Formé en 1998 par quelques parisiens pour la plupart également activistes dans d’autres groupes comme Glorior Belli, Pogrom ou Merrimack, Black God aura attendu huit ans, deux démos et un split (aux côtés des Suisses de Krigar) pour enfin sortir en 2006 un premier album signé sur le label teuton Obscure Abhorrence Records et très conventionnellement intitulé « The End Of Christian Utopia ».         

Sans nous attarder sur l’esthétisme sombre et hermétique de la pochette, annonciatrice des plus abyssales et antichrétiennes des inspirations, intéressons-nous morceau par morceau à ce que cette galette prétend nous offrir.     

Aux premières secondes de lectures viennent les hurlements de douleurs d’une introduction des plus glauques, théâtre de tortures et de crucifixion tiré de je ne sais quelle œuvre cinématographique faisant très certainement partie de ce florilèges de petits films américains satanistes émergés dans les années 70, sans prétentions mais ô combien subversifs au vue de l’époque et du territoire. Le sample de rigueur pour ce genre de méfait, donc, nous donne d’emblée la couleur : noire, pour la pellicule, rouge sang pour le sacrifice, les hostilités peuvent débuter.       

« Christian Torture » commence à peine que l’on réalise déjà la teneur brutale et frénétique de ce qui va suivre. Une rythmique implacable, enchaînant blasts sur blasts pour appuyer un véritable monolithe de guitares accompagné d’une basse imposante, une armée de cordes vibrante au gré de relents infernaux, le tout encouragé par des vokills d’une puissance non négligeable… Ce premier morceau, assez classique dans la veine d’un Black Metal brutal à l’image de ce que fait Antaeus ou de toute autre figure du genre donnant un peu de consistance à une scène parisienne tellement soporifique par endroits, ce premier morceau, disais-je, donne avant tout un aperçu fidèle de ce qui attend l’auditeur en terme de production.

« Asmodeus » confirme ainsi nos supputations. Aucun doute, le son est gros et dévastateur, et pousser le volume n’endommagera en rien la qualité emphatique de l’item, bien à rebours ! Ces riffs tantôt lourds tantôt aériens, ne négligeant en rien de bonnes vieilles influences scandinaves à l’image des excellentes compos d’Otargos, sont tout à fait prescrits pour débuter les cérémonies les plus obscures au nom du grand Cornu. A ce titre, le groupe ne laisse en aucune façon planer quelconque doute quant à ses penchants sataniques, ce que certains ne manqueront pas de rapprocher à une certaine facilité thématique. Mais bordel, rien à branler pour ma part tant que la musique apporte son quintal de haine et de blasphème !!            

Et la suite semble me donner raison… Toujours aussi violent qu’un CRS un peu zélé en pleine manifestation étudiante, la force de « Orgasm Of The Devil’s Whore » réside principalement dans ces excellents passages martiaux sur lesquels toute l’armée des neufs cercles de l’Enfer de Dante marcherait au rythme de ces fulminations guerrières sur les frontières du Paradis.   

Si la chrétienté était une putain, elle se ferait très certainement défoncer les orifices sur ce petit concentré blasphématoire de bestialité que représente le morceau suivant, la minute et demi de « Christian Whore » laissant tout juste le temps au plus imaginatif des tueurs en série d’accomplir son fantasme gynécologique au cran d’arrêt, le fil de la lame représentant ces guitares acérées et le va-et-vient, cette rythmique masturbatoire. On ne pourra cependant pas s’empêcher de concevoir une certaine ressemblance des compositions au fil des morceaux, ce qui là encore nous ramène à une association pertinente avec les travaux d’Antaeus.   

Le titre éponyme nous rassure à point nommé en nous offrant quelque chose de plus personnel, peut-être en étant le morceau le moins brutal (les plus perspicaces ne s’attendront bien sûr pas à du mid-tempo, l’album demeure un déballage de sauvagerie, et ce du début à la fin pour nos plus vils appétits !), ceci grâce à un jeu de batterie digne de ce nom que l’on doit à Antares, officiant entre autres dans Pogrom et Temple of Baal !!! Le bougre derrière son kit semble s’en donner à cœur joie lorsqu’il s’agit de fritter les cymbales comme on claquerait l’arrière-train charnu d’une quelconque grognasse en chaleur au cours d’une séance levrette des plus musclées. Mais ceci ne serait que peu d’effet s’il n’y avait ces putains de riffs imparables, probablement les meilleurs du disque!     

Avec « Dismal Shadow », c’est un retour aux sévices les plus violents accompagnés d’une basse bien vibrante donnant de l’épaisseur à quelque chose pourtant déjà autant gorgé de foutre et de sang que les cavités de mon chibre. Au même titre que tout ce qui précède, on ne peut s’empêcher d’admirer le talent des musiciens sur des morceaux aussi rapides… C’est à la fois carré et extrêmement pernicieux ! Ceci valant également pour ce qui suit, « Hymn 666 » ne dérogeant pas à la règle.       

L’album s’achève en beauté sur l’ultime blasphème, certes visité et revisité mais toujours aussi pervers et savoureux, celui de nones en plein ébats crapuleux en tout genre, le crucifix étant le plus populaire des sex-toys de ces dames. Au même titre que ce que nos esgourdes ont subi durant ces 25 dernières minutes, le rouleau compresseur qu’est Black God termine son œuvre avec « Nuns Want To Fuck ». Le roulement démoniaque de déflagrations, vibrations et vociférations écrase les dernières bribes d’utopie chrétienne pouvant encore subsister dans l’espace entourant la propagation maléfique de ces sonorités impies.  

La galette ne dépasse pas les 30 minutes mais considérant la nature et l’intensité de la chose, force est de constater que cette limite a été plus que judicieusement choisie.

Après quelques démos et split prometteurs, l’auditeur que je suis était en droit d’attendre quelque chose de concret qui tienne la route. Malgré quelques sensations de déjà-vu ici ou là durant l’écoute, je ne suis déçu en aucune façon par la teneur incroyablement malsaine de ce premier album. J’attends dès à présent la suite avec intérêt !
 

Contact :
http://blackgod.acrocyanose.com/ 

KonRig