La quête
Nokturnal Mortum débute le 31 décembre 1993 à
Kharkiv de part la naissance de Suppuration. Cette entité alors
composée de Knjaz Varrgoth, Munruthel et Xaarquath défèque
dés 1992 une première démo intitulée « Ecclesiastical
Blasphemy », laquelle, profondément encrée
dans les arcanes d’un Death Metal Old Vein, sera distribuée
par le label Belge Shiver Records. La même année, Sataroth
intègre la division en tant que vocaliste ce qui va rapidement
permettre la capture de « Unspeakable Journey Into Subsconscious
World », la seconde démo puis, renforcé par
l’arrivée de Wortherax en tant que second guitariste en avril
1993, Suppuration donne rapidement jour à « Cosmic
Flight Around Astralspher ». Hélas, cette dernière
démo planifiée en format 7’ EP chez The Final Holocaust
Rex ne verra pas le jour car la disparition de ce label Russe scellera
à jamais le chapitre Suppuration.
Sur les cendres de cette mort prématurée va alors naître
en 1994 la bête que l’on connaît aujourd’hui sous le nom
de Nokturnal Mortum et, est alors rapidement crée et enregistrée
la première démo du nom intitulée « Twilightfall »
S’ensuit alors un véritable tumulte :
Fin 1995 / début 1996, le légendaire « Lunar
Poetry » voit le jour pour être diffusé dés
le printemps par le label Russe Metal Agen Records.
Après le départ de Wortherax, son remplacement par Karpath
et l’arrivée de Saturious en tant que second claviériste,
la horde enfante durant l’été « Goat Horns »,
son second album lequel sera une fois de plus propagé par Metal
Agen et, cela dés 1997.
En décembre 1996 est enregistré « Return
Of The Vampire Lord ». Ce EP sortit en 1997 à
l’occasion d’un Split partagé avec l’excellent « Path
Of Wolf » de Lucifugum regroupe quelques nouveaux titres
de Nokturnal Mortum ainsi que deux tracks de Crystaline Darkness (projet
Black Metal crée par Knjaz Varrgoth, Karpath et Munruthel après
la disparition de Suppuration, quasi concomitamment à Nokturnal
Mortum et, n’ayant jusqu’alors donné naissance qu’à
la démo « Mi Agama Khaz Mifisto »). A
noter qu’il s’agit là de la dernière coopération
entre Nokturnal Mortum et Metal Agen du fait de la politique du label
largement critiquée par le groupe…. C’est ainsi que par la
suite, Oriana Production va prendre le relais et sortir « Vetche »,
autre Split enregistré en 1996 et partagé entre Nokturnal
Mortum et Lucifugum, cela dés 1998.
Entre temps, 1997 s’avère également être une année
très prolifique et dense puisque elle est le théâtre
des créations de l’album « To The Gates Of Blasphemous
Fire » et du EP « Marble Moon » et,
que dans la foulée le label américain The End Records
va permettre à la meute ukrainienne de rééditer
tout ses albums en format Cd.
C’est
ainsi que va tout d’abord être exhumé « Goat
Horns » le 31 mars 1998 avec un tracklist et un artwork
légèrement différents de ceux en vigueur sur
la première édition parue chez Metal Agen, puisque est
absent le morceau « Where Rivers Flow Into The Seas »
à l’époque emprunté à la démo « TwilightFall »,
et de ceux d’une seconde réédition chez Oriana datant
de la fin de la même année et comportant quand à
elle en tant que bonus le très symbolique et explicite track
« Hymn Of Ukraine ».
Personnellement, il s’agit là de l’œuvre m’ayant révélée,
en une sublimation auditive d’une intensité subjuguante, la
meute Ukrainienne, la quintessence obscure et auguste de son art…
Depuis, l’astre lunaire n’a eu de cesse de décliner son aura
blafarde au-delà de la morne clairière qui fut le seul
et unique témoin de cette communion suprême et salvatrice
mais, mon ressentit eu égard de cette galette est resté
identique à celui des premières heures.
Tout débute par le très judicieusement nommé
« Black Moon Overture » et, il n’en faudra guère
plus à tout individu de goût pour d’ores et déjà
pressentir
que ce « Goat Horns » n’est pas simplement un
banal album de Black Metal mais une véritable fresque laquelle,
dans son gigantisme fanatique, peut tout autant pousser l’auditorat
à la majesté la plus supraterrestre qu’à la damnation
la plus irréversible. Cette mise en bouche fleuve témoignant
de l’intarissable richesse créatrice de Sataroth et Saturious,
les deux claviéristes de la horde, et de leur labyrinthique
osmose recèle d’une noirceur impénétrable estampillée
de tout le mysticisme nocturne des campagnes d’une Est Europe meurtrie,
dans son folklore et ses valeurs, par les tyrannies monothéistes
mais où, dans l’ombre, les flammes des anciens cultes brûlent
toujours et attendent l’heure de leur renaissance.
