La quête Nokturnal Mortum débute le 31 décembre 1993 à Kharkiv de part la naissance de Suppuration. Cette entité alors composée de Knjaz Varrgoth, Munruthel et Xaarquath défèque dés 1992 une première démo intitulée « Ecclesiastical Blasphemy », laquelle, profondément encrée dans les arcanes d’un Death Metal Old Vein, sera distribuée par le label Belge Shiver Records. La même année, Sataroth intègre la division en tant que vocaliste ce qui va rapidement permettre la capture de « Unspeakable Journey Into Subsconscious World », la seconde démo puis, renforcé par l’arrivée de Wortherax en tant que second guitariste en avril 1993, Suppuration donne rapidement jour à « Cosmic Flight Around Astralspher ». Hélas, cette dernière démo planifiée en format 7’ EP chez The Final Holocaust Rex ne verra pas le jour car la disparition de ce label Russe scellera à jamais le chapitre Suppuration.
Sur les cendres de cette mort prématurée va alors naître en 1994 la bête que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Nokturnal Mortum et, est alors rapidement crée et enregistrée la première démo du nom intitulée « Twilightfall » 
S’ensuit alors un véritable tumulte : 
Fin 1995 / début 1996, le légendaire « Lunar Poetry » voit le jour pour être diffusé dés le printemps par le label Russe Metal Agen Records.
Après le départ de Wortherax, son remplacement par Karpath et l’arrivée de Saturious en tant que second claviériste, la horde enfante durant l’été « Goat Horns », son second album lequel sera une fois de plus propagé par Metal Agen et, cela dés 1997. 
En décembre 1996 est enregistré « Return Of The Vampire Lord ». Ce EP sortit en 1997 à l’occasion d’un Split partagé avec l’excellent « Path Of Wolf » de Lucifugum regroupe quelques nouveaux titres de Nokturnal Mortum ainsi que deux tracks de Crystaline Darkness (projet Black Metal crée par Knjaz Varrgoth, Karpath et Munruthel après la disparition de Suppuration, quasi concomitamment à Nokturnal Mortum et, n’ayant jusqu’alors donné naissance qu’à la démo « Mi Agama Khaz Mifisto »). A noter qu’il s’agit là de la dernière coopération entre Nokturnal Mortum et Metal Agen du fait de la politique du label largement critiquée par le groupe…. C’est ainsi que par la suite, Oriana Production va prendre le relais et sortir « Vetche », autre Split enregistré en 1996 et partagé entre Nokturnal Mortum et Lucifugum, cela dés 1998. 
Entre temps, 1997 s’avère également être une année très prolifique et dense puisque elle est le théâtre des créations de l’album « To The Gates Of Blasphemous Fire » et du EP « Marble Moon » et, que dans la foulée le label américain The End Records va permettre à la meute ukrainienne de rééditer tout ses albums en format Cd.


C’est ainsi que va tout d’abord être exhumé « Goat Horns » le 31 mars 1998 avec un tracklist et un artwork légèrement différents de ceux en vigueur sur la première édition parue chez Metal Agen, puisque est absent le morceau « Where Rivers Flow Into The Seas » à l’époque emprunté à la démo « TwilightFall », et de ceux d’une seconde réédition chez Oriana datant de la fin de la même année et comportant quand à elle en tant que bonus le très symbolique et explicite track « Hymn Of Ukraine ».
Personnellement, il s’agit là de l’œuvre m’ayant révélée, en une sublimation auditive d’une intensité subjuguante, la meute Ukrainienne, la quintessence obscure et auguste de son art… Depuis, l’astre lunaire n’a eu de cesse de décliner son aura blafarde au-delà de la morne clairière qui fut le seul et unique témoin de cette communion suprême et salvatrice mais, mon ressentit eu égard de cette galette est resté identique à celui des premières heures. 
Tout débute par le très judicieusement nommé « Black Moon Overture » et, il n’en faudra guère plus à tout individu de goût pour d’ores et déjà pressentir
que ce « Goat Horns » n’est pas simplement un banal album de Black Metal mais une véritable fresque laquelle, dans son gigantisme fanatique, peut tout autant pousser l’auditorat à la majesté la plus supraterrestre qu’à la damnation la plus irréversible. Cette mise en bouche fleuve témoignant de l’intarissable richesse créatrice de Sataroth et Saturious, les deux claviéristes de la horde, et de leur labyrinthique osmose recèle d’une noirceur impénétrable estampillée de tout le mysticisme nocturne des campagnes d’une Est Europe meurtrie, dans son folklore et ses valeurs, par les tyrannies monothéistes mais où, dans l’ombre, les flammes des anciens cultes brûlent toujours et attendent l’heure de leur renaissance. 
