Ce projet énigmatique est né des cendres de Vlad, entité originelle encore relativement conformiste en son temps d’un point de vue stylistique et philosophique, cela sous forme de one man band fictif avec pour désir de développer un panel artistique plus large et moins limité basé sur la conscience, l’intelligence, la connexion, l’évolution et l’élévation

Littéralement ; le nom Blut Aus Nord, traduisible par « Le Sang Du Nord », évoque le prodigieux héritage culturel laissé jadis en Normandie par les peuples du Nord de l’Europe. En conséquence, ce nom incarne à lui seul la volonté de pénétrer les hautes sphères de la sagesse que l’on décèle dans tout les grands récits mythologiques et, ainsi d’atteindre une harmonie totale entre l’homme et les éléments nobles de mère nature. Là se situe selon Blut Aus Nord le paganisme dans ce qu’il a de plus pur et authentique. Tout comme il est absurde de s’auto suffire à porter un simple pentagramme autour du coup pour se prétendre être un sataniste radical et pure souche, il ne suffit pas de se coller je ne sais quelle peau de bête sur les roustons et de porter un heaume récupéré dans la crasse d’une brocante locale pour toucher aux arcanes du paganisme….

A titre plus intimiste, notons également que le mot « Nord », intégré dans le nom du groupe, est supposé représenter les quatre initiales de termes matérialisant l’identité profonde de Blut Aus Nord….

En accord avec les éléments précités, c’est ainsi que « Ultima Thulèe » va voir le jour en tant que premier album en 1995 avec la collaboration et le soutient de V.M.I. / Impure Créations Records aujourd’hui disparus….. et, il suffit d’entendre les premiers mouvements de « The Son Of Hoarfrost », le track  d’ouverture de cette rondelle devenue mythique, pour comprendre que Blut Aus Nord ne porte pas non plus, musicalement parlant, son nom au hasard.

L’art renfermé par ces huit tracks est glacial, pour ne pas dire cryogénique tant les sentiments de majesté, de fierté séculaire, de nostalgie hyperboréenne confinant les frontières de la dépression incurable sont fort !

Les deux pièces maîtresse structurant ces hymnes forgés dans le givre sont incontestablement les guitares et les claviers. Ces deux instruments nous livrent ici une osmose très riche, judicieuse et toute alternative. Les riffs dotés d’une puissance sonore et d’une assise saturée très colossales sont rudes et tranchants comme le seraient les vents du Grand Nord et, sur ces bases, oeuvrent à une évolution constante et labyrinthique entre trame très mélodique et, feeling beaucoup plus dépouillé, agressif et harsh, tandis que des claviers profonds, d’une froideur insondable aux sonorités synthétiques diverses viennent les compléter en temps voulus, massivement ou plus discrètement selon le sentiment à faire passer, déterminant au passage l’instrument voué à dominer sur telle ou telle phase. Alchimie grandiose, pour ne pas dire magnifique, à l’écoute de laquelle seuls les autistes resteront stoïques…. Surtout lorsque le mysticisme intemporel de très émotionnels arpéges viennent l’exacerber, comme pour exemple sur les derniers souffles du superbe « The Last Journey Of Ringhorn ».

Les percussions ne sont assurément pas l’apport le plus personnel et original de ce « Ultima Thulèe » en comparaison de la quintessence sus visée  mais, de manière simple et vigoureuse, elles viennent parfaitement la rythmer tenant compte, avec bon sens et un minimum de variété, de la richesse des ambiances et, du tumulte des nombreux changements de riffs au sein de l’armature alambiquée des tracks. La prédominance des tempos est relativement modérée, jouant majoritairement sur la puissance hypnotique de la double, les lourdeurs lancinantes et les atouts des cymbales, tout en ne négligeant pas, bien évidemment, de blaster lorsque l’exercice s’impose.

Enfin, dans un tel contexte, en la forme comme en le fond, les vocaux ne peuvent qu’être porteurs du meilleur ! Les vokills, sans aucun doutes très influencés par la véhémence écorchée de Vikernes, sont perçants, tels les hurlements d’un guerrier du Nord renaissant de ses cendres sur un chant de bataille encore fumant et perdu dans le blizzard. La violence solennelle et l’amertume mélancolique s’en dégageant est poignante et, la noblesse du lyrisme, extrêmement fournit culturellement et spirituellement, atteint son summum lors d’apports augustes en voies claires du plus bel effet et, exacerbant le caractère déjà foutrement glacial, épique et gracieux de ce monolithe sonore !