C’est sur ces premières pierres, d’une profondeur quasi hypnotique
alternant envolées vengeresses fédératrices au
possible et retombées nostalgiques des plus poignantes auxquelles
(sans pour autant encore atteindre le summum païen du fantastique
« Nechrist ») se mêlent parfois quelques
consonances folkloriques, que la division Nokturnal Mortum déchaîne
rapidement les élément pour y bâtir son imposant
édifice aux consonances intrinsèquement symphoniques.
En témoigne « Kuyaviya » qui explose
froidement dés la seconde plage pour délivrer une substance
incontestablement labyrinthique et torturée où chaque
instrument, sans faire preuve d’une immense technicité, tient
une place d’importance bien précise et contribue ainsi, globalement,
à enfanter une alchimique densité structurellement en
perpétuelle mouvance.
Doté d’une aura sonore des plus glaciale, le jeu de corde fondamental
et très rustique de K. Varggoth s’avère être très
inspiré dans son impérieuse recherche de domination
et de noblesse ; Sentiment exacerbé par l’appui des leads
tyranniques de Karpath et de la profondeur abyssale des lignes de
basse de Xaarquath qui confèrent définitivement à
ce maelström de saturations séculaires l’aspect d’un mur
sonore massif aux multiples déclinaisons nostalgiques.
Cette essence belliqueuse fièrement érigée, à
l’image d’un bon millier de glaives parés pour combattre sur
le champ d’acier, est menée à l’assaut par l’organe
de Varggoth développant un lyrisme si écorché,
supplicié qu’il semble à lui seul porteur de tout le
poids de l’histoire de l’âme Slave !
Enfin, de son coté, Munruthel offre à cette essence
sulfureuse et despotique un aplomb rythmique impressionnant de précision,
de variété et de puissance sachant particulièrement
bien, s’adapter aux multiples variations d’atmosphères et d’émotions,
au relief acéré de ce « Goat Horns »
systématiquement situé à la charnière
de l’agression métallurgique et du mysticisme spatial, de la
furie furieuse parfois très martiale et de l’effacement intimiste,
de la haine de l’ennemi et de l’amour de sa culture…
Dés lors, la tension n’a de cesse de monter durant la progression
conquérante des tracks. Sans jamais faillir une seconde cette
occulte quintessence atteinte parfois des summums difficilement restituables
par de simples mots tant ils effleurent de prés le Panthéon
de l’Art Noir et, s’achève comme elle a débuté
avec le très énigmatique et lunaire « Eternal
Circle » orchestré par Sataroth et Saturious.
Rien n’est à ajouter tant l’on en ressort galvanisé !
Nokturnal Mortum, notamment via cet album peut se vanter d’être
l’un des seul groupe estampillé Sympho Black à ne pas
me provoquer des nausées aigues et de violentes poussées
de dégoût ! Un album brillant et grandiose à
mille lieux des bouses mainstream !
Presque
un an plus tard, le premier mars 1999, The End Records réédite
« To The Gates Of Blasphemous Fire ». Soulignons
que Oriana (en ayant déjà produit une édition
en 1998 en format Mc) récidivera en 2001 avec une fois de plus
un artwork différent et comportant à titre de bonus
track une reprise de « South Of Heaven » de
Slayer (!!) .
A l’écoute de « Goat Horns » il aurait,
de prime abord, été difficile d’imaginer que la meute
ukrainienne puisse enfanter œuvres plus grandioses et riches or, c’est
pourtant ce à quoi elle va parvenir avec ce nouvel opus lequel
s’avère être non seulement plus aboutit en terme de densité
et de complexité mais également beaucoup plus violent
en intense.
Là où son prédécesseur prenait le temps
de conditionner l’auditeur, de l’immerger en un halo d’obscurantisme
sombre, onirique et brumeux, au cœur des tourments du terreau primitif,
« To The Gates Of Blasphemous Fire » ne s’encombre
pas des traditionnels protocoles introductifs. Après pour seule
et unique mise en bouche un très bref sample restituant la
démence disloquée d’un champ d’acier en fureur, Nokturnal
Mortum ouvre très rapidement les hostilités, dévoilant
avec une violence inouïe la réelle consistance de ce « Bestial
Summoning » jaillissant comme propulsé par je ne
sais quel colossal et barbare instrument de mort antique.
