C’est en 1989, à jamais sous forme d’un one man band orchestré par Kanwulf, que Nargaroth vient grossir les rangs du mythique underground germanique. Passée l’impulsive fougue des premières heures, une démo intitulée « Orke », strictement limitée à cent cinquante copies et contenant sept hymnes instrumentaux ainsi qu’une intro, voit le jour dés 1991. Deux ans plus tard est capturée « Herbstleyd » ; Seconde démo, dont les deux cent copies originales ne sont actuellement pas totalement épuisées, Kanwulf écœuré par le renouvellement de la scène et ses tenants dés lors jugés indignes, ayant préféré en stopper la diffusion. Le neuf septembre 1995, un certain R.S., le plus fidèle compagnon d’arme de Kanwulf, met prématurément fin à son existence terrestre ce qui va interrompre le processus de création de Nargaroth durant cinq ans…. C’est alors que, comme à sa plus grande habitude, No Colours Records va contacter Kanwulf en 1998 dans le but de rééditer en Cd et Lp « Herbstleyd ». Après moult menues hésitations, Kanwulf va finalement intégralement réenregistrer l’opus qui, comme la mention « K » figurant dans l’artwork le suggère, fut originairement capturé, en accord avec la bonne vieille tradition des rehearsal, dans une cuisine, lequel sortira dés 1998. La même année, une version tape sera également propagée via Old Legend Productions.

Le préambule ouvrant cette rondelle, inspirant fortement le goût de l’avant propos d’un Graveland, que ce soit celui de « In The Glare Of Burning Churches » de part des ambiances de bûchers hérétiques, des litanies païennes infernales, ou, celui des plus récents albums via une noblesse fédératrice glaciale, des cœurs guerriers ataviques, laisse amplement entrevoir, en sa grandiloquence alambiquée, que, bien au delà du standard de l’album Black Metal ce « Herbstleyd » est une ferme invitation à un vaste périple au delà du temps et de l’espace, vers un firmament se consumant à la fois de fierté et de douleur.

Comme guidé par la profonde intransigeance que l’on connaît à la scène Teutonique, Kanwulf dévoile néanmoins une âme créatrice paradoxalement très dense et riche ; Un art forgé à l’ancienne n’ayant de cesse –en ses froids abîmes et au détours de nombre d’intros, interludes et outros gorgés de flûtiaux, de claviers, d’arpéges d’une tyrannique nostalgie, ou de samples en appelant à de sylvestres et nocturnes abandons – de cultiver une très progressive dualité entre de terrassantes et très tranchantes frénésies, laissant transparaître bon nombre d’influences Old School démontrant que, comme Kanwulf n’aura de cesse de le scander par la suite, Nargaroth n’est pas tombé de la dernière pluie acide ; Et, cycles plus hypnotiques, aussi répétitifs et chargés émotionnellement que pourrait l’être le rejeton avorté de la noblesse auguste d’un Hate Forest et, de la monotone lancinance dépressive d’un Wirid.

Tantôt semblable aux conquérantes, sanguinaires et désespérées charges guerrières d’une âme païenne qui aurait traversé les âges et hurlerait désormais à la face du monde moderne, tantôt empreint de cette viscérale et lointaine solennité caressant au grés des vents les entrailles d’une terre mère encore noircie et maculée de sang, l’essence de Nargaroth demeure pure et mégalithique, le prix d’excellence revenant probablement au track « Amarok – Zorn Des Lammes », premier volet d’un imposant triptyque sur lequel nous reviendrons par la suite.

A la fois aussi raw, dépouillé que le savoir faire d’un art antique et primitif ressurgissant et, aussi finement perfectionniste qu’une pièce d’arme forgée avec patience et passion, beaucoup s’accordent à dire que cette œuvre s’achevant en le même halo souverain que celui ayant marqué ses prémices, constitue l’une des pierre angulaire du Black Metal là où Kanwulf, rejetant ce qualificatif aujourd’hui de plus en plus passé et obsolète, y voit simplement un opus de « German Misanthropic Metal ».

