Parfois, l'actuel microcosme Black Metal m'insuffle la singulière impression de ne plus être du tout à la page, de me trouver totalement sclérosé dans le maillage de mes substantifiques réseaux, dépassé depuis mes plus indécrottables références. Le cas Lycanthropy's Spell en est un exemple pour le moins probant.
Né des terres Belges en 2003, ce duo, articulé autour de Sarmak [Guitares / Basse / Vocaux] lequel laissa également son empreinte au sein de Rabe, &, de Inferis [Batterie] dont la frappe sera familière à celles & ceux ayant déjà prêtés oreilles, entre toute une chiée d'autres obscurs projets, à Funeral Forest, capturera pas moins d'un split, trois démos et autant d'albums, avant de spliter, fin 2005, suite à la disparition brutale et prématurée de son fondamental pilier.
A l'époque, je me souviens avoir lu, au détour de divers forums, de certaines interviews... nombre d'intarissables hommages à Sarmak et, par extension, à un Lycanthropy's Spell aux crochets duquel beaucoup s'accordèrent, dans le feu de cet ardent devoir de mémoire, à lier les qualificatifs « légendaire » ou « culte » ; Observations qui me laissèrent relativement dubitatif au vu des tout juste deux années d'activités du groupe et, de son parcours certes fourni, mais, dont je n'eus jamais échos avant cet événement.
Finalement, Thor's Hammer Production, récente recrue du souterrain néanmoins digne d'intérêt et soutien, vint contenter ma curiosité en me faisant parvenir « Forest Of Misanthropy » et, le hasard faisant bien les choses, il s'agit d'un best-of ne négligeant aucune étape [officielle] de la discographie du groupe.

Tout en samples de nocturnes bourrasques tiraillant les entrailles de campagnes que l'on imagine tout autant désolées qu'hantées de douloureuses fables ataviques ; En arpèges acoustiques, simples mais pluridimensionels, inspirant quelque peu les premières heures de certains pontes scandinaves, « Lunar Reflections » [Tiré de la démo 2005 « Lunar Reflection Of The Nightly Solitude In Melancholical Apathy And Despair.", sortie sous l'égide de Sol Niger Productions] introduit cette rondelle. A mon sens, exercice honorablement mené mais déjà bien trop souvent entendu, c'est véritablement avec « Immortal Hordes » & « In A Raging Battle » [Issus de « Chaos, Death and Horror », démo parue en 2003 chez Darkmare Records] que les hostilités débutent.
Qu'il s'agisse du premier, paré d'un feeling semblant se situer à la croisée de primitives / séculaires influences Death Metal et, du Bathory sans fioritures de l'originelle ére ... ou, du second, moins Old School, plus distinctement Black Metal, suintant, néanmoins, d'un petit quelque chose à la Absurd que je ne saurais concrètement exprimer... le tronc commun demeure une forte émotion épique, une rage exhortant à violer, tuer, piller, saccager puis brûler les havres d'une dégénérescence moderne ; Rage exacerbée par des vocaux disloqués, comme ivres de toute la Haine fondatrice enfantée par Vikernes, et, diverses mélodies proches des inspirations rustiques propres aux Immortal ou Mayhem de l'époque glorieuse. Témoignages de la première démo oblige, le son est relativement obscur ce qui contribue autant à appuyer l'authenticité d'une fougue naissante, qu'à dévoiler, dans l'urgence, une certaine naïveté.

Exhumé du split tape « Pagan Alliance » [partagé courant 2004 avec le one man band teutonique Celtic Blood sous le commandement de Darkmare Productions], il se pourrait que « Horns Of War » se fasse vecteur de polémique. Reprenant, en effet, quasiment trait pour trait la base instrumentale du « War » de Burzum, Lycanthropy's Spell ne fait preuve de variante que concernant la teneur vocale et, bien sûr, le nom du track.
Certains hurleront sans aucun doute au grossier, in-inspiré & immature ripping-off, d'autres, peut être, accueilleront l'exercice tel une respectable preuve de purisme dans la grande tradition instaurée par le « Black Metal Ist Krieg » de Nargaroth... A titre personnel je me contenterais de souligner son caractère nettement dispensable.