C’est sur ces premières pierres, d’une profondeur quasi hypnotique alternant envolées vengeresses fédératrices au possible et retombées nostalgiques des plus poignantes auxquelles (sans pour autant encore atteindre le summum païen du fantastique « Nechrist ») se mêlent parfois quelques consonances folkloriques, que la division Nokturnal Mortum déchaîne rapidement les élément pour y bâtir son imposant édifice aux consonances intrinsèquement symphoniques. 
En témoigne « Kuyaviya » qui explose froidement dés la seconde plage pour délivrer une substance incontestablement labyrinthique et torturée où chaque instrument, sans faire preuve d’une immense technicité, tient une place d’importance bien précise et contribue ainsi, globalement, à enfanter une alchimique densité structurellement en perpétuelle mouvance. 
Doté d’une aura sonore des plus glaciale, le jeu de corde fondamental et très rustique de K. Varggoth s’avère être très inspiré dans son impérieuse recherche de domination et de noblesse ; Sentiment exacerbé par l’appui des leads tyranniques de Karpath et de la profondeur abyssale des lignes de basse de Xaarquath qui confèrent définitivement à ce maelström de saturations séculaires l’aspect d’un mur sonore massif aux multiples déclinaisons nostalgiques.
Cette essence belliqueuse fièrement érigée, à l’image d’un bon millier de glaives parés pour combattre sur le champ d’acier, est menée à l’assaut par l’organe de Varggoth développant un lyrisme si écorché, supplicié qu’il semble à lui seul porteur de tout le poids de l’histoire de l’âme Slave ! 
Enfin, de son coté, Munruthel offre à cette essence sulfureuse et despotique un aplomb rythmique impressionnant de précision, de variété et de puissance sachant particulièrement bien, s’adapter aux multiples variations d’atmosphères et d’émotions, au relief acéré de ce « Goat Horns » systématiquement situé à la charnière de l’agression métallurgique et du mysticisme spatial, de la furie furieuse parfois très martiale et de l’effacement intimiste, de la haine de l’ennemi et de l’amour de sa culture… 
Dés lors, la tension n’a de cesse de monter durant la progression conquérante des tracks. Sans jamais faillir une seconde cette occulte quintessence atteinte parfois des summums difficilement restituables par de simples mots tant ils effleurent de prés le Panthéon de l’Art Noir et, s’achève comme elle a débuté avec le très énigmatique et lunaire « Eternal Circle » orchestré par Sataroth et Saturious. 
Rien n’est à ajouter tant l’on en ressort galvanisé ! Nokturnal Mortum, notamment via cet album peut se vanter d’être l’un des seul groupe estampillé Sympho Black à ne pas me provoquer des nausées aigues et de violentes poussées de dégoût ! Un album brillant et grandiose à mille lieux des bouses mainstream !


Presque un an plus tard, le premier mars 1999, The End Records réédite « To The Gates Of Blasphemous Fire ». Soulignons que Oriana (en ayant déjà produit une édition en 1998 en format Mc) récidivera en 2001 avec une fois de plus un artwork différent et comportant à titre de bonus track une reprise de « South Of Heaven » de Slayer (!!) .
A l’écoute de « Goat Horns » il aurait, de prime abord, été difficile d’imaginer que la meute ukrainienne puisse enfanter œuvres plus grandioses et riches or, c’est pourtant ce à quoi elle va parvenir avec ce nouvel opus lequel s’avère être non seulement plus aboutit en terme de densité et de complexité mais également beaucoup plus violent en intense. 
Là où son prédécesseur prenait le temps de conditionner l’auditeur, de l’immerger en un halo d’obscurantisme sombre, onirique et brumeux, au cœur des tourments du terreau primitif, « To The Gates Of Blasphemous Fire » ne s’encombre pas des traditionnels protocoles introductifs. Après pour seule et unique mise en bouche un très bref sample restituant la démence disloquée d’un champ d’acier en fureur, Nokturnal Mortum ouvre très rapidement les hostilités, dévoilant avec une violence inouïe la réelle consistance de ce « Bestial Summoning » jaillissant comme propulsé par je ne sais quel colossal et barbare instrument de mort antique. 