Point besoin de conclusion. Tout est dit pour cet album de référence qui, portant très haut l’étendard de l’art noir hexagonal, possède toujours les atouts pour faire pâlir bien des groupes scandinaves. Une référence qui n’a pas prit une ride.

 

Les indications contenues dans les livret de « Ultima Thulèe », premier album très réussit au nom mythologiquement évocateur, le laissaient présager sans équivoques : il ne s’agissait que d’un commencement et, c’est ainsi que s’ en est rapidement suivit  ce « Memoria Vetusta – Father Of The Icy Age », second volet du périple Blut Aus Nord toujours en collaboration avec Impure Créations Records.

Si l’on tient compte de la très forte personnalité et, de la brillance créatrice avec laquelle ce spectre d’un autre age a posé les premières pierres de son bastion de résistance, l’on ressent d’emblée que la perspective de pousser plus haut la barre de l’évolution et du développement s’inscrivait comme un défi improbable. Pourtant, alors qu’en ces ages quelque peu reculés l’on pouvait déjà humer les inexorables pourrissements de la scène Metal Extrême, c’est loin du conformisme scandinave croissant et, avec les honneurs, que Blut Aus Nord va, tête haute, suivre ses instincts et ainsi magnifier son art autant musicalement que spirituellement.

L’intro de « Slaughterday (The Heathen Blood Of Ours) », simpliste mais, d’ores et déjà fascinante tant elle inspire l’avancée calme mais menaçante d’une flotte de Drakkars aux travers d’épaisses brumes vers des terres encore inexplorées, nous replonge sans peine au cœur du contexte glacial des premières heures avant de nous dévoiler une entité, certes ayant sut rester authentique et fidèle à ses bases mais, s’attachant à tirer la meilleur essence possible de la progression artistique , de son essor stylistique.

Cette seconde rondelle est une transcendance nous portant vers une substance en perpétuel mouvement réussissant la performance de témoigner d’un gigantisme atmosphérique et paradoxalement d’une violence torturée et vengeresse encore plus développés et fouillés que sur « Ultima Thulèe ».

Selon les commanditaires de cette pièce, le premier album aurait parfaitement put être la troisième démo de Vlad tandis que « Memoria Vetusta – Father Of The Icy Age », se situe à un stade de maturité plus propre aux objectifs premiers de Blut Aus Nord. Je vous laisse donc imaginer la richesse de l’objet…..

Un jeu de cordes dense s’attachant, avec une feeling créateur inchangé dans son originalité, à créer cette si fantastique ambivalence entre beauté nostalgique mélodique et, violence plus massive et impitoyable mais, avec un degré de technique et de recherche ayant franchit un pallier impressionnant et, de fait, exploitant un panel de touchers et d’influences métalliques beaucoup plus large permettant ainsi une stimulation des sens encore plus intense de part un concassage décuplé d’émotions diverses. Remarquons notamment une utilisation plus fournie d’une seconde guitare déversant un flot non négligeable de solos, me rappelant d’ailleurs parfois la trame de Children Of Maani et, palliant à une utilisation beaucoup plus discrète et sporadique des claviers que dans le passé.

Une frappe rythmique toujours aussi bien étudiée, pensée et placée s’adaptant avec, pour sûr, encore plus de variété et de diversité aux innombrables changements de mouvements et concassages des breaks. Chirurgical et bouillonnant à souhait, elles s’adaptent sans la moindre faille au degré d'accentuation supérieur, sulfureux et torturé ici franchit.

Enfin, les vox sont toujours aussi imposantes et colossales, à l’image de la production sonore énorme, avec néanmoins un feeling moins écorché et incontrôlé qu’auparavant concernant le timbre purement Black Metal. Ce dernier se fait beaucoup plus rauque et atteint des dimensions indecrottablement augustes et solennelles. Les cœurs et autres phrasés en voix claires sont toujours aussi pharamineux et poignants. Presque  intemporels, ils font incontestablement preuve d’une profonde et inconsciente réminiscence pour les bon vieux « Hammerheart » ou « Twilight Of The Gods » de qui l’on sait (Quorton ayant en ces jours sombres rejoint prématurément sa tour d’ivoire pour y surveiller la pureté du Walhalla, profitons en pour observer le silence et lui rendre hommage…. même si pour sûr les mois à venir vont se solder par un nombre gargantuesque de tributes tous aussi minables et imbuvables les uns que les autres…)