Déclin sanglant et sans gloire pour les plus candides et chétifs ;
Renaissance avide et conquérante de celles et ceux pour qui
honneur et noblesse signifient encre quelque chose en ce jours de
mauvaise augure, ce track, à l’image de la symbolique qu’il
suggère prend son envol frénétiquement avec une
intensité allant crescendo, tel une mortuaire et hallucinée
danse chamanique, transe vespérale et clandestine implorant
les plus inavouables et enfouis maléfices d’envelopper de leurs
funestes grâces les guerriers païens parés pour
le combat, et, d’emblée dévoile un Nokturnal Mortum
ici beaucoup plus axé sur les guitares que sur « Goat
Horns » par exemple.
Certes, la dualité des claviers qui a toujours été
une pierre angulaire dans les fondements de l’Art de la horde Ukrainienne,
lui conférant cette identité caractéristique
et si particulière que seul un improbable péplum slave
pourrait restituer, est toujours clairement palpable et présente
mais, de façon bien plus sous-jacente, offrant de fait à
ce « To The Gates Of Blasphemous Fire », une
saveur plus Raw, une aura plus brutale, moins spatiale.
Jouissant d’un potentiel d’agression ainsi décuplé,
Varggoth & Karpath vomissent un véritable déluge
de riffs très crus, directs et concassés mais, s’avérant
au final -de part leurs perpétuelles mouvances, leurs structures
fortement alambiquées et à rallonges, l’osmose très
dense et contrastée des deux guitares, et nombre de breaks
complexes, travaillés et souvent foutrements heavy- très
riches et inspirés dans leurs progressions.
Mariant plus que jamais avec une sensibilité quasi proche de
la perfection nostalgie d’un terroir remarquable en proie à
la souillure et, violents soubresauts de haine belliqueuse, de tenaces
rancœurs, ce titanesque relief ne serait rien sans ce jeu de batterie
toujours aussi écrasant de froideur, vif, épileptique
et varié. Dans la folie de ce martèlement , chaque feulement
de cymbale inspire la tranchante confrontation de l’acier, chaque
roulement de grosse caisse résonne comme le ferait un détachement
de cavaliers s’écrasant lourdement au sol, et, chaque claquement
de tom fend l’air à la délectable image d’une masse
d’arme pénétrant le plastron et allant fouiller les
entrailles ennemies. Qu’il s’agisse de blaster de multiples envolées
où copulent horreurs saturées et mysticismes synthétiques
ou, d’asseoir de façon quasi ritualistique des accalmies acoustiques
suintant d’arrangements plus oniriques et païens, la frappe exhale
systématiquement poigne, rigueur et détermination.
Enfin, que dire de la performance vocale de K. Varggoth tant, qu’il
s’agisse de profonds écorchements de larynx ou de phrasés
clairs totalitaires, l’on perçoit de façon omniprésente,
submergeante, hargne et convictions pour des lyrikz qui, mêlant
satanisme belliqueux et paganisme triomphant, à la mémoire
d’ages victorieux oubliés où les carcasses vaincues
pourrissaient sur de primitifs gibets ou, se consumaient dans le crépitement
de crémations sylvestres, nous exposent nombre d’allégoriques
fables chaotiques ; Visions fantasmagoriques et légendaires
où, sous couvert d’invocations nocturnes, d’ancestraux cultes
sanglants érigés à la gloire des plus cauchemardesques
et cruel rejetons inraterrestres et, dans un crépuscule d’épouvante,
l’astre solaire fait place à l’opacité de la nuit, des
vents à l’haleine suffocante de malveillance s’élèvent
dans les tréfonds des Carpathes, des gouffres sans fonds déchirent
les paisibles campagnes domestiquées, offrant l‘abyssale perspective
de citadelles oubliées abreuvées du sang de la vengeance
et, refaisant surface en un panache de souffre.
Dans sa progression et, comme pour asseoir une domination après
le trouble, cet album se révèle de moins en moins virulent
et incontrôlé pour voguer vers un despotisme plus atmosphérique,
une fierté guerrière et culturelle des plus auguste
laissant désormais sans aucun doute possible planer le spectre
de l’avènement proche de « Nechrist ».
Il n’en demeure pas moins que malgré ses multiples nuances
et, sa diversité décuplée, cet excellent opus
ne soufre d’aucune lourdeur, aucun égarement. Herculéen !
Après
ce monumental témoignage métallurgique et, au passage
avoir « remercié » Karpath, la bête
immortalise en mai 1999 « Nechrist », son nouvel
assaut, lequel sera diffusé dès l’automne en format
mini Cd par Oriana Production et, comme à l’accoutumée
réédité près d’un an plus tard par The
End/Last Episode avec, pour une fois, une tracklist identique et,
un artwork sensiblement similaire.