Déclin sanglant et sans gloire pour les plus candides et chétifs ; Renaissance avide et conquérante de celles et ceux pour qui honneur et noblesse signifient encre quelque chose en ce jours de mauvaise augure, ce track, à l’image de la symbolique qu’il suggère prend son envol frénétiquement avec une intensité allant crescendo, tel une mortuaire et hallucinée danse chamanique, transe vespérale et clandestine implorant les plus inavouables et enfouis maléfices d’envelopper de leurs funestes grâces les guerriers païens parés pour le combat, et, d’emblée dévoile un Nokturnal Mortum ici beaucoup plus axé sur les guitares que sur « Goat Horns » par exemple.
Certes, la dualité des claviers qui a toujours été une pierre angulaire dans les fondements de l’Art de la horde Ukrainienne, lui conférant cette identité caractéristique et si particulière que seul un improbable péplum slave pourrait restituer, est toujours clairement palpable et présente mais, de façon bien plus sous-jacente, offrant de fait à ce « To The Gates Of Blasphemous Fire », une saveur plus Raw, une aura plus brutale, moins spatiale. 
Jouissant d’un potentiel d’agression ainsi décuplé, Varggoth & Karpath vomissent un véritable déluge de riffs très crus, directs et concassés mais, s’avérant au final -de part leurs perpétuelles mouvances, leurs structures fortement alambiquées et à rallonges, l’osmose très dense et contrastée des deux guitares, et nombre de breaks complexes, travaillés et souvent foutrements heavy- très riches et inspirés dans leurs progressions.
Mariant plus que jamais avec une sensibilité quasi proche de la perfection nostalgie d’un terroir remarquable en proie à la souillure et, violents soubresauts de haine belliqueuse, de tenaces rancœurs, ce titanesque relief ne serait rien sans ce jeu de batterie toujours aussi écrasant de froideur, vif, épileptique et varié. Dans la folie de ce martèlement , chaque feulement de cymbale inspire la tranchante confrontation de l’acier, chaque roulement de grosse caisse résonne comme le ferait un détachement de cavaliers s’écrasant lourdement au sol, et, chaque claquement de tom fend l’air à la délectable image d’une masse d’arme pénétrant le plastron et allant fouiller les entrailles ennemies. Qu’il s’agisse de blaster de multiples envolées où copulent horreurs saturées et mysticismes synthétiques ou, d’asseoir de façon quasi ritualistique des accalmies acoustiques suintant d’arrangements plus oniriques et païens, la frappe exhale systématiquement poigne, rigueur et détermination. 
Enfin, que dire de la performance vocale de K. Varggoth tant, qu’il s’agisse de profonds écorchements de larynx ou de phrasés clairs totalitaires, l’on perçoit de façon omniprésente, submergeante, hargne et convictions pour des lyrikz qui, mêlant satanisme belliqueux et paganisme triomphant, à la mémoire d’ages victorieux oubliés où les carcasses vaincues pourrissaient sur de primitifs gibets ou, se consumaient dans le crépitement de crémations sylvestres, nous exposent nombre d’allégoriques fables chaotiques ; Visions fantasmagoriques et légendaires où, sous couvert d’invocations nocturnes, d’ancestraux cultes sanglants érigés à la gloire des plus cauchemardesques et cruel rejetons inraterrestres et, dans un crépuscule d’épouvante, l’astre solaire fait place à l’opacité de la nuit, des vents à l’haleine suffocante de malveillance s’élèvent dans les tréfonds des Carpathes, des gouffres sans fonds déchirent les paisibles campagnes domestiquées, offrant l‘abyssale perspective de citadelles oubliées abreuvées du sang de la vengeance et, refaisant surface en un panache de souffre. 
Dans sa progression et, comme pour asseoir une domination après le trouble, cet album se révèle de moins en moins virulent et incontrôlé pour voguer vers un despotisme plus atmosphérique, une fierté guerrière et culturelle des plus auguste laissant désormais sans aucun doute possible planer le spectre de l’avènement proche de « Nechrist ». 
Il n’en demeure pas moins que malgré ses multiples nuances et, sa diversité décuplée, cet excellent opus ne soufre d’aucune lourdeur, aucun égarement. Herculéen !


Après ce monumental témoignage métallurgique et, au passage avoir « remercié » Karpath, la bête immortalise en mai 1999 « Nechrist », son nouvel assaut, lequel sera diffusé dès l’automne en format mini Cd par Oriana Production et, comme à l’accoutumée réédité près d’un an plus tard par The End/Last Episode avec, pour une fois, une tracklist identique et, un artwork sensiblement similaire. 
