Cet album envoûtant, mystique et obscure a été engendré en 1995 au Necrohell Studio de Fenriz (Darkthrone), et distribué par Cold Meat Industry. Cette production vous glace le sang et Aghast sait agréablement brasser de sinistre et morbide atmosphères. « Hexerei im Zweilicht der Finsternis » signifie « La Sorcellerie dans le Crépuscule de l’obscurité », et est le produit de deux viles femelles, deux sorcières venus du Nord, Nacht qui est l’ex compagne de Fenriz, et Nebel la douce et tendre cunégonde de Samoth, Andréa « Nebel » Haugen officie aussi sous Hagalaz Runedance.

Il suffit d’écouter cet album, et de s’imprégner de son atmosphère pour comprendre que ces deux sorcières norvégiennes n’ont rien à envier à la Wicca américaine. Cet album fascine par cette atmosphère rampante et nostalgique, porteuse de vaste et fugaces visions de contrées boisées norvégiennes impénétrables, où l’on entend des rires et des soupirs spectraux et malsain…

Je ne doute pas que les hommes de peu de foi, verront tous de suite une atmosphère digne du « Projet Blair Witch », lorsqu’ils écouteront cet opus pour la première fois. Si vous voulez une référence choisissez l’évangile de Luc : « Les Hommes défailliront de peur à cause des choses venant sur la Terre habitées. » Le ressentiment d’angoisse est frénétiquement palpable, des effets sonores, des échos, des cris lugubres et de fantomatiques hurlements emplissent cette galette. Tout nous rappelle ici, cette nature démoniaque et vicieuse, qui se tapit dans l’ombre des bosquets, sous une nuit sans lune.

L’intro « Enthrall » débute d’une manière fort simple, usant avec légèreté de synthés dissonants et cruels, soutenu par une percussion ritualistique, oeuvrant pour le grand Sabbat.

Ici la Grande Faucheuse vient calmement nous maudire et accompagné notre trépas. Cette atmosphère mesquine est renforcée par le son des instruments qui se trouve très modéré. Les rythmes s’accentuent crescendo pour nous pousser au vice. Puis, se calment à nouveau. C’est comme une eau dormante qui se réveille quelquefois, pour déchaîner notre rythme cardiaque. Afin d’atteindre un climat suffocant, digne d’une crise de diabétique.

« Sacrifice » est un morceau incontournable, ce track envoûtant et langoureux est accompagné tout du long par de vaste synthés officiant comme un de ces vieux orgues, que l’on retrouve parfois dans ces petites chapelles campagnardes, à l’abri des regards, où le clocher est tombé. La voix, ici est digne des lamentations d’un Prévôt découvrant avec effroi la fausseté de son dieu. Le désarroi ressenti, l’invocation proclamé, de ce chant maupiteux et démoniaque, rappelle les comptines oubliées de nos grands-parents. Un âge où le folklore et la superstition régissaient les cœurs. Une époque où le vent était porteur de funestes messages, et qui caressait sinistrement les feuillages du chêne de la place du village.

« Enter the Hall of Ice » le troisième track semble être encore imprégné des brumes de Dagon, si cher à Lovecraft. La Corne de brume, présente ici, apparaît comme la seule et unique lueur d’espoir à laquelle se raccrocher, un point d’ancrage…Malheureusement, il est impossible de déceler l’origine de cet écho. L’impression, omniprésente, que l’on est sur un chemin de traverse emplit de ronces au bord d’une falaise, ne s’efface pas. Ajouter à cela, des soupirs lents, immatériels et morbides. Tout vous rappelle un éloge funèbre débité sur un ton plaintif et monocorde. Ce n’est que Chaos et confusion qui s’immiscent dans votre esprit torturé.

« Call from the Grave » porte atrocement bien son nom. Je ne cache pas qu’à l’écoute de ce 4ème track, ma raison commençait à vaciller, et mon esprit est presque dans un état catatonique. Torturé par les affres de l’agonie, l’intro toujours au synthé développe la mise en matière, il s’ensuit la vision d’une terre qui aurait subit un orage zébrés d’éclairs. Sous couvert de hurlements incantatoires et inhumain, les phases vocales ici sont tellement incompréhensibles, que l’étrangeté en est presque blasphématoire. Comme ces vieux cantiques de sorcellerie qui ne sont transmis dans aucun livre, mais dont on peut acquérir la connaissance, par un je ne sait quel bouilleur d’enfant, qui se trouve dans je ne sais quel bois obscur.

« Totentanz », commence avec une rythmique digne des plus fervent tambours de guerre. Cette « danse des Morts » évoque toute les phases de la possession, et rappelle a notre bon souvenirs toutes ces histoires que l’on a pu véhiculés sur les sorcières. L’auditeur sombrera dans un coma final, avec les yeux grands ouverts, et une langue gonflée sortie de sa gueule béante et couverte d’écume.

The « Darkest désire » nous emmène encore plus loin dans ce cauchemar sans nom, avec ces battement de cœur et ces voix qui ne deviennent plus qu’un murmure, un souffle, un hurlement étouffé. Cette aura a la foi sauvage et déconcertante s’entoure d’une étrange familiarité, comme si vous étiez porté par une sorte de succube et qu’il vous avait guidé et emmené dans sa danse érotique et froide.

« Das Irrlicht », la « lumière trompeuse » expose un chant syncopé par des rires malsains et faméliques. On découvre une voix semblable à celle d’une créature païenne de la forêt ou d’une déesse animale trop incommensurablement antique pour être humaine. Cette voix nous décrit des nuits a travers de noires contrées où seul une lumière est palpable dans l’obscurité, comme un havre, une lueur d’espoir…Un seul mot : « Viens plus près » nous appelle là où les arbres ne peuvent plus vivre. La lumière trompeuse, fausse, nous conduit directement à la mort. Cette chose sans vie, qui appelle notre nom vers la nuit et le brouillard…

Finalement « Ende », finit de nous transcender avec des vocaux qui se finissent en un chant profond digne d’un Shaman dans un état modifié de conscience extatique, le violon sur ce track est répétitif comme pour transcender l’âme humaine vers le monde des ténèbres… A la fin de ce track une voix nous susurre « …It’s just the begining… », cela sonne comme un ultime avertissement avant de sombrer dans la folie, comme si, le pire est a venir…

Cold Meat Industry
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Sweden

Nilfheim