Eros Necropsique signifie « l’autopsie des pulsions liées aux plaisirs refoulés ». Le groupe naît fin 1993 à Reims. C’est la rencontre entre Olivier et Gilles. Les compères sont très intimistes et les auditeurs se limitent à quelques amis. Une dizaine de compos sont créées mais le groupe ne souhaite pas qu’elles sortent de la cave où ils se plaisent à jouer. Michel « Chuck », un ami, leur propose de jouer à Reims mais le groupe refuse catégoriquement jusqu’au jour où ils acceptent sans être vraiment convaincus de « plaire ». Ils jouent donc au festival Decrescendo en avril 1995. Surprise, Eros Necropsique impose son propre style et cela plaît. Ils décident donc d’enregistrer leur 1ère démo avec les moyens du bord. Cette démo portera le nom du groupe et sera enregistrée dans la pénombre de la cave où ils jouent régulièrement. En 1996, le groupe éclate mais existe toujours grâce à la rencontre entre Olivier et Cof. Ils enregistrent une 2nde démo nommée « Communion ». Le temps passe et le groupe signe avec un label, ainsi trois albums vont naître : Charnelle Transcendance, Pathos et Crises de Lucidité. Au fur et à mesure, Eros Necropsique s’étoffe et différentes personnes rejoignent la formation. Le groupe ne joue pratiquement pas sur scène mais il n’en reste pas moins impressionnant par ses prestations musicales.

Ce 1er opus a pour titre « Charnelle Transcendance », il nous entraîne dans l’univers des plaisirs de nos sens mais aussi dans celui de la douleur et de la souffrance. Très inspirés par la mythologie Grecque et Romaine, les textes d’Eros Necropsique traitent de sujets simples tel que le sexe, la religion ou encore la mort mais ils sont prodigieusement abordés.

Dès le début, le décors se plante : ambiance fascinante, une femme murmure quelques phrases dans une langue sûrement morte, quelques grelots résonnent : on se croirait dans un lieu sacré. Dans cette intro, on devine une harpe qui nous prépare à l’atmosphère orgiaque de « l’Appel de Dionysos ».

Le second track débute par un battement de tambour très répétitif comme ceux qui annoncent l’arrivée d’un roi. On perçoit même le petit bruit aigu d’un triangle. Retentissent ensuite une guitare électrique et un orgue totalement contradictoires mais qui forment une alliance lourde, dérangeante et réussie. S’ajoute à cela la mélodie frêle d’une flûte traversière qui pourrait nous faire penser à l’arrivée de quelques nymphes. La poésie éclate, les vers sont maîtres. Dans ce morceau, Dionysos nous invite à rejoindre au cœur d’une cité de la Grèce Antique, quelques hôtes qui se livrent à des chevauchées charnelles rythmées par les divers nectars éthyliques offerts gracieusement par ce grand seigneur de la vigne. Pendant une nuit dans cette ville, la débauche et la luxure sont reines. Les coudes et les genoux sont écarlates fruit des frottements effectués lors de voltiges voluptueuses. Les demoiselles les plus chastes finissent par être les plus dépravées. La voix rauque de notre très cher orateur nous suggère de goûter à toutes les effluves de notre corps et aussi de nous essayer à quelques actes coprophages. Voici une époque bien regrettable.

Le 3ème titre commence par quelques accords au piano auxquels s’ajoutent de lentes notes de guitare. Les vocalises féminines s’opposent à la froideur vocale de notre narrateur. « Le mélodieux écoulement du temps » nous emmène dans les profondeurs de notre âme, une promenade qui peut s’avérer morbide voir fatale.

La plage numéro 4 est un instrumental aux rythmes médiévaux. Elle s’intitule « Réminiscence », ce qui signifie souvenir imprécis (c’est peut-être pour cela que les paroles sont absentes).

Le morceau suivant se laisse porter par une flûte traversière maussade sur laquelle se pose un poème sur le trépas d’un fœtus.

A la suite, un track nommé « Pardon ».Il pourrait bien être l’enchaînement (vis à vis des paroles)du morceau précédent. Les divers instruments nous ramène au XIII siècle. Le poème en lui même, est écrit de manière particulière : chaque vers commence par une lettre pour que l’on puisse lire de manière verticale le mot « pardon ».

« A l’ami décédé », nous entraîne dans une marche lugubre jusqu’au cimetière où repose un ancien camarade. Dans ce morceau, l’orgue est maître et la voix d’Olivier est encore plus caverneuse que sur les autres titres. Un cri de souffrance mentale suinte de ce fragment d’album.

Le track numéro 8 nous invite à communier entre athées. Jouissons de nos sens, goûtons à la chair et adonnons-nous au plaisir de la luxure. Rejetons toutes ces merdes religieuses basées sur la tromperie et ne nous abaissons pas à la médiocrité. « Communion » est un joyau tiré de la 2nde démo du groupe qui porte le même nom.

Le dernier morceau porte un titre qui en dit long. « Delirium de l’être seul » nous rappelle que quoi qu’il advienne, nous sommes seuls. L’album se finit par quelques cris schizophrènes. Un album poétique, érotique et intime.

Se referme ainsi Charnelle Transcendance, perle difficile à pénétrer mais fortes en frissons. Eros Necropsique nous plonge au fond de l’abîme qu’est la souffrance mais il nous entraîne aussi dans les couloirs du plaisirs.