En somme, tout les ingrédients sont réunis pour se laisser effleurer par la foi du grand Nord, surtout que contrairement à « Ultima Thulèe », l’artwork de ce second opus contient les lyrics intégraux lui étant affiliés et, ici aussi la noblesse est au rendez vous. Conceptuellement « Memoria Vetusta I » s’élève contre l’oppression des religions du livre à l’égard des cultes païens. La fibre lyrique très empreinte d’occultisme, de magie et, très riche en métaphores est une insurrection contre la façon violente avec laquelle les trois sœurs se sont imposées en Europe et, avec lesquelles elles s’imposent encore, notamment l’Islam. « Memoria Vetusta II – Dialogue With The Stars » devait permettre aux cultes païens de revenir en force et de renverser les religions monothéistes. Cela devait se ponctuer par une grande initiation à la haute magie et, devait aboutir à une certaine victoire des éléments et des entités érudites des secrets de la création ancestrale. Cet album aurait du voir le jour en novembre 1997 mais, c’est alors que Blut Aus Nord va se retirer de longues années de la scène et, qu’après reformation ce projet ne sera plus envisagé sous son égide mais, celle d’un second projet nommé Ghost Of Sound dans des sphères bien plus expérimentales….

Un second album scellant un second grand classique de notre scène hexagonale.

Ce troisième album de Blut Aus Nord qui a assiégé la scène française de façon aussi impromptue qu’inattendue est placé sous l’étendard d’une radicalisation artistique et philosophique absolue.

Point question ici  (comme cela a put être le cas dans le passé) de mélodies, de synthétiseurs, d’harmonies, d’ambiances voluptueusement intimistes ; Toutes ces formules de style ont disparues dans un remaniage intégral et sans merci du processus de composition et de création. Il faut parfois savoir détruire pour mieux reconstruire.

Fruit impie d’une démarche artistique qui n’a pas pour but de plaire à des goûts de plus en plus stéréotypés et aseptisés, « The Mystical Beast Of Rebellion » témoigne d’une très grande pureté, authenticité, d’une intégrité impénétrable.

Cet album se veut être un retours aux sources, une plongée vertigineuse vers ce que l’UG à connu de plus obscur et sincère, vers l’ultime noirceur de groupes tels que Beherit, Bathory, Blasphemy…

Blut Aus Nord fait ici preuve d’un travail impliqué, vecteur de respectabilité et, qui au final se révèle être une véritable leçon d’humilité et de crédibilité à l’égard d’une grande partie de la scène BM et de ses adeptes , scène à l’égard de laquelle le public de myléne farmer n’a aujourd’hui plus grand chose à envier selon le groupe. Le culte de l’apparence, de la superficialité, la course à la gloire et à la reconnaissance s’exhibent de nos jours avec insolence et insouciance sur la dépouille fumante et déshonorée du BM et, plutôt que de se fourvoyer dans une récupération de masse, Blut Aus Nord n’en a cure et tente d’établir des bases solides.

Il se peut que ceux qui ont découverts le groupe avec cet album n’en gardent pas un souvenir impérissable ; En revanche, ceux qui suivent Blut Aus Nord depuis bien plus longtemps ne peuvent que rester subjugués tant « The Mystical Beast Of Rebellion »  touche de prés l’essence du style dans sa plus pure expression :

Les cordes se font beaucoup moins techniques que dans le passé, beaucoup moins progressives et propres , ce qui ne signifie pas pour autant que les nouvelles compositions ont sombrées dans un extrémisme totalement simpliste et primitif. La recherche est ailleurs : Dans la volonté de trouver un son froid, pesant et malsain, de par un travail de disharmonie sur les accords, leur enchaînement, le toucher et la manière d’aborder l’exécution des riffs. Que l’on aime ou pas Blut Aus Nord, il faut bien admettre que le résultat force le respect, qu’il sonne parfois d’une façon très atypique et rarement entendue dans le milieu. L’on pense notamment et sans grande surprise au chapitre V proclamé à la quasi unanimité comme le titre le plus sombre de l’album de part la décadence sonore et la dissonance dont il fait preuve.

