Composé d'une unique âme sombre, Athros, officiant également dans FORTERESSE, autre activiste fort d'une scène black UG québécoise moribonde, NORDMEN propose en 2010 un MCD qui marque un retour de bon aloi suite à un album pondu 7 ans plus tôt. Ces 7 années de réflexion lui ont été profitables puisque si le 1er album était ancré dans un black classique, voir basique, non critiquable en soi, mais dénué d'une forte personnalité dans une scène submergée où seuls ceux ayant le verbe haut ou le riff magique peuvent sortir du lot. Trois titres seulement pour cette fournée, mais qui marquent une évolution indéniable tant dans la composition que dans le feeling dégagé.
Le 1er titre, « Funeste destinée », place la barre très haute d'entrée de jeu en attaquant avec des riffs mélangeant subtilement rage et mélodie, pas celle très facile et mielleuse du black de supermarché, plutôt de celle qui convoie une nostalgie atavique, celle d'un passé glorieux et fier où les hommes avaient encore des couilles, les métrosexuels n'existaient pas et les femmes fermaient leur clapet. Le genre de riff qui donne accessoirement envie de défoncer la gueule de tout ce qui tombe à portée de la main dans un concert. Athros a évité le piège du titre linéaire en calant quelques mid-tempo et surtout un solo brillant, simple mais efficace, qui assoit l'ambiance qu'il veut véhiculer : épique et revanchard. La tonalité des guitares ajoute l'aspect glacial de cette lointaine contrée où demeurent nos cousins, nous transportant fugacement dans un pays encore non souillé par la médiocrité de la diversité.
« Écho septentrional » entame son arrivée de manière déstabilisante, puisque c'est le prisme folklorique qui est mis en avant ; attention, par folklore il ne faut pas comprendre djembés et autres conneries préhistoriques qui prévalent chez nous. Athros nous installe dans un folklore presque fantasmé à base de violon et guitare sèche à la tonalité rétro, musique très sautillante vite rattrapée par la fureur black où quelques accents folkloriques toniques submergent de manière très agréable et sans faire tache. Ce deuxième titre est d'ailleurs assez étrange puisque la première moitié nous sert ce mélange black/folk coupé avec des riffs que GRAVELAND aurait pu chier entre deux levées de bras. Des riffs qui rétablissent l'aspect plus guerrier de NORDMEN tout en rajoutant une guitare lead pour la touche épique. C'est d'ailleurs cette dernière facette qui prendra le pas dans la seconde moitié du titre avec des rythmes plus posés aux riffs majestueux secondés par de discrets synthés. Brillant.
Le troisième et dernier titre me laissera pourtant sur ma faim, car tout en gardant les attributs précédemment évoqués, l'inspiration sera plus française, avec certains passages lorgnant sans vergogne du côté de CELESTIA quand les riffs se posent sur les mid-tempos, riffs vestiges de ce que furent les Légions Noires, bande de jeunes escrocs qui allaient faire mouiller quelques acharnés. En cela on retombe sur une atmosphère un brin plus classique; où même la structure du titre se fait plus basique.
Un retour en grande forme, qui permet d'écraser l'ancien NORDMEN, une mue réussie qui place le groupe, s'il continue sur sa lignée, parmi les leaders de la scène black québécoise, aux côtés de FORTERESSE ou MONARQUE, des groupes à la personnalité marquée, renouant avec un passé trop vite oublié.
NeKrospermatiK TraKea