C’est sur les cendres de Faust qui régna de 1994 à 1998 que naquit Blacklodge, à l’époque dirigé dans la plus pure tradition des one man band par Saint Vincent avec pour objectif ultime de marier la souffrance et la haine inhérente au Black Metal avec le psychédélisme d’errances plus électroniques dans la droite lignée de combos tels que Aborym ou DHG ; Et, bien au delà de la forme, avec pour toile de fond le désir ardent et mystique de forger dans les dimensions les plus interdites un passage en ligne directe entre l’âme et le grand accusateur. Sur ces bases virent le jour les démos de « Prince OF Dark Cellars » et « Inner Cells » en 1998 suivie en 2001 de la version démo Cd-r de « Login :Satan » contenant une reprise de « Total Génocide » d’Impaled Nazarene et une plage vidéo. Entre temps, Saint Vincent fut rejoint par Silence (ex Forbidden Site, ex Faust) et Diam’s (Diamatregon, ex Faust) puis, c’est en 2003 que l’album ici chroniqué vit le jour chez le label hollandais Blazing Production qui, si je ne m’abuse avait déjà eu la clairvoyance de prendre en main le règne noir et ultra violent des bouchers de Sadistik Exekution.

Mais trêves de présentations, voici venue l’heure de l’injection…. D’un aller simple vers le dénuement. 

« Login :Satan » débute sur un track du même nom lequel est, je dois dire, une excellente mise en bouche au spectre stylistique de Blacklodge. D’entrée l’on ressent que le processus de composition de Saint Vincent repose sur une ambivalence schizophrénique se tournant à la fois vers l’avenir avec une programmation rythmique résolument moderne qui n’a rien d’organique, des apports sonores contemporains, une oppression vocale gorgée d’un effet saturé suintant d’autant de haine que de futurisme et, un son glacial très industriel et, vers une certaine fidélité aux origines du genre de part des riffs résolument raw très empreint de la patte scandinave avec tout ce qu’elle implique comme douleur et grandeur et, parfois orienté vers des influences métalliques plus ancestrales.
La connexion en un rituel narcotique duquel l’on ne ressort pas indemne vient d’avoir lieu, l’auditeur n’a plus qu’à sombrer et à rejoindre le terminal où trône le grand maître. 

 S’ensuit le très nihiliste et autodestructeur « Subject To Tragedy ». Ce crachat fielleux au visage d’une pourriture sociale désespérante qui ne nous offre d’autre choix que l’égarement et le désintérêt est, somme toute, relativement basique et linéaire en comparaison du très tumultueux, torturé et complexe track précédent. Je dirais même qu’il s’adit là de quelque chose de relativement classique si l’on s’en réfère à la scène BM dans son ensemble malgré la boite à rythmes post nucléaire et les vokills magnétiquement écorchés. Brutal, cru, glacial, désespéré, ce « Subject To Tragedy’ reste néanmoins un chapitre d’art noir de très bonne facture. 

Retour à beaucoup plus de technique, de relief et de sadisme auditif labyrinthique avec « Satanus Sextions ». Un véritable déluge où s’entrechoquent avec frénésie une brutalité linéaire épileptique propre au Raw BM et des syncopassions plus harsh propres au Death, une rude aversion sonore et, une trame mélodique fantastique parfois très heavy dans son feeling, ambiances métalliques assez conventionnelles et maelström industriel chaotique. Une débauche ultime où la mort côtoie le plaisir sodomite sous les yeux écarquillés d’un christ s’abandonnant à un crack cristallisé à même les abîmes du Pandémonium ! 

« Tormentor » débute sur un riff thrashy bien Old School qui a des burnes ! Un délice copieusement catchy agrémenté d’harmoniques bien tranchantes et, avec toujours la sous jacence de cette voix si hypnotique, perverse et particulière. Puis l’on retombe dans une folie frénétique similaire à celle de son prédécesseur mais ici agrémenté du même type de feeling syncopé que celui des premiers souffles. Un track très contrasté doté d’une retombée finale assez déconcertante qui vous plonge assurément dans des boyaux lubriques et menaçant où seul se détache de l’obscurité la blancheur de certaines substances à effet secondaire sur le cuir noir et masochiste d’innommables esclaves à la solde de celui que peu nomment encore aujourd’hui par pures convictions. 

« Need A Needle To Tape In The Vein » reprend le flambeau de façon très hachée avec une vigueur inchangée. Les riffs emmenés par une programmation qui emprunte ici beaucoup plus aux beats electro indus qu’aux conventions inhérentes au Metal Extrême sont fuyants, déshumanisés, tourbillonnants ; Tantôt impitoyablement véhément, tantôt totalement plaintifs et sacrifiés. Ce track très allégorique où, sur fond d’une haine satanique débordante, la froideur de la seringue et le poison tumultueux qu’elle contient deviennent un rituel moderne pour renier dieu, atteint son summum d’insanité lors du break central et déstructuré au possible. Tout espoir se dissout lentement dans un brûlant néant d’acide ascorbique. 