Pour ma part, je conclurais en disant qu’au delà de son authenticité, de son inébranlable sincérité et, si l’on le replace en son contexte originel malgré son ré enregistrement, ce « Herbstleyd » était tout simplement en avance sur son temps.

Un fantastique et exemplaire témoignage de l’influence duquel beaucoup se revendiqueront par la suite.

Un an après le couronnement de « Herbstleyd » voit le jour un second album, toujours via No Colours Records, bien que l’on ne puisse pas véritablement parler de nouvel opus, de réelle nouveauté dans la quintessence de la bête.

Fédérant en son sein d’anciens tracks, rares ou encore jamais diffusés, « Amarok » s’inscrit néanmoins dans la droite lignée de son prédécesseur, reprenant la construction du noir édifice là où elle avait été laissée.

Jetant aux oubliettes tout esprit labyrinthique de conditionnement introductif, la version promo du track « Herbstleyd » ouvre, tout glaives dressés vers les cieux et sans plus attendre, les hostilités replaçant ainsi, de façon toute aussi instantanée, l’auditoire dans le contexte de feeling fanatique ayant fait la gloire du premier méfait. L’on retrouve, en une structure alambiquée, cet instinct épique, exacerbé par nombre de samples pastoraux, flûtiaux chargés d’un minimaliste folklore et, autres claviers hyperboréens, se laissant parfois sombrer en de passionnels et torturés élans de haine pure, de rancœur dévorante… Opaque, grandiose et tout en mouvance, ce track invite à une enivrante immersion en le terroir Teuton le plus authentique et enfoui.

S’ensuit « Black Spell Of Destruction » qui, comme tout le monde l’aura probablement compris, n’est autre qu’un hommage rendu au Burzum des heures les pus froides et obscures. Point d’audacieux exercices de styles mièvres et peu burnés pour cette reprise que Kanwulf dévoile avec un savoir faire inébranlablement respectueux et fidèle à l’original. L’on palpe à nouveau, en une dimension sonore glaciale et oppressante, ce simplisme savant et hypnotique d’antan, cet obscurantisme menaçant et déshumanisé aujourd’hui disparu. Nargaroth semble à lui seul ressusciter l’âme la plus métallurgique de V. Vikernes, y compris au niveau des vocaux d’un écorchement, d’une agressivité et distance hautaine rare.

Les derniers souffles de ce révérencieux témoignage passéiste lèvent le rideau, autant d’un point de vue sonore que stylistique, sur un antique retour aux sources puisque les deux tracks suivants, que sont « Shall We Begin » et « Into The Void », sont exhumés de la démo « Herbstleyd » de 1993 et ne figurent pas sur les rééditons Cd et Lp de 1999. Guidés par un effort de production gras, crasse, cru et dépouillé, ces deux chapitres sont emplis de cette hermétique sincérité inhérente aux prémices, premières mises en branle, et qui abandonne bien souvent nombre d’entités au fil des albums. Très influencé par l’héritage de la scène scandinave de l’époque la plus faste, « Shall We Begin », en un souffle possédé ne laissant entrevoir aucune trêve, explose de façon très raw et maintient la tension à son comble jusqu’à son point de chute définitif de part des tempos primaires martelés dans leur plus intransigeant appareil et, des riffs tranchants, sans artifices, paraissant avoir étés taillés à la hache de guerre. « Into The Void », quand à lui, semble avoir été enfanté sous l’emprise d’une scène slave sans compromission en ce que, avec un savoir faire tout aussi rustique, son dénuement mélodique pachydermique et quasi tribal se révèle propice à éveiller de mornes nostalgies et de quasi suicidaire émotions.