Pour appuyer fermement cette volonté de repousser les limites du BM, il fallait des percussions dignes de ce nom et à la hauteur et ici, une fois de plus le résultat est radical : Les beats mid-tempos ont quasiment disparus et, la rapidité à gravit un sérieux échelon ; Cela sans pour autant atteindre les degrés d’épilepsie aigus de certains combos de True BM. Le martèlement des fûts résonne d’une façon très clinique et ne renferme que peu de technique même s’il reste très précis. Ce bombardement linéaire, glacial et totalement exempt de sentiments semble se renouveler sans fin et cycliquement comme si son unique but était de déshumaniser l’auditeur pour le mener à la lucidité.

A cette froideur instrumentale totalement dénuée d’émotions viennent s’ajouter les phases vocales et, la logique est évidement là même ! Terminé les expérimentations, les cœurs, les phrasés clairs ! Le degrés d’écorchement atteint des dimensions lancinantes et hypnotiques d’où suppure une haine insondable et exacerbée à l’extrême ce qui a d’ailleurs suscité de nombreuse et très judicieuses comparaisons avec les impressionnantes performances de Varg Vikernes.

Vous l’aurez compris, cette noble galette ne laisse aucun répit à l’auditeur non avertit, car même là où habituellement il est possible de souffler, c’est à dire entre les morceaux, règne une atmosphère oppressante et stressante de part la présence de divers maelström de sonorités et fréquences infra basses.

A coté de cette approche musicale, comment évoquer la dimension subversive de cette œuvre sans traiter de son « concept », de l’état d’esprit qui a guidé sa création ?

« The Mystical Beast Of Rebellion » se divise en six chapitres tous sobrement intitulés « The Fall Chapter… » et tous respectivement numérotés. Cette approche symbolise la chute de notre société moderne, sa décadence étroitement mêlée à la médiocrité de la calamité humaine et, développe un regard lucide sur cette évolution pathétique.

Il s’agit là d’un solide rempart de résistance contre la sous culture de masse aveuglément guidée par une société de consommation avide et vorace qui ne laisse aucun répit à l’homme et le transforme jours après jours en esclave moderne ; Cela par tout les moyens qui sont en son pouvoir : La télévision avec ses programmes formatés et débilisants, le monde du travail avec tout ce qu’il comporte comme superficialité et inintérêt, les soupes musicales préfabriquées textuellement et musicalement qui lobotomisent l’auditeur amadoué… et, pour ceux qui trouvent un minimum de force pour se marginaliser, le piége des paradis artificiels narcotiques, alcooliques…

« The Mystical Beast Of Rebellion » porte terriblement bien son nom et, se veut être une thérapie face à cet état de fait . Les textes (bien qu’absent du packaging) ainsi que le livret où ne figurent que les mots "This Is The Decadent Work of Another Non-Musical Art" sont indispensable à la compréhension de l’album ; Ils constituent un échappatoire à un asservissement moderne, à tout les artifices qui donnent l’illusion d’une vie, d’une existence, et, sont une clés pour revenir à des choses plus simples, à une harmonie avec les éléments et l’univers qui nous entoure.

En conclusion, libre à chacun de se faire sa propre opinion. Certains y trouverons leur compte, d’autres percevront cette démarche comme étant un peu trop altruiste et proche des nécessiteux ou encore un peu trop utopique. Dans tout les cas, « The Mystical Beast Of Rebellion » reste un parfait élixir de ce que la substance du BM comporte de plus noble.  

 

Vous l’aurez tous compris à la lecture des quelques dizaines de lignes précédentes, le grand retour de Blut Aus Nord fut, pour moi, une putain de surprise et, nul doute qu’il en fut de même pour une majorité de maniaques ! Une copieuse et glaciale latte dans la mâchoire à laquelle rien n’avait put préparer la scène Black Metal hexagonale.

Inutile de dire qu’en conséquence, j’attendis de pieds fermes l’avènement du quatrième album que fut « The Work Which Transforms God » surtout lorsque l’on sait que Blut Aus Nord n’est pas un fervent adepte du passéisme et de la stagnation artistique  ce qui, une fois n’est pas coutume, ne pouvais que laisser augurer le meilleur ou plutôt le pire !

Il fallut attendre deux années pour voir et entendre ce nouvel opus emboîter le pas de son obscur et inhumain prédécesseur.

