Malgré un carnet de route commençant à dégueuler son pesant de chapitres tout ce qu'il y a de plus sex, drugs & rock'n'roll, je dois bien admettre que mon addiction à ce groupe saxon est relativement récente.
Mi 90ies, alors que mon regard n'est que trop marginalement tourné vers la scène teutonne pour que je sois à même d'y déceler les meilleurs grains parmi une ivraie en pleine effervescence, et, mon réseau comme mes référents n'étant pas si affinés qu'à ce jour, je passerais à côté de toute la phase de gestation de Katharsis, à savoir : Les demos « Terror, Storm and Darkest Arts » [1996 – autoprod'], « Into Endless Chaos » [1996 – Chanteloup Creations], « The Red Eye of Wrath » [1998 – autoprod], les splits avec Nhaavah, side project mort et enterré de Barbarud Hrom & Vlad Blasphemer échappés du gigantesque Maniac Butcher [1999 - Sombre Records], et, Deathcult, autre beast side retourné à la poussière après avoir plus ou moins réunit le line-up de KTHRSS le temps de deux releases [1999 - Sombre Records], ainsi enfin, qu'une « reh' 1999 » auto produite.
De fil en aiguille, l'aube des 00ies scelle l'inévitable avènement de « 666 », premier album du nom ; Pressage Lp confidentiel, bien entendu estampillé Sombre Records, dont je n'apprendrais l'existence qu'à l'implacable lueur d'un fly' périmé : « A work full of cruelty and darkness, and, a tribute to the chosen few (the true ones). A grim piece of underground vinyl, only 200 copies, never to be repressed ». FUCK !
Bis repetita, cette autiste aptitude à louper le coche me fera également passer à côté du mythique « Black Metal Endsieg I », 4ways partagé avec S.V.E.S.T., Warloghe & Black Witchery [2001 – Sombre Records], des splits avec le légendaire Moonblood [2001 – Sombre Records again] & Black Witchery [2002 – Sombre Rex again & again], ainsi que d'une seconde reh' auto produite.          
2003, tandis que l'hermétisme s'est considérablement dissipé « Kruzifixxion », second full-length en règles, explose dans l'underground. Un an plus tard, les spéculations allant d'ores et déjà bon train, « 666 » sera ré-édité en Cd ... Seule ombre au tableau, le label Norma Evangeluim Diaboli qui, apposé à ces deux glaviots, m'imposera la plus stoïque réserve, dans la crainte d'une religiosité vaseuse aux allures de total ripping-off du Mayhem de « D.M.D.S » ... Suivez mon regard ...        
Inutile de dire que dans ces conditions, je n'ai même pas essayé de rectifier ma médiocre inculture avec le boot' 2004 made in Hostic Profanic qui avait pourtant le mérite de réunir, de toute évidence très décemment, les démos « The Red Eye Of Wrath », « Into Endless Chaos » & la partie Katharsis du split avec Deathcult...      
2006, la coupe est pleine : Alors qu'avec la sortie de « VVorldVVithoutEnd », le groupe semble être au sommet de son art, la prolifération de TS et autres patches à son effigie en concerts ou sur les photos promos de groupes plus ou moins naissants, le fait que sur tout les e-zines & forums de France et Navarre il soit la référence à citer pour être IN ... etc ... etc... poussent mon discernement dans ses retranchements les plus radicaux : Katharsis ne peut définitivement qu'être la dernière merde en vogue... Jusqu'à...         
... Jusqu'à ce qu'un camarade, excédé par ma langue de pute comme par mon mutisme de connard, ne décide de profiter d'un épique instant d'ébriété pour, sans crier gare, me coller « 666 » plein pot dans les esgourdes. Ce fut le choc.       
Il ne faut guère plus à la bête qu'un riff tranché dans son plus simple appareil sur quelques mesures, galvanisé par un grand classique stereo, certes usé jusqu'à la toile mais toujours aussi efficace, pour consommer la conflagration. Là où pléthore de groupes s'en remet à la sacro-sainte intro pour justifier l'instauration du malaise, ou, lorsque flopée d'autres en sont encore loin alors même que résonne le glas de la souillure, Katharsis, en à peine une poignée de secondes, insuffle à son auditoire la sensation de suinter le souffre et la corruption.   
« Listen in darkness & at maximum volume only... » : Cette injonction à la lobotomie prend d'emblée tout son sens lorsque le sus-visé riffing d'ouverture, déjà plus que acide et abrupte, propulse brutalement basses, drums et horreurs vocales pestiférées ; Intronisation d'une morbide folie voué à ne point fléchir en intensité durant une bonne demi heure, durée optimale pour tout album de Metal se respectant.
N'en déplaise aux hydrocéphales révisionnistes, et autres challengers de l'éternelle course à l'échalote géométriquement variable selon les revivals, qui voudraient trouver au Black Metal de tradition une paternité VénézuHELLienne quelque part dans les seventies, je crains fort qu'il faille rechercher les influences majeures de Katharsis du côté des pierres angulaires Scandinaves.           
