C’est entre le tumulte du premier album de Battlehorns et la rage sulfureuse de “Kill Yourself Or Die” du massif Armaggedon, chroniqué ici même, que, fidèle à sa ligne de conduite noble car jusqu’à preuve du contraire entièrement dévouée au soutient acharné des plus intègres et furieux représentants de l’underground de notre hexagone, Hohenstaufen Records va contribuer, en 2003, au sacre de ce Split Cd entre Haemoth et Ad Noctem ; Split Cd strictement limité à mille exemplaires.

 

Ce « Mortuales Delecti » pousse ses premiers souffles sanguinaires avec Haemoth. Si le nom de ce groupe ne dit probablement rien à certaines antimatières arrivistes, il n’en demeure pas moins que cette entité tout d’abord dirigée avec poigne sous forme de one man band et, aujourd’hui de toute évidence composé d’un second membre, à déjà de la bouteille ! Jusqu’alors, je ne connaissais de la bête que les deux ultra limitées et excellentes tapes que sont « Satanik Reh’ (Underground Terrorism) » & « Hoath (Satanik Terrorism) » situés dans une période quelque peu plus récente du groupe et préfigurant le monstrueux et radical « Satanik Terrorism ». C’est en conséquence avec un plaisir sadique et un rictus sans nom que je ne peux que saluer cette première partie regroupant, hormis pour le nouveau track « Aeterne Diabolus », bon nombres d’anciens chapitres provenant de certaines des premières démos que sont « Hate » (2001), « Demonic Prophecies » (Split w/ Hallstatt 2002) & « Hell Grace » (2001).

Haemoth est un groupe dénué de toute pitié, emplit d’une idéologie barbare sans compromission et, cette (re)mise en abîme, au cœur méphitique des prémices du mal, permet plus que jamais de comprendre que son statut actuel de monstruosité satanique radicale est justifié.

La noire quintessence de ce condensé de haine pure est très respectueuse des raw et malsaines racines du combat originel mais, elle n’en cultive pas moins une forte variété dans sa complexité torturée. Appuyée par une basse incontinente, vectrice d’une profondeur abyssale car très présente, le maelström de riffs structurant ces huit tracks regorge de très nombreux changements de mouvements. Le jeu de cordes, très progressif et tout en relief, est très dense concassant perpétuellement les traditionnelles montées en pression épileptiques mélodiquement damnées et leurs rechutes classiques plus hypnotiques et sulfureuses avec de très virulentes réminiscences catchy empreintes d’influences trashysantes séculaires parfois très personnelles, originales, et, d’innombrables errances lancinantes et décadentes où régnent les tourbillonnements mornes et inquisiteurs d’intarissables arpéges plutôt classiques mais inspirés dans leur lourdeur oppressante. Cette transcendance macabre ritualistique reçoit un appui rythmique à la hauteur de ses prétentions et de l’aura sentencieuse infecte de dégoût qu’elle dégage ; Certes la technique n’est pas foudroyante, la frappe oeuvrant de façon relativement classique, mais, la vigueur et la hargne sont les maîtres mots de ses multiples mutations et, il n’en faut pas plus pour lui conférer un aspect chirurgical particulièrement approprié dans son sabbataïsme bouillonnant. Enfin, faisons tout les honneurs aux vokills particulièrement impressionnants dans la déshumanisation écorchée qu’ils dégagent. Le timbre lancinant ici utilisé est ravagé par une haine antique incontrôlée et irréfrénable ce qui, couplé à un effet de distorsion proche de celui utilisé par Keiser W. dans le fantastique Ad Hominem, ne peut que donner corps à un rendu imposant, effroyable de part les dogmes immoraux qu’il implique et, gorgé d’émotions criminelles ;
Inutile de pavoiser plus longtemps, malgré parfois quelques lenteurs superflues, tout en ces huits tracks d’Haemoth n’est qu’intégrité, clairvoyance et convictions fortes. 

Le temps de laisser « Seance » emboîter le pas à « Angelus Irae », le dernier track d’Haemoth, et de déguster l’intro synthétique emplie d’inquiétude, de douleur et de violence à peine contenue qu’elle comporte (qui n’est pas sans rappeler au niveau de la base synthétique d’arrière plan et de l’appui rythmique l’entrée en matière du « In The Nightside Eclipse » d’Emperor….), que nous voici déjà en présence de Ad Noctem.
Il s’agit là, de part ces sept tracks capturés en hiver 2002, de mon premier contact avec cet autre one man band s’adonnant, dans l’ombre la plus opaque de notre Gaule profonde, à la préservation de l’Art noir et, je dois bien admettre que je ne sais quasiment rien à son sujet.

Il découle de quelques écoutes approfondies que la substantifique essence de Ad Noctem est plus raffinée que celle, très primitive, de son prédécesseur même si un certain labyrinthisme torturé et, une sémantique satanique sans compromis restent un tronc commun.

Certes, l’on retrouve en cette seconde partie les typiques ingrédients du Black Metal tel qu’il se doit d’être par définition, de part un tonnerre de riffs frénétiques dans leurs fréquences, Tout autant de retombées de tensions plus harsh et indéniablement Old School ; Un dosage correct d’arpéges tout en saturations et autres lourdeurs très ambiancées, lancinantes et porteuses d’une froide et malsaine majesté ; Une atmosphère d’ensemble malsaine et dérangée…. Mais, les touchers et techniques abordés sont plus diversifiés, le concassage de la boîte à rythme est plus riche, aéré et tortueux ; Le son est plus cristallin et indéniablement orienté vers une sémantique émotionnellement déshumanisée ; Les arrangements sont plus élaborés moins primaires, particulièrement propices à la présence de nombreux claviers glacials, augustes et dépressifs contribuant à exacerber un relief et une recherche déjà incontestables. Hormis quelques longueurs de temps à autre, le seul bémol que j’émettrais concerne les phases vocales selon moins un peu trop effacées et parfois faiblardes même si éraillées dans la plus pure tradition… Il ne s’agit que d’un point de vue personnel mais, à mon sens, les vokills ici crachés à la face de notre rance humanité paraissent un peu léger en comparaison de la verve ultra violente et suppliciée que nous expose Haemoth quelques tracks auparavant.

Il se dégage généralement de cet ensemble compact une aura effroyablement suicidaire et moribonde. Tout n’est que, dénuement, désespoir et souffrance en témoigne d’ailleurs l’avarie volontairement laissée au milieu du track « Pure Desecration, A New Hope Perverted » pour exposer à l’auditorat toute la douleur dans laquelle ce chapitre a été capturé ! 

Pour conclure, Hohenstaufen Rex nous offre ici, une fois de plus, un chapitre très pur et authentique où l’auditeur se retrouve concassé jusqu’à ce que mort s’ensuive entre la haine pure et sans détour de Haemoth et, la douleur viscérale et manipulatrice du, un peu plus modeste, Ad Noctem. Comme je l’ai évoqué précédemment ce « Mortuales Delecti » souffre parfois de certains passages à vide ; Malgré tout, cela n’entache pas particulièrement la quintessence et l’intérêt de cette rondelle de prés de soixante dix minutes (!). Massif, à l’image de l’intégrité de ces deux groupes !

 Contact :
Haemoth :

Haemoth@yahoo.fr 

Ad Noctem :
temenih@hotmail.com
www.killtosurvive.org/hohenstaufenrex
  

Sperm. S.