Comme ce fut le cas pour « To The Gates Of Blasphemous Fire », le track d’ouverture ne s’embarrasse pas d’une intro grandiloquente et finement distillée. Le très bref préalable à « The Funeral Wind Born In Oriana » laisse néanmoins présager avant la tempête une recrudescence non négligeable des clavier mais désormais vers des horizons beaucoup moins empreintes, du tronc commun de ce que l’on appelle le Black Metal symphonique ; Vers des sphères beaucoup plus personnelles, propres à l’identité rustique et folklorique des légions païennes de l’Est Europe. 
Ainsi, Nokturnal Mortum, tout en se laissant aller à nombre de cycles plus lourds et posés, semblant renouer avec ses premières heures très harsh et ses influences Old School fondamentales, se montre une fois de plus maître dans l’Art de donner corps à un Black Metal combatif, frénétique, dense et complexe. Substance tortueuse où copulent sans vergogne en un semblant d’orgie hérétique des guitares distillant aussi bien concassages d’une violence possédée semblant avoir été taillés à la hache à même le billot le plus artisanal, qu’ensorcellements plus mystiques, occultes, aux sources desquels seuls les plus interdites décoctions chamaniques, seuls les plus sages enseignements semblent susceptibles de mener. 
Tonnerre de saturations révérencieux, aussi abrasif que l’huile bouillonnante sur les dépouilles passées à trépas de l’opposant vaincu, fermement soutenu par un appui rythmique semblant guidé du bout des doigts du plus puissant des dieux sylvestres, offrant un fracas que seul pourrait égaler le déluge jaillissant d’une cohorte d’arbalètes dévouées à Tchernobog ou Sviatovit allant s’écraser sur les lignes colonisatrices, ou, les projectiles luisants du feu purificateur de Svarogitch guettant inexorablement les temples monothéistes. 
Mais, à ce terroir insurrectionnel ayant déjà fait l’incontestable la gloire des deux opus précédemment évoqués, viennent ici se greffer un flot constant de musique traditionnelle slave prenant largement le pas sur les réminiscences spatiales classiques du passé à grands renforts de violons quasi tziganes en la forme, flûtiaux de divers ordres, samples rendant hommage à Mère Nature, d’occasionnels chants féminins ou phrasés folkloriques plus virils (qui, pour la première catégorie, il faut bien l’admettre, s’avèrent bien souvent pompeux et, sont loin d’avoirs le niveau de ceux servants d’interludes sur l’excellent « Battlefield » de Hate Forest par exemple) et, de moult menus autres instruments, à vent notamment, plus inqualifiables et mystérieux dont je ne saurais citer le nom. 
Ne serait-ce que musicalement, Nokturnal Mortum dévoile ainsi clairement ses attaches culturelles, plus que jamais sa fierté et son amour pour ses terres et, les lyrikz en anglais ou russe de Vargoth ne font qu’enfoncer le clou. 
Se fondant une fois de plus sur la thématique forte inhérente à Mars, les inspirations sataniques et blasphématoires des premières heures sont ici clairement passées à l’oubliette. Sang, Sol et Honneur se veulent désormais être les maîtres mots et constituer le seul et unique leitmotiv des jeunes loups slaves devant se tenir prêts à périr au combat pou préserver leur héritage. Cela n’est pas sans rappeler le cheminement idéologique de Rob Darken et au delà du monolithe qu’est Graveland et, un track tel que « The Call Of Aryan Spirit », n’a je pense pas besoin de plus de développements. 
Signalons que passé « Nechrist : The D ance Of Swords », le neuvième track, ainsi que soixante dix huit plages très courtes gorgées de samples oniriques et bruitages naturels, cet album s’achève en une beauté et noblesse rare sur le morceau « Perun’s Celestial Silver ». En somme, à mon sens le meilleur album de Nokturnal Mortum, une massive et labyrinthique invitation au voyage initiatique sans la moindre compromission possible. 
A ne pas mettre entre toutes les mains au risque de se retrouver face à des endomorphes qui, ayant infiltrés le BM depuis un mois ou deux et, après s’êtres autoproclamés « fans » incontestables du groupe, en arrivent à découvrir ses arcanes textuelles, la signification du chiffre quatre vingt huit pour finalement s’enrôler dans une pathétique croisade antifa’, se mettant en tête « d’assainir » le mouvement…. Mouvement où il n’on de toute façon pas leur place…. Souvenirs de sinistre mémoire….


