Dans la lignée de mes autres kros, du Bestial Summoning, BS, en split tape (existe aussi en format CD/LP) avec Heretic, encore et toujours éditée chez les apôtres du mauvais goût : Supremacy through intolerance, impossible de rater ça.      

Honte à moi : d’Heretic, je ne connaissais que le nom avant de m’envoyer leur partie dans les cages à miel. Le premier constat face à ce groupe hollandais fut la surprise, tant la substance produite est différente de celle de l’autre formation partageant cette œuvre.
En effet Heretic débute donc ce Splitting skulls for Satan avec un « We will destroy, rock n’ roll » au possible, rappelant les prémices de ce qui fut appelé black metal plus tard. Cette basse omniprésente, cette voix, tout rappelle ici Hellhammer, voire Venom par moments. Mais ce n’est pas un simple clone, malgré l’extrême ressemblance tant au niveau du son que des riffs.            

La suite est du même acabit, certains vocaux sont presque calqués sur ceux de Tom Warrior, et on attend presque les « Hugh ! » avec l’impatience d’un Albert Fish à la vue de la croupe juvénile d’une Grace Budd. Les compos sont bonnes et ne tournent pas en rond, la guitare prend sa place tout en laissant une part non négligeable à la basse. On a même droit à quelques soli old school qui font revivre le cadavre désormais bien entamé par les vers de Hellhammer.      

Alors ce groupe se résume-t-il à un simple suçage en règle des grands anciens ? Nein herr kommandant, car malgré tout on distingue une personnalité derrière cet enrobage d’honneurs rendu au glorieux passé. Certains vocaux sont plus proches du black metal de la 2nde vague avec quelques incantations en fond, à mi-chemin entre growl et déclamation, quelques putains de breaks à te casser la nuque apparaissent de-ci, de-là (« Horns of hell » en est un bien bel exemple).       

Ce groupe réussit à imposer malgré tout une personnalité mais reste indubitablement trop ancré dans ses références pour que le foutre perle. Sur toute leur partie du split il n’y a pas de mauvais morceaux, mais aucun qui ne mérite non plus une crise de priapisme ou que la semence coule. Bref un assaut néanmoins plus que correct qui ravira tous les vieux briscards ayant toujours trouvé la scène norvégienne des 90s trop sombre, brutale et pas assez rock n’ roll ou étant simplement restés scotchés aux prémices du genre. Ici ils seront servis et malgré tout je préférerai toujours me cogner ce Heretic dans les gencives que n’importe quelle bouse enregistrée par le premier merdeux venu.

A noter qu’un message est imprimé dans la cover à l’intention d’une partie du « public » qui adule ce groupe pour les mauvaises raisons et sur lequel Heretic chie allégrement, ça fait toujours plaisir à lire. Le même genre de déclaration de haine à la face de la plèbe est présent sur la side Bestial Summoning.
2nde face de ce split, celle qui me fit acheter l’objet. Bestial Summoning, projet enfanté il y a bien des lunes, qu’il est inutile de présenter. Si vous ne le connaissez pas, allez prendre une douche au napalm ça vous fera le plus grand bien.      

Nous voici donc en présence d’une rehearsal, autrement dit ne vous attendez pas à un son poli tel un chibre fraîchement lubrifié par une goulue mais bel et bien à de l’abrasif, du qui fait mal par où il passe. Le son est dégueulasse, mais paradoxalement presque meilleur que celui du « Sodomistic ritual », précédemment déféqué par ces mêmes psychopathes. La folie pure se déchaine, une violence acerbe sort de ce bourbier sonore, ça grésille, ça sature mais bordel ça a une âme et de la rage à revendre. Combien de combos peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir sorti une pièce de haine aussi intense que celle-ci ? Peu hélas… Les formations actuelles sont sans doute trop occupées à essayer de se faire valoir. Pas besoin d’avoir un son fantastique pour pondre une perle de noirceur, il suffit d’écouter cette profanation auditive pour s’en convaincre et quelques groupes actuels l’ont bel et bien compris à l’instar de Vucub came, Nekrokaos et j’en passe.       

La guitare est comme à l’accoutumée accordée en mode chtonien, tel un kraken venant réduire à néant le magma informe nous servant encore de cerveau, elle attaque la matière grise et taille dans le vif. Elle est si profonde qu’on aurait même du mal à croire qu’il s’agisse d’une guitare et non d’une basse. Les riffs sont tout simplement monstrueux et ce malgré le fait que ce soit de la pure impro.

Ces lacérations sonores enfantées par cette guitare d’outre-tombe sont parfaitement supplémentées par une batterie loin d’être technique mais foutrement efficace. Un martellement brut et presque martial par moments, pas toujours carré il faut bien l’avouer mais après tout, au four la technique, le rendu est foutraque et c’est là tout ce qui compte. Les vokills de « The unsane » sont toujours aussi écorchés, arrachés, un appel au meurtre de la part d’un fou. Seul Dead était capable de produire des vocaux si haineux et gorgés de folie. La crasse, la noirceur enfantées en terre glaciaire il y a de ça 15-20 ans se retrouvent sur ce missile de croisière. L’aura de possession d’un « Live in leipzig » croisé avec la noirceur d’un « A blaze in the northern sky » / « Drawning down the moon » et cette énergie tout droit sortie d’un « Pentagram » de Gorgoroth ne sauraient être qu’une approximation permettant de saisir la substantifique moelle ce qu’est en réalité ce maelström de violence, de dégoût et d’horreur.
Le seul point négatif de cette abomination pourrait être son côté redondant, les morceaux ont tendance à tous se ressembler. Défaut au combien mineur en comparaison de cette décharge de calibre 12 en pleine tronche que cette offrande nous procure.           
 
En conclusion nous voilà encore une fois en présence d’une œuvre tout simplement culte : un Heretic plutôt convaincant bien qu’à mon sens trop embourbé dans ses influences et un Bestial Summoning au mieux de sa forme. Back to the roots avec cette offrande, un énorme glaviot sulfureux à la face des religions, la libération d’un instinct vengeur et destructeur. Une démo qui fera germer des idées à donner des complexes à Guy Georges, chez tous les adeptes de l’art noir tel qu’il se doit d’être pratiqué.

No Fucking Contact !


Gheritarish