Comme ce fut le cas pour « To The Gates Of Blasphemous
Fire », le track d’ouverture ne s’embarrasse pas d’une
intro grandiloquente et finement distillée. Le très
bref préalable à « The Funeral Wind Born
In Oriana » laisse néanmoins présager avant
la tempête une recrudescence non négligeable des clavier
mais désormais vers des horizons beaucoup moins empreintes,
du tronc commun de ce que l’on appelle le Black Metal symphonique ;
Vers des sphères beaucoup plus personnelles, propres à
l’identité rustique et folklorique des légions païennes
de l’Est Europe.
Ainsi, Nokturnal Mortum, tout en se laissant aller à nombre
de cycles plus lourds et posés, semblant renouer avec ses premières
heures très harsh et ses influences Old School fondamentales,
se montre une fois de plus maître dans l’Art de donner corps
à un Black Metal combatif, frénétique, dense
et complexe. Substance tortueuse où copulent sans vergogne
en un semblant d’orgie hérétique des guitares distillant
aussi bien concassages d’une violence possédée semblant
avoir été taillés à la hache à
même le billot le plus artisanal, qu’ensorcellements plus mystiques,
occultes, aux sources desquels seuls les plus interdites décoctions
chamaniques, seuls les plus sages enseignements semblent susceptibles
de mener.
Tonnerre de saturations révérencieux, aussi abrasif
que l’huile bouillonnante sur les dépouilles passées
à trépas de l’opposant vaincu, fermement soutenu par
un appui rythmique semblant guidé du bout des doigts du plus
puissant des dieux sylvestres, offrant un fracas que seul pourrait
égaler le déluge jaillissant d’une cohorte d’arbalètes
dévouées à Tchernobog ou Sviatovit allant s’écraser
sur les lignes colonisatrices, ou, les projectiles luisants du feu
purificateur de Svarogitch guettant inexorablement les temples monothéistes.
Mais, à ce terroir insurrectionnel ayant déjà
fait l’incontestable la gloire des deux opus précédemment
évoqués, viennent ici se greffer un flot constant de
musique traditionnelle slave prenant largement le pas sur les réminiscences
spatiales classiques du passé à grands renforts de violons
quasi tziganes en la forme, flûtiaux de divers ordres, samples
rendant hommage à Mère Nature, d’occasionnels chants
féminins ou phrasés folkloriques plus virils (qui, pour
la première catégorie, il faut bien l’admettre, s’avèrent
bien souvent pompeux et, sont loin d’avoirs le niveau de ceux servants
d’interludes sur l’excellent « Battlefield »
de Hate Forest par exemple) et, de moult menus autres instruments,
à vent notamment, plus inqualifiables et mystérieux
dont je ne saurais citer le nom.
Ne serait-ce que musicalement, Nokturnal Mortum dévoile ainsi
clairement ses attaches culturelles, plus que jamais sa fierté
et son amour pour ses terres et, les lyrikz en anglais ou russe de
Vargoth ne font qu’enfoncer le clou.
Se fondant une fois de plus sur la thématique forte inhérente
à Mars, les inspirations sataniques et blasphématoires
des premières heures sont ici clairement passées à
l’oubliette. Sang, Sol et Honneur se veulent désormais être
les maîtres mots et constituer le seul et unique leitmotiv des
jeunes loups slaves devant se tenir prêts à périr
au combat pou préserver leur héritage. Cela n’est pas
sans rappeler le cheminement idéologique de Rob Darken et au
delà du monolithe qu’est Graveland et, un track tel que « The
Call Of Aryan Spirit », n’a je pense pas besoin de plus
de développements.
Signalons que passé « Nechrist : The D ance
Of Swords », le neuvième track, ainsi que soixante
dix huit plages très courtes gorgées de samples oniriques
et bruitages naturels, cet album s’achève en une beauté
et noblesse rare sur le morceau « Perun’s Celestial Silver ».
En somme, à mon sens le meilleur album de Nokturnal Mortum,
une massive et labyrinthique invitation au voyage initiatique sans
la moindre compromission possible.
A ne pas mettre entre toutes les mains au risque de se retrouver face
à des endomorphes qui, ayant infiltrés le BM depuis
un mois ou deux et, après s’êtres autoproclamés
« fans » incontestables du groupe, en arrivent
à découvrir ses arcanes textuelles, la signification
du chiffre quatre vingt huit pour finalement s’enrôler dans
une pathétique croisade antifa’, se mettant en tête « d’assainir »
le mouvement…. Mouvement où il n’on de toute façon pas
leur place…. Souvenirs de sinistre mémoire….