La descente aux enfers continue sans rémission et ceci sans la moindre désinfection préalable  avec « The Empress ». Ce track, à la textuelle très abstraite où la grande faucheuse semble être érigée au rang d’impératrice et où sa froide étreinte devient un privilège menant à l’immortalité, est celui par lequel j’ai découvert Blacklodge et, celui qui m’a donné l’envie malsaine d’acquérir cet album ! Une tuerie vertigineuse qui débute de façon typiquement Raw et dépravée puis qui laisse place à un putain de riff central très heavy metal déboulant comme un panzer pour enfin se terminer de façon fort mélodique, nostalgique et majestueuse en accord avec la thématique mortuaire ! 

Difficile de faire mieux que ‘The Empress » qui est probablement l’un des mes track favori de cette galette. Pourtant « Mors Ultima Ratio » y succède très bien montrant au passage la faculté du trio à renouveler perpétuellement son art sans jamais lasser l’auditorat et, parfois de façon fort surprenante. Une fois de plus les tympans meurtris de l’auditeur subiront un maelström méphitique et morbide où copule violence mécanique saturée, beauté mélodique malsaine et déchéance hypnotique avec toujours cette putain de thématique véhémente d’où suinte une extase suicidaire interdite ! 

« Redway.Org » démontre une fois de plus en ses premiers souffles un attachement indéniable aux racines insolentes et exécrables du Thrash. Le riff servant d’encrage à la structure est tellement harsh qu’il en est impérialement inquisiteur et ne peut donner lieux qu’à des breaks sulfureux . Voilà un contexte infecte et décadent parfaitement propice au développement d’un lyrisme pervers et dépravé où un grand nombre de références et symboles démonologiques côtoient les pires plaisirs de la chair. Des écrits contre nature et répugnants, exposant de surcroît une fois de plus un regard tourné vers le futur et ce qu’il nous réserve en terme d’effroi technologique, en accord duquel la violence intérieur du processus de composition n’a plus qu’à exploser. 

A ce stade de déchéance, où il ne restera pour sur que des vestiges nauséabonds de moralité aux auditeurs les plus chastes, un interlude s’imposait probablement mais, il est indéniable que l’instrumental qu’est « Suicide Tutorials » n’offre aucune possibilité d’apaisement si ce n’est dans les bras de la mort comme son appellation  le suggère ! Une programmation discrète et fuyante, une trame mélodique désespérée. La délivrance est proche et, dans le calme apparent de cet intime sacrilège, l’on entendrait presque un palpitant agonisant pomper hors du sanctuaire de chair meurtrit l’hideuse et rance substance de vie. 

Pour celles et ceux qui auraient trouvés la force de survivre à cette parenthèse hallucinatoire manipulatrice, « An Error In Darkness (Ourobouros) » reprend avec sadisme les choses où « Redway.Org » les avait laissé. Une fois de plus les mots qui viennent à l’esprit à l’écoute de ce concentré de haine, de dégoût et de dévotion sans bornes aux cramoisis paradis artificiels suicidaires et sataniques sont barbare, cadavérique, criminel, dérangé, effervescent, funeste, grouillant, immoral, lugubre, maladif, perfide, redoutable, sordide, ultime, vil…. Que sais je encore. 

Au beau milieu de ce chaos synthétique, le très prophétique « T.A.O.S. (The Arrival Of Satan) » (le projet du même nom et hautement recommandable… avis à celles et ceux qui n’auraient pas encore foutus une oreille sur ce monument crasseux de Raw Black….) tiens une place toute particulière puisqu’il s’agit là et, à mon sens, du track le plus industriel de l’album. Les riffs sont toujours aussi tranchants, inhospitaliers et suicidaires ; Le son est toujours aussi racé et agressif ; La voix de Saint Vincent est plus ravagée par la haine et le mépris que jamais ; Mais, les percussions sont énormes et sans conteste d’une absolue obédience electro indus. De surcroît, à ces beats massifs s’ajoutent des machines omniprésentes qui renforcent le caractère hautement insane de cette substance Raw et terriblement syncopée. 

Enfin, ce « Login : Satan » s’achève sur le très explicite « W.Y.N.F.S. (Whitens Your Noses For Satan) » qui tient plus de la lente outro mourante que d’un morceau à part entière. Lancinant, insistant et toujours aussi manipulateur. La perdition est proche ! 

En conclusion, voici une rondelle qui bien évidemment fera gerber les plus puritains et conservateurs au moins autant qu’elle fera bander les maniaques de tout bord n’incluant que peu de limites et de morale dans les arcanes de l’art noir. Pour ma part, il s’agit là de l’une des meilleur galette, de part son originalité et paradoxalement son intégrité, qu’il m’ait été donné de déguster ces dernières années ! Si notation il y avait sur R.U., elle serait dans le cas présent maximale ! 

NECROPULSE NEXUS OF SATAN !

Contact :
www.loginsatan.org
saintvincent@loginsatan.org 

Sperm. S.