Lutomysl.
Un vocable bien étranger aux oreilles de certains ; Une énième
et impersonnelle formation est-européenne pour d’autres ; Un
one man band de renom pour les rares fortunés ayant eu l’espace
d’un instant entre les mains un de ces modestes, mais ô combien
majestueux, Vyzov, Imquintessence ou Catharsis. C'est en 1999 que
Pavlo Shishkovsky entreprend de s'immiscer dans les arcanes de l'art
noir en enfantant Profane solitude, ancêtre de Lutomysl, qui
donnera à la scène deux productions sur lesquelles je
n'ai malheureusement pas pu mettre la main, mais qui tapaient proprement,
selon les dires de certains, dans un registre NSBM cru et dépouillé.
Quoi qu'il en soit, il n'a suffit que de quelques secondes pour que
ce combo s'affiche d'entrée de jeu comme l'une des plus dévastatrice
déflagration métallique qui ait atteint le camp R.U.
ces derniers temps. C'est dans le bunker tourangeau de Herr S.S. que
Lutomysl se révéla aux esgourdes de la division au travers
d'un Black Metal froid et haineux, teinté d'augustes et misanthropiques
mélodies perpétuant parfaitement la substance traditionnelle
d'un Transylvanian Hunger, tout en apportant au culte cette touche
très personnelle qu'un vulgaire plagiat ne saurait fournir.
Il semblerait que depuis Vyzov (première release de Lutomysl),
Pavlo se soit détourné de la scène NSBM, ce que
laissent entendre ses interviews sur le sujet, éprises d'une
profonde désillusion vis à vis du bourbier nationaliste
ukrainien. Lutomysl apparaît donc avant tout comme une formation
agnostique, teintée de nihilisme, mais surtout, profondément
individualiste. Bref, proche de la substance idéologique d'un
Lucifigum, ce qui ne plaira pas à tout le monde, et pour cause.
Dans tous les cas, la musique de cet ukrainien burné ne laisse
pas de marbre, et c'est pourquoi il a été décidé
d'honorer son oeuvre majestueuse en ces quelques pages ; juste retour
des choses en comparaison de la foutresque claque que Sperma et moi
nous étions pris il n'y a guère plus de deux mois.
"It would be foolish and hypocritical
to deny the relations, which I had with ns/wp scene at the beginning
of my activity. No, LUTOMYSL never was presented as "ns"
and I always pointed out on mistakes to those distributors and labels,
which characterized in such way "The Challenge" album, which
was released by ANCIENT NATION prod.. I was doing so, because even
then I realized this huge precipice which segregates creative / social
oriented / tolerant / dogmatic ideology of national-socialism and
destructive / black / antipolitical (don't mix up with apolitical!)
/ intolerant world-view of True Black Metal."
Pour
nous, l'épopée débute donc avec le premier opus
en date de Lutomysl, le très dérangeant Vyzov, sorti
en 2002 chez Ancient Nation. Tout à fait respectable d'un point
de vue qualitatif, cette galette d'un demi heure, soit dit en passant,
n'est absolument pas représentative de l’œuvre postérieure
de Lutomysl. Nous y reviendrons. Commençons donc par le commencement.
Vyzov, que l'on pourrait traduire dans notre langue vernaculaire par
"le défi", puise manifestement son originalité
dans un entrelacement de riffs purement rythmiques et de passages
mélodiques complètement anti-conventionnels, augurant
ce que sera la suite des hostilités. Loin d'être la meilleure
production de Lutomysl, la spécificité de cette release
tient avant tout dans un sentiment d'instabilité constante,
du fait d'une armature musicale déconcertante. Comme il en
est de règle pour toute la discographie du groupe, Vyzov débute
par une courte mise en bouche introductive acoustique et arpégée.
Rien de bien surprenant pour un groupe ukrainien, d'autant plus que
l'interprétation laisse grandement à désirer.
On aurait pu comme dans bien des cas s'en passer. Bref. L'assaut est
lancé par "Kak mozno spat' spokoino" (à mes
souhaits) - soit "Comment peut-on dormir paisiblement ?"