En appelant à des ages plus contemporains et massifs, les deux tracks clôturant l’œuvre sont tout deux de vieux enregistrements studios encore jamais diffusés. Le second volet de « Amarok – Zorn Des Lammes » et, « As The Stars Took Me With’em » exposent un Art plus mature, personnel, à l’image d’un track tel que « Herbstleyd » par exemple. Très longues, alambiquées et monotones, leurs essences impliquent un aller simple vers l’abandon sylvestre le plus ultime, vers la noblesse solitaire la plus déchirée, aux frontières du désespoir le plus incurable et viscéral.

Rien n’est pus à ajouter quand à ce « Amarok », son aura monolithique, tant il constitue le successeur le plus adéquat à « Herbstleyd ».

Fantastique et imposant.

La même année, guidé par le goût certain de Kanwulf pour l’aura sonore rustique des démos et rehearsal et, par son désir de s’exprimer de façon plus crue et authentique, Nargaroth, après deux albums, va enfanter la très controversée et dédaigneuse « Fuck Off Nowadays Black Metal », laquelle sera tirée en tape à trois cent trente trois exemplaires et, pressée en vinyl à cent copies par Sombre Records. Ce bref hommage au savoir faire underground contient divers morceaux issus de la démo et de l’album « Herbstleyd », quelques tracks de l’album à venir et, deux hymnes jusque là jamais diffusés, à savoir « Tod Den Finen » et « Fuck Off : Last Episode ». A noter que dans un souci d’hermétisme jusqu’au-boutiste, chaque exemplaire de la tape numéroté d’un chiffre impair contient un bonus intitulé « A Black Metal Song Just For Black Metal Maniacs » et, chaque Lp dévoile un extrait de celui ci.

C’est en 2001 que, de part son inconditionnel soutient, No Colours va contribuer à l’avènement de « Black Metal Ist Krieg », troisième album du nom et, au delà, ultime monument de dévotion et de respect de Kanwulf à l’égard des plus incorruptibles acteurs du mouvement…

La cover, ne pouvant manquer d’inspirer un celebrissime cliché de Vikernes transcende d’emblée l’esprit alerte en l’auguste contexte, rapidement relayé par une introduction qui, de part son ambiance chaotique, ses rythmes quasi tribaux , ses multiples larsens et, les vociférations pestiférées qui s’en exhalent semblent être à Nargaroth ce que l’ouverture du mythique « A Sorcery Written In Blood » est à Gorgoroth ; Préalable parfaitement approprié à l’explosion du premier réel track qui, hormis pour celles et ceux s’étant procurés le fameux « Fuck Off Nowadays Black Metal », s’imposera douloureusement et avec force en ce que, de part un feeling rompant nettement avec celui des premiers opus, sa verve éponyme dévoile un Nargaroth très raw et tranchant. Une violence sanguinaire, un martelage halluciné et, des vokills possédés littéralement vomis pour une sentence fédératrice des plus animale.

Le ralentissement central de « Black Metal Ist Krieg » laisse entrevoir l’avènement de « Far Beyond The Stars », reprise d’un track de Azubhan Haani qui, de part des tempos assurément moins fougueux et incontrôlés, des guitares au toucher bien moins nerveux et épileptique, vogue, en une aura mélodique rudimentaire et éthérée, vers des dimensions d’une inquisitoire et lancinante froideur.

« Seven Tears Are Following To The River » emboîte rapidement le pas. Ce track originellement capturé en 1997 renoue avec le Nargaroth de “Herbstleyd” de part une nostalgie hypnotique des plus poignante, un ton solennel quasi tragique et, incontestablement empreint d’émotions intemporelles et écorchées vives effleurant, dans leur sincérité, les arcanes païennes de l’Art Noir.

Un instant sublime, monotone mais d’une grande finesse offrant un viscéral répit avant la mise en abîme Old School se terrant au cœur de la cinquième plage. « I Burn For You » est un track emprunté au répertoire obscur d’un certain Lord Foul, bestiaire pour ma part totalement inconnu au bataillon. Ce chapitre suinte d’un simplisme très rigide, d’une souveraineté créatrice très primaire et assez fade pouvant néanmoins rappeler un Darkthrone époque « Panzerfaust ».

