Voilà désormais un bon moment que Cryfemal se terre dans l'ombre des forêts ibériques, souillant de son essence noire et putride le sacré pour mieux pouvoir glorifier la toute puissance du Grand Bouc. Composé des psychopathes que sont Ebola et NecroSeheiim, Cryfemal entend bien imposer à la populace bien pensante la tyrannie de son art noir brutal et blasphémateur. 

Comme il l'a déjà été dit précédemment par Verrukose Urethra (Hail à toi), ce band opère à travers un black metal particulièrement violent et psychotique. « Escucha... la muerte persigue » ainsi que le split avec Xerion (les seules autres productions de Cryfemal qu'il m'ait été donné d'écouter) proposait un contenu particulièrement belliqueux, agressif et technique. En se tournant vers ces ancien méfaits, on constate à l'écoute de « With the help the devil » que Cryfemal a bien changé, notamment à cause de l'optique évolutive de ses deux membres très proche de celle de B.A.N. Le visage n'est plus le même, à la brutalité primitive originelle du groupe s'est ajouté un halo macabre, malsain, d'une obscurité presque impénétrable. Plus de sons synthétiques sont présents et l'ensemble en ressort défiguré, non-identifiable, inclassable, inhumain. La premier écoute de cette galette est donc très déstabilisante et s'accompagne d'un seul questionnement, capital pour l'évolution du groupe: cette nouvelle forme de cruauté sera t-elle à la hauteur de celle qui la précède? 

C'est après « Inicio del caos », une intro présentant autant de grâce et de volupté qu'un tas de fumier posé au milieux d'une garderie, que Cryfemal lance les hostilités avec un titre excellent qui ne nous est pas inconnu: « Segunda muerte ». Oui ce titre illustrant une géniale vidéo où Ebola entreprend gracieusement d'aller déterrer quelques macchabées à l'aide d'une pelle. Clip qui, je préfère le préciser directement pour vous éviter une déception envisageable et légitime, ne figure malheureusement pas sur la galette. Comme vous l'avez donc déjà constaté, le titre débute sur quelques lourds coups de grosse caisse pour laisser place à un premier riff totalement EPITLEPTIQUE renouant pour l'instant parfaitement avec le passé sanguinaire de Cryfemal. 

Je reviens une fois de plus sur un point qui à déjà été abordé pour vous confirmer que le batteur du clip n'est qu'un figurant et que l'usage de la boîte à rythme est toujours de rigueur. Réglée sur un tempo presque constamment surélevé, cette dernière est le reflet de l'intense chaos mental ainsi que du perfectionnisme qui anime les esprits dérangés d'Ebola et de Necroseheiim. Chirurgical est le mot pour décrire toute la froideur et la précision de cet instrument qui a plus sa place dans Cryfemal que la présence d'un batteur qui, même si il était doué, atténuerait considérablement la puissance de frappe du groupe. Le nihilisme auditif qu'engendre donc ce noble instrument tient de support à la traditionnelle agressivité des speed pickings réalisés par Cryfemal. 

Mais alors que l'on s'attend à entendre une version plus psychotique de « Escucha », l'étrange arrivée d'un clavier au sons complètement nauséabonds ne tarde pas à surprendre, et là en toute objectivité, force nous est de constater que c'est un perte pour un gain. Effectivement, les nappes de clavier foutent une claque considérable à la violence inhérente au registre habituel du groupe, mais apporte une atmosphère mille fois plus malsaine à la musique, beaucoup plus démente. La dissonance ainsi que le chaotisme des riffs marquent: tout n'est que laideur et pourriture, rien ne semble réel tant les sonorités étrange émanant de cette musique (si on peut l'appeler ainsi) plongent dans un état second. Un filtre écarlate se superpose à votre vue et une odeur macabre vient subitement emplir vos narines laissant votre esprit dans un état de béatitude hallucinatoire. Tout se transforme autour de vous pour ne laisser qu'une réalité émotionnelle qui vous transcende, qui est la fois l'origine et la fin d'un scepticisme incongru, fruit d'un sentiment d'absurdité plus absurde que ce qu'il échoue à saisir. 

Tout cet univers est décidément engendré par toujours plus de recherche ainsi que de perfectionnisme de la part de Ebola et NecroSeheiim. Les formes d'interprétations des différentes parties musicales sont toujours plus élaborées et diverses. Le groupe tire partie de tout les types de sons qu'une guitare soit en mesure d'émettre. Alors bien évidement le côté nécro très typé Craft est toujours présent grâce à l'exploitation de palm mute lourds et d' harmoniques artificielles assourdissantes, renforçant notamment le côté grind de la musique; mais ce n'est pas tout car décidément, Cryfemal va bien au-delà des simples formes classiques. Pas mal d'hammer off ultra rapides sont aussi de la partie en apportant un côté toujours plus épileptique à la musique. Il serait aussi mal venu d'oublier le premier riff de « Concilio con los fallecidos » qui débute sur une harmonique artificielle dont la tonalité est surélevée par un violent coup de vibrato ainsi que l'apparition d'un riff toujours dans ce morceau entièrement exécuté à l'aide d'harmoniques pures, alors sur une guitare classique je veux bien, mais le résultat sur une électrique s'avère être complètement strident et dissonant, tout ce qu'il y a à demander d'un groupe de BM en somme. Quand à l'utilisation d'accords inversés, elle est bien évidemment de rigueur pour parfaire la laideur d'un univers déjà plus repoussant que l'odeur d'un breton ayant ingéré une des spécialités "culinaire" de sa "région". 

En regardant plus loin que les riffs en eux mêmes, on remarque aussi que l'ensemble est totalement déstructuré. Comme l'a justement dit Ebola dans une interview, Cryfemal ne se résume certainement pas constamment à du brutal mais admet aussi de nombreuses parties mid tempo voir une chanson entière comme « Hail Satan ». De nombreux blancs de boîte à rythme sont notamment disséminés un peut partout dans l’œuvre pour laisser place à quelques passages oratoires teintés d'occultisme. 

D'ailleurs en parlant du côté oratoire de la musique, un autre fait marquant est très rapidement constatable: Ebola à totalement abandonné son hystérie vocale d'antan au profit d'une élocution plus inquisitrice dans la fange de celle d'un primigenium. Vous savez genre de chant presque parlé, animé par une haine profondément ancrée se matérialisant en une élocution très proche de l'avertissement. C'est donc un type de chant aux antipodes de celui qui est hurlé sur « Escucha », mais il s'avère être cependant tout aussi délectable que ce dernier, voir plus adapté. 

Au final, c'est donc le changement relatif de registre qui frappe dans « With the help of the devil ». Concrétement, l'arrivée du clavier reste le fait à retenir de cette production, le reste peut encore paraître secondaire mais contribue tout de même à apporter cette nouvelle saveur nécrophilique ayant investi la musique de Cryfemal. Quant à l’œuvre dans son ensemble, tout est dit, « With the help of the devil » est un album Kult que tout black metaleux un tant soi peu déstabilisé se doit de posséder. A travers une telle originalité ainsi qu'un tel attachement pour le repoussant, Cryfemal s'illustre comme le Blut aus Nord ibérien et balance en conséquence un véritable coup de fouet à une scène qui a beaucoup perdu de sa personnalité d'antan. Il ne nous reste donc plus qu'à espérer que les rumeurs concernant l'intégration future d'un batteur sont fausses et que le groupe gardera toujours en lui la haine qui l'anime. 

HAIL CRYFEMAL !!!

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A.M.S.G.