-, un morceau d'obédience assez inqualifiable, plutôt
bien barré, dont la composition n'a rien d'uniforme. Les salves
rythmiques, très représentatives de cet opus, et somme
toute dans une lignée très typée NSBM, laissent
systématiquement place à des effusions mélodiques
des plus angoissées que l'on ne saurait comparer à quoi
que ce soit tant certaines transitions grave/aigu apportent un rendu
purement schizophrénique à l'ensemble. Presque rien
n'est joué sur la même gamme et une profonde impression
de démence résulte de ce choix. Un son correct, très
monolithique, parachève le tout appuyé par une boîte
à rythme très basiquement programmée, mais correcte,
alternant blasts primaires et double grosse caisse sur un tempo soutenu
; Construction efficace n'étant pas sans évoquer les
plus vindicatifs chefs d’œuvre de Vikernes. A noter que la distorsion
plutôt légère des six cordes apporte une tonalité
"sanglotante" au speed picking mélodique assez récurrents
tout le long de l'album. Pour ce qui est de l'aspect lyrique de la
galette, il n'est pas sans évoquer l'excellence oratoire d'un
Kristallnacht, mêlé à un soupçon d'Arkona.
Un chant naturel, cru, dépouillé et entièrement
voué à la langue de la mère patrie slave. Tout
demeure de ce point de vu là très représentatifs
de la scène est-européenne. En outre, deux défauts
majeurs ressortent de ce Vyzov. Tout d'abord, cette oeuvre ne se compose
que de quatre "vrais" morceaux, les trois restants (intro-interlude-outro)
n'étant que de mièvres passages atmosphériques
des plus rébarbatifs. Au demeurant, l'ensemble se révèle
assez répétitifs, sûrement en raison de la longévité
de certains riffs. Toutefois, une puissante est singulière
saveur se dégage de cette musique très originale d'un
point de vue mélodique, sans pour autant égaler l'aspect
a-structurel d'un Blut Aus Nord. Tout reste ici très traditionnel
dans la forme, mais peu conventionnel dans l'essence. En tout cas,
un sacré coup de tronçonneuse dans la gueule.
Vyzov est une oeuvre de modeste stature, qui n'impressionne pas outre
mesure à première écoute, surtout lorsque l'on
a posé ses esgourdes au préalable sur la pure tuerie
que constitue Catharsis. Toutefois, il présente la particularité
ô combien louable d'être un travail très personnel,
ce qui ne sera pas le cas des productions ultérieures, d'avantage
ancrées dans des gammes bien plus classiques. Tantôt
martial et belliqueux, tantôt mélancolique et désespéré,
tantôt élégiaque et nostalgique, ce Vyzov ne semble
trouver une forme d'unité qu'au travers d'un cynisme implacable
à l'image de sa cover. Il va de soi que cet opus ne satisfera
pas les amateurs de productions massives et d'orthodoxie musicale.
Mais il comblera très certainement les férus de Black
Metal intimiste et original. Esprits chagrins et traditionalistes,
passez votre chemin, cet album ne vous est pas destiné. Pour
vous, Lutomysl commence avec Imquintessence.
Ce
n'est guère plus de deux années après Vyzov que
parait Imquitenssence sous l'égide de Total Holocaust rex,
label n'ayant plus rien à prouver à quiconque d'un point
de vue qualitatif. Ce deuxième album constitue incontestablement
une grande étape dans l'évolution du groupe qui amorce
ici une plus nette orientation vers quelques influences autrement
plus concrètes. Tout le travail de composition gagne en maturité,
ce qui donne à la musique de Lutomysl un aspect bien plus uniforme
qu'auparavant. En outre, on décèle dans cet opus une
ferveur émotionnelle accrue, dont les riffs d'une intensité
impressionnante et rare ne sont que les reflets les plus palpables.
C'est ici un morceau écrit dans la langue de Shakespear qui
ouvre le bal, Born by Burning. A noter la plus grande joie qui fut
la mienne quand je découvris l'absence de fastidieuse introduction
ou autre douceâtre préliminaire acoustique sur cette
galette. Imquitessence va droit à l'essentiel et balance d'entrée
de jeu une violente baffe au moyen d'un riff introducteur massif dans
la lignée d'un Hate Forest. Le son tout comme la programmation
de la BàR n'est d'ailleurs pas sans évoquer ce même
groupe (ride ou charley plus prononcé un coup sur deux...).
