Quatorze ans au compteur, des sorties régulières - démos, split, live, albums, EP – et un groupe dont on parle plus pour son sens de l’humour grinçant ou de la provocation et sa musique à part dans la sphère black. LUGUBRUM est censé diviser mais via son album Albino de congo, je ne pourrais pas du tout étayer ce qui fait parler du groupe.
Un peu de provoc via la thématique suintant d’un titre curieux, mais pour lequel je n’ai hélas aucune piste d’explication, le livret du CD étant aussi maigre que les personnes habitant l’ancienne colonie belge à savoir le Congo Démocratique (on appréciera le sens de l’humour belge au travers de cet oxymore ou antinomie, les amateurs se branleront à leur convenance) – à ne pas confondre avec le Congo qui lui est français ; merci d’être venu, le colonialisme c’est mal, c’est vrai, encore plus quand ce sont les fils qui trinquent pour leurs pères en s’achetant une conscience flagellatrice.

Ultime provocation vis-à-vis de la sphère extrême, pour ne pas dire extrémiste ? La musique ne comporte que d’infimes traces de métissage puisque l’ensemble sonne et pue le black metal. Quand je dis des traces, de manière ponctuelle surgissent des percutions ou un phrasé d’une obscure tribu, le groupe ne délivrant pas ici un mélange improbable entre le black metal et je ne sais quel bordel à base de tam-tam... heureusement car je ne suis pas certain que le mélange des genres fut appréciable...
La surprise a été de taille quant au contenu de la galette par rapport à ce qu’a du proposer le groupe auparavant : pas de délires psychédéliques, pas de saxo, rien de ce qui m’avait été promis au travers des infos collectées ici et là ne se trouve dans ce nouvel album. Il n’en reste pas moins que la bête sous des abords faciles se révèle être un beau spécimen retord.
LUGUBRUM sert un black bizarre dans son ambiance et ses structures : pas de blasts infinis, pas de structures linéaires, mais pas vraiment complexes, un aspect chaotique dans l'enchaînement des titres suivant leur longueur, les breaks incongrus, bref un joyeux bordel pour lequel je cherche encore une signification ou un sens caché.
Si la musique dans l’absolu reste black metal de par la production et quelques grands canons respectés, je n’ai pas retrouvé l’ambiance morbide ou la haine fulgurante chères à ce style. Pourtant les titres dégagent un relent de malaise sans pour autant donner l’envie de se coller un pruneau, tout y est nuancé et subtile, à l’image des lignes de basse qui ont un rôle réel comme support rythmique ou mélodique. La production donne la fausse impression d’avoir un son raw, mais me semble être bien plus travaillée que ce que le groupe voudrait bien faire croire. La guitare grésille ce qu’il faut pour écorcher les oreilles, contrebalancée par la rondeur de la basse, qui prend son essor lorsque le son abrasif de la six cordes se mue en sonorités plus claires, plus propice à l’écoute nocturne ; quant au batteur, pas particulièrement mis en avant, sans jouer la carte de la technicité, assure ce qu’il faut et diversifie son jeu suffisamment pour pas qu’on s’emmerde, mais cet homme me semble sous-employé.
Il en résulte un album intéressant mais pas pleinement satisfaisant pour les amateurs de bestialité et de haine primitive malgré quelques accélérations de rigueur ; plutôt à conseiller aux amateurs de black décalé car au final cet album dégage une ambiance plus maligne et largement moins caricaturale que ce qui peut se faire aujourd’hui, donc difficilement accessible pour les mollusques de base.


Contact :
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