Entre
temps, Istukan intègre la horde, de même que Kaoth en
tant que batteur de session rapidement replacé à l’occasion
du retour de Munruthel. Vrolok, connu pour son rôle dans Runes
Of Dianceht vient apporter sa contribution en tant que second guitariste
et, fin 2000, Saturious signe également son retour. En 2001
The End Recrds réédite « Lunar Poetry »,
originellement diffusé, comme nous l’avons vus, en 1996 via
Metal Agen/Morbid Noizz, faisant ainsi écho à l’initiative
de Oriana Records datant de 1999. Cette réédition nous
propose donc un certain retour aux sources, quelques mois avant le
couronnement du mythique « Goat Horns » et,
de la monstrueuse épopée qui s’ensuivra et, le moins
que l’on puisse dire est que cela se ressent dès les premiers
souffles de l’œuvre.
A l’image du « Black Moon Overture » faisant
office de mise en bouche sur l’album de 1997 précité,
« Tears Of Paganism » implique également
et à lui seul un préalable introductif. Sombre, glacial
et occulte, il dévoile un halo d’obscurantisme spatial, de
tristesse, nostalgie hyperboréenne qui pénétrera,
pour sûr, celles et ceux s‘étant déjà laissé
effleurer, au cour de nocturnes, hivernales et solitaires contemplations
et réflexions, par la morsure de neiges immaculées,
de vents porteurs de nobles souvenirs. L’on retrouve ici un Nokturnal
Mortum cultivant un goût certain de l’avant propos pour mieux
lâcher, gueule béante et crocs acérés,
son art. Art, comme l’on peut s’en douter, mis en valeur par une production
bien plus fuyante et moins impériale que sur les plus récents
albums en date, qui, dans le cas présent témoigne d’un
processus de composition encore peu personnel et très empreint
des racines et influences originelles du groupes.
L’osmose des guitares et de la basse offre bon lots de riffs typiquement
Black Metal mais, il faut le dire, assez communs et basiques en substance,
si bien que le fruit de leur quintessence et intérêt
est plutôt à rechercher dans les multiples émulations,
déclinaisons que leur confère les réminiscences
de feelings très Death rappelant la vieille scène suédoise
qui influença bon nombre de groupes de Black Metal de la première
génération, ou Heavy. En découle un flux plutôt
massif de divers solos, harmoniques… et certains breaks très
syncopés porteurs d’une rage des plus épique.
Dans le même esprit que les guitares, les touches de claviers
s’avèrent également être des plus classiques,
pour ne pas dire parfois clichesques. De fait, bien qu’incorporant
déjà certaines rares bribes du folklore slave ou, rappelant
parfois avec nostalgie le dénuement propre à Burzum,
je ne peux m’empêcher de me rappeler avec dégoût
une certaine bouse Britannique abonnée aux cafés philo
néo-romantiques en cimetières de sous préfectures,
aux boites gotho-gays londoniennes, aux pompes orthopédiques,
aux clips kitsch & rococos et, ayant participés à
la vague de pollution médiatique ayant signée le déclin
du BM en 1996 !
Le jeu de batterie s’avère être assez faiblard, probablement
du fait du manque de puissance de la capture studio, mais reste efficace
bien que cultivant un simplisme proche de la grossière boite
à rythmes… le but n’étant ici et de toutes façons
pas d’ériger lances et glaives contre les charges ennemies
mais plutôt d’accompagner une tortueuse et labyrinthique errance
onirique dans le terroir slave le plus occulte et véhément.
Enfin, hormis certaines ridicules mais bien heureusement sporadiques
et discrètes, dégénérescences du timbre
de je ne sais quelle frêle et anémique représentante
de la gente féminine ayant visiblement été oubliée
dans les geôles d’un goulag depuis la fin de la guerre froide,
le vocaux de K. Varggoth sont déjà très corrects
et gorgés de haine. Qu’il s’agisse de hurlements conquérants
dans leurs écorchement, de murmures fuyants ou, d’élocutions
digne du plus cruel et sanguinaire bouilleur d’enfant façon
Attila sur « De Mysteriis Dom Satanas », notamment
sur le track « Carpathian Mysteries » ou de
façon plus exacerbée sur « Autodafe/Barbarian
Dreams », ils s’avèrent plus que propices à
la déclamation d’une textuelle proche de celle régnant
sur « Goat Horns »
Ceux possédant la version éditée par The End
Records bénéficieront de « Return Of The
Vampire Lord », extrait du split avec Lucifugum en guise
de point de conclusion de cet album au final assez inégal et
en proie à de notoires essoufflements. Mais, soyons cléments
et restituons ce « Lunar Poetry » dans son contexte
originel. Peut être aurait il simplement été plus
judicieux de rééditer la discographie du groupe de façon
strictement chronologique car après un « Nechrist »
ou, « To The Gates Of Blasphemous Fire », cela
se révèle simplement un peu léger.
Début
2001, Oriana nous propose de remonter encore plus loin dans les origines
et l’histoire du groupe en rééditant sur une même
rondelle « Return Of The Vampire Lord » &
« Marble Moon ». Point d’album à proprement
parler mais, tout simplement une compilation de diverses réalisations
passées du groupe.
