
Que ceux qui restent inhibés dans leur certitude que les immondes terres de l’oncle sam ne sont peuplées que de gros sacs à merde permanentés s’adonnant au plaisir solitaire en écoutant toutes les soupes DM californiennes et réchauffées, périssent lamentablement dans leur ignorance. La sentence sera la même pour tout ceux qui ne jurent que sur une certaine spontanéité scandinave en matière de BM. Au delà du fait que Judas Iscariot fut l’un des douze moutons écervelés choisis par celui que l’on ne peut nommer ici pour perpétuer et répandre son hideux dogme bienséant ; Qu’il se révéla sous le visage de la trahison envoyant ainsi le plus grand presdigitateur de tout les temps s’éteindre sur le symbole même de sa croyance, Judas Iscariot fut également l’un des projets BM les plus droit et intègre de sa génération. Formé en 1992 sous forme d’un one-man band, quelque part dans l’Illinois, par Andrew Harris alias Akhenaten (également impliqué dans le mouvement de part Seeds Of Hate, Weltmacht, Sarcophagus, Breath Of Night Records et la publication de Nihilisic Resistance) Judas Iscariot ne tarde pas à enfanter une première démo du même nom en 1993 puis, « Arise My Lord » un 7 Ep. La suite des événements va s’avérer très prolifique et toujours plus empreinte d’honneur et de suprématie.
« The Cold Earth Slept Below » pose les premières fondations de l’aura torturée et véhémente qui ne quittera jamais plus Judas Isacriot pendant ses dix années de règne sur le trône de la subversion. « Damned Below Judas », le track d’ouverture de cette galette procure l’effet d’une déflagration qui happe l’auditeur vers une dimension où la miséricorde et la pitié n’ont pas d’emprise. Une ou deux mesures suffisent à l’être normalement constitué pour comprendre que les aciéries d’où à été vomit ce premier assaut n’offrent absolument pas matière à comparaison avec ce qui se fait à ce jour sous l’égide du music-business. Tout repose ici sur un extrémisme très traditionaliste qui a souvent suscité moult menus rapprochements avec les anciennes pointures de l’héritage scandinave. L’assimilation me semble un peu réductrice mais, il faut bien reconnaître que les neuf hymnes tenus ici en captivité renferment beaucoup de consonances nordiques. Un morceau comme « Babylon » est particulièrement représentatif de ce postulat. Dans l’ensemble, la construction des riffs est très simpliste et renoue avec les prémices du mal en dévoilant des structures où s’entrechoquent accélérations lancinantes, fruit d’une certaine alchimie entre aigus et graves, d’où suppure un grand sentiment de noblesse ; Baisses de tension plus catchy mais très soutenues qui ne sont pas sans rappeler l’art de Darkthrone et sa faculté à achever les mesures sur un ou deux bend bien galbé sans pour autant être abominablement groovy ; Ou encore un abandon total vers des fréquences très lourdes et inquisitoires auxquelles se greffent diverses envolées mélodiques toutes plus nihilistes les unes que les autres. Tout cela desservit par un son très underground d’une froideur insondable à mi chemin entre les résonances glauques d’une grotte verglacée et la morsure des vents qui balayent d’interminables étendues mourant sous la neige. Ce sentiment d’oppression hivernale, de souffle lunaire est entérinée par la vision qu’Akhenaten semble avoir de la manière de tabasser les fûts de son drum-kit. Le martelage est vraiment très primaire et minimaliste. On sent que le maniement des baguettes n’est pas la spécificité première du maître à penser de la bête mais, le rendu est tellement clinique, implacable et austère qu’il ne fait que décupler un potentiel de déshumanisation déjà indéniablement inhérent. Les mutilations lyriques d’Akhenaten constituent le point culminant de son art ; Ses états d’âme s’expriment de manière généralement sentencieuse, distante, très crue en des phrasés très brefs bien éloignés de la grandiloquence textuelle d’un Bal Sagoth digne des masturbations intellectuelles d’un énarque frustré. Son ton brutalisant sait parfois se rapprocher de la complainte et du désespoir lorsque l’atmosphère l’y invite. Très efficace et bien placé, le grand accusateur n’aurait pas fait mieux ! Idéologiquement et, malgré l’absence des lyrics, tout est ici très clair : La substance de Judas Iscariot repose sur des conceptions et perceptions nihilistes et intolérantes. Akhenaten est nihiliste