Tenebrare / Wakboth « Split » (2004)

Je ne sais plus quelle connaissance fermement décidée à ne point tarir d’éloges ou, quel sombre contact endoctriné, m’ayant, dans un passé proche, plus qu’abondamment bassiné les roubignolles au sujet de ce split régurgité des entrailles de l’underground en 2004, je me décida, finalement, quelque mois plus tard, à me le procurer auprès de mon dealer attitré, le sceau de Pâleur Mortelle, apposé à cette co-prod avec Warchangel Productions, m’ayant mis en confiance car étant généralement gage de qualité, et, ne serait-ce que par simple curiosité. 

Jusqu’alors, pour moi, parfaitement inconnu, c’est donc Tenebrare qui lance l’offensive ; Quintette parisien formé en 1998 autour, hormis Ulfar d’un Funeral Rip paraissant riche en groupies mais dont je n’ai encore jamais entendu quoi que ce soit de notoire, et, surtout, d’un MkM que l’on ne présente plus, de parfaits anonymes, et, dont ce « An Offering To Darkness & Satan » est le premier glaviot. Si la présence du front-man d’Antaeus peut d’emblée laisser suspecter un énième clone fadasse de Sadistik Exekution, un second side project type Aostoth ou, je ne sais quelle autre entité fondamentaliste trop parisienne pour être crédible, il suffit, stupeur( !!?!), d’introduire cette tape dans sa platine pour constater que Tenebrare se révèle bien plus proche des origines scandinaves de l’Art Noir que du plagiat médiocre de je ne sais quels pré-pubères encore sous le choc de leur dernière orgie « for HIM » scellée place Clichy….

Soit… à la carte des réjouissances donc, une essence qui, rythmiquement aérée et très variée, se montre propice au déploiement de riffs crus, sulfureux, mais étonnamment ambiancés, harmonieux, gorgés de mélodies plus douloureuses et tragiques que le suicide incarcéré et antalgique d’un sociopathe au crépuscule d’une ultime et impulsive purge urbaine ; De complaintes si languissantes qu’elles en viennent à transpirer d’une mélancolie mortifère presque digne d’un « Under The Sign Of Hell » de qui l’on sait, voire même de la quintessence la plus écorchée vive de notre concilium sudiste d’antan( ??!?!); De litanies passéistes, plus glaciale que le lit d’un fjord, promptes, entre deux arpéges plus dépressifs que ceux d’un « Through Chasm, Caves & Titan’s Woods » de Carpathian Forest, à éveiller à nouveau les instincts ataviques et vengeurs qui régnaient sur les assauts du Satyricon de la grande époque… Que sais je encore… Les vocaux, quand à eux, ne sont, à mon sens, pas à la hauteur de l’effort instrumental fournit. Je vois déjà certains aficionados aveugles me cracher à la gueule et scander que le spectre vocal rauque et blasphématoire de MkM est palpable, ce que je concède sans trop rechigner, mais, beaucoup trop en retrait et, paraissant avoir été dégueulés sans réelles convictions, de façon aussi expéditive qu’un incontinent qui aurait essayé de se débarrasser d’une chiasse dure et tenace, ses vokills semblent désagréablement se reposer sur certains acquis… 
Somme toute, à l’issue des quatre tracks ici posés à titre de première pierre, je reste dubitatif : Si d’un coté, Tenebrare ne semble pas sombrer dans le piège de plus en plus ridicule d’une identité parisienne usée jusqu’à la trame, ce qui est tout à son honneur, de l’autre, son essence ne semble pas avoir d’ambition autre que de se conformer aux classiques de plus grande envergure… Or, si le fanatisme conservateur fait généralement l’unanimité chez moi, c’est ici un peu trop léger à mon goût bien que de stature correcte… Certains crieront au génie, pour ma part il m’en faudrait un peu plus… 

Changement radical de style sur la seconde face et regain d’audace, d’originalité avec les premier souffles de Wakboth. Entité également parisienne qui fondée en 2000 sur les base du duo Yhrm & Panzer [ancien membre de Deviant] et ayant auparavant déféquée deux démos, à savoir « The Pain Strike » en 2001 & « He Owns Us All » en 2002, propose une mixture à la charnière du Black de l’Indus et de l’Ambiant sur fond d’holocauste apocalyptique : 
Au chapitre des hostilités donc, le traditionnel triptyque guitares minimalistes corrodées au gaz moutarde n’étant pas sans rappeler la folie d’un Division Ruine, percussions synthétiques qui lorsqu’elles ne crépitent pas d’une frénésie quasi nucléaire sont d’une pachydermie si éclatée qu’elles en défieraient presque les codes du harsch noise le plus saturé, et, vocaux distordus qui, frôlant perpétuellement la rupture et transpirants de je ne sais quels abominables effets, sont dignes des râles convulsifs et révulsés de derniers survivants qui, plus irradiés que l’épicentre de Nagasaki, dégueuleraient leurs fluides et organes internes dans le dénuement moite et souterrain d’un bunker oublié par la mort… Triptyque auquel viennent se mêler de multiples salves d’armes lourdes automatiques que l’on se plait à imaginer crachées sur l’innocence de pelotons réunissant femmes et enfants, feulements de missiles salvateurs et déflagrations lourdes, crépitantes réduisant les dernières poches de résistances à l’état de cloaques malpropres et baveux, instructions implacables, fanatiques et forcenées dignes des démences mégalomanes de généraux cérébralement rongés par la syphilis, sonorités plus synthétiques que les hallucinations d’un franc tireur défoncé au PCP, abandons plus grouillants que la vermine se délectant de carcasses calcinées, saturations plus mécaniques et irréversibles que des bulldozers repoussant les débris de l’humanité dans les entrailles de crématoriums … Inutile de pavoiser plus longtemps : Là où beaucoup d’esprit traditionalistes semblent s’en être totalement remis à la cause de Tenebrare au détriment de Wakboth, vous l’aurez cernés, tel n’est pas mon cas et, à l’heure où, achevant cette chronique, un reportage sur la shoah virevolte dans mon antre en toile fond, je saisit, non sans plaisir, toute l’ampleur de cette très honorable seconde face. 

Un split assez inégal en conclusion, entre léthargie conformiste insuffisamment régressive, et, audace dépouillée de tout asservissement et complexes. 

No fucking contact

Sperm. S.