Si les prémices du premier track laissent à penser de part la présence d’effroyables sonorité infra basses introductives, une mise en branle épileptique emplie d’une dissonance chaotique absolue, un son clairement identifiable et, des vokills écorchés par la haine et le dégoût, que l’on va avoir affaire à un vulgaire clone de « The Mystical Beast Of Rebellion », ce sentiment ne dure que quelques fractions de secondes car, dés les premiers changements de riffs et de rythmes, l’entité normande dévoile une abrupte chute de pression  confinant avec pachydermie les limites du malaise. D’emblée, l’on sent une plus grande volonté de relief qu’auparavant. La principale critique émise au sujet du précédent chapitre concernait son aspect très linéaire, clinique, frénétique et peu aéré ; Dans le cas présent, l’on sent que cette nouvelle déjection s’annonce comme étant plus variée. Point d’autosuffisance en somme.

Sans aller dans le sens du léchage de boules histerico-depressif de certains chroniqueurs gavés au xanax pour l’occasion, force est d’admettre à l’écoute de cette mise en abîme discourtoisie qu’il s’agit là de l’œuvre la plus dérangeante, déstabilisante, malsaine et suicidaire que Blut Aus Nord ait enfanté jusqu’alors. Ce chapitres n’est assurément pas à réserver aux fiottes les plus instables et liquéfiées du bulbe. Un réel et très gros travail de recherche pour susciter le malaise et le dénuement chez l’auditeur est incontestablement palpable.

Les cordes, leur osmose vicelarde et manipulatrice, vont encore plus loin dans l’harmoniquement inconcevable, dans l’humainement inimaginable. La trame sonore est odieuse, maladive à l’extrême et, le déchirement des saturations qu’elle met en valeur et transubstante dans les hautes sphères de l’hallucinatoire relèvera pour sûr et, pour beaucoup d’individus conformistes, du domaine de l’insoutenable. Ce maelström mutilé et déchirant est relativement peu descriptible en la forme, oscillant en permanence entre une morbide substance dénuée de tout sentiment, de toute vie et, une lancinance désespérée autodestructrice.

Il y a quelque chose de narcotique que l’on peut clairement effleurer et, ce n’est pas la fréquence rythmique à prédominance lourde, oppressante, distante, mécanisée qui permettra à l’auditeur de se tirer aisément de cet ultime abandon. Je ne peux m’empêcher de ressentir des émotions clairement identifiable au nauséeux spectre de l’indus.

Les vokills, quand à eux, sont à mon sens relativement effacés et peu présents, ce qui semble exacerber le caractère dénué de toute vie et blafard de ce « The Work Which Transforms God ».

En définitive, il n’est point évident que l’on puisse encore réellement parler de Black Metal quel qu’il soit à l’écoute de la lente et funèbre progression de cette procession auditive sordide. L’on pourrait penser à une mixture avilie et doomesque poussée dans ses derniers retranchements extrémistes mais, ce serait probablement encore bien trop réducteur. Il est peu étonnant qu’une telle galette ait suscité l’intérêt, de part son coté unique et viscéral, de professionnels de la musique, même si je reste persuadé qu’avec une guitare correcte, un pédalier tenant la route et évolutif type digitech Rp 2000, un harmoniseur doté d’un large panel de fréquences, quelques heures de réglages et d’accordement et, bien évidement un niveau de maîtrise théorique et technique un minimum correct, ce type d’arcanes ne soit pas abordable…. N’exagérons donc rien.

Je dirais simplement que cet album recèle d’une richesse qu’il faut apprendre à cerner et, qu’une fois le cap franchit au sein de l’auditorat, ce « The Work Which Transforms God » s’imposera comme un très pur et nécromantique monolithe d’art noir. Comme à l’accoutumée, B.A.N. propose différents degrés d’écoute.

Une très intéressante galette en conséquence, bien plus intéressante à écouter que de lire les provocations à répétition du groupe, ses retournements de veste et autres fadaises dénigrant avec perte et fracas le mouvement BM et ses rites alors que ses œuvres sont destinées précisément au public de cette fratrie ; Allant jusqu’à prétendre que le fait d’acheter le merchandising de tel ou tel groupe est synonyme de formatage commercial alors que jusqu’il y a peu des TS de B.A.N. ou du plus modeste The Eye étaient en vente libre chez les hideux Adipocéres ; Conspuer certains groupes parce qu’ils signent chez certaines majors tout en faisant rééditer leur quatrième album chez Candelight ; Prôner un réel attachement à l’UG, prétendre défendre ses valeurs tout en copulant avec certains zines et webzines mainstream incompétents ; Appeler à un rejet de la masse et de la société de consommation en se faisant néanmoins distribuer à la portée de la plèbe par des corporations telles que la Fnac, Cultura… j’en passe et des meilleurs….