Le premier chapitre n’est autre que « Returns Of The Vampire
Lord », la partie ayant figurée aux cotés
de l’excellent « Path Of The Wolf » de Lucifugum
sur le Split Mcd sortit en 1997 en collaboration avec Metal Agen Records
et, étant elle même une réédition d’enregistrements
ultérieurs de 1993.
Point de surprises en ce qui concerne le track du même nom ouvrant
les hostilités pour celles et ceux possédant déjà
la version The End Records de « Lunar Poery »
puisqu’il est identique au bonus clôturant ce dernier. Au programme,
un Black Metal symphonique à tiroirs, consistant, complexe,
supplicié, emplit de rythmes épiques, de mélodies
hyperboréennes et, du souffle excommunié et vengeur
des anciens cultes renaissants, dont le groupe a le secret, la maîtrise
depuis bien des lunes et, bien représentatif des albums qui
allaient s’ensuivre. En revanche, les deux trackz suivants « Mi
Agama Khaz Mifisto » et « Crystaline Darkness »
dévoilent la bête Ukrainienne sous un visage méconnaissable,
crachant un elixir BM très Heavy et burné, cru, brut
et minimaliste, misant, via l’inexistence des incontournables orchestrations,
sur la simple mais efficace harmonie entre le traditionnels instruments
de terrorisme métallurgique. Probablement la facette la plus
Old School de Nokturnal Mortum à ce jour pour un fracas se
rapprochant fortement de Lucifugum sur des réalisations telles
que « On Hook To Pieces » ou même le fameux
« Path Of The Wolf ». Et putain les vocaux de
Varggoth sont suprêmes dans leur constante déchirure !
Le second chapitre regroupe les six tracks du « Marble
Moon » originellement vomit à la face du monde en
1997 et, pousse ses premiers soupirs sur « Hymn Of Our
Fatherland » que l’on peut retrouver notamment sur la réédition
de chez Oriana de « Goat Horns »
Intro une fois de plus clairement explicite quand aux motivations
et engagements idéologiques, culturels du groupe, ô combien
fédératrice et galvanisante pour introduire à
l’auditorat les cinq tracks suivant pouvant se situer à la
charnière de « To The Gates Of Blasphemous Fire »
et, de « Nechrist » ! S’ensuit d’ailleurs
« On The Moonlight Path » que les adeptes de
l’album de 1998 reconnaîtront aisément.
En somme retours à un Art Noir labyrinthique et de haute volée
où la richesse sage et mystique d’un folklore et, au delà,
d’un art de vivre séculaire se refusant à périr
sous les affronts de la sous culture de masse et les multiples prostitutions
qu’elle implique, viens battre le fer dans les hautes forges de la
résistance aux cotés de la haine la plus incontinente,
de la soif avide et souveraine la plus sanguinaire.
A noter dans ce contexte dégueulant de terroir et relativement
modéré rythmiquement en comparaison du « Nechrist »
qui suivra un an plus tard, la présence d’une reprise de « Family
Vault » de Death SS, à la sauce cosaque que je qualifierais
de foutrement méconnaissable.
Enfin, le troisième et dernier chapitre de cette rondelle fleuve
s’avère être bien plus bref que les deux précédents
puisqu’il ne contient que deux reprises. Mais putain quelles reprises !
Tout d’abord, « My Journey To The Stars » figurant
originellement sur le mythique et éternel premier opus de Burzum
qui, hormis quelques arrangements symphoniques aussi judicieux que
modestes reste relativement fidèle à la version originale.
Ensuite, de façon toute aussi respectueuse mais, au firmament
de la noblesse et de la grandeur, le fantastique « Thurisaz »
de Graveland que l’on peut retrouver sur le non moins fantastique
« Following The Voice Of Blood ». Diantre !
Les mots me manquent tant l’originale est déjà à
la base et incontestablement l’un de mes track de chevet du bestiaire
Polonais. Fantastique et totalitaire, d’une interprétation
aussi souveraine et sublime, l’on ne peut que ressortir aussi ému
que chargé ras la gueule d’une haine dévorante !
En conclusion, rien de particulièrement nouveau ici pour Nokturnal
Mortum via cette galette, certes plus qu’honnête et très
intéressante, mais que je ne conseillerais qu’aux plus inconditionnels.
2003,
le flot boulimique des rééditions continue avec la sortie
de « Twilightfall » en Cd nous conviant à
la découverte de la toute première démo de Nokturnal
Mortum capturée entre 1994 et 1995 et sortie concomitamment.