par philosophie et, chie à la face de ceux qui mènent une douce existence de merde préprogrammée pour adoucir la masse, ceux qui vivent sous l’illusion d’un monde paisible et attractif généré par un hypothétique dieu. La guerre est ici déclarée contre cet état de fait révulsant, contre ce monde pathétique qui s’est bâtit de part la pérennité de l’église à travers les ages. La préservation de l’Ubermensch semble passer par la négation de la lumière et l’avènement d’une nouvelle ère obscure. Akhenaten sait ce qu’il veut et, lorsque l’on voit que figurent dans les remerciements des personnages tels que Friedrich Nietzsche, Martin Heidegger ou Attilio Ariosti, l’on voit que l’on a affaire à quelqu’un qui a étudié les arcanes de ses propos. « The Cold Earth Slept Below » n’est pas l’œuvre ultime de Raw BM ; N’est pas non plus l’un des albums les plus inoubliable qu’il m’ait été donné d’entendre. Akhenaten semble ici être dans l’indécision et ne pas avoir encore choisit sa propre voie, notamment du fait de l’intrusion d’éléments Death Grind prédominants sur des tracks tels que « Wrath » ou « Reign » ou, dissimulés par ci par là surtout concernant la batterie. Quoi qu’il en soit, la globalité est quand même solide et déterminée. En conclusion, reprenons juste les termes d’Akhenaten : " Hail Nihilism !
Ce second méfait dévoile un Judas Iscariot beaucoup plus mature et inspiré dans la manière d’élaborer son art, d’imposer son aura que sur le précédent et premier album. Evolution oblige… Ici, Akhenaten rompt définitivement avec ses hésitations passées, avec certaines influences d’obédiences Death Grind, style qui outre-atlantique semble avoir perdu tout cohérence, avoir sombré avec le temps dans la dégénérescence et, s’être muté en un espèce de sport national pour teen-agers enragés et peu inspirés… Ce qui constituait le caractère approximatif de « The Cold Earth Slept Below » à donc en un peu moins de deux ans été passé à la trappe et, c’est une entité suprêmement grandie et immaculée dans sa pureté qui en ressort en transcendant son dirigisme introspectif, gardant le meilleur de sa quintessence des débuts et, l’exacerbant sans compromis pour atteindre des sphères indecrottablement ancrées dans un Raw BM d’une noirceur et aversion d’obédience définitivement nordique. Avec neufs titres pour un retour aux sources d’un peu plus de cinquante minutes, « Thy Dying Light » est propice au développement d’un périple austère et solitaire incitant à se détacher de la plèbe débilitante qui putréfie notre planète. Poussant toujours un peu plus à l’égarement, la chronologie de l’album sait, tout en ne s’écartant jamais des codes étroits du genre, se renouveler avec richesse et faire preuve d’un minimalisme savant et créatif presque insolent. L’initié ne peut ici que se délecter de ce maelström où s’alternent furieusement les traditionnelles rythmiques dignes d’un blitzkrieg empreintes de façon très conservatrice de ce contraste si particulier entre violence pure et consonances nostalgiques très nobles ; Les sempiternelles ralentissements à la fois solennels et oppressants se déclinants en des arpéges quasi cryogéniques qui ne sont pas ici sans rappeler la divine substance d’un Burzum dans la fleur de l’âge… En somme un éternel recommencement artistique fruit d’un intégrisme abyssal que l’on ne peut trouver que dans l’authenticité du pur Metal Extrême et qui, par la force qu’il dégage, ne peut entraîner la lassitude. Tout cela une fois de plus véhiculé par un son craspec et volontairement chiadé. Ceux qui ne seraient pas convaincus par cette allégation n’ont qu’à porter une oreille attentive sur ce qui émane et suinte de la glotte ravagée et des tripes en fer forgé d’Akhenaten ! Ses phases vocales en plus d’être devenues beaucoup moins aléatoires et plus amplement construites inspirent de façon on ne peut plus rauque les derniers mots et insultes d’un bourreau sanguinaire s’aprétant à vous décapiter hasardeusement et à l’ancienne, du tranchant d’une hache sur un billot ! Au delà de son expression la plus simple, brute et primitive, Judas Iscariot reste fidèle à ses raisons d’être originelles à savoir cultiver une idéologie nihiliste et intolérante très fortement abreuvée par une animosité viscérale à l’égard des conspirations et manipulations religieuses. Le livret ne comporte malheureusement pas les paroles mais Akhenaten y laisse