La chose demeure coutumière, il est des albums qui émergent dans une totale discrétion alors que le contenu mériterait, sinon de l’intérêt, plus d’égard en comparaison à un accueil flirtant soit avec l’indifférence, soit avec l’ignorance. C’est en tout cas ce que je puis constater avec « War Metal », album sorti en 2005 sous le label de Displeased Records et réalisé par le récent groupe US Cobalt formé en 2000 par deux barjots sortis tout droit de leur trou dans le Colorado.

Ah, le Colorado, ses Grandes Plaines, ses Plateaux Enneigés, ses Rocheuses… Un cadre idyllique qui semble pourtant un peu trop paisible pour imaginer honnêtement deux activistes complètement barrés œuvrer dans l’ombre pour nous concocter un Metal extrême des plus hystériques et malsains. Mais le Colorado, c’est aussi ses routes dangereusement désertes, ses patelins paumés rongés par la consanguinité et puis ses tueurs en série. Dès lors, on tolérera plus aisément ce genre de théâtre glauque comme berceau de la conception de ce «War Metal » qui hume bon les effluves putrides de cadavres en décomposition éparpillés ça et là sur un champ de bataille encore fumant.

Au-delà d’une signification pour le moins abstraite du nom du groupe (amateurs de Chevrolets ? chimistes de leur état ? dérivé du Kobalt, esprit maléfique germain ?), je passerai outre la pochette de la release et son curieux concept auquel je reste complètement hermétique (au passage, si quelqu’un saisit une quelconque symbolique à la présence du canasson sur le lay-out, voire un rapport entre Stonehedge et le BM guerrier et génocidaire de Cobalt, qu’il me fasse signe !).

En début d’album, nos deux acolytes ne se sont pas embarrassés à placer une quelconque introduction ambiante ou martiale mille fois entendue ailleurs puisque les premières secondes de dévastation musicale nous viennent à la gueule comme une roquette tirée à bout portant ! Nul besoin de se passer attentivement les sept tracks qui composent « War Metal » pour cerner le style opéré ici. Nos esgourdes auront l’honneur de se claquer un Black Metal dans la plus pure lignée de la scène extrême Australienne et Canadienne. Erik Wunder (derrière les fûts) et Phil Mc Sorley (s’occupant des cordes) se sont parfaitement emparé de l’essence d’un genre à la fois adulé par les irréductibles maniaques du Metal extrême et honnis par certains arrivistes new school, pisse-froid en manque de romantisme, paumés entre le Black Metal hermaphrodite et le Gothique mercantiliste. War, Death, Genocide, un langage universel qui n’est certes pas du goût de ces tapettes en collant défoncées au Champagne mais dont nous nous accommodons volontiers.

Musicalement, nous pouvons donc jouir d’un mixe hyper boosté de Black et de Thrash aussi puissant que frénétique, et surtout remarquablement contrôlé. Les riffs sont tantôt simples, tantôt complexes, mais un véritable travail d’élaboration se fait ressentir dans chacun des cinq ou six que l’on peut dénombrer sur chaque morceau. Mc Sorley les enchaîne avec brio et teinte de cette manière sa musique d’influences teutonnes pour le côté Thrash rétro et suédoises pour le vieux Death discernable ici et là sur certaines notes. On remarquera en outre quelques passages acoustiques rajoutant de la profondeur et une accalmie pour laisser la suite redoubler de violence.

La basse quant à elle ne fait que donner un peu plus de puissance à quelque chose de déjà bien burné. Relativement discrète et difficilement discernable, elle est l’ombre de la guitare en lui apportant néanmoins un soutient d’élévation sonore relativement conséquent. Il en ressort ainsi une certaine densité, une puissance explosive propre à un bombardement en règles des lignes ennemies !

Alors que Kanwulf, porté par je ne sais quel manque de reconnaissance sous couvert d’une pathétique recherche d’inspiration, prépare ses bagages pour partir se perdre en jungle vietnamienne entre deux C’est Mon Choix version allemande, les bougres de Cobalt, tapis au fond de leur sordides plaines, réussissent à retranscrire sur galette une méchante ambiance de bataille sentant bon le napalm au petit matin sur fond de palmiers enflammés où les salves ininterrompues de batteries font office de fusillades croisées. En effet, le jeu appliqué par Erik Wunder sur ses fûts est tout bonnement impressionnant de vitesse et de maîtrise : les blasts sont légions, les changements de rythme arrivent à point nommé avec les tournures de guitares, les breaks sont quant à eux imparables… bref de quoi se casser la nuque dans l’allégresse.

Enfin je n’aurai rien à reprocher aux vokills puisqu’on ne pouvait pas en attendre de plus agressifs pour un album de cet acabit. Portés par les deux membres du groupe s’égosillant en chœur à s’en faire cracher bile et hémoglobine, ces vociférations rageuses légèrement saturées submergent totalement l’auditeur d’un flot acide et corrosif de haine et d’amertume. Fort heureusement de par leur intensité, celles-ci sont loin d’être omniprésente sur toute la longueur des morceaux.

Au Final, « War Metal » demeure une pièce unique du Black Metal US qui méritera de nombreuses écoutes pour assimiler toutes les subtilités d’une violence aussi bien contrôlée que constitue pour moi la musique de Cobalt. Une fois digéré, le glaviot présente tous ces aspects qui en font à mon sens un album culte : des morceaux discernables et facilement reconnaissables, des riffs qui nous arrivent en pleine meule pour se nicher dans un coin de notre crâne, une batterie impeccable menée des mains d’un furieux parkinsonien, et ce sentiment d’être envahi par une soif immarcescible de destruction. A ranger aux côtés d’un Conqueror et d’un Destroyer 666 pour l’hommage.

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