La cover de l’album est une photo en noir et blanc de la croupe bien rebondie d’une jeune demoiselle. Par pudeur, celle-ci mets ses mains de manière à préserver son intimité.

Le second album d’Eros Necropsique a pour titre « Pathos » ce qui signifie passion en grec, mais cela a un autre sens. Un Pathos est un propos rempli d’emphases et qui au bout du compte est plus ou moins compréhensible. Ce chef-d’œuvre vous emmène en chute libre dans l’esprit torturé du groupe. Un style incomparable, des titres grandioses et une ambiance insalubre ; bref tous les éléments sont réunis pour que le final soit très convaincant. Il l’est. Eros Necropsique se purge dans Pathos, ils vomissent leurs pensées. Merci de nous les faire partager…

Le 1er titre commence par le son inimitable d’une cloche puis s’ajoute un tambour rappelant le trot d’un cheval, une guitare électrique indomptable intervient et un synthé basique mais complémentaire se pose là dessus. « Le départ » est pour moi le meilleur morceau de l’album, les paroles sont comme exorcisées du cerveau du narrateur. Il explique sa déception pour la vie et son désir de la quitter. Quelques cris de désarroi ornent ce titre. On sent là, un homme névrosé pour qui le mot « raison » n’a plus aucun sens. Il en profite pour nous rappeler que l’on crèvera tous un jour ou l’autre. Patience… dit-il.

« Mathilde » est porté par la douce mélodie d’un clavecin qui rappelle l’atmosphère libertine du 17ème siècle. Complémente ceci, quelques notes de piano. Nous avons affaire à une déclaration d’amour murmurée à l’oreille de la demoiselle ce qui donne un aspect intime tel une confidence à ne pas dévoiler. Ce morceau a été écrit de la même manière que « pardon » de Charnelle Transcendance . Les premières lettres de chaque vers lues à la verticales donnent le prénom de Mathilde. C’est un morceau tendre tout en restant dans l’esprit de l‘album.

« Ultime révérence » nous fait partager la souffrance du narrateur. La souffrance d’être né. Ce thème est récurrent dans Pathos. L’envie de se séparer de la vie bat la mesure dans cet opus. Dans ce morceau, Olivier souhaite rendre l’âme tout en faisant une sortie honorable. Les paroles se finissent par un « bonsoir » hurlé de tout son être. Cela symbolise la détermination. La mélodie ressemble à celle que l’on peut entendre lors de funérailles.

Le titre suivant est surtout basé sur les paroles, car la musique peut s’avérer légère mais pas moins troublante. « La scission déchirante d’une illusoire fusion » est rythmé par quelques accords de piano. Le morceau représente la solitude, choix que l’on fait mais que l’on assume pas toujours. Il est vrai que se retrouver face à soi-même est le meilleur moyen pour devenir aliéné.

« Le deuil du merveilleux » est une ode à l’enfance et à l’innocence, cette période magique de notre existence qui est pour certains si difficile à quitter. La mélodie sonne comme une boîte à musique longuement remontée. Une basse impose ses lourdes notes et une flûte amène de la légèreté dans ce morceau. Selon olivier, être adulte est un emprisonnement car on ne croît plus en rien. Il n’a pas tord.

« Noyade » est un pur bijou aussi bien pour la musique que pour les paroles. Ambiance d’une autre dimension, des gémissements exprimant la lassitude et un orgue sensationnel. C’est une explosion musicale. La noyade sera celle du narrateur lorsque son sang se sera répandu et qu’il recouvrira son propre corps jusqu’à ce qu’il ravale sa vie pour enfin mourir. Le morceau finit par un cri de libération.

« Séléné » est la glorification d’une personne mais, il peut également être interprété comme une ode à l’astre lunaire. Est au cœur du morceau, une fillette décrite comme une déesse. Quelques consonances égyptiennes accompagnées d’un violon habillent ce titre. Pour moi, il reste quand même un peu fade par rapport au reste de l’album.

« Aujourd’hui, deux mains » ressemble à une histoire contée par des troubadours, peut-être à cause de la mélodie médiévale. Des paroles traitant de la fraternité, de l’amitié. Encore une fois, le narrateur rappelle que la vie est une maladie.

Le dernier morceau a pour titre « Le douloureux souffle de l’authenticité ». La base musicale est très répétitive mais une mélodie hésitante se colle dessus ce qui donne un résultat assez funeste. Un texte qui m’a démonté la tête. Ce track s’achève par un cri disant « je hais, ce que je suis » . Encore une fois, le regret d’exister est la réalité de cet album.

Ainsi s’achève « Pathos », un album très réaliste, où notre place dans ce monde est remise en cause. Cela ressemble à des confessions faites sur un lit de mort préparé par le mort lui-même.

La vie n’est pas un choix à la base, mais la mort peut l’être. Cet opus est très schizophrène : chansons parlants de la vie, de l’amour et en parallèle d’autres morceaux traitants de suicide, de cette volonté pour mourir. Voici un album qui mérite réflexion et grande écoute. En un mot : captivant.

La cover une photo en noir et blanc d’un buste féminin vu de profil. La demoiselle est allongée et sa poitrine rappelle le côté érotique d’Eros Necropsique. En revanche, le fait qu’elle est les côtes si apparentes nous montre bien que l’album est une souffrance à lui seul. On a l’impression qu’elle est aspirée par son « je » intérieur.

Contact :
www.erosnecropsique.net

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