Entre temps, Istukan intègre la horde, de même que Kaoth en tant que batteur de session rapidement replacé à l’occasion du retour de Munruthel. Vrolok, connu pour son rôle dans Runes Of Dianceht vient apporter sa contribution en tant que second guitariste et, fin 2000, Saturious signe également son retour. En 2001 The End Recrds réédite « Lunar Poetry », originellement diffusé, comme nous l’avons vus, en 1996 via Metal Agen/Morbid Noizz, faisant ainsi écho à l’initiative de Oriana Records datant de 1999. Cette réédition nous propose donc un certain retour aux sources, quelques mois avant le couronnement du mythique « Goat Horns » et, de la monstrueuse épopée qui s’ensuivra et, le moins que l’on puisse dire est que cela se ressent dès les premiers souffles de l’œuvre. 
A l’image du « Black Moon Overture » faisant office de mise en bouche sur l’album de 1997 précité, « Tears Of Paganism » implique également et à lui seul un préalable introductif. Sombre, glacial et occulte, il dévoile un halo d’obscurantisme spatial, de tristesse, nostalgie hyperboréenne qui pénétrera, pour sûr, celles et ceux s‘étant déjà laissé effleurer, au cour de nocturnes, hivernales et solitaires contemplations et réflexions, par la morsure de neiges immaculées, de vents porteurs de nobles souvenirs. L’on retrouve ici un Nokturnal Mortum cultivant un goût certain de l’avant propos pour mieux lâcher, gueule béante et crocs acérés, son art. Art, comme l’on peut s’en douter, mis en valeur par une production bien plus fuyante et moins impériale que sur les plus récents albums en date, qui, dans le cas présent témoigne d’un processus de composition encore peu personnel et très empreint des racines et influences originelles du groupes. 
L’osmose des guitares et de la basse offre bon lots de riffs typiquement Black Metal mais, il faut le dire, assez communs et basiques en substance, si bien que le fruit de leur quintessence et intérêt est plutôt à rechercher dans les multiples émulations, déclinaisons que leur confère les réminiscences de feelings très Death rappelant la vieille scène suédoise qui influença bon nombre de groupes de Black Metal de la première génération, ou Heavy. En découle un flux plutôt massif de divers solos, harmoniques… et certains breaks très syncopés porteurs d’une rage des plus épique.
Dans le même esprit que les guitares, les touches de claviers s’avèrent également être des plus classiques, pour ne pas dire parfois clichesques. De fait, bien qu’incorporant déjà certaines rares bribes du folklore slave ou, rappelant parfois avec nostalgie le dénuement propre à Burzum, je ne peux m’empêcher de me rappeler avec dégoût une certaine bouse Britannique abonnée aux cafés philo néo-romantiques en cimetières de sous préfectures, aux boites gotho-gays londoniennes, aux pompes orthopédiques, aux clips kitsch & rococos et, ayant participés à la vague de pollution médiatique ayant signée le déclin du BM en 1996 !
Le jeu de batterie s’avère être assez faiblard, probablement du fait du manque de puissance de la capture studio, mais reste efficace bien que cultivant un simplisme proche de la grossière boite à rythmes… le but n’étant ici et de toutes façons pas d’ériger lances et glaives contre les charges ennemies mais plutôt d’accompagner une tortueuse et labyrinthique errance onirique dans le terroir slave le plus occulte et véhément. 
Enfin, hormis certaines ridicules mais bien heureusement sporadiques et discrètes, dégénérescences du timbre de je ne sais quelle frêle et anémique représentante de la gente féminine ayant visiblement été oubliée dans les geôles d’un goulag depuis la fin de la guerre froide, le vocaux de K. Varggoth sont déjà très corrects et gorgés de haine. Qu’il s’agisse de hurlements conquérants dans leurs écorchement, de murmures fuyants ou, d’élocutions digne du plus cruel et sanguinaire bouilleur d’enfant façon Attila sur « De Mysteriis Dom Satanas », notamment sur le track « Carpathian Mysteries » ou de façon plus exacerbée sur « Autodafe/Barbarian Dreams », ils s’avèrent plus que propices à la déclamation d’une textuelle proche de celle régnant sur « Goat Horns » 
Ceux possédant la version éditée par The End Records bénéficieront de « Return Of The Vampire Lord », extrait du split avec Lucifugum en guise de point de conclusion de cet album au final assez inégal et en proie à de notoires essoufflements. Mais, soyons cléments et restituons ce « Lunar Poetry » dans son contexte originel. Peut être aurait il simplement été plus judicieux de rééditer la discographie du groupe de façon strictement chronologique car après un « Nechrist » ou, « To The Gates Of Blasphemous Fire », cela se révèle simplement un peu léger. 


Début 2001, Oriana nous propose de remonter encore plus loin dans les origines et l’histoire du groupe en rééditant sur une même rondelle « Return Of The Vampire Lord » & « Marble Moon ». Point d’album à proprement parler mais, tout simplement une compilation de diverses réalisations passées du groupe.
