective mais simplement formelle, strictement esthétique. L’on parvient parfois à palper de réminiscentes bribes de la folies d’antan via les noirs vertiges de «That Night When I Died », « The Pact (The Eye of the Jackal) », ou « I, Satan's Carrion » mais, rien n’y permet vraiment de faire table rase d’ancestraux « Transylvania », « Under Ardailles Night » ou « Black As Lead And Death », pour un miasme de saturations qui, loin d’être mauvais, ne laisse, néanmoins, dans son sillage aucune émotion inoubliable. Mes chroniques des « Black Millenium (Grimly Regorn) » & « Majestas Leprosus » laissèrent entrevoir un travail de programmation globalement bâclé, pour ne pas dire médiocre, à la ramasse… et, sur ce point, « Rattenkönig » s’avère, une fois encore, synonyme de changements en ce qu’il dévoile une frappe, en tout points, bien plus chirurgicale ; Matraquage qui bien plus plébiscité qu’auparavant en terme de présence, se révèle, synthétisme inhérent à toute beat-box oblige, très particulier, quasi industriel façon Mysticum sous antalgiques, dans le contexte Mütiilation ; Constat plutôt bâtard et déconcertant même s’il exacerbe le potentiel asphyxiant et, la verve froidement dépressive de la bête. Enfin, quelques mouvements d’envergure également pour des vocaux que je ne me souviens pas avoir entendu de façon aussi soignée, calée et profonde depuis bien des lunes… Meyhna'ch ne semble plus, pompes dans les valseuses et pailles dans le tarin, dégueuler tripailles et boyaux et, parait mieux maîtriser le potentiel tragiquement fragile, maladivement lépreux de son organe, l’agrémentant même de phrasés rauques et sentencieux dignes du Attila de « De Mysteriis Dom Sathanas », d’effets aussi divers qu’étonnants, de litanies en voix claire… L’on regrette parfois certaines ladres écorchures, convulsives crises de démence et méphitiques improbabilités mais, admettons que le résultat se révèle plus digne d’une textuelle une fois encore totalement fanatique et flinguée…
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