Où est la cohérence ? Nul part ! Tout comme l’intérêt de savoir si Vindsval est une allégorie purement fictive au service de la quintessence du groupe….. Pour ce genre de futilités publicitaires et justificatives il y a les magasines people ou cette lopette imberbe de fogiel.

Difficile de rester dans l’ombre lorsque l’on a le goût du feu des projecteurs et des O.P.A. hostiles…. Si en plus du talent certains groupes savaient observer la discrétion et l’humilité à l’image, par exemple, d’un bon vieux Blessed In Sin, le milieu ne croupirait probablement pas dans la merde actuelle et, ne perdrait pas son sens et sa force comme certains lui reprochent.

Aaarrggh ! Après le fantastique Split 7 Ep Horna / Desolation Triumphalis parut en 2003 et aujourd’hui sold out, voici sans conteste ce qui fut l’événement vinylique du catalogue D.U.K.E. du début 2004 via ce « Décorporation » réunissant deux entités qu’il n’y a plus besoin de présenter au cœur de notre scène hexagonale.

Les premiers relents de subversion de ce 10 Mlp sont d’emblée portés par un souffle glacial qui, pour sûr, sera familier à nombre d’entre vous : Celui de Blut Aus Nord.

Depuis son retour sur les devants de la scène gauloise, ce spectre Normand n’a eu de cesse d’œuvrer à une radicalisation absolue et sans compromis de sa quintessence stylistique dans le but d’en arriver à une négation ultime, à une abstraction nihiliste défiant toutes les conventions préétablies. C’est ainsi que, comme nous l’avons déjà évoqués, la noblesse païenne des premières heures, le tumulte mélodique originel, la complexe harmonie de son essence primordiale se sont peu à peu effacés pour faire place à un chaotisme incontinent, à un noir vertige de répugnance et, ce nouvel assaut vient apporter une pierre supplémentaire à l’édification de l’impénétrable monolithe !

Ces trois tracks dénués de toutes appellations, de toutes étiquettes perpétuent la volonté du groupe et, cela dans la droite lignée des deux albums précédents.

De premier abord, Blut Aus Nord semble en revenir rythmiquement à l’agressivité primaire et déshumanisée régnant sur le grandiose « The Mystical Beast Of Rebellion », mettant en avant, en parfait contraste avec l’oppression suicidaire quasi Doomesque, parfois industrielle guidant « The Work Whitch Transform God », des percussions massivement épileptiques et cliniquement glaciales.

Mais, plus profondément derrière ce barbare et simpliste matraquage, l’auditeur avertit et apte à palper les plus obscures et intransigeantes subtilités franchira incontestablement un nouveau palier vers les hautes sphères de l’aversion.

Les structures de ces tracks sont plus que jamais gorgées d’une abrupte folie créatrice et, ce contexte d’obscurantiste désagrégement s’avère être un véritable vivier d’émotions suppliciées où un fuzz d’ensemble tourbillonnant dans son déchirement tel un cauchemardesque requiem voué à ne connaître aucune fin donne naissance à un flot de riffs totalement irrationnels dans leurs constructions, à d’atroces et perturbantes envolées aux tonalités saturées à peine concevables, à d’illogiques retombées et autre breaks gorgées de son synthétiques porteurs de maudition…

Le coup de grâce sera assurément asséné aux plus faibles et autres liquéfiés du bulbe par la rauque, froide, distante et aléatoire trame vocale trônant au sommet de cet orgiaque malaise ! Soulignons l’utilisation, dans le second track, de timbres en voix claires façon cœurs en plus de nappes non négligeables de claviers qui, comme un brumeux parallèle avec « Ultima Thulè » ou « Memoria Vetusta I – Father Of The Icy Age » viennent l’espace d’un instant envelopper l’œuvre d’un hypnotique mysticisme ! Ce condensé de haine et de malveillance conforte une fois de plus mon opinion sur ce groupe musicalement très talentueux et stimulant mais malheureusement spirituellement & éthiquement lunatique, contradictoire et parfois plus que contestable !

Reverence ne tarde pas à entrer en scène sur les cendres encore fumantes de cette tuerie… Relais de prime abord hasardeux et peu évident suite à un tel déluge… Néanmoins, à la manière de son aîné, la bête d’Ipes Luciferia (Hail !) a également réorienté sa substance stylistique et fait peau neuve.