Reprise relativement dispensable néanmoins surtout au vu de l’imposant monolithe lui emboîtant le pas. Introduit par un symbolique sample relatant la froide mise à mort de celui qui fut, à tort ou à raison, l’un des plus emblématique ténor du terrorisme satanique, « The Day Burzum Killed Mayhem » constitue probablement l’un des moment les plus fort de ce « Black Metal Ist Krieg ». Plus que jamais l’Art ne Nargaroth atteint des sommets de violence tragique, de désespoir nostalgique et de fascination passéiste, comme mortellement rongé par le regret d’ages révolus.

S’ensuit « Pisen Pro Satana » exhumé de l’œuvre de Root pour une interprétation une fois de plus très crue, simpliste, Old Vein et dépouillé et, une substance n’étant pas sans inspirer un « War » de Burzum ou, les semences les plus séculaires du Bathory de la première période.

Le huitième track invite à un retour vers plus de subtilité et sera familier à celles et ceux suivant le groupe depuis le premier album puisqu’il s’agit du troisième volet de « Amarok – Zorn Des Lammes ». Au programme donc, une grandeur atavique des plus noble, épique et intransigeante se consommant tel un impérieux et poignant voyage initiatique.

A la manière de « The Day Burzum Killed Mayhem », s’impose tel une déflagration sur les cendres éternelles de cette douloureuse et solitaire introspection « Erik May You Rape The Angels » érigé à la mémoire de l’ancien batteur d’Immortal et de Gorgoroth. Entièrement composé de riffs puisant en le patrimoine laissé par les Demonaz et Abbath de l’époque faste, ce chapitre redore l’espace d’un instant une icône du passé, aujourd’hui souillée par la compromission commerciale, et, s’achève sur un funeste sample semblant s’exhaler du tombeau… Une tuerie tout simplement.

Dans des dimensions plus modérées s’ensuit « The Gates Of Eternity » en tant que reprise de Moonblood. La folie y est plus éthérée, la tension moins palpable mais l’on ressent encore une fois la sulfureuse empreinte conservatrice de l’underground teutonique pour ce track fidèle jusqu’à l’os à son artisanat dépouillé originel.

Enfin, l’œuvre s’achève sur un « Possessed By Black Fucking Metal » puant les influences thrashisantes et ne faisant que confirmer la profonde addiction, l’inflexible sincérité s’étant éprise de Kanwulf en une explosion finale laissant transparaître un ultime clin d’œil au Darkthrone fanatique d’un « Under The Funeral Moon ».

En conclusion, certes, ce « Black Metal Ist Krieg » ne révolutionne rien et certes, certaines longueurs, quelques essoufflements sont palpables mais, là où nombre de petits arrivistes ouvrent leur claque merde fadasses au nom d’une prétendue préservation de l’Art Noir, Kanwulf s’implique corps et âme et enfante là l’un des plus impressionnant hommage qu’il m’ait été donné d’écouter.

Après ce monstrueux méfait que beaucoup s’accorderont à considérer comme étant le meilleur témoignage de Nargaroth, 2002 marque la sortie de « Rasluka Part II », une fois de plus chez No Colours en format Mcd & 10’ Mlp et, en tape sous le joug de Old Legend Productions, en tant qu’hommage intime au camarade déchut de Kanwulf et, à titre de première pierre d’un nouveau triptyque. Soulignons que « Rasluka Part I » était concomitamment supposé voir le jour sous forme de Split Lp partagé aux cotés de Moonblood via Sombre Records mais que, du fait de moult problèmes et dissensions rencontrés par le label concernant la réédition des démos de Azubhan Haani, Kanwulf décidera de ne pas donner suite et, de reporter le projet à plus tard en collaboration avec No Colours Records.