Le premier chapitre n’est autre que « Returns Of The Vampire Lord », la partie ayant figurée aux cotés de l’excellent « Path Of The Wolf » de Lucifugum sur le Split Mcd sortit en 1997 en collaboration avec Metal Agen Records et, étant elle même une réédition d’enregistrements ultérieurs de 1993. 
Point de surprises en ce qui concerne le track du même nom ouvrant les hostilités pour celles et ceux possédant déjà la version The End Records de « Lunar Poery » puisqu’il est identique au bonus clôturant ce dernier. Au programme, un Black Metal symphonique à tiroirs, consistant, complexe, supplicié, emplit de rythmes épiques, de mélodies hyperboréennes et, du souffle excommunié et vengeur des anciens cultes renaissants, dont le groupe a le secret, la maîtrise depuis bien des lunes et, bien représentatif des albums qui allaient s’ensuivre. En revanche, les deux trackz suivants « Mi Agama Khaz Mifisto » et « Crystaline Darkness » dévoilent la bête Ukrainienne sous un visage méconnaissable, crachant un elixir BM très Heavy et burné, cru, brut et minimaliste, misant, via l’inexistence des incontournables orchestrations, sur la simple mais efficace harmonie entre le traditionnels instruments de terrorisme métallurgique. Probablement la facette la plus Old School de Nokturnal Mortum à ce jour pour un fracas se rapprochant fortement de Lucifugum sur des réalisations telles que « On Hook To Pieces » ou même le fameux « Path Of The Wolf ». Et putain les vocaux de Varggoth sont suprêmes dans leur constante déchirure ! 
Le second chapitre regroupe les six tracks du « Marble Moon » originellement vomit à la face du monde en 1997 et, pousse ses premiers soupirs sur « Hymn Of Our Fatherland » que l’on peut retrouver notamment sur la réédition de chez Oriana de « Goat Horns » 
Intro une fois de plus clairement explicite quand aux motivations et engagements idéologiques, culturels du groupe, ô combien fédératrice et galvanisante pour introduire à l’auditorat les cinq tracks suivant pouvant se situer à la charnière de « To The Gates Of Blasphemous Fire » et, de « Nechrist » ! S’ensuit d’ailleurs « On The Moonlight Path » que les adeptes de l’album de 1998 reconnaîtront aisément.
En somme retours à un Art Noir labyrinthique et de haute volée où la richesse sage et mystique d’un folklore et, au delà, d’un art de vivre séculaire se refusant à périr sous les affronts de la sous culture de masse et les multiples prostitutions qu’elle implique, viens battre le fer dans les hautes forges de la résistance aux cotés de la haine la plus incontinente, de la soif avide et souveraine la plus sanguinaire. 
A noter dans ce contexte dégueulant de terroir et relativement modéré rythmiquement en comparaison du « Nechrist » qui suivra un an plus tard, la présence d’une reprise de « Family Vault » de Death SS, à la sauce cosaque que je qualifierais de foutrement méconnaissable. 
Enfin, le troisième et dernier chapitre de cette rondelle fleuve s’avère être bien plus bref que les deux précédents puisqu’il ne contient que deux reprises. Mais putain quelles reprises ! 
Tout d’abord, « My Journey To The Stars » figurant originellement sur le mythique et éternel premier opus de Burzum qui, hormis quelques arrangements symphoniques aussi judicieux que modestes reste relativement fidèle à la version originale. Ensuite, de façon toute aussi respectueuse mais, au firmament de la noblesse et de la grandeur, le fantastique « Thurisaz » de Graveland que l’on peut retrouver sur le non moins fantastique « Following The Voice Of Blood ». Diantre ! Les mots me manquent tant l’originale est déjà à la base et incontestablement l’un de mes track de chevet du bestiaire Polonais. Fantastique et totalitaire, d’une interprétation aussi souveraine et sublime, l’on ne peut que ressortir aussi ému que chargé ras la gueule d’une haine dévorante ! 
En conclusion, rien de particulièrement nouveau ici pour Nokturnal Mortum via cette galette, certes plus qu’honnête et très intéressante, mais que je ne conseillerais qu’aux plus inconditionnels. 


2003, le flot boulimique des rééditions continue avec la sortie de « Twilightfall » en Cd nous conviant à la découverte de la toute première démo de Nokturnal Mortum capturée entre 1994 et 1995 et sortie concomitamment. 