quelques indices, textes où il expose certains de ses dégoûts, de ses raisonnements, certaines de ses visions. Ces écrits succincts mais ô combien expressifs et révélateurs font penser dans leur potentiel de véhémence à l’égard de l’être en général, de certains dogmes et certaines institutions à une « exégèse » d’un « Par delà le bien et le mal » du génialissime Friedrich Nietzsche. L’on peut pousser plus loin ce goût pour la philosophie de l’avènement de l’être par l’accroissement de la puissance individuelle en dénotant que la phrase qui clôture ces billets d’humeur est toujours la même à savoir : « Thus Spoke The Antichrist ». Chacun effectuera le rapprochement qui s’impose. Voilà ce qu’il y avait à dire sur la consistance de cet opus bien supérieur à son prédécesseur et, tenant une place et importance notable dans l’histoire du groupe. A noter pour terminer que ceux qui, comme moi, détiennent la réédition effectuée en 2000 à l’initiative de Moribund Recs, pourront se délecter d’une plage Cd-rom contenant une version live de « The Heaven Drop With Human Gore » tournée lors du Sacrifice Of The Nazarene Child Black Metal Festival du 4 décembre 1999 à San Antonio au Texas et, pourront ainsi constater, malgré la qualité d’image délicieusement pourrave et le son approximatif, toute la prestance et la majesté de Judas Iscariot sur scène. « To those who truly understand and experience BM art, may it forever fill your immagination with gloriuous visions of war, hatred, winter and death. Let this art forever be your escape from a modern world drowning in compromise, weakness and juvenile materialistic clutter”
Akhenaten reprends, comme à sa grande habitude, les choses où il les avait laissé pour cracher violemment un nouveau condensé de Black Metal dépouillé et assassin, une fois de plus très ciblé et destiné aux initiés. Nuançons cependant quelque peu les propos car, là où des albums comme « The Cold Earth Slept Below » ou « Thy Dying Light » peuvent être considérés comme la crème du Raw BM, « Of Great Eternity », tout en conservant la substantifique haine qui anime le groupe, évolue dans un registre beaucoup plus épique. Cela est probablement intrinsèquement lié au fait que ce troisième album se veut être un hommage à des objets de culte tels que Avenger ou Maniac Butcher, à la très authentique scène Tchèque et, à des entités polonaises immortelles telles que Veles. Cela peut également être mis sur le compte du lieu d’enregistrement, à savoir Nürnberg en Allemagne, pays qui n’a jamais laissé s’éteindre la flamme du combat comme ont pus en témoigner dans le passé des hordes telles que Mayhemic Truth. C’est donc à la dégustation de six titres d’un BM conquérant et martial, à la fois violent et atmosphérique que nous avons ici droit. Attention, que les esprits impulsifs ne s’échauffent pas en vain à la lecture du mot « atmosphérique » ; L’heure est toujours à la sobriété et au simplisme. Akhenaten n’est pas là pour offrir innovations et expérimentations au genre et ainsi contribuer à cette gerbante récupération grandissante ; Nous sommes loin des dérives acidulées que l’on peut trouver sur une compil hard-rock magasine ou metallian… Disons juste que de part un contraste alchimique beaucoup plus marqué que dans le passé, Judas Iscariot émule avec clairvoyance les traditionnels riffs rapides et incisifs, les passages plus catchy qui, une fois de plus inspirent Darkthrone en ce qui concerne ce fameux feeling au niveau des bends ; Et, de fabuleuses chutes de pression qui dans leur pachydermie à la fois dissonante, oppressantes, dépressives, tristes et nostalgiques entraînent l’auditorat vers d’autres cieux. C’est seulement en vertu de ce dernier point que le terme « atmosphérique » doit prendre toute sa dimension : Tout le monde à conservé dans son esprit la manière dont Varg Vikernes parvenait à créer de part une nébuleuse de saturations arpégées et divers larsens mourants une atmosphère étouffante d’une noirceur impénétrable ; Le principe est ici le même, point besoin de claviers, de samples et autres instruments qui ne font pas partie de l’attirail rustique du Metal Extrême, juste une créativité qui simplement à partir des cordes repousse les ultimes frontières du poignant et du malsain. Cette joute d’un autre âge, glaciale et splendide, s’exprime également du fait de la longueur des morceaux ; Longueur favorable