Nous nous éloignons ici des arcanes païennes des excellent « Winds Of North » & « Wenn Die Nacht Kommt » et, aussi brillant soient ils, force est d’admettre que nous plongeant ici vers des arcanes plus obscures, nihilistes et malsaines, et donc vers plus de personnalité.

Reverence nous présente ici un long track s’échelonnant sur une durée avoisinant les dix minutes et offrant un ample regard sur les mutations naissantes !

Quelques fantômes du passé planent encore notamment du fait de certaines influences encore tenaces mais l’on ne ressent plus en la construction des riffs et leurs intonations la fibre mélodique d’antan, la verve nostalgique qui fut autrefois puisée à la source de mère nature et de ses anciens cultes, les errances oniriques des débuts matérialisés par des guitares acoustiques ici radicalement épurées… Les cordes sont ici guidées par une morne, primaire et froide détermination qui ne peut trouver fondement qu’en un profond dégoût, un retrait irrévocable de la médiocrité de notre monde et, en conséquence en un repli vers l’obscurité salvatrice et le néant qu’elle implique. Il ne filtre plus une once de beauté de Reverence, celle-ci à fait place à l’ivresse de la négativité, à une sulfureuse aversion, lente chute saturée accompagnée par des percussions cliniques, tout de même à un degrés moindre et, plus varié que dans le cas B.A.N., dont la violence intérieure n’a plus aucune raison d’être contenue. Les vokills quand à eux s’avérent être plus souffrant et haineux que jamais et, semblant croupir sous le poids de maux devenus incurables, n’offrent plus aucun échappatoire si ce n’est dans la mort.

Encore situé à un stade moins original et perturbant que Blut Aus Nord, expérience et maturité oblige, cette mise en abîme laisse néanmoins présager le meilleur pour l’avenir de cette entité ! D’ailleurs la lente agonie synthétique qu’elle nous offre en guise d’outro et qui clôture à merveille ce split parle d’elle-même, permettant clairement d’entrevoir un Reverence axé dans le futur sur plus de recherche sonore et l’utilisation des machines en tant que vecteur de malaise.

Rien de plus n’est à ajouter pour cette impressionnante démonstration d’Art Noir !

Après, fort d’un retour sur les devants de la scène plus que médiatisé, s’être imposé comme un fervent défenseur d’une éthique underground et subversive et, avoir ardemment descendus en flamme certains grands pontes du genre du fait de leurs signatures avec certaines grosses structures, pour finalement signer chez Candelight ( ?!?) ; Après s’être évertués à conchier en long, en large et en travers les usages du microcosme Metal, alors que ses releases y puisaient une part de marché plus que confortable ( !!??) ; Après avoir allégrement vanté les mérites indépendants et dénués de toutes servitudes d’un Appease Me finalement volontiers concédé à ce même Candelight ( !!!!!) ; Après avoir réédités ses deux premiers opus en des versions plus que douteuses ; Et, une bonne demi douzaine d’interviews contradictoires plus tard, Blut Aus Nord nous revient donc armé d’un Mcd, aux allures de concept, doté d’un nom à coucher dehors et, grassement vendu au prix d’un album dans toute grosse Fnac gauloise qui se respecte.
Autant le dire d’emblée, inutile, dans le cas présent, d’attendre de votre humble serviteur qu’il fasse écho aux diarrhées analytiques passées de certains parasites sociologues de basse fosse, sous prétexte que cette rondelle lui parle… D’une part parce que ce n’est pas le cas, ensuite car je ne vois nul intérêt à ce qu’un groupe, dont la démarche n’a de sens que pour lui même, vienne me baver sur les rouleaux sous prétexte d’onanisme impertinent… Triste constat de ce qu’est devenu l’Art, à fortiori Noir, en cette ère dégénérée…

