
Dudkh, pour les pédérastes qui ne le sauraient pas, c'est le projet black atmos de Roman Saenko, principal membre du grand Hate Forest, une figure d'anthologie semblant être abandonnée au milieu d'une scène ns slave fashion, et d'autre part, une des rares personnes à pratiquer un art authentique, honnête, brut et personnel. C'est donc avec la plus grande fierté que j'entreprend, plongé dans la solitude en cette sombre fin d'hiver, la chronique des deux albums que le band compte à son actif.
« False Dawn ». Premier titre de l'album, il n'impose qu'une courte introduction laissant directement place à un riff aux faux semblants de « A lost forgotten sad spirit », appuyée d'une double grosse caisse que "vous savez qui" avait l'habitude d'employer. C'est donc une ouverture des plus nostalgiques que nous propose « False Dawn » en renouant majestueusement le lien entre les esprits du passé et les jeunes loups d'aujourd'hui. Bien vite, la suite du titre laisse cependant se dessiner quelque sonorités médiévales sur fond de rythmes paganisants, mais cela ne dure pas bien longtemps... Le morceau s'embrume petit à petit dans les ténèbres pour ne plus que laisser derrière lui les ombres d'un passé révolu. Les mélodies, tantôt espérantes, tantôt désespérantes, sont totalement englobées par une atmosphère extrêmement mélancolique. Les rythmes très lents dessinent avec éloquence une ballade emplie de tristesse, de dégoût en prolongeant des riffs d'une longueur à en faire pâlir Forest. Une lancinance incroyablement proche d'un certain « Suicidal Emotions », ressemblance d'ailleurs vraiment présente à travers le minimalisme des riffs , grattés sur corde à vide. Bref, c'est un bien noir tableau que nous dresse là le kamarade Roman, mais surtout un des titre les plus longs qu'il m'ait été donné d'écouter: 16 minutes d'errance en tout (décidément, le spectre de Burzum plane sur cette entité). « Forests in Fire an Gold”. Ce deuxième titre justement nommé présente cette fois-ci une facette beaucoup plus personnelle du band, annonçant notamment la naissance de « Automn aurora ». Gorgé de saveurs compliqués aux arômes bucoliques, ce track est aussi agréable à écouter que l'est de déguster un verre de rouge varois (sans plaisanter). Il est d'ailleurs jouissif de sentir cette odeur de terroir si familière qui nous enivre l'esprit et que l'on retrouve avec tant d'exactitude dans nos produit locaux. Cependant ce bouquet de paysages finit bien vite par s'estomper et par perdre toutes ses couleurs pour ne plus en laisser que leurs ombres. On retombe donc dans une dépression toujours plus profonde, dans une atmosphère de pure solitude qu'il est rare de vivre avec autant de perfection. De nombreux riffs se suivent lentement dont certains semblent provenir directement de « Betrayed » (Abyssic Hate). Les hurlements de Roman ce font rares et nous laissent souvent dans une absence de lumière totale. Un titre hautement dépressif en somme, malgré son chatoyant début qui trompe facilement l'oreille. « Eternal Turn of the Wheel”. Alalah... Ces slaves et leurs roues, que seraient-ils donc sans leur bien-aimé symbole solaire? Drudkh nous pond là une réponse des plus éclairée à cette question en nous balançant un gargantuesque riff introductif laissant d'ailleurs remarquer l'excellent son de la gratte: Une grosse distorsion foutrement fuzzy toujours aussi proche de Burzum notamment lorsque qu'elle appuie des accords inversés typiques du Count. C'est donc à un putain de riff légendaire que s'ajoutent de nombreuses sonorités étranges dues à l'existence de plusieurs parties de guitares ainsi qu'un jeu impressionnant sur les effets stéréo (ride à gauche, charlet à droite, mélodies de guitare s'entrelaçant...). Cette fois-ci le ton est plus diversifié, phénomène apporté en grande partie par l'apparition du seul bast beat de l'album au début. La basse se fait d'ailleurs plus présente sur ce titre en marquant quelques fois de lourds à-coups ajoutant en conséquence plus de puissance et de lourdeur à l'ensemble. « Smell of Rain”. C'est bien évidement sur une outro samplée que ce termine finalement cette longue marche automnale (40minutes pour 4 titres c'est pas rien) effectuée au milieu des hêtres ancestraux. Comme l'indique son nom, « smell of rain » apporte donc un dénouement pluvieux à un ensemble qui l'est aussi, donc rien de bien surprenant. Récapitulons donc: avec ce « Forgotten Legend », Drudkh nous propose déjà une musique de très grande qualité. La production irréprochable laisse entrevoir avec puissance chaque grésillement de cette fabuleuse distorsion utilisée notamment sur Astrofaes. La simplicité du jeu de batterie (je crois qu'il s'agit du batteur de Lucifugum) laisse entrevoir une perfection sonore inégalable. Bref, déjà tant de qualités qu'on ne pourrait compter sur les doigts de nos mains... Mais pour moi, l'apogée créatrice de Drudkh, c'est incontestablement « Autumn aurora ».
