
C’est ainsi qu’a vu le jour sous ce nom un seul et unique album intitulé « Supremacy », conçut et enregistré sur un home studio en un temps record et diffusé avec la collaboration de Velvet Music International alors incontournable à l’époque. Il nous faudra donc nous contenter à jamais de cette création occulte ce qui est plutôt regrettable car, autant Children Of Maani ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable et convainquant de part son caractère un peu trop arty, sophistiqué, éparpillé et moderne, autant The Eye semble cultiver un goût prononcé pour une certaine essence originelle et une relative authenticité dans l’épuration. En effet, là où Children Of Maani consiste selon son créateur, en un Death Metal proche de Morbid Angel ou Nocturnus basé sur l’occultisme, The Eye quand à lui repose sur un Black Metal beaucoup plus basique et axé sur la misanthropie ; Chose qui, je dois dire, correspond beaucoup plus à ce que peut rechercher tout adepte de BM qui se respecte en terme d’agressivité et de malveillance. Tout va ici droit au but sans gaspiller le moindre temps ni la moindre ressource dans d’interminables exercices de style. Je ne sais plus quel connard à écrit qu’il y a autant de différences entre Blut Aus Nord et The Eye qu’entre deux albums d’AC / DC mais, il faut résolument que celui ci cesse de se laisser aller aux substances à effets secondaires et à la vinasse !!! De part une osmose particulièrement glaciale et intense entre des cordes aux structures bien pensées, évolutives et efficaces mais intrinsèquement simplistes et, des nappes de claviers cristallines omniprésentes, sépulcrales qui vous prennent aux tripes de part la noblesse nostalgique qui s’en dégage, ce « Supremacy » est une invitation à l’égarement le plus total. Cette mise en abîme intemporelle est très largement propulsée par une base rythmique hypnotique très réussie qui ne dépasse jamais le mid-tempo, et où la double tient un rôle primordial, ainsi que par des lignes vocales magistralement bien calées et d’une sentencieuse lucidité. Tout cela n’est pas sans rappeler la majesté de Burzum ou de Hate Forest dans ce qu’ils ont de plus hallucinatoires et funestes. L’auditeur prêt à franchir le pas se trouve ainsi plongé loin de la plèbe débilitante qui, guidée par les illusions dictées par la sous culture de masse grouille lamentablement dans une autosuffisance méprisable. Il s’agit là d’un périple dépouillé et solitaire dans les méandres d’une nature inhospitalière, impalpable et gorgée de mystères ; Une errance contemplative et sans fin parmi des terres spectrales, profondes, authentiques et non souillées où l’être n’a que, pour seule compagnie, ses pensées et réflexions face à une immensité qui le supplante. Ces pensées et réflexions sont largement illustrées par une textuelle qui, comme nous l’avons laissés supposer précédemment, accorde une place de choix à la misanthropie. Cette misanthropie est telle que l’on pourrait presque parler de nihilisme. Malgré tout, cela se veut être plus positif que négatif : Il ne s’agit vraisemblablement pas de nihilisme pour le nihilisme mais de prôner la destruction pour reconstruire quelque chose de plus digne et décent. Quoi qu’il en soit réellement, il est difficile à l’écoute de « Supremacy » de ressentir quelque chose de positif tant son aura est dépressive, sombre, désespérée et funèbre. D’ailleurs qui s’en plaindrait ? Là n’est il pas le but du Black Metal ?!?! Après avoir jeté un "eye" sur cet album, je constate que nous sommes encore loin de l’atmosphère suicidaire d’un Abruptum des premières heures mais, cette galette me semble indispensable pour illustrer la dernière journée d’une âme en peine désireuse d’en finir avec sa vie terrestre. Sperm. S. |