ELECTRONICALLY LOST « Dépression Souriante » (2006)

S’étant manifesté pour la première fois en 2005 par la sortie de sa démo pionnière intitulée « Lonely Diseppearing » sous le label Atlsphere Prod, Electronically Lost n’attendra qu’une année avant d’enfanter une seconde démo présentée sous le titre français de « Dépression Souriante » et labellisé cette fois par l’excellent Foedus Aeternus Corp. Ce projet lillois d’un dénommé Electro Fanatik, unique maître d’œuvre de la chose, propose à qui voudra bien l’écouter un Black Metal Indus où, comme le suggère le patronyme du groupe, les influences électroniques prennent assez souvent le pas sur le reste de l’aspect non-musical du glaviot. 

Après s’être attardé sur le lay-out pour le moins original dans le style puisque directement tiré de je ne sais quelle illustration sortie de l’esprit déglingué d’un réalisateur de science fiction burlesque façon série B durant les 25 glorieuses, nous pouvons insérer la galette dans la platine pour constater plus précisément de quoi il retourne.

Tradition oblige, les hostilités s’ouvrent sur une introduction misant sur l’ambiance pour les entrées en matière. « Enter Our World » donne donc un aperçu pas dégueu de l’univers de Electronally Lost : Filets sonores psychédéliques mais discrets alternativement masqués par de lourdes déflagrations électriques et finalement parasités par une brève apparition de grattes saturés. La Dépression peut enfin commencer.

Et c’est donc sans transition que l’on nous assène de boucles à la fois hyper saturées et pesantes de cordes malmenées par l’esprit torturé se trouvant aux manettes de ce manège infernal. Une rythmique sulfurique conçue pour blesser physiquement. Les percussions aux sonorités organiques se perdent aisément dans des blasts sans délaisser les cuivres tandis qu’un matraquage d’une autre dimension vient renforcer la sensation d’écrasement par quelques beats électro. Electronically Lost ne vient néanmoins pas gratter les balloches des délires technoïdes du dernier Blacklodge, l’aspect BM étant par ailleurs nettement moins flagrant que dans ce qu’ont pu faire ses homologues. Même si l’on a fréquemment le droit à un bon gros dégueulis de cordes bourdonnantes sur une cadence digne du supplice de la goutte en 300 bpm, le projet semble plutôt miser de prime abord sur l’ambiance, une ambiance au demeurant déglinguée du bulbe où l’auditeur devient le cobaye des délires psychédéliques d’Electro Fanatik, une espèce de réminiscence de ses peurs infantiles du doux crissement de la roulette du dentiste. Ces sonorités propres à vriller la bouillie qui sert de cervelle nous fait penser que l’anesthésiant n’a pas été dosé en quantité suffisante… Si l’on ajoute à ce beau bordel des vokills parfaitement en adéquation puisque douloureusement chargées à l’acide de batterie, on obtient un projet qui ravira les amateurs de l’expérimental dans le domaine du Black Metal à condition de ne pas être allergique à un certain modernisme traumatisant. 

Précisons que la démo ne se présente pas comme un monolithe de torture auditive puisque chaque morceau se distingue habilement des autres, tantôt par une prédominance métallique, tantôt par la propagation d’un univers ambiant assez bien chié, les guitares y ayant cependant toujours une place de choix.

Ainsi, un track comme « Don’t Forget Negativity » ne lassera pas de faire penser aux dérives électro-indus de « Login:SataN » sur bien des points tandis que la longueur de « The Horror Reality » et son ambiance post-apocalyptique nous rappelle non sans plaisir les méandres sonores d’un Zaragh’Baal’Tharagh ou les rythmiques hypnotiques du premier Wolok, les vox s’approchant parfois même de la prestance organique de ce taré de Luc Mertz. 

»Experi-Theory Antihumanity » surprend par ses amorces Heavy et ses samples venues d’ailleurs donnant naissance à quelque chose qui n’a plus grand rapport avec du Black où l’on passe du coq à l’âne comme dans une partouze à la ferme, la ligne directrice s’incarnant dans le fait qu’il n’y en a aucune, un peu comme sur « Virus S.T.N » de Diapsiquir.

Les bourdonnement et vrombissements d’une bétonneuse en plein travail prêtent à refermer pour des temps immémoriaux un charnier rempli de corps en phase avancée de décomposition, tel est le théâtre de « Experi-theory Antihumanity ». Ainsi s’achève la démo, sur des relents cadavériques au sein d’une sombre cité impie comme aurait pu l’imaginer un Lovecraft encore sous le coup de ses paranoïas spatio-temporelles. Le Bonus track « Death Is Human » n’ayant pour but que de renforcer cette atmosphère surnaturelle par une alternance d’ambiant électro oppressant et de fureur métallique hostile.

Au final, nous avons-là une oeuvre déroutante au premier abord mais qui saura se faire apprécier au fil des écoutes, à condition bien sûr d’être capable d’apprécier ce genre d’écart très controversé dans les palabres ayant cours dans je ne sais quel débat stérile « pour ou contre l’indus dans le BM »… Pour ceux qui se sentiraient attiré par l’expérience paradoxale d’une dépression souriante, je leur conseille de se retirer les doigts du cul et d’agir vite, la galette étant limitée à 100 malheureuses copies !!

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KonRig.