Caedes Vocum « Animus Silvae » (2005)

S’étant révélé très récemment à notre kamp, Caedes Vocum est une toute nouvelle recrue de notre scène hexagonale