à la présence d’intros toutes en saturations mélodiques sans artifices qui, allant crescendo dans leur tension, permettent à l’instrumentation de prendre son envol et de pousser à brandir le glaive pour défendre son honneur. La batterie n’est pas non plus étrangère à la création de cette conscience combattive car, même si Akhenaten en tient toujours les rênes, les progrès se font sentir ; Le matraquage résonne de façon beaucoup moins aléatoire, le jeu est plus martial et moins incontrôlé, plus constant et régulier, plus varié notamment du fait de la présence massive de cymbales. Enfin, au sujet des vox, peu de choses à dire, elles suivent leur cour et évolution en restant toujours aussi inquisitoires et traumatisantes à l’égard du faible.Un excellent album donc, que j’irais presque jusqu’à qualifier de référence tant il conduit aisément au dénouement le plus tourmenté. A noter que cette œuvre à la gloire de la négation de dieu et de sa semence détestable à été rééditée par le label Tchèque Pussy God Recs en format tape strictement limité à 666 exemplaires.
Même si l’on a coutume de considérer cette galette comme le quatrième album de Judas Iscariot, il convient de préciser qu’il fut enfanté par Akhenaten avant « Of Great Eternity ». Ainsi, capturé en 1996, « Distant In Solitary Night » aurait du éclater dans l’underground avant « Of Great Eternity » enregistré presque un an plus tard mais, suite à quelques reports de dates probablement intimement liés aux budgets limités des labels, le résultat fut celui que l’on connaît aujourd’hui. Et oui, les groupes de véritable BM, celui qui prône la haine et la guerre sans le moindre remord, ne collaborent pas avec des majors aux bourses sur-gavées capables de faire presser cinquante prods’ par ans… Laissons ce luxe aux traîtres qui vendent leurs culs affublés de skaï à Sony ou music for nations. Cette précision a son importance car elle permet de palper plus facilement la teneur et les raisons du descriptif qui va suivre. Disons que pour l’adepte qui a soutenu et suivit Judas Iscariot dans la chronologie de sa discographie, la découverte de « Distant In Solitary Night » à la position qui lui revenait de droit aurait été plus logique. On peut affirmer que cet album tient la place de charnière, à ce titre inutile de s’embourber dans des développements sans fin, je me contenterais de reprendre ce que d’autres ont déjà fort judicieusement soulignés : « Distant In Solitary Night » peut sans grande difficulté être conçut comme une fusion bestiale entre l’excellent « Thy Dying Light » et le génialissime « Of Great Eternity ». « Thy Dying Light » pour certaines décharges de violence impulsive, pour sa folie incontenue, pour l’abîme d’obscurité qu’il dégage et, « Of Great Eternity » pour sa carrure auguste, pour son atmosphère martiale et noble qui incite à garder la tête haute et les mains propres. En bref, du très pur Judas Iscariot qui sait, à partir des meilleures facettes de son essence, se renouveler et ainsi frapper très fort. Cette conception sobre du BM est toujours présente au plus grand plaisir de l’amateur éclairé et, l’heure n’est pas à l’innovation du moins, à quelques exceptions prés : On peut en effet déceler ici la présence de claviers qui cependant, précisons le, n’ont rien de mièvres et couillus. La manière de tâter un claviers est ici à mille lieux de celle d’un graveworm ou autres larves de cet acabit. En témoigne très particulièrement le quatrième track où des claviers froids, abyssaux et inquiétant viennent, tel un instrument de première importance, prendre le commandement des opérations de façon prédominante. Cette touche, à la fois impure et si cristalline, atteint son apogée et éclate de noirceur sur la plage qui clôture l’assaut. Cet hommage au très controversé « The mariage of heaven and hell » de William Blake se compose de façon très intimiste de la voix de Akhenaten et de synthés très limpides qui ne sont pas sans rappeler la majesté dégagée par Wongraven ou Isengard. Lyriquement parlant, le livret est une fois de plus implacablement muet ; On y trouve comme à l’accoutumée les états d’âme du maître à penser qui enfoncent le clou quant à l’esprit général de l’œuvre. Un jour viendra le temps de purifier par le feu les exactions perpétrées par les chiens de garde des ecclésiastiques, de clôturer un règne fondé sur le mensonge, un mass-murder