« Fading » se fait donc l'honneur d'ouvrir les festivités en usant une fois de plus du sample et de la mélodie acoustique. Mélodie qui d'ailleurs, étonne par sa structure étrange. C'est donc cette fois ci le chant des oiseaux qui nous fait patienter en attendant l'arrivée de « Summoning the Rain ». « Summoning the Rain”. Je vous épargnerai une longue lecture en vous affirmant d'emblée que ce titre est une pure TUERIE, et qu'il justifie à lui seul la réputation de Drudkh. C'est même clairement LE titre le plus représentatif de l'art sylvestre de Roman Saenko. Une fois de plus il nous est donné de constater que la qualité sonore dépasse encore tout entendement, toujours plus travaillée, toujours plus évocatrice. Dés le début de la première partie appuyée de roulements de tomes, on constate aisément l'arrivée du clavier qui ajoute à l'ensemble une saveur plus atmosphérique et spirituelle. Et c'est alors que déboule avec noblesse une mélodie dont la distorsion semble évoquer chaque goutte d'une averse de larmes. Le tout, calé dans un riff rythmique qu'aucun mot ne pourrais décrire. Une fois de plus, le son choque tant il rendrait Drudkh écoutable au oreilles de votre grand-mère. Le jeu de batterie très original est déstabilisant tant il change de la banalité dont il faisait preuve sur « Forgotten legends ». L'ami Roman ne tarde pas à poser ses vocaux d'une façon beaucoup plus appropriée à la musique que par le passé. Son chant est désormais moins rocailleux ainsi que prolongé par une petite reverb qui s'accorde parfaitement avec le côté atmosphérique de l’œuvre. Et c'est un petit je ne sais quoi de sagesse qui semble provenir de l'enchâssement de tout ces éléments. A la fois mélancolique et spirituel, Drudkh nous surprend donc une fois de plus en se surpassant totalement dans une optique plus créatrice. « Glare of Autumn ». prend, quant à lui, ses racines dans la fin du titre précédent en en proposant la continuité. Il marque une courte transition avec l'arrivée d'un sample de pluie, puis redémarre directement en présentant toujours plus d'originalité. Toujours basé sur un rythme de ballade, ce titre opère un mélange entre la grosse disto du père Saenko et une mélodie interprétée à la guitare acoustique. Cette partie s'entremêle avec une autre mélangeant clavier et gratte en rendant un son époustouflant et unique. Mais voici, alors que nous l'avions presque oublié que débarque un riff monstrueux plus typé Burzum que jamais, et ce sera le dernier. C'est donc sur un riff d'anthologie que se clôt un morceau tout aussi anthologique. Hail Drudkh! “Sunwheel”. Aaaahhh! Encore des histoires de roues!!! Mais comment font ils pour ne pas gerber leur vodka?!! Bon, mis à part le fait qu'il soit encore question de roues, ce morceau porte tout à fait son nom en imposant un décor beaucoup plus ensoleillé et digne de la grande swastika elle-même. Ses mélodies plus aiguës, ses sonorités plus chaleureuses, semblent évoquer l'éblouissement spirituel de chaque rayon d'un soleil triomphant. Essentiellement basé sur des mélodies de guitares accompagnées d'une corde à vide, le morceau s'encre notamment dans un registre plus médiéval. Les sonorités mélodiques assez étranges rappellent d'ailleurs certains riffs de Negura Bunget, ce qui ordinairement est très rare. Ainsi, c'est sur ce ton chaleureux initial que Roman opère petit à petit une sorte de descente mélancolique comme il a si bien l'habitude de le faire avec succès. Ce morceau initialement riche en couleurs se transforme donc vite en errance solitaire se terminant sur fond de vent; vent annonçant notamment l'arrivée majestueuse de « Wind of the night forests ». “Wind of the Night Forests”. Ce morceau génial démarre brutalement en balançant un riff typique de Hate Forest marqué de roulements de grosse caisse violents. Une baffe dans la gueule évoquant toute la puissance d'une rafale de vent nocturne en étant sombre et vive à la fois. Décidément, tout le baroque de la nature semble être immortalisé à travers ce titre aussi sauvage et pur que le roc, aussi noble et sage que les arbres. Drudkh impose désormais son style et joue dans sa propre cour, nombre de mélodies sont toujours plus extraordinaires les unes que les autres en semblant ouvrir notre esprit sur d'immuables vérités éternelles. La guitare acoustique est toujours présente et encadre avec perfection un riff principal lui même déjà parfait qui marque la fin des réelles hostilités pour cet album désormais mythique qu'est « Autumn Aurora ». « The First Snow”. Rien d'impressionnant pour cette outro qui reprend le thème mélodique de l'intro si ce n'est qu'elle lui apporte une aura beaucoup plus spirituelle grâce à la présence du clavier; dimension spirituelle semblant avoir été acquise à travers ce long voyage initiatique que représente l'album. Au final, « Autumn Aurora » est comparable au « the work which transforms god » de B.A.N., au a « blaze in the northern sky » de D.T., au « thousand swords » de Graveland, c'est une de ces oeuvres qui immortalisent incontestablement l'emprunte créatrice d'un groupe pour en faire une des formations influentes du futur. En terme de comparaison, j'ajouterai que si vous rechercher une musique plus mélancolique, désespérante, où l'influence de Burzum se fait forte: précipitez vous sur « Forgotten Legend », une oeuvre d'une qualité aussi bien quantitative que qualitative. Cependant si vous cherchez le vrai Drudkh, cette saveur unique que nul de peut imiter, ce son grandiose et totalement homogène, ce petit côté spirituel et enrichissant; foncez directement vers « Autumn Aurora », vous ne pourrez être déçu. Pour conclure, je dirai qu'inconsciemment, Drudkh a eu une influence sans précédent sur mon « Nightshade Wandering » (gladsheim), c'est seulement après son enregistrement que je me suis rendu compte que cette excellente formation avait pris une ampleur remarquable dans mon esprit, n'est ce pas là un pur signe de sa grandeur ?
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