Jusqu’alors, je me suis montré relativement clément au égard du phénomène des rééditions dans le cas Nokturnal Mortum malgré mon aversion certaine pour ce genre de pratique mais, il ne saurait en être de même dans le cas présent tant ce « Twilightfall », au passage présenté dans un packaging faussement luxueux et, bien souvent refourgué à un prix injustifié chez votre crémier habituel, me rappelle désagréablement le « Stigma Egoism » de Lucifugum chroniqué , un peu trop durement selon certain(e)s, ici même. 
Tout comme la partie Satanic Warmaster du Split avec Gestapo 666 réédité relativement récemment, l’aspect culte d’un enregistrement n’est pas toujours un prétexte valable et, cette rondelle le prouve aisément tant elle dévoile une horde Ukrainienne dénuée de toute personnalité, ne semblant pas savoir réellement vers quels horizons se tourner. 
Pour être moins suggestif « Twilightfal » est, à mon sens, un indéfinissable melting-pot, une œuvre certes construite mais, poubelle, appuyée par une prod vide, peu racée et sans saveur particulière. Une tonitruante partouze de riffs Black Metal plus qu’ancrés dans les clichés, encore incontestablement immatures et, d’un indécrottable manque de profondeur, doublés de nappes synthétiques purement obsolètes, libidineuses et futiles, dotés d’un appui rythmique tellement mou de la chibre qu’il m’inspirerait presque la platitude de celui du lamentable Svartarid, et, hanté d’un spectre vocal encore trop inconsistant ; De retombées, s’il en est, très Doom / Death, suintant d’une rocambolesque tiédeur tout juste vectrice de soporifiques lassitudes exacerbées dans leur inintérêt par un Knatz Varggoth tenant plus de ce tas de boue de S.A.S. de l’Argilière, qui au passage se serait collé une patate chaude dans le goitre ( !), que du guerrier slave ; De pseudos montées en puissance qui, se voulant pêchues et burnées ont peut être vocation à pousser l’auditorat à dépoussiérer veste à patches, jeans moules godes et bottes ferrées mais, qui dans une quintessence dénuée de toute saveur rappelant les dégénérescences du Heavy FM outrancièrement pompeux, d’une agressivité pédérastique ou, inspirant le thrash du « Garage Days » de Metallica sous neuroleptiques, s’enlisant dans l’huile de vidange et, la hargne, la créativité en moins, donne plutôt envie d’aller se pendre dans le friche industriel du coins après avoir fait une overdose de Valstar ; Breaks teintés de connivences Death Metal tout justes bonnes à égaler les premières rehearsal d’un Old Funeral prépubére ; Interludes acoustiques luisants d’une certaine fibre païenne pouvant probablement évoquer le pire des groupes de Neo Folk NS pondant un album avec trois accords, une poignée de samples pastoraux à la mord moi le nœud et, avec en guise de vocalistes, l’équivalent d’un couple bavarois pansu chargé à la gnole et, poussant d’envinassées chansonnettes paillardes avant de s’en aller se vautrer pour un lourd tango à l’horizontale dans le lichen ; Intros, outros, ponts gorgés de suaves mélodies de piano surgelées ou de diverses cordes frottées semblant en appeler à diverses et inavouables influences gothiques metal sodomites ; Un spectre lyrique paraissant manquer cruellement de convictions et spontanéité…
En bref arrêtons le massacre… Il ne s’agit évidemment ici que de mon opinion et, certain(e)s masochistes vont probablement me rétorquer que la maîtrise instrumentale et la technique ici dévoilées sont tout à fait correctes… j’y concède. Que cette démo recèle de nombre d’arrangements, est alambiquée et bien construite… j’y consent mille et une fois. Mais, est-ce suffisant pour enfanter œuvre digne de ce nom ? Il manque à mon sens une sérieuse dose de convictions, de feeling et d’identité. De surcroît, je ne vois pas un track qui ne soit pas indigeste, inutile d’envisager la globalité. 
Inutile également de perdre plus de temps sur cette review. Cette ode aux maléfices sylvestres n’a pas sut me pousser à l’abandon dans les crochets malveillants de Lechy. Une fois n’est pas coutume. A vos risques et périls !