cérébral. En provenance des contrées où les croyances et convictions nihilistes font loi, des vents s’élèvent pour venir glacer le cœur des hommes et les laver de leur faiblesse. La compassion, la tolérance, la pitié…. Devront alors cesser. Mais ce temps n’est encore pas arrivé et, ceux qui ont la force de ne pas succomber et qui attendent son arrivée ne peuvent que la préparer avec dévotion. Un jour viendra où deux mille ans de honte seront lavés et balayés, où la victoire trônera sur les carcasses et le sang encore chauds de millions de sous êtres s’étant rendus compte trop tard que leurs hypothétiques icônes et divinités n’avaient finalement aucune emprise sur leur pathétique destinée. « May the fires of hell burn within your blackened heart… Praise hate and total fucking war… ! »
Que dire sur cette nouvelle œuvre venant assurer la succession d’un monument d’animosité tel que « Distant In Solitary Night » ? Peut on affirmer que l’héritage est préservé avec la même brillance et hargne ? Il s’agit là d’une question difficile pour cet opus synonyme d’un changement certain dans l’évolution de Judas Iscariot. Pour commencer, soulignons la présence, voir l’omniprésence de claviers. Rien de bien étonnant, certains indices sur « Distant In Solitary Night » laissaient clairement supposer cette éventualité. Cet alliage entre nappes spatiales, cosmiques et, violence saturée nécrotique, traditionnellement hasardeuse et donc mal vue dans le milieu, se révèle ici la plupart du temps réussie et pertinente, voir presque justifiée. Une fois de plus, rassurons l’assemblée, point de mélodies clichesques, d’ambiances libidineuses issues de je ne sait quelle maison close vampirique, de solos de clavecin sans intérêt ou, je ne sais quelles autres daubes qu’il convient de laisser volontiers à solefald et consorts. Judas Iscariot reste, contre toutes supputations foireuses de certaines langues de putes, fidèle à sa marque de fabrique, le synthé ne prend ainsi jamais le dessus. Il est simplement vecteur de profondeur, il amplifie la noblesse des riffs, la grandeur des fuzz, il décuple la froideur désespérée des tracks. Tout cela vous prend directement aux tripes et, personnellement me fait presque l’effet de l’atmosphère que dégage « Supremacy » de The Eye, incitant quasiment à explorer au rasoir les profondeurs des artères pour disparaître une fois pour toute vers des dimensions plus décentes et moins affligeantes de bassesse. L’autre changement de premier choix provient des percussions. Akhenaten, n’étant visiblement toujours pas décidé à faire interférer n’importe qui dans le processus de création de son art, règne toujours sur le drum-kit mais, s’est ici laissé conseiller par un certain Duane Timlin (personnage sur lequel nous reviendrons en temps voulut…). Les habitués remarqueront ici que le rendu est beaucoup plus carré et efficace. Qu’il y a beaucoup moins de ratés et de baisses de régime… Pour le reste, c’est à dire pour les guitares et les vox, Judas Iscariot reste Judas Iscariot. La bête maîtrise toujours son sujet en déversant une fois de plus du Raw BM sans concessions parfois proche, notamment pour « An Eternal Kingdom Of Fire », d’un « Transilvanian Hunger » de Darkthrone. Jusque là, l’état général des lieux à l’air plutôt positif, mais, il faut malheureusement nuancer : La pureté dégagée par « Heaven In Flame » est très forte, son potentiel de haine et de violence est suffisant pour assouvir les pulsions de tout maniaque qui se respecte. Il reste intéressant, et même un bon album mais, le problème est qu’il ne parvient pas à égaler son prédécesseur et, paraît donc un peu trop léger et autosuffisant aux cotés de ce dernier. Arriver à la cheville de « Distant In Solitary Night » s’inscrivait d’emblée et dans tout les cas comme un pari difficile à tenir. Pour ce qui est du voile idéologique qui entoure ce « Heaven In Flames », rien n’a changé, il s’agit toujours d’une ode au concassage anticlérical fortement teinté des pensées de Nietzsche comme en témoigne la seule et unique phrase du livret directement tirée des écrits de ce dernier. En conclusion, il s’agit d’un léger faux pas dans l’œuvre d’Akhenaten. Mais, dans tout les cas, ce faux pas n’est pas comparable à ceux de beaucoup trop de groupes. Mettons donc simplement cela sur le caractère peut être un peu trop prolifique qui entoure Judas Iscariot et son géniteur.