Jusqu’alors, je me suis montré relativement clément
au égard du phénomène des rééditions
dans le cas Nokturnal Mortum malgré mon aversion certaine pour
ce genre de pratique mais, il ne saurait en être de même
dans le cas présent tant ce « Twilightfall »,
au passage présenté dans un packaging faussement luxueux
et, bien souvent refourgué à un prix injustifié
chez votre crémier habituel, me rappelle désagréablement
le « Stigma Egoism » de Lucifugum chroniqué
, un peu trop durement selon certain(e)s, ici même.
Tout comme la partie Satanic Warmaster du Split avec Gestapo 666 réédité
relativement récemment, l’aspect culte d’un enregistrement
n’est pas toujours un prétexte valable et, cette rondelle le
prouve aisément tant elle dévoile une horde Ukrainienne
dénuée de toute personnalité, ne semblant pas
savoir réellement vers quels horizons se tourner.
Pour être moins suggestif « Twilightfal »
est, à mon sens, un indéfinissable melting-pot, une
œuvre certes construite mais, poubelle, appuyée par une prod
vide, peu racée et sans saveur particulière. Une
tonitruante partouze de riffs Black Metal plus qu’ancrés
dans les clichés, encore incontestablement immatures et, d’un
indécrottable manque de profondeur, doublés de nappes
synthétiques purement obsolètes, libidineuses et futiles,
dotés d’un appui rythmique tellement mou de la chibre qu’il
m’inspirerait presque la platitude de celui du lamentable Svartarid,
et, hanté d’un spectre vocal encore trop inconsistant ;
De retombées, s’il en est, très Doom / Death, suintant
d’une rocambolesque tiédeur tout juste vectrice de soporifiques
lassitudes exacerbées dans leur inintérêt par
un Knatz Varggoth tenant plus de ce tas de boue de S.A.S. de l’Argilière,
qui au passage se serait collé une patate chaude dans le goitre
( !), que du guerrier slave ; De pseudos montées
en puissance qui, se voulant pêchues et burnées ont peut
être vocation à pousser l’auditorat à dépoussiérer
veste à patches, jeans moules godes et bottes ferrées
mais, qui dans une quintessence dénuée de toute saveur
rappelant les dégénérescences du Heavy FM outrancièrement
pompeux, d’une agressivité pédérastique ou, inspirant
le thrash du « Garage Days » de Metallica sous
neuroleptiques, s’enlisant dans l’huile de vidange et, la hargne,
la créativité en moins, donne plutôt envie d’aller
se pendre dans le friche industriel du coins après avoir fait
une overdose de Valstar ; Breaks teintés de connivences
Death Metal tout justes bonnes à égaler les premières
rehearsal d’un Old Funeral prépubére ; Interludes
acoustiques luisants d’une certaine fibre païenne pouvant probablement
évoquer le pire des groupes de Neo Folk NS pondant un album
avec trois accords, une poignée de samples pastoraux à
la mord moi le nœud et, avec en guise de vocalistes, l’équivalent
d’un couple bavarois pansu chargé à la gnole et, poussant
d’envinassées chansonnettes paillardes avant de s’en aller
se vautrer pour un lourd tango à l’horizontale dans le lichen ;
Intros, outros, ponts gorgés de suaves mélodies de piano
surgelées ou de diverses cordes frottées semblant en
appeler à diverses et inavouables influences gothiques metal
sodomites ; Un spectre lyrique paraissant manquer cruellement
de convictions et spontanéité…
En bref arrêtons le massacre… Il ne s’agit évidemment
ici que de mon opinion et, certain(e)s masochistes vont probablement
me rétorquer que la maîtrise instrumentale et la technique
ici dévoilées sont tout à fait correctes… j’y
concède. Que cette démo recèle de nombre d’arrangements,
est alambiquée et bien construite… j’y consent mille et une
fois. Mais, est-ce suffisant pour enfanter œuvre digne de ce nom ?
Il manque à mon sens une sérieuse dose de convictions,
de feeling et d’identité. De surcroît, je ne vois pas
un track qui ne soit pas indigeste, inutile d’envisager la globalité.
Inutile également de perdre plus de temps sur cette review.
Cette ode aux maléfices sylvestres n’a pas sut me pousser à
l’abandon dans les crochets malveillants de Lechy. Une fois n’est
pas coutume. A vos risques et périls !