Après toutes ces rééditions, somme toute parfois assez fade, voir dénuées de tout intérêt notoire et pour ne pas dire totalement à chier pour la dernière précédemment évoquée, sans compter la parution de quelques bootlegs de merde strictement limités à quatre vingt huit copie n’apportant absolument rien de nouveau, comme le « We Declare Total War » de chez Black Metal Mafia, l’on était en droit de se demander si Nokturnal Mortum n’était pas victime d’une trop longue et agonisante traversée du désert ; N’ayant, hormis pour quelques reprises et de brèves apparitions à l’occasion de diverses compilations, rien enfanté de vraiment consistant et conséquent depuis le fabuleux « Nechrist », c’est à dire depuis 1999, et ses membres étant apparus plus soucieux, ces dernières années, de se consacrer à leurs divers projets et participations (Mistigo Varggoth Dakestra, Aryan Terrorism, Munruthel (anciennement Silentium), Finist, Vetche, Piorun, Lucifugum, Runes Of Dianceht…), j’étais sur le point de me résigner à conclure au déclin définitif de la bête et, à en rester sur l’arrière goût tiédasse laissé par l’hideuse réédition de la bouse de 1995 lorsque, j’appris la sortie d’un certain « The Taste Of Victory ».
D’abord méfiant à la pensée de subir une nouvelle fois les caprices d’une rondelle chiadée et fourre-tout, ce « The Taste Of Victory » regroupant en avant première trois track de « Weltanschauung », le prochain album, et un titre inédit capturé en 2001, j’eu l’agréable surprise de redécouvrir le groupe, cette fois dans la droite continuité de ses précédents albums, et cela malgré mon aversion habituelle pour ce type d’amuse gueule transitoire bien souvent synonyme de gros sous. 
Nokturnal Mortum reprend donc les hostilités là où il les avait laissé avec « Nechrist »mais, a depuis franchit un considérable palier dans son évolution, perpétuant son héritage de façon bien moins virulente et impulsive, selon une verve remarquablement posée qui confère à son Art une aura considérablement Heavy. Il est fortement probable que bon nombre rapprochent cet opus des deux albums de Lucifugum que sont « On Hook To Pieces » ou « And The Wheel Keep Crunching », ou, de façon bien plus judicieuse encore, du cultissime « Immortal Pride » de Graveland. Le calme et l’assise après la tourmente et la fougue en somme. 
Le jeu des deux guitares est rustique et lourd, très aéré et spartiate, à mille lieux de l’épileptique course aux armements d’un « To The Gate Of Blasphemous Fire » ou « Nechrist » pour exemples, il a gagné en simplicité laissant ainsi une marge de manœuvre plus importante à la basse et à l’expression très profonde des diverses variations qu’elle implique et, par la même un regain d’espace à la réminiscence toujours aussi forte en symboles bucoliques et augustes de la musique traditionnelle Slave. Le riffs s’effacent même parfois totalement pour laisser place à des cycles plus intimistes et contemplatifs où violons, flûtiaux, nappes de claviers … sont maîtres. A noter certains riffs très typés R.A.C., à mon sens, comme par exemple lors des premiers instants de « The New Era Of Swords », le second track. 
Cet artisanat très atmosphérique et éthéré, tout en restant d’une certaine façon et en définitive très dense, est vigoureusement et intelligemment soutenu par des percussions aux fréquences pachydermiques jouant bien plus sur l’hypnotisme galvanisant de la double, sur les roulements, les mid-tempos… que sur les martèlements dantesques du passé (je crois d’ailleurs pouvoir dire sans me tromper qu’il n’y a aucun blast sur cet opus….) et, sachant, lorsque cela est nécessaire abandonner les apparats du drum-kit traditionnel pour adopter des rythmes et sonorités plus tribales, ce qui place ce « The Taste Of Victory » dans des sphères purement martiales, inquisitoires et porteuses de fierté, de détermination. 
Une véritable, longue et inexorable marche vers les lignes, à l’horizon, noircies d’un nouveau front, ponctuée d’escales réparatrices et festives où l’on dépose glaives, haches, peaux de bêtes et plastrons pour se laisser aller, en un élan folklorique, au terroir, avec, pour systématiquement fédérer les troupes, le spectre vocal de Varggoth en étendard ; Spectre où l’on retrouve certaines touches éraillées du passé mais qui, globalement, s’avèrent désormais plus rauques, grasses avec certains essais Heavy Metal, voir même quasi R.A.C. pas toujours réussis. Les lyrikz toujours aussi subversifs et plus assurés que jamais sont déclamés de façon moins épileptique, plus hachée, ce qui préserve une aura toujours très agressive. 
Pour conclure, soyons honnêtes, il est clair que mes préférences et faveurs se tournent plus vers les premiers albums mais, ce « The Taste Of Victory » redore incontestablement le blason du groupe et, est fortement recommandable pour tout maniaques d’obédience païenne. A ranger à coté des derniers Graveland.


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Sperm. S.