
Ensamhet, quant à lui, est le projet originel d’Aguares, et, si sa première démo intitulée « Per Sepulcra Regionum (Songs Of Exorcism) » [1996] me laissa, en une essence assez fade conçue comme une bande originale de film cauchemardesque, plus que sceptique et défiant, sa partie beaucoup plus Raw Black Metal du split Ep avec Banished Spirit sortit en 2004 chez D.U.K.E. me décalqua, comme vous avez sûrement pus le percevoir via ma précédente chronique, les rouleaux en moins de temps qu’il n’en aurait fallut à un Guy George, entassé dans wagon couchette avec je ne sais quelle délégation de Miss France, pour déclarer l’état de siège sodomite… Autant dire, donc, que j’attendais la suite des réjouissances avec une excitation toute particulière et, c’est ainsi que un an plus tard, fidèle aux agents perturbateurs jurassiens du dernier label sus-cité, Ensamhet va enfanter « Les Siècles Se Sont Ecoulés », premier véritable album présenté en un Digipack sobre mais efficace. D’austères arpéges d’une mélancolie cristalline quasi médiévale sur la froideur desquels viennent se greffer toute la douleur de larmoyantes litanies transpirant d’authentiques violons… L’on croirait presque assister au tout dernier témoignage tellurique d’un Primordial avant que, flanqués du plus incurable et ultime degré de neurasthénie, ses membre ne se résolvent au suicide ; Allégorie accréditant le cachet « Legendary Dark Metal » que je pus apercevoir, il y a quelques mois, au détour d’un flyer et qui, je dois bien l’admettre, suscita en moi quelques appréhensions, mais, se brisant rapidement au son de parasitaires larsens annonciateurs d’une quintessence que je qualifierais tout simplement de Black Metal… Bien heureusement, les étiquettes stylistiques ne sont pas une science exacte… En suédois, Ensamhet signifie « solitude » et, l’écoute des sept tracks de cette rondelle prouvent que ce nom n’a pas été choisit au hasard : Desservies par un afflux de distorsions aussi impénétrables que l'écrin d’un informe mégalithe qui, la nuit tombée, verrait renaître en sa pénombre les liturgies les plus sybarites, plus marmoréennes qu’une infortunée dépouille s’étant laissée mortellement piéger par les léthargiques glaces d’un étang maudit… le jeu de cordes se décline en un morne, tourmenté et amphigourique songe contemplatif, où chaque mélodie semble surgir de suaires vaporeux depuis d’intemporels panthéons agrestes où ne régneraient plus que de tragiques clameurs ; Où tout riff retentit tel les macabres murmures sépulcraux d’un mort errant entre les piliers de ce qui, jadis nécropole idolâtre, n’est plus aujourd’hui qu’une trouble et nébuleuse futaie, théâtre de la perte des êtres nostalgiques ; Où chaque harmonie se dissout pour mieux ressusciter, comme peuvent encore le faire les superstitions à l’aube des veillées champêtres éclairant parfois les plus noires et archaïques terres de nos campagne… Au risque de contredire bon nombre de chroniqueurs, l’héritage Baël, celui du monstrueux « Bleeding For Him » du moins, est à mon sens palpable, la verve satanique en moins et la fibre sylvestre en plus, de part une dimension poignante, dramatique commune, et, c’est justement lorsque ce parallèle se fait trop tangible qu’Ensamhet semble se plaire à brouiller les pistes en garnissant son art de claviers hypnotiques, de guitares acoustiques ou pianos arpégés… lorgnant alors plus vers les influences de Summoning ou Vinterriket. Les percussions n’ont, quand à elles rien, de comparables en ce que, moins brutales et crues, plus épiques et éthérées bien évidemment, mais aussi très en retrait au niveau du mixage, elles témoignent clairement d’une volonté de relayer la vigueur rythmique propre à l’Art Noir au second rang pour essentiellement plébisciter atmosphères et ambiances. Le même constat est applicable aux lignes vocales fantomatiques, rampantes, semblant surgir de siècles de noires et hérétiques légendes… regrettons simplement que les textes, visiblement 100% gaulois, ne figurent pas dans le livret. Que dire pour résumer ? D.U.K.E. signe une fois encore, vous l’aurez déjà tous compris, un excellent album mais, étrangement, il y a en ce « Les Siècles Se Sont Ecoulés » quelque chose m’empêchant de réellement y adhérer. A terme, cette rondelle dépose en son sillage le vague souvenir d’une profonde chimère ce qui est probablement le but avéré mais, me procure systématiquement un manque que je ne saurais concrètement expliquer. Peut être que les séquelles m’ayant laissés le dernier Ep de Dark Opus et le split avec Banished Spirit sont trop tenaces… Contact : Sperm. S. |