
C'est donc quelques temps après l'acquisition de "Crown of the ancients" que cette oeuvre s'est présentée à mon regard avide de noirceur et de sentiments macabres... Tant d'exigences que peu de formations auraient pu combler à ce moment là. "A world through dead eyes" (de son nom) surprend premièrement tant par son aspect conceptuel que par le travail visuel déployé en totale adéquation avec son titre: une cover cauchemardesque, sans saveur, vestige d'une existence ruinée, dépouillée, dépourvue de ces sentiments positifs tant vantés des grands penseurs de ce 21ème siècle semblant s'annoncer comme l'un des plus pathétiques... Bref, du grand art. Mais cela semble d'ores et déjà orienter Krohm vers une approche plus personnelle et intimiste du black metal. Et ce n'est pas se tromper que d'avancer une telle chose car une fois plongé dans le premier morceau de cet opus, l'ensemble s'avère être beaucoup plus original et anticonventionnel. Pour en revenir à l'orientation que j'évoquais antérieurement, le parti est pris. Krohm officie désormais exclusivement dans un black nihiliste aux tempos constamment lents (adieu les blast beats de « Psychic pandemonium »), pas d'évolutions dans le rythme si ce ne sont des ralentissements, et je dois dire que cela m'a quand même beaucoup déçu au début. Cependant il serait stupide de se forger une opinion définitive après une première écoute superficielle et désintéressée, car c'est en s'immergeant réellement dans la musique et les sujets dont elle traite que l'on découvre les motivations ayant conduit à une telle délibération. Entièrement arpégé, "A world through dead eyes" propose une musique totalement dépressive requérant beaucoup d'attention de la part de son auditeur si ce dernier veut en tirer quelques sombres émotions. Ainsi ceux qui ont l'habitude de proférer des âneries telles que: "c'est pas au dessus de 180 bpm donc c'est de la merde", peuvent s'en retourner vers d'éternelles chroniques de Marduk (époque "panzer division" s'il vous plait), ou bien vers d'autres monuments suèdois dédiés au black metal mondain et "brutal", servant tout juste à choquer les aïeux. Passons. "A world..." place donc tout ses enjeux dans un feeling obscur, damné, aux aspirations suicidaires et macabres, l'ensemble prenant la forme d'une errance solitaire sans fin à l'intérieur d'un univers personnel et sincère. Si sincère qu'il serait interminable de s'engager sur le chemin des qualifications tant cet album est évoquateur et dense. Ainsi je peux jurer que ce dernier fait parti des rares étant parvenus à abolir ma vision du réel pour n'en laisser que son spectre en la menant progressivement vers une subjectivité hallucinatoire mêlée de solitude et d'autosatisfaction. C'est bien là un univers unique que nous présente Numinas, un univers ou la lourdeur étouffante des atmosphères générées par la basse se mélange aux interminables échos mélodiques et arpégés d'une guitare au son envoûtant et à la production sans failles. Il est aussi à noter parfois l'apparition de claviers offrant à la musique une dimension plus astrale et mystique, vestige de l’œuvre de Numinas dans Abazagorath. Quant aux décors évoqués à l'écoute, il est aussi important de préciser que contrairement aux ambiances grandiloquentes et majestueuses de "Crown of the ancients", "A world through dead eyes" se renferme dans une sphère souterraine où l'air manque autant que la présence de vie. Des atmosphères troglodytes aux paysages cryptiques en passant par la teinte fantomatiques des quatre murs d'une chambre noircie par des mois de dépressions, il condamne toute extériorité pour prôner un individualisme sans égal. Et cela demeure sans alternative du début jusqu'au dernier track ponctué d'une mélodie interprétée en son clair dans les règles de l'art, emprisonnant finalement l'auditeur dans les méandres d'un esprit torturé et sans repos. L'ensemble peut donc paraître très monotone malgré la richesse intérieure qu'il renferme. En conclusion, que dire mis à part le fait que "A world through dead eyes" est un premier album complet (53 minutes pour 7 tracks) qui ne laissera certainement pas son auditeur sur sa faim tant que ce dernier y recherchera errances solitaires et misanthropie. Car ici, point de branlette technique ni de bourrinage gratuit à la Black dawn prétendant exprimer la pureté du black metal à travers un quelconque talent superficiel dépourvu de toute profondeur. Juste l'expression d'un environnement personnel, témoignant d'un dégoût prononcé envers une humanité obséquieuse et candide. En bref, un halo de noirceur à la fois repoussant mais étrangement envoûtant. Quant à moi, je peux certifier que son écoute m'a comblé tant le manque d'inspiration ce fait ressentir actuellement dans de nombreuses formations s'attardant à plagier des groupes ayant marqué leur temps en prenant parti sur l'individualité plutôt que sur la notoriété qu'ont acquis certains autres dans le sang et la fierté.
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