Retour à plus de créativité avec un « Dreams Of The Dead Emperor » [Exhumé de « Lycanthropic Hymns », premier album 2004 fomenté via le très fidèle label Allemand précité] qui, à la non négligeable faveur d'une trame sonique que beaucoup qualifieraient de douteuse à défaut d'avoir réellement un pied dans l'underground, ne peut manquer de suggérer l'occulte héritage laissé par Moonblood. A ce stade, il ne semble plus planer aucun doute sur le fait que le nom du groupe n'a pas été emprunté à l'un des pilier du « Taste Our German Steel » par pure fantaisie esthétique, mais bel et bien parce que le pilon germanique a joué un rôle d'importance dans le parcours métallique du duo.
Se suffire à cette influence serait néanmoins assez réducteur tant, du miasme hérétique lui étant inhérent, s'extirpent parfois de surprenantes envolées mélodiques ou d'inattendues mises en abîmes arpégées; Tant les vocaux, bien que plus rauques sur les tracks de cette release, pourraient susciter, dans leur placement, un parallèle avec la verve de Vargsang sur le « Perished and Forgotten » de Graven ; Tant le cycle final résolument primitif et aveugle inspire invariablement le Nihilistic Khaos de « Ad Honores »

Le progression logique de la rondelle vers « Misanthropic Visions » [second album ayant vu le jour l'année suivante a titre de dernière collaboration avec Darkmare Prod] imposerait presque un constat du même tonneau si « Cemetary Lights » & « Nocturnal Forest » ne laissaient pas sporadiquement transparaître les signes avant coureurs d'une imminente mutation vers des sphères plus dépressives. Place, ainsi, à des déclinaisons arpégées [acoustiques ou non] se voulant plus nombreuses et durables, une raréfaction des phases blastées au profit de tempos plus modérés où basse / mélodies douloureuses se veulent substantifiques, et, divers samples empruntés à Mére Nature... Mais, c'est véritablement avec « Glorification Of The Night » [Troisième et dernier album propagé à peine six mois plus tard depuis les forges de Irdenwerk Productions] que ce virage va concrètement prendre corps et, si « Tale Of The Witch », proche des ambiances du « Rasluka Part II » de Nargaroth est parvenu à attiser quelque chose de particulièrement nostalgique en moi, je dois confesser que « Requiem » a suscité mon désintérêt quasiment le plus total. Non que ce track soit médiocre, il mérite amplement son appellation pour plus de douze minutes toutes en pesanteur et mélancolie, toutes en lancinances ré-interprétant avec brio et originalité les contemplations haineuses et introspections misanthropiques des grand noms du genre... Mais, ce n'est définitivement plus ma came, préférant toute la violence et l'insanité qu'il est également possible d'appliquer à ce panel émotionnel.

Trônant sur la dixième plage, « Under The Cold Fullmoon », certains l'auront probablement déjà saisi, est une reprise de MoonBlood. Je n'aurais personnellement pas opté pour ce track, mais Lycanthropy's Spell s'en tire avec les honneurs. Nothing To add' tant ce que je connais de la discographie de la défunte bête d'Occulta Mors ne m'a jamais inspiré quoi que ce soit à jeter.
Une bouffée d'air vicié, en somme, avant que ne survienne « The Final Song » [Visiblement tiré d'un tribute à Sarmak] lequel, de même consistance que « Requiem », me laisse totalement hermétique... Et, que « Midnight Symphony », extrait, tout comme l'intro, de « Lunar Reflection Of The Nightly Solitude In Melancholical Apathy And Despair.", ne renferme la galette de façon relativement obsolète, toujours à mon goût, mais au final fort logique.


Ainsi s'achèvent les soixante treize minutes de ce « Forest Of Misanthropy », me laissant face à la difficulté d'émettre une conclusion réellement tranchée : Mes servitudes personnelles m'inspirant un intérêt tout relatif quand à la progression de Lycanthropy's Spell au fil de sa courte existence ; Ma vision plus globale de la scène me faisant affirmer que cette release à de quoi faire juter tout amateur d'Art Noir Païen et/ou dépressif qui se respecte.
Quelle que soit la position adoptée, une fibre créatrice à la fois puriste et originale, personnelle, supplantant de loin le cloaque de releases du même genre m'ayant été donné d'écouter ces dernières années, me semble évidente mais, pour autant, accorder à Lycanthropy's Spell un statut culte me paraît clairement exagéré... Fétichisme déplacé plutôt imputables aux circonstances de la fin du groupe qu'à l'empreinte concrètement laissée, incontestablement.
Enfin, soulignons l'excellent travail de Thor's Hammer pour une toute première production.


Contact :

Lycanthropy's Spell
http://www.lycanthropysspell.de.ms/

Thor's Hammer Productions
http://www.thors-hammer-productions.net.ms/

Sperm. S.