Par ce mini-Cd dégueulé vicelardement toujours en collaboration avec Red Stream. Akhenaten semble indecrottablement désireux de cracher à la face de ceux qui auraient pus profiter de la légèreté de « Heaven In Flame » pour tenter de s’approprier le trône du BMUS jusque là farouchement bien conservé et préservé. Autant dire qu’à ce stade le but n’est pas de faire dans le détail ; L’impact est ici très profond pour cette œuvre qui est, selon moi, incontestablement la meilleure réalisation du groupe. Commençons doucement par un arpége éphémère, la suite des événements ne tarde pas à sombrer dans la folie furieuse et, à dévoiler un condensé des plus intense de tout ce qui rend le BM si abominable, répulsif, grand, subversif et destructeur. Ce n’est qu’à la fin du cinquième et dernier track que les survivants pourront trouver un repos mérité et salvateur. Les riffs d’Akhenaten n’ont jamais étés aussi radicaux dans leur conception et entendement ; Abrasifs dans leur substance, tranchants dans leur enchaînement et meurtriers dans leurs chutes , les assauts du médiator conduisent sans pitié à l’annihilation la plus totale. Quelle satisfaction de retrouver cet excédent de cruauté, cette aura barbare, sauvage et étouffante ; Excédent qui semble ne pouvoir trouver personne ayant les reins suffisamment solides pour l’encaisser. Même lorsque les tempos s’assagissent pour laisser place à des arpéges acérés et supraterrestres ou, à des plans harsh très dictatoriaux, l’aversion qui suppure ne défaille pas. Au delà de la puissance générée par les cordes, l’incroyable potentiel de cet ensemble indissociable d’un peu plus de vingt minutes réside indubitablement dans la rigueur impressionnante de la batterie. Il faut dire que même si Akhenaten reste le seul et unique géniteur des albums qui jalonnent l’existence de sa créature, il n’a pas ici touché une seule baguette durant les séances studio. Toute la vélocité des percussions est ici à mettre sur le compte de Duane Timlin alias Cryptic Winter déjà responsable de la désolation rythmique qui règne dans Sarcophagus et l’excellentissime Krieg. Inutile de dire que l’apport d’un maniaque d’une telle envergure se fait entendre. Tout va très vite et résonne violemment comme un marteau piqueur démentiel sur la cage thoracique du premier trendy venu. Les peaux hurlent leur souffrance à une fréquence semblant aller crescendo, les cymbales semblent se disloquer avec l’évolution des tracks… Bref, le Chaos !!! Pour couronner le tout Akhenaten scande son dégoût avec une haine rare, tel un pestiféré et, à s’en tumefier la trachée artère. A noter que le dernier morceau est une reprise supersonique et post-nucléaire de « Spill The Blood Of The Lamb », morceau qui figurait déjà sur « Heaven In Flame ». Vous l’aurez tous compris, ceux qui ont voulus enterrer la bête avant l’heure ont dus amèrement se peter les dents. Judas Iscariot est bien plus qu’un simple groupe et le rappelle fort douloureusement à ses détracteurs avec cette sixième œuvre ! Judas Iscariot est la poussière corrosive qu’il y a dans l’air ; Judas Iscariot est le silence funeste qui plane sur une dépouille pourrissante ; Judas Iscariot est le vent hivernal qui gèle la peau ; Judas Iscariot est l’obscurité qui pousse l’imagination dans le vide. Judas Iscariot est le sang chaud d ‘une créature avide et sanguinaire. Judas Iscariot est la lame qui empale le cœur de l’ennemi ; Judas Iscariot est la flamme réduisant l’église en cendres. Judas Iscariot est le point brisant les icônes d’espoir. « Judas Iscariot is the spirit dethroning a lonely feeble god, conquered forever and sent into a forgotten corner of oblivion.”