A subir le trio déverser son stupre, à en jouir, c'est le nom de Darkthrone qui effleure immédiatement l'esprit et, pas n'importe lequel :
Hormis peut être « Total Death » & « Plaguewielder », il n'y a, à mon sens, pas grand chose à jeter dans les vingt ans de discographie du culte de Kolbotn, mais, si je devais n'en retenir que l'essentiel, je le puiserai au triptyque immortalisé entre 1992 & 1994. Or, si bon nombre de groupes se sont toujours montrés plutôt habiles à perpétuer les sorcelleries binaires de « Under A Funeral Moon » ou, les tremolos glaciers de « Transylvanian Hunger », Beastcraft en tête de liste des plus brillants, très peu, voire aucun, n'ont sus restituer l'aura si particulière de « A Blaze In The Northern Sky ».  
Je me souviens de l'époque du grand retour de Mayhem, courant 1997 / 1998, et, de l'incontinente chiée d'interviews qui en découlèrent ; Inties où Hellhammer justifiait l'acte nécromant par le fait que jamais personne n'était jusqu'alors parvenu à retranscrire l'atmosphère si unique de « De Mysteriis Dom Sathanas »... C'était hélas sans compter sur l'émergence d'un nouveau venu aux dents longues : Watain. Encore que après avoir versé dans le riping off de Mayhem, cette daube à paillettes semble désormais lorgner sur le tombeau de Dissection. Passons.
Tout autant, il y a dans l'architecture de « A Blaze ... » cette chose qui procède bien plus de l'alchimie que de la composition, il y a dans son souffle cette énigme innée dissociant possession pure et simple exécution mais, beaucoup plus rares sont ceux qui, depuis, sont parvenus à ressusciter sa noirceur criminelle, ne serait-ce qu'en infime partie.          
Et voilà que Katharsis avec sincérité inouïe & instinct d'un naturel effronté s'érige non pas au titre de gardien forcené du culte, cela un bon 90% des moules infectant le milieu le fait déjà à tort et travers par désir d'existence, mais en tant vecteur intégriste de renouveau.
Comme en témoigne son track d'ouverture, mettant prés de deux minutes à réellement prendre corps, l'on retrouve en « 666 » ce goût de la mise en place rampante, d'un simplisme qui continuellement désagrégé puis réinventé mène à une paradoxale perception de densité, pour ne pas dire de complexité.   
Ce terreau poisseux est on ne peut plus fertile à l'expression d'un feeling mercenaire où, guitares molestées à couteaux tirées sous couverts de distorsions toutes à la fois savamment distillées & d'une insondable crudité, copulent avec les fréquences abyssales de basses déployant ce qu'il faut de stupre, aux rythmes, urgents & incontinents de hargne, d'une batterie aux allures d'épave. De ce monolithe sonique s'extirpent nombre d'ambiances & [dys]harmonies tout bonnement bluffantes telles que les pestiférées transes mid tempo ponctuant « Nazarene – Into The Flame », le solo de guitare d'un mysticisme singulier intervenant sur le dernier segment de « Raped By Demons / Massacrament », les envolées mélodiques, très typées « norsecore » pour contenter les wanabee, d'une beauté ardente contrastant toute la crasse de « Thy Horror », ou encore, le final hystérique de « 666 (Hohelied der Wiedererweckung) » rongé par les larsens, roulement de caisses, râles, slides sauvages enfantés à la tranche du médiator, et autres impulsions difformes grassement infusées au floyd.
Les vocaux, psalmodiés dans les médiums, enfin, n'ont pas cette constance que l'on peut reprocher aux grosses productions studios. Ils ne font pas pour autant preuve du manque de corps et puissance accablant une grosse partie des releases underground. Multidimensionnels, tout en nuances & dopés au delay comme à la reverb', ils confèrent le sentiment que, en tout instant, Drakh vacille sur le fil du rasoir séparant démence et rhétorique ; Creuset textuel qui, mêlant ultra violence inhérente au genre & solide background idéologique tout en faisant preuve d'une indéniable qualité d'écriture, domine haut la main la moyenne générale ... Simple précision bien entendu, dans la mesure où de nos jours, pour la quasi unanimité de la plèbe Metal, le discours n'a plus aucune importance...  

Alors qu'avec une incroyable cohérence « Nazarene – Into the Flame » referme ce disque sur le riff qui l'introduit aux balbutiement de « 666 (Hohelied der Wiedererweckung) », je ne peux m'empêcher de maugréer au constat d'avoir loupé sa version Lp car, je tiens là  l'une des choses les plus pures qu'il m'ait été donné d'entendre ces dernières années.
La pièce jouée sur platine vinyl doit relever de l'expérience.           
Indecrottablement fidèle  à un certain savoir faire & une certaine conception de l'agression sonore, mais, certainement pas enclin à la stagnation, Katharsis tape très fort avec ce premier album suintant d'ores et déjà d'une profonde personnalité et, témoignant d'un réel travail sonique.


No Fucking Contact !


Sperm. S.