« Introduction – In Shilem Gedenke », comme son appellation l’implique prend le temps de préparer l’oreille dévouée au périple dans la grande tradition de simplicité germanique. S’exhale de ce préalable bref, dépouillé mais d’une froideur énigmatique, un flûtiaux dévoilé dans son plus rustique appareil qui, mêlé à de sauvages et indomptables samples empruntés à Mère Nature, semble à lui seul exhumer du terreau opaque et antique les plus crépusculaires légendes.

C’est au cœur intimiste de cette mystique brute et artisanale qui ne se transmet qu’à la lueur privilégiée de sylvestres et clandestins banquets que « … Und Ich Sah Sonn Nimer Heben », premier véritable track de ce « Rasluka Part II », prend son envol en une quintessence ayant certes franchit un nouveau palier dans son évolution mais, ne pouvant manquer de rappeler la noblesse écorchée vive des premières heures. Une trame sonore cristalline et perçante impose d’emblée un submergeant sentiment de nostalgie pure décuplé jusqu’à la souffrance par des riffs aux mélodies fragiles et douloureuses, des percussions hypnotiques et fuyantes et, des vocaux suppliciés, comme déclamés sous l’emprise d’incurables et tenaces souvenirs.

Mis en abîme par un sample introductif semblant avoir violé l’intimité d’une alcôve moite où le fouet aurait détrôné les caresses au royaume du plaisir, s’ensuit « Abschiedsbrief Des Prometheus ». Le blanc entre les deux pistes n’aura offert que peu de trêve et, sur les vestiges de son funeste et désespéré prédécesseur, ce track annihile à son tour toute perspective d’espoir, de convalescence. Dés le premier souffle saturé, le premier roulement de caisse, le premier écorchement vocal, les servitudes mélancoliques et suicidaires paraissant ronger les viandes de Kanwulf, tarir ses fluides, happent à nouveau l’esprit contemplatif en le vertige d’un gouffre dépressif sans fond. Plus simpliste dans sa structure, répétitif et tenace dans son exécution et, agressif, épique en son appui rythmique, ce chapitre pénètre néanmoins des dimensions moins défaitistes, toujours aussi anéanties, mais plus combatives, comme dépeignant les pensées souveraines d’un être solitaire et blessé se résignant néanmoins à continuer le combat.

Enfin, cet enivrant « Rasluka Part II » s’achève sur « … Vom Freien Willem Scott chwarzen Einhorns », ultime crachat dédié à l’empreinte laissé par Bon Scott au sein d’AC/DC et, qui fut retrouvé refroidi dans une voiture en 1981, baignant dans ses effluves éthyliques et biliaires. Le ton se fait ici auguste, solennel et, en un halo glacial offre un titanesque point de chute à ce Mini Cd.

Il n’y a rien à ajouter de plus pour clore le chapitre au sujet de cette œuvre qui, à mon sens, est sans conteste la meilleure de Nargaroth aux cotés du mythique Black Metal Ist Krieg » et, laisse présager le meilleur quand à la teneur des deux autres piliers à venir du triptyque.

En 2003 sort la version Lp de « Black Metal Ist Krieg », rapidement suivie le 26 octobre, après deux années passées dans l’insoutenable attente d’un nouvel album, de « Geliebte Des Regens »

Une fois surmonté le stade contemplatif de la cover quelque peu arty et un peu trop putassière à mon goût, cette œuvre, forgée en l’honneur des insurmontables, puissantes et immaculées larmes abreuvant les noires et poreuses chaires séculaires de Mère Nature, s’ouvre en un intimisme en proie au déluge le plus grandiose et sauvage. Un sentiment d’immensité mystique se dégage de ce « Calling The Rain », où l’homme perdu au cœur d’un primitivisme vespéral invoque, avec pour seules armes bâtons de pluie et deejeridoos , l’élément rugissant et souverain.