Bref, un premier track beaucoup plus traditionnel, agrémenté
d'un chant nettement plus écorché. On décèle
toujours cette même sensation de désespoir que par le
passé, cette impression faite d'apathie et de fatalisme qui
était propre à Vyzov. Toutefois, de nouveaux passages
d'une remarquable grandiloquence font ici leur première apparition,
notamment dus à l'utilisation d'un clavier aux sonorités
très lointaines et cristallines sur certains morceaux. Imquitessence
est un album au fond particulièrement sombre, mais à
cent lieu d'un quelconque sentiment de résignation. Une profonde
sensation de haine hante cet opus et se manifeste au travers d'acerbes
et vindicatives envolées mélodiques dignes des passages
les plus acrimonieux de Transylvanian Hunger. On notera par ailleurs
l'absence totale de power chords, sauf sur le morceau intitulé
R (cocpegotozue), toujours très enraciné dans un registre
musical NSBM. La suite des hostilités s'avère tout aussi
prometteuse, si ce n'est plus. Down Stream, le deuxième titre
d'Imquitessence, résume à lui seul toute la pureté
d’un Black Metal originel presque parfait. Un premier riff absolument
époustouflant, une véritable bourrasque de haine, éprise
de solitude, soutenue par un blast au tempo modéré mais
aussi implacable que déterminé ; Voilà les maîtres
mots de ce véritable putain de chef d’œuvre. Imaginez Into
the Infinity of Thoughts (Emperor) revisité et cent fois amélioré,
le tout surplombé de hurlements démentiels à
faire suinter les valseuses de Belzébuth. Là est la
réalité : Lutomysl s’affiche désormais comme
un groupe autrement intéressant. Nous voici retourné
quinze ans auparavant et ce Down Stream aurait très justement
mérité sa place au sein du panthéon norvégien.
Tout n'est ici que désolation, dégoût et souillure.
Huit minutes de mépris qui n'ont de terme que d'engloutir le
monde dans les flammes les plus ardentes de l'holocauste. Or, les
titres suivants s’avèrent vite tout autant peuplés de
riffs géniaux prolongeant l’intensité des premiers outrages.
Une influence darkthronienne tout à fait palpable ce fait jour
; le tout restant, bien évidemment, originale sur toute la
ligne et à cent lieux d’un plagiat sans saveur. Les speed picking
son toujours nombreux et agrémentent d’ailleurs cette saveur
inqualifiable que tend à privilégier Lutomysl. Le résultat
des courses : aucun morceau n’est à jeter ; aucun passage pompeux
n’est à regretter ; aucune trace d’ennui n’est à déplorer
lors de l’écoute. Un verdict : Imquitessence est loin devant
son prédécesseur. Une mention finale pour l’excellente
sixième piste, Moholuta Ockolkan, un titre aux mélodies
foutriquement originales joué sur un mid-tempo lancinant et
accompagné de quelques touches synthétiques complètement
disharmonieuses et inquiétantes.
Que conclure sur cet opus génial, si ce n’est qu’il relève
à lui seul la crédibilité d’une scène
ukrainienne qui, ne soyons pas mauvaises langues, apparaît déjà
comme plutôt bien pourvue de ce point de vue là. Imquitessence
est un album très mélodique, dans la ligné d’un
Transylvanian Hunger ou d’un Burzum, et peut se vanter en outre d’emprunter
à des pointures telles que Satanic Warmaster ou Knacht leurs
riffs les plus mélancoliques et bellicistes. Du grand art surpassant
de loin le précédant Vyzov. L’adoption de l’anglais
sur certains morceaux s’avère judicieux tant le russe peu parfois
prendre des allures de langue populacière et poissarde. L’usage
du clavier est modéré, proche de ce qu’à pu enregistrer
Lucifigum par le passé (sur On the sortilege par exemple),
sans la consonance satanique. De là à regretter sa disparition
sur les prochains enregistrements, c’est une question de goûts
personnels.
Toujours
un an plus tard, c’est cette fois chez le très intègre
Propaganda records que sort Decadence. Six morceaux chanté
en russe, une cover sobre, un titre assez banal : apparemment rien
de nouveau sous le soleil de Thulé. Et pourtant… ce nouvel
opus révèle indéniablement un niveau de composition
toujours plus élevé et un style musical bien spécifique,
davantage maîtrisé. S’inscrivant certes dans la même
lignée que son prédécesseur, Decadence se situe
aussi quelque part entre Burzum, Darkthrone ou Kristallnacht. A noter
que l’influence slave apparaît ici beaucoup plus présente,
et que la gamme mélodique, de fait, semble plus portée
vers des sphères « joyeuses », enjouées.