C’est finalement en 2002 que « To Embrace The Corpses Bleeding » va être lancé, tel une tête nucléaire totalement instable, à la face gerbante de ce monde, ceci toujours via Red Stream. Une fois de plus, Akhenaten paraît fermement décidé à rompre avec la teneur mitigée et consistance assez faible révélée trois ans plus tôt par « Heaven In Flame » et, une fois de plus c’est la baffe dans la gueule ! Une véritable tuerie que rien ni personne ne semble apte à pouvoir stopper !!!! Pour être un minimum objectif disons que « To Embrace The Corpses Bleeding » s’affirme comme une osmose labyrinthique et très fournie entre la violence inouïe et effrayante de « Dethroned… » et la conscience épique et païenne d’Akhenaten déjà fort bien exprimée sur un certain nombre des précédents albums. Sans pour autant rentrer dans la prostitution commerciale ou, dans la complexité tiedasse de je ne sais quelles formules de style de bas étage, il s’agit probablement ici de l’album le plus complet et varié de Judas Iscariot, ceci en comptabilisant une durée paradoxalement beaucoup moins longue que le très minimaliste « Thy Dying Light ». Ainsi, sous le joug de ce son si particulier à mi-chemin entre le necro et le cristallin, on retrouve ce goût immodéré pour les riffs raw et primitifs, cela appuyé par des rythmiques proprement atomiques qui ne peuvent provenir d’une personne ayant une perfusion à chaque bras ! Cette furie subit des cassures régulières où viennent se greffer des plans très épiques et vengeurs, des arpéges toujours saturés et quasi pagan. Jusque là, rien de bien surprenant lorsque l’on parle de Judas Iscariot, mais, il faut ajouter que, probablement du fait de la présence de Cryptic Winter et donc peut être du fait qu’il y a moins de compromis à faire au niveau de la construction batterie/guitare, le jeu de cordes d’Akhenaten est beaucoup plus technique et varié. On ne trouve pas ici que des quintes qui évoluent de part la simple utilisation de l’auriculaire mais également des speeds pickings ou des plans à deux grattes et, en conséquence des phases beaucoup plus « progressives ». Il convient également de noter le retour (très sporadique) des claviers, qui avaient étés mis de coté sur « Dethroned, Conquered And Forgotten ». Au delà, soulignons la présence de quelques nouveautés comme l’apport timide de solos ou la présence de quelques samples d’intros. Un remaniement intégral donc, où même les vox perdent leur verve dictatoriale des débuts pour devenir beaucoup plus classiques et standard en faisant toujours, évidemment, leur petit effet. Si l’on supplante la perspective musicale et donc, simplement artistique, cette septième réalisation peut être vue comme un hommage fataliste et respectueux à la grande faucheuse. Il suffit de regarder la cover mettant en scène la décrépitude d’un être sur le chemin de la Mort, chemin que nous prenons tous lorsque nous sommes enchaînés à l’agonie de la vie et voguons vers le néant, où l’éternité est vouée à être notre forteresse. Pour aller au fond des choses, les lyrics ont étés écrits en juillet 2001 en Roumanie à Schözburg et, plus particulièrement à Kronstadt, lieu non loin duquel trente mille personnes périrent dans la souffrance et le sang en 1460 des mains puissantes et déterminées du Prince Dragon lors de la nuit de la St Barthalamew. Akhenaten n’avait qu’à laisser l’atmosphère funèbre et emplie d’histoire qui règne en ces lieux gagner son esprit. En conclusion, il serait infamie et couardise que de considérer « To Embrace The Corpses Bleeding » comme une traîtrise ou une soupe synonyme d’accalmie. Laissons la stupidité de ces supputations foireuses aux quelques gueules de vielles autistes restées inhibées sur « The Cold Earth Slept Below » « … Until the darkness consumes all we are left to suffer in this world… »