Le paillard cérémonial ainsi honoré, s’élève vers des cieux noircis du courroux purificateur un « Manchmall Wenn Sie Schläft » dont l’essence fondamentale semble ressurgir d’entre les pierres posées en les fondations de « Rasluka Part II ». L’on retrouve cette aura quasi hyperboréenne, cette meurtrière emprise d’émotions passéistes et blessées, cette souffrance communicative ; Monotonie introspective si poignante qu’elle serait presque à elle seule prétexte à se passer la corde au cou pour basculer vers le néant, mais qui, passé quelques minutes, dégage un étrange sentiment de lassitude, notamment de part un jeu de percussions cruellement statique interdisant à ce track tout relief et, lui conférant une tenace répétitivité qui, si dans le contexte d’un Wigrid a son charme, manque sincèrement d’âme dans le cas Nargaroth.

S’annonçant bien plus profond et inspiré, « Wenn Regen Liebt » vient corriger cet essoufflement porté à une certaine intransigeance jusqu’alors préservée avec fanatisme. L’âme créatrice de Kanwulf renoue avec sa spontanéité originelle, délivrant un flot de rifs beaucoup plus alambiqués dans leur progression, mis en bière par des percussions au feeling plus contrasté, diversifié et évolutif et, se montrant ainsi propice à conférer à l’artisanat de Nargaroth les dimensions escomptées et méritées. Le blason en ressort redoré pour une quintessence semblant hantée du spectre intemporel d’un « Amarok ».

Dans la fougue de cette renaissance quelque peu tardive s’impose « Von Scherbengestalten Und Regenspaziergang » qui est à mon sens le meilleur et le pus émotionnel des tracks de ce quatrième album. Guidé par une batterie semblant résonner telle les palpitations agonisantes d’un être au bord du gouffre inexorablement voué à s’en retourner au terreau du berceau originel, fendent l’air des guitares au ton grave, dramatique scellant sentencieusement la mortelle destinée, relayées par les mutilations lyriques d’une âme délaissant peu à peu les peines et servitudes terrestres pour s’enfoncer dans l’immortalité spectrale la plus salvatrice. Titanesque.

Sur les échos d’une beauté aussi sulfureuse et poignante naît brutalement du cinquième track incompréhensions et suspicions puisqu’il s’agit d’une version alternative du très fade « Manchmal Wenn Sie Schläft » ouvrant cette rondelle. Bien q’un peu plus fournie, travaillée et à moins d’être une vulgaire et aveugle groupie à l’affût de la moindre semence de Kanwulf, je ne vois personnellement aucun intérêt en cette redondance.

Enfin, mêlant, avec un feeling rustique et éthéré, les ambiances sylvestres et tourmentées des premiers instants, à un arpége aussi chaleureux que le baiser de la Mort, ne tardant pas à s’emballer ver des saturations plus épiques, c’est en un dénuement des plus absolu et approprié que « Leb’Wohl » fait office d’outro à ce « Geliebte Des Regens ».

En définitive, ce quatrième assaut me laisse plus que dubitatif en ce que, de part nombre de riffs de haute volée et grande classe, il peut tout autant se montrer apte, en une noirceur privilégiée, à happer son auditorat au cœur d’hermétiques terres de magie, de forces primitives que, de part d’insondables passages vide, se révéler être le vecteur d’une affligeante lassitude.

Il est dans tout les cas évident que cette rondelle, laissant pour la première fois transparaître une verve paraissant usée jusqu’à la trame n’a pas l’envergure de ses devanciers.

Suite à cet amer épisode va voir le jour « Crushing Some Belgian Scum », capturé live à Aartrijke en Belgique le 16 mars 2002, avec l’appui d’Akhenaten à la basse, maître d’œuvre passé d’un Judas Iscariot désormais rentré dans la légende, en format 10’ Mlp et Lp chez No Clours et, tape chez Curse Of KvN Sadistic. Aparté cru et authentique délivré avant l‘avènement d’un « Prosanatica Shooting Angels » que j’attendais de pied ferme et non sans appréhension.

La galette entre les mains, d’emblée, celle ci semble se vouloir annonciatrice d’un intègre et imposant retour aux racines du genre, chose à laquelle elle va effectivement et comme nous allons le voir parvenir, mais, à quel prix ?