Ce « Thematic Emanation Of Archetypal Multiplicity », autrement appelé « Soundtracks For Scientists Of Occult Synchretism » [je sens déjà mon foutre tourner à la buckler…], organisé en cinq chapitres, débute sur un « Enter The Transformed God Basement » à titre d’intro ; Mise en abîme glaciale et déshumanisée, digne de l’éveil dépressif et moite d’une innocente créature encore inhibée d’alcool et de GHB, laissée pour morte dans les bas fonds putrides d’une zone industrielle au lendemain pluvieux d’une souillure collective, n’étant pas sans rappeler les interludes les plus asphyxiantes du « The Work Which Transform God » et, laissant miroiter un digne successeur de ce dernier ; Premier ressentit corroboré par un « Level-1 (Nothing Is) » où l’on retrouve ces guitares dézinguées et écartelées, peuplées de dissonances et d’harmoniques narcotiques ; Ces percussions post-industrielles éthérées, improbables ; Ces apports sonores aussi perçants que claustrophobiques…. Seuls les vocaux suppliciés caractéristiques aux précédentes releases ont étés passées à la trappe, au profit d’un seul et unique phrasé très synthétique, le groupe ayant, semble t-il, préféré ici ne mettre en avant que le pouvoir évocateur de la musique au sens strict… N’est pas Xasthur qui veut mais, jusque là, bien qu’étant devenue très lourde et modérée et, ayant subie une mutation stylistique plus ambiancée, l’essence du B.A.N. nouvelle période reste palpable et, ce track demeure tout à fait correct pour ceux qui recherchent une certaine transcendance de l’Art Noir….

Mais, les choses ne tardent pas à se gâter avec la plage suivante, m’amenant à une interprétation toute personnelle de la mention « Rien n’est… L’œil se trompe et ne voit que ce qui es projeté sur un écran de volonté » qui illustrait la précédente… A mille lieu de toute considération perturbatrice, malsaine ou émotionnellement ichoreuse, ce « Level-2 (Nothing is Not) » [Rien n’est pas… Tout est et tout demeure intact. Inaccessible au moindre embryon de concept…] n’est rien d’autre q’un condensé de Drum n’ Bass fadasse, basique et, dénué de toute folie qui me donnerais presque l’impression d’écouter certains plans de la B.O. de « Requiem For A Dream », les couilles au cul en moins et les psychotropes en bonus…. Quitte à écouter quelque chose de bon dans ce style, je préfère me coller un D.B.D.B. [projet d’une connaissance qui se reconnaîtra si elle lit ces quelques lignes…]… A noter la participation de Thomas Hooten, d’un certain « Ghost Of Sound », dont le groupe ne cesse d’évoquer le nom mais, dont je n’ai jamais vu la couleur…

Un peu plus ambitieux, « Level-3 (Nothing Becomes) » [Rien ne devient… la pensée se trompe en imaginant la matière en action, la matière en situation d’évolution] se décline en ce que pourrait être une fornication fantasmagorique entre ambiances industrielles irradiées et, une musique world qui lorgnerait du coté du folklore tibétain. Initiative intéressante à laquelle participe Kuan Yi d’un Temple Of Chôd pour moi, une fois de plus obscur, mais, qui dans le cadre d’un groupe condamnant les multiples ersatz de Darkthrone polluant la scène extrême, ne fait ici guère plus preuve de profondeur et d’anti-statisme dans un autre genre…

Enfin, tout se termine sur « Exit (Towards The Asylum) », outro brève où, à des sonorités stridentes n’étant pas sans me rappeler les violons flingués d’un compositeur japonais traumatisé par Hiroshima, dont le nom ne me revient pas à l’heure où j’achève cet article, se mêlent les prêches immonde de ce que je jurerais être un imam…

Au final, si le groupe lis ces quelques lignes, il se lustrera probablement le chauve à l’idée d’avoir laissé dubitatif un énième metalhead formaté, alcoolique, sans culture & cie…. Grand bien lui fasse et, peu m’en chaud… Lorsque je daigne coller une rondelle dans la gueule de ma platine, c’est pour me heurter à une folie sonique apte à enfouir mon être sous un miasme de mystères encore insoupçonnés ; A placer mon esprit en proie à un mal rampant, aussi impalpable, oppressant, qu’excitant ; Et, somme toute à transubstanter mes convictions et certitudes au delà de toutes servitudes tangibles. Ce n’est pas le cas concernant ce Mcd qui ne m’inspire que le racolage passif d’un groupe qui serait prêt à tout pour se faire remarquer. Autrement dit, cette galette n’est rien d’autre qu’un vaste CV auditif…
J’attends « Mort » pour savoir si, oui ou merde, je dois définitivement bannir B.A.N. de ma discothèque et, vais sur le champ me coller un Zaghurim…. Autrement plus jouissif et personnel.
 

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Sperm. S.