
Selon le peu que je sais, ce groupe Suédois, que l’on connaît aujourd’hui sous forme de quatuor à vu le jour en 1994 et a rapidement vomit sa première demo intitulée « Total Eclipse », tape, que au passage, je regrette légèrement d’avoir ignoré à l’époque au profit de je ne sais plus quelle autre douceur… Six ans plus tard, cette cohorte va enfanter son premier véritable album qu’est « Total Soul Rape » avant de rejoindre peu de temps après les rangs de Selbstmord Service. Quelques fractions de secondes après insertion de cette galette dans un lecteur, l’essence de Craft s’ impose instantanément comme fondée sur un Black Metal Violent avec ses riffs crus, ses speeds pickings nerveux et pervers, ses blasts belliqueux… et, même si cela diffère pas mal au niveau du son et du toucher de ce qui se fait inlassablement sur les terres suédoises (je ne citerais pas de nom, je l’ai déjà suffisamment fait dans d’autres articles pour cette update…) il n’y a pas à priori besoin d’en chier un pavé. Pourtant il s’agit là que d’une impression première et prise sur le vif car rapidement, au milieu de cette expression brute d’un art ancestral et de tradition aujourd’hui sur exploité, Craft ne tarde pas à se révéler sous un visage plus personnel, inspiré, parfois presque étonnant et original. Toute la force de Craft et l’aversion qu’il dégage résident ici dans un certain goût pour la déstructuration, dans un indéniable talent pour créer des successions de riffs tous plus décousus, déstabilisants et oppressants les uns que les autres. Commençons par souligner la présence de très nombreux breaks dotés de structures plutôt inhabituelles parfois assez harsh, syncopés et thrashy qui surprennent bien souvent là où on les y attends pas. Le groupe semble désireux de rompre un minimum avec les clichés inévitables et prévisibles du genre ; Cela se ressent aussi lors de certaines montées en puissance qui n’explosent pas systématiquement comme l’auditeur pourrait le prévoir. Autre point fortement appréciable : L’incontestable travail fournit sur les sonorités, les disharmonies et les saturations qui règne majoritairement sur d’inépuisables phases pachydermiques et, où tout les instruments oeuvrent dans le même sens : Celui d’instaurer le malaise. Les guitares rythmiques sont dépressives à souhait, déversent un flot d’accords torturés, d’arpéges vertigineux ; Les leads utilisent le floyd et les harmoniques avec sadisme ; La basse offre des déclinaisons abyssales ; Et, la batterie se désagrége loin de toute logique humaine. Un véritable amas de laideur hypnotique et d’aversion suicidaire. Certains ont tendance à oublier d’où vient le caractère vénéneux du Black Metal, que beaucoup de choses se passent à un niveau sonore et ambiant, ce n’est pas le cas de Craft avec ce « Total Soul Rape ». Blut Aus Nord, malgré la grande gueule de ses membres n’a rien inventé ! Hé Hé. Jusqu’ici, je n’ai pas évoqué un seul instant la trame vocale de ce groupe ; Je gardais cela pour la fin car, à mon sens, cette composante est loin d’être étrangère à l’aspect monstrueux et abominable de cette première galette. La présence et la diversité vocale de Nox est impressionnante au point ou je me demande s’il est réellement de race humaine. Outre les vocaux cramoisis habituels, celui ci s’égare parfois dans un mutisme démentiel ce qui se traduit par des écorchements maladifs très malsains et déchirants. La haine et la violence intérieure qui s’en dégagent ne peuvent laisser indifférent et mutileront pour sur les tympans des moins préparés. Ce souffle mortuaire est particulièrement approprié à la déclamation d’une thématique entièrement dévouée à l’extinction par la force et le sang de l’espèce humaine, à la destruction de notre planète et de tout ce qui y respire. (cf les textes de « Death To Planet Earth » ou « Kill Everyone » infectes et immoraux qui réjouiront sans aucun doute les plus ravagés et qui feront pour sur gerber ceux qui s’acharnent à tenter d’aimer leur prochain !!!) Après écoute intégrale qui s’achève sur une outro composée par Shamaatae du fantastique et atypique Arkanum, l’on comprend mieux pourquoi cette rondelle se nomme « Total Soul Rape ». Violent, Pervers et Manipulateur !!!!!
Autant dire que cet événement m’a littéralement propulsé sur le pied de guerre et, c’est enfermé dans mes baraquements que je me prépara à nouveau, l’esprit avide, à vivre une fois de plus l’expérience interdite. Après écoute, il est évident que je me suis peut être emballé trop rapidement car, par Baphomet ( !!) les membres de ce groupe seraient ils devenus des baltringues sans burnes !!!! Où est passée la virulence effervescente et l’aura effroyable de l’un des seul groupe qui a réussit ces dernières années à me faire revenir quelque peu sur mon opinion au sujet de la scène suédoise ?? Malgré l’étendard que Craft semble désireux de brandir via le nom de cette galette o combien représentatif de ce que le Black Metal devrait incarner, force est de constater que « Terror Propaganda » est très loin d’arriver à la cheville de son prédécesseur. La construction des huit hymnes de ce nouvel opus est devenue beaucoup plus basique, conformiste et, l’identité jusque là forte du quatuor en accuse critiquement le coup. Hormis pour quelques riffs dispersés ça et là et, notamment pour ceux qui introduisent « Ablaze », le track d’ouverture, les guitares semblent avoir totalement passées à la trappe le minimalisme savant qui régnait sur « Total Soul Rape ». Je ne perçoit plus cette fameuse recherche subversive du passé, de nombreux plans sont devenus incroyablement banals si bien que malgré une certaine fougue heureusement encore présente, l’ensemble se révèle bien fade. La construction basse / batterie n’a en conséquence plus aucune consistance ni profondeur ; Ces deux instruments se contentent comme trop souvent de servir de simple accompagnement, quitte à négliger une grande part de profondeur et d’originalité. Enfin, ma plus grosse déception vient de la performance de Nox. Qu’est devenue sa folie incontrôlable, sa rage morbide et agonisante d’antan ?! Son esprit pervers aurait il été depuis touché par l’autosuffisance ?! Certes, certains hurlements chaotiques de souffrance sont encore présents, mais, la conviction ne semble plus être la même et, une tonalité définitivement identique à celle qui hante les litanies damnées de Fenriz a visiblement prit le pouvoir. Cette dernière carence enfonce définitivement le clou. Il y a désormais quelque chose de plus abordable, humain et donc commercial dans la musique de Craft. Réjouissons nous au moins que les propos n’aient pas subis d’adoucissements concomitants à cette dramatique évolution. Des tracks tels que « N.D.P. (Nearly Dead Parasite) » ou, « The Silence Thereafter » transmettent toujours le même message belliqueux de haine pure et de destruction. A noter que la textuelle du très nucléaire « Reactor 4 » a été pensée et écrite par Richard de Contamino. En conclusion, je n’irais pas dire que « Terror Propaganda » est à chier car, ce n’est pas le cas. Il s’agit juste là d’un album bien ficelé mais terriblement standard qui appelle à de nombreuses comparaisons avec Darkthrone et consorts sur beaucoup de points et, la gueule de la cover n’aide pas à éviter le rapprochement. Difficile de savoir après cela s’il faut encore voir en Craft un espoir susceptible de botter le cul à une scène Suédoise en totale perdition.
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