Sur les cendres d’un sempiternel palabre introductif dont seul Kanwulf a visiblement vocation à saisir le sens propre, c’est un Nargaroth des plus régressif qui investit les devants de la scène, transporté par une production volontairement hideuse, dégradée et, armé d’une substance hautement instable faisant une place de choix aux approximations et pains de tout ordres.

Exalté par un passéisme certes louable mais manquant cruellement de spontanéité, les riffs semblent allégrement et sans vergogne piller le tombeau de la scène scandinave du début des années quatre vingt dix désormais lourdement scellé par un long et douloureux déclin, en ce qu’ils teintent, sans feeling réellement propre et au grés des humeurs, de cette sauvagerie foutrique et incontrôlée ayant fait entrer un « Battle In The North » dans la légende ; De cette noirceur dépressive, de ces dissonances solitaires et oppressantes que l’on ne peut puiser qu’au cœur d’un « Hvis Lyset Tar Oss » ; D’un primitivisme lancinant et tragique paraissant absorbé de l’essence d’un « Transilvanian Hunger » ; De la froide et meurtrière insanité de l’indomptable « De Mysteriis Dom Sathanas »… que sais je encore. Les cieux nordiques n’ayant pas valeur absolue en matière d’Art Noir, cet élixir révolté porte de temps à autres son dévolu sur les héritages immortalisés sous d’autres sanglants et fanatiques horizons éveillant nombre de véhémences puant le Judas Iscariot de l’époque la plus barbare ou, de façon plus marquée, l’influence de la vieille scène d’Est Europe et, plus particulièrement de Veles via un « Black And Blasphemic Death Metal » effleurant dangereusement le plagiat.

Comme l’on peut s’en douter, les percussions en ressortent plus que minimalistes et linéaires, délaissant les frappes contrastées d’antan au profit essentiellement de blasts d’un chaotisme aveugle parfois plus que vacillant, fuyant et, mids tempos très ritualistiques et asphyxiants. Délaissant toute volonté de relief et de profondeur, Kanwulf s’en remet corps et âmes à la furie malsaine et annihilatrice du combat originel, mais, ne parvient pas à faire oublier à son auditoire, au cœur de ce souffre délibérément amateuriste et impulsif un enivrant ressentit de travail bâclé et inauthentique.

Enfin, les vokills ont fait un tant soit peu peau neuve, notamment de part une sur réverbération lointaine, sentencieuse, écorchée mais relativement commune. En un spectre vocal n’étant pas sans rappeler l’organe de Fenriz en ses heures les plus énigmatiques, Kanwulf déclame de surcroît une textuelle frisant le parodique ; En témoigne des tracks tels que « Be Dead Or Satanic », « Satan Industries » ou, « A Tear In The Face Of Satan » pour ne citer qu’eux….

Bien sûr, le maître d’œuvre semble avoir ses justifications, se retranchant derrière le traditionnel étalage d’influences et sympathies underground et Old Vein, une improbable et assez paradoxale attaque à l’égard de Darkthrone et de ses émanations contemporaines, d’assez juvéniles et, au demeurant, bien trop honorifiques, invectives portées contre les trendies et poseurs en tout genre ayant pourris le mouvement…. Mais au final et, au lieu de poursuivre sa quête sans fantaisies et avec droiture, Kanwulf ne parvient, dans le présent cas, qu’à se mettre au niveau des arrivistes qu’il conchie, offrant une œuvre lourde en clichés et par là, aisément égalable par n’importe quel novice.

Entendons nous bien, ce « Prosanatica Sooting Angels » n’en demeure pas pour autant médiocre, mais, de par son arrière goût tenace de déjà vu, il lui aurait fallut voir le jour quinze ans auparavant pour réellement bénéficier de l’envergure escomptée. Ne sachant plus réellement quoi attendre de la bête teutonique, je m’en vais, désabusé me coller sur le coin de la gueule un « Black Metal Ist Krieg ».

No Fucking Contact !

Sperm. S.