Au delà de ce discours fataliste, Akhenaten scandait qu’il ne lui restait que le vrai et pur esprit du Black/Death et, affirmait donc son dégoût à l’égard de l’évolution de la scène, de sa pollution, des guéguerres fratricides qui y règnent. Il décida de couper court à de nombreux contacts, de laisser les parasites, n’ayant pas la capacité d’élever le BM à un niveau profond et artistique, dans leur merde malodorante. Cela laissait présager le pire concernant la suite des événements, la survie de Judas Iscariot et l’avènement de nouvelles œuvres. Finalement et contre toute attente verra le jour une dernière œuvre sous ce nom devenu un modèle d’intégrité. « Moonlight Butchery » enregistré en grande partie en avril 2001 vient en 2002 clôturer définitivement la chapitre avec la collaboration serrée et ultime du cultissime label germanique No Colours Records. Ce mini-Cd quatre titres est loin d’être l’œuvre du groupe que je préfère mais, il convient de consommer cette noble révérence avec respect. J’ai toujours conçut Judas Iscariot comme étant capable de rester très traditionaliste mais en même temps comme étant capable de surprendre son cercle fermé d’adeptes à chaque nouvelle réalisation. C’est une fois de plus le cas ici. Après « To Embrace… » la logique aurait voulut que l’on s’attende à quelque chose de très rapide, assez riche, varié et luxuriant … En bref, à quelque chose s’inscrivant dans la droite continuité de ce dernier. Il n’en est rien . Akhenaten fait le ménage par le vide et revient à quelque chose de beaucoup plus dépouillé dans la forme : L’orchestration jouit d’un tempo à prédominance lourde et lente ; Tempo où s’épanouit et n’a de cesse de se mourir une nébuleuse de quintes simplistes et d’arpéges froids et lancinants ; Au delà de la recherche dans l’épuration musicale, on ressent un véritable travail dans l’émulation des sonorités, la volonté d’enfanter une atmosphère auguste, désespérée, ce qui n’est pas sans rappeler une fois encore le minimalisme savant qui vous prends aux tripes d’un Burzum dans ses heures les plus glorieuses. Plus que jamais, la rancœur, le dégoût et l’abandon sont clairement palpables, à moins d’être autiste au dernier degrés ; Ce sentiment poignant est exacerbé par la présence d’outros qui sont l’œuvre de Puissance (projet dark neo-classique suédois), de synthés ultra discrets et glaciaux et, de l’éternel timbre haineux et dédaigneux d’Akhenaten. Le seul track se détachant de cet ensemble homogène et toujours très cohérent est « Conjuring Hell’s Fire », le dernier qui figure ici à titre de bonus et qui de part sa brutalité et sa violence renoue avec les œuvres passées les plus virulentes de Judas Iscariot. La présence de Cryptic Winter derrière les fûts n’est pas étrangère à cette recrudescence de folie. Notons également que ce morceau à été enregistré en décembre 2000 soit bien avant les trois premiers capturés en avril 2001. Idéologiquement, rien n‘à changé, Akhenaten à été, est et, restera même au delà de la mort un personnage intègre et entier. Point besoin de s’étendre sur le sujet. En conclusion générale, ce Mcd est le point final de l’épopée Judas Iscariot et, cela se ressent dans cette œuvre ultime . De ce périple subversif et à contre courant nous retiendrons simplement de part un nombre conséquent d’album et un discours sans failles qui n’a jamais adoucit le propos, une intégrité incroyable et un refus de sombrer dans la médiocrité qui devrait servir d’exemple et de leçon à une bonne partie de la scène. Mais, inutile de cultiver la nostalgie et d’offrir un débordement de sentimentalité pathétique. Même si ce projet restera à jamais dans le cœur et les esprits des plus fervents défenseurs de l’extrémisme underground, il est désormais temps d’accorder une intention toute particulière à Weltmacht entre autres. « Who Shall Be Mocked In Pain And Death …» Sperm. S. |