Après
toutes ces rééditions, somme toute parfois assez fade,
voir dénuées de tout intérêt notoire et
pour ne pas dire totalement à chier pour la dernière
précédemment évoquée, sans compter la
parution de quelques bootlegs de merde strictement limités
à quatre vingt huit copie n’apportant absolument rien de nouveau,
comme le « We Declare Total War » de chez Black
Metal Mafia, l’on était en droit de se demander si Nokturnal
Mortum n’était pas victime d’une trop longue et agonisante
traversée du désert ; N’ayant, hormis pour quelques
reprises et de brèves apparitions à l’occasion de diverses
compilations, rien enfanté de vraiment consistant et conséquent
depuis le fabuleux « Nechrist », c’est
à dire depuis 1999, et ses membres étant apparus plus
soucieux, ces dernières années, de se consacrer à
leurs divers projets et participations (Mistigo Varggoth Dakestra,
Aryan Terrorism, Munruthel (anciennement Silentium), Finist, Vetche,
Piorun, Lucifugum, Runes Of Dianceht…), j’étais sur le point
de me résigner à conclure au déclin définitif
de la bête et, à en rester sur l’arrière goût
tiédasse laissé par l’hideuse réédition
de la bouse de 1995 lorsque, j’appris la sortie d’un certain « The
Taste Of Victory ».
D’abord méfiant à la pensée de subir une nouvelle
fois les caprices d’une rondelle chiadée et fourre-tout, ce
« The Taste Of Victory » regroupant en avant
première trois track de « Weltanschauung »,
le prochain album, et un titre inédit capturé en 2001,
j’eu l’agréable surprise de redécouvrir le groupe, cette
fois dans la droite continuité de ses précédents
albums, et cela malgré mon aversion habituelle pour ce type
d’amuse gueule transitoire bien souvent synonyme de gros sous.
Nokturnal Mortum reprend donc les hostilités là où
il les avait laissé avec « Nechrist »mais,
a depuis franchit un considérable palier dans son évolution,
perpétuant son héritage de façon bien moins virulente
et impulsive, selon une verve remarquablement posée qui confère
à son Art une aura considérablement Heavy. Il est fortement
probable que bon nombre rapprochent cet opus des deux albums de Lucifugum
que sont « On Hook To Pieces » ou « And
The Wheel Keep Crunching », ou, de façon bien plus
judicieuse encore, du cultissime « Immortal Pride »
de Graveland. Le calme et l’assise après la tourmente et la
fougue en somme.
Le jeu des deux guitares est rustique et lourd, très aéré
et spartiate, à mille lieux de l’épileptique course
aux armements d’un « To The Gate Of Blasphemous Fire »
ou « Nechrist » pour exemples, il a gagné
en simplicité laissant ainsi une marge de manœuvre plus importante
à la basse et à l’expression très profonde des
diverses variations qu’elle implique et, par la même un regain
d’espace à la réminiscence toujours aussi forte en symboles
bucoliques et augustes de la musique traditionnelle Slave. Le riffs
s’effacent même parfois totalement pour laisser place à
des cycles plus intimistes et contemplatifs où violons, flûtiaux,
nappes de claviers … sont maîtres. A noter certains riffs très
typés R.A.C., à mon sens, comme par exemple lors des
premiers instants de « The New Era Of Swords »,
le second track.
Cet artisanat très atmosphérique et éthéré,
tout en restant d’une certaine façon et en définitive
très dense, est vigoureusement et intelligemment soutenu par
des percussions aux fréquences pachydermiques jouant bien plus
sur l’hypnotisme galvanisant de la double, sur les roulements, les
mid-tempos… que sur les martèlements dantesques du passé
(je crois d’ailleurs pouvoir dire sans me tromper qu’il n’y a aucun
blast sur cet opus….) et, sachant, lorsque cela est nécessaire
abandonner les apparats du drum-kit traditionnel pour adopter des rythmes
et sonorités plus tribales, ce qui place ce « The
Taste Of Victory » dans des sphères purement martiales,
inquisitoires et porteuses de fierté, de détermination.
Une véritable, longue et inexorable marche vers les lignes,
à l’horizon, noircies d’un nouveau front, ponctuée d’escales
réparatrices et festives où l’on dépose glaives,
haches, peaux de bêtes et plastrons pour se laisser aller, en
un élan folklorique, au terroir, avec, pour systématiquement
fédérer les troupes, le spectre vocal de Varggoth en
étendard ; Spectre où l’on retrouve certaines touches
éraillées du passé mais qui, globalement, s’avèrent
désormais plus rauques, grasses avec certains essais Heavy
Metal, voir même quasi R.A.C. pas toujours réussis. Les
lyrikz toujours aussi subversifs et plus assurés que jamais
sont déclamés de façon moins épileptique,
plus hachée, ce qui préserve une aura toujours très
agressive.
Pour conclure, soyons honnêtes, il est clair que mes préférences
et faveurs se tournent plus vers les premiers albums mais, ce « The
Taste Of Victory » redore incontestablement le blason du
groupe et, est fortement recommandable pour tout maniaques d’obédience
païenne. A ranger à coté des derniers Graveland.
Contact :
http://www.thepaganfront.com/oriana/nm/#
Sperm. S.
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