Dark ages est le projet ambiant du non moins célèbre leader de Hate Forest : Roman Saenko. Inspiré par cette sombre et ô combien intéressante période du " Moyen age ", "Twilight of Europe" a été édité par Supernal music en 2004.

Cet album vous fourvoie dans cet univers où la peste, l'alchimie, l'ignorance et la crédulité des hommes, face à la chute et à la croissance de l'empire catholique, se masquent dans ce noir mantel en lambeau qu'est le Moyen-Age.

Allégorie de la mort inévitable, mais aussi symbole de l'oeuvre macabre des hommes, qui anticipent l'heure du jugement dernier, au nom du fanatisme et du pouvoir. Tout concourt dans cette oeuvre à vous immerger jusqu'à la suffocation mystique des ménestrels chrétiens.

Mirons d'abords la cover, celle-ci étant des plus justes, et fort à propos, puisque nous avons droit à " la parabole des aveugles " de Bruegel. Cette peinture donne le ton et sonne comme une mise en bouche pour ouïr cet opus. C'est une saisissante vision de bouches évidées, d'yeux céruses, de corps contrefaits poussés par une inévitable malédiction dictée par le seigneur en personne.

Allégorie encore pour la back-cover : " Le triomphe de la mort " toujours de Peter Bruegel. Ce " Twilight of Europe " démontre ainsi la grande connaissance qui berçait nos anciens, versés dans les exécutions ignifuges, et les suicides païens. Vision cauchemardesque de villages calcinés, de villes ravagées par la mal-peste. Dark Ages nous dévoile ici, une ambiance sombre et médiévale.

Il en ressort donc une thématique des plus caustique.

Vous ne pouvez ainsi que dériver sur le fil de visions fugaces perpétuées par ces lancinants morceaux . Car le soleil s'est fané et ne peut que vous plonger parmi les ombres dansantes de torches révélant une ville en miette et un ciel qui s'obscurcit de plus en plus.

Etudions donc plus en profondeur la substantielle moelle de ces tracks ( pour reprendre l'expression si cher à Herr Sperma, hail à toi Kamarade ! !). Le conditionnement sournois et perfide de cette track-list nous guide dans un pathos bien précis.

Le premier Track : "Breath of the Black Plague", concourt à présenter sommairement l'ambiance de cet album, le souffle putride de la mal-peste apportant son lot de pustules noires à la commissure des lèvres. Une vision rampante et une atmosphère froide et macabre. Ne vous étonnez pas si l'envie de barricader portes et fenêtres, vous prends, ainsi que de brûler votre voisin de palier, tout ceci afin de pallier au fléau. Dans le respect, bien sûr, des bonnes gens de confessions catholiques.

Le deuxième "Birth of the Antichrist", nous rappelle une autre peur cette
fois-ci. Mais celle-ci est spirituelle, et d'autant plus attachante, que ce track débute d'une manière fort solennelle.

"Dungeons" et "Art of the dark ages" dépeignent avec une volonté assez
exquise le séjour solennel, l'atmosphère est quelque peu redondante, mais l'illusion est toujours bien présente.

On commence à entre-apercevoir comment Roman Saenko construit ses morceaux.

Passons ensuite au sixième track "Malleus Malleficarum", comment ne pas
aborder ce thème, il renvoie à des images fugaces de bûchers, de fanatisme religieux et de machisme notoire. Toujours pernicieux les claviers ne s'énervent points et leur présence est comme une manne lourde et pesante. Comme pour nous rappeler que la vérité est une et indivisible : Dieu est bien présent et il nous punit ! ! !

Le septième "Fate of the templars", dépeint avec une candeur pernicieuse, la chute des " Pauperes Commilitones Christi Templique Salomnici " (Pauvres Soldats du Christ et du Temple de Salomon), vous l'aurez compris, les moines aussi. Ce n'est que juste retour des choses, ces soldats du Christ n'étaient finalement que des impies ayant péché pour idolâtrie, adorant la vile tête de Baphomet. Car les monastiques l'ont toujours dit : militia consonne avec malitia. Mais laissons de côté ces considérations pseudo-réprobatives.

Finalement Roman Saenko ne s'est pas embarrassé de chants ou de samples grand-guignolesques. Il a construit son album tranquillement, l'âme apaisée mais néanmoins maladive. L'émotion gravissime est palpable. Il a réussit à dresser une atmosphère et un panorama pessimistes et désolants. C'est assez correct dans l'ensemble, pas de déception, ni d'exaltation. Ici pas de flûtiaux exacerbés, comme peut le concevoir un slave énervé mais une aura rampante et sournoise, telle une danse macabre qui vous hypnotise. Vous voilà errant tel un miséreux, dans une flânerie presque insouciante, enivré par les cloches du beffroi, et les organes à vent de l'église toute proche.

Chaque track est presque comme un souterrain. Une sorte de ronde fantomatique. En trois mots c'est minimaliste mélancolique et contemplatif. Cela ravira vos convives lors des dîners aux chandelles et aux couverts de chez Alchemy gothic. Sinon pour le quidam notoire et asocial, lorsqu'il fait 33° degrés à l'ombre on barricadera les fenêtres tout en fomentant un plan diabolique pour sacrifier la douce vierge effarouchée qui est ficelée dans le placard .


No Fucking Kontakt !

Nilfheim