Pas d’intro. L’hallali est ici lancé par Pervye Luchi, un morceau
épris de vagues réminiscences païennes, proche
d’un Drudkh - les blasts en plus. Pour cause de support cassette,
le son s’avère beaucoup plus compact que par le passé,
mais gagne largement en uniformité. Toutefois, on reste loin
de l’enregistrement très pêchu d’Imquitessence, ce qui
n’empêche pas la guitare de bénéficier d’un son
d’une grande authenticité, beaucoup plus pauvre en distorsion
et étouffé. Très proche de celui d’un Nargaroth
en somme. Il semble que pour cet opus, Lutomysl ait fait appel aux
talents d’un vrai batteur, mais la différence est moindre.
Les transitions entre les passages blastés et ceux accompagnés
de double grosse caisse s’avèrent toujours aussi jouissives
; quand au jeu de cymbale, il conserve le même rendu onirique
et cristallin que par le passé. D’un niveau très satisfaisant
dans son ensemble, j’irai peut-être jusqu’à dire que
ce premier titre, à l’image de l’album, souffre d’un moindre
défaut : la surabondance des riffs mélodiques qui apporte
à certains morceaux un aspect un peu trop baroque ainsi qu’une
écoute indigeste. Les pistes sont longues et riches en changements.
Or il aurait peut-être été préférable
d’accroître la durée de certains passages remarquablement
réussis et de supprimer, en contrepartie, quelques riffs sans
grande envergure, qui paraissent n’être là que pour «
boucher les trous ». Peu importe ! On trouve dans ce Decadence
des compositions si excellentes qu’il serait vain, voir vaniteux,
de le critiquer de façon négative. Deux morceaux, en
particulier, sont à signaler pour leur grandeur : le mélancolique
Decadence et, surtout, l’épique Quintessencia. D’une grande
simplicité, et c’est là tout son charme, le premier
manifeste un feeling bien plus nostalgique. L’atavisme des riffs n’est
pas à chercher bien loin. Mis à part l’évidente
inspiration norvégienne, on décèle aussi un côté
assez théâtral, n’étant pas sans évoquer
d’excellentes formations mélodiques telles que Funeral Elegy.
Quintessencia est étrangement le dernier morceau de l’album,
mais de loin le meilleur, au même titre que Down Stream sur
Imquitessence. Une fois encore – ça doit être une spécificité
de Lutomysl – le premier riff de cette majestueuses composition affiche
une rare et incommensurable combativité digne des débuts
de la scène toulonnaise, si ce n’est supérieur. On remarquera
aussi le véritable effort de diversité manifesté
par le batteur qui, sans être pour autant un virtuose des fûts,
alterne de façon très propre rythmes et tempos. Un point,
dans tous les cas, pour Decadence qui s’illustre certainement comme
la production la moins linéaire de la discographie du groupe.
Que conclure ? Si ce n’est que Lutomysl nous propose ici de très
bon riffs, inspirés et puissants, mais s’aventure parfois malheureusement
vers quelques subtilités mélodiques assez insipides.
On pense à Drudkh, Astrofaes, Hate Forest, Lucifugum peut-être
; Burzum et ses ersatz en tous genres : Wigrid, Nargaroth, Funeral
Elegy, etc. Ce Decadence s’inscrit donc davantage dans le contour
musical de la scène ukrainienne. Mais franchement, quitte à
choisir entre ça est un Nokturnal Mortum, le choix est vite
fait ! Des morceaux plutôt graves, une basse plus présente
; outre ces quelques innovations, Decadence n’est pas bien différent
de ses prédécesseurs. Pourquoi changer de ligne me direz-vous
? Surtout quand celle-ci s’avère efficace. Nul ne pourrait
répondre objectivement à cette question avant d’avoir
écouté Catharsis.
Si
chaque année à pour habitude d’enfanter une tuerie,
celle de l’année 2006 s’appelle très certainement Catharsis.
Cadet d’une trilogie comptant Decadence et un troisième opus
planifié pour 2007, cet album s’affiche incontestablement au
fronton du panthéon composé par la discographie du groupe.
Il prouve à quel point un Black Metal ô combien traditionnel
peut renouveler un registre darkthronien surexploité pour en
transcender les prétentions initiales et aspirer au perfectionnement
du genre.
A cent lieues de rompre avec les coutumes imposées par les
méfaits précédemment décrits, Catharsis
entame les hostilités par une courte mise en bouche arpégée.
Le décors est planté : c’est sur une atmosphère
particulièrement sombre que va s’arrimer l’armature mélodique
de l’album. Le premier morceau confirme ce pressentiment épris
de vagues réminiscences nostalgiques : ce Jet Black Metal Art
ressuscite l’espace de quelques minutes les éléments
fondateurs du Black Metal underground mélodique. Et le résultat
est au rendez-vous. Sans faire dans le plagiat, Lutomysl parvient
de part la grande profondeur de ses mélodies à insuffler
une bouffée d’air frais à un genre qui commençait
à ne plus compter ses rides. Ce sont les six cordes qui mènent
la danse et chaque riff révèle une telle authenticité
qu’on jurerait ne jamais avoir entendu auparavant les quelques Transylvanian
Hunger, Nattens Madrigal, Antichrist, Kristallnacht qui ont indéniablement
influencé cet opus. Chaque transition est une baffe dans la
gueule. Tout se succède avec une logique aussi implacable que
surprenante. A ce titre, il m’a rarement été donné
d’entendre une boîte à rythme aussi bien agencée.
Les blasts, omniprésent, sont d’un réalisme et d’une
puissance rare. L’alternance récurrente entre le crépitement
du charley et la tintement de la ride apporte une incandescente vivacité.
Le tout s’articule autour de roulements certes élémentaires
mais percutants. Quant à la basse, son utilisation s’avère
toute aussi judicieuse. Marquée par une présence pesante
et continue, elle apporte à l’ensemble une profondeur aussi
abyssale qu’impalpable. On se remémorait presque le Gorgoroth
des premièrs méfaits, à l’heure où les
quatre cordes servaient la cause d’un musique dramatique, grandiose
et impériale. As the gleam of a morning star poursuit sans
faiblir le pilonnage intensif. On notera par ailleurs au début
l’irruption assez surprenante d’un riff plutôt typé heavy
n’étant pas sans rappeler Blessed in Sin. Hormis cet écart
passager, la valse macabre se poursuit dans le culte du sang et de
l’élitisme, c'est-à-dire de la façon avec laquelle
elle s’est ouverte. Catharsis ne varie pas son registre et au final
les sept pistes de la galette ne sont pas sans se ressembler. Toutefois,
dans le cas présent, il ne s’agit pas d’une tare, mais bel
et bien d’une qualité. Accoutumé à la cadence
mélodique caractéristique du groupe, on se surprend
vite à anticiper la moindre subtilité de chaque morceau,
happé par l’onirisme des ambiances nocturnes. C’est là
un véritable coup de maître qu’a su réaliser Lutomysl.
D’une simplicité déstabilisante, d’une puissance détonante,
d’une sobriété dérisoire et d’une efficience
déconcertante ; Catharsis est un album à première
vue paradoxal, mais qui en impose plus par son contenu que par sa
forme. Le voilà le sang pur et nouveau dont a besoin la scène
d’obédience dite traditionaliste pour épurer son génome
dégénéré et appauvris par les innombrables
merdes aux titres ambitieux mais aux ambitions abâtardies. Les
moyens sont modestes mais les résultats sont là. Lutomysl
a le mérite de faire comprendre à ses auditeurs que
le problème de la scène underground actuelle ne vient
pas tant de la standardisation des ses us et coutumes que du manque
cruel d’inspiration dont souffre son incompétente et représentative
majorité. Nul besoin de chercher midi à quatorze heure,
affirme Catharsis. Droit, intègre, ce coup de génie
révèle les vœux néfastes d’un activiste hors
pair appréciant le travail bien fait et radical ; activiste
que nous laisserons conclure par les mots suivants :
“Black Metal can't be ns so as it can't be
"communistic" or "anarchistic", because all these
movements are for the masses and Black Metal is oriented on the absolutely
opposite things and can't be used as the instrument in one's hands
to make the life more comfort".
No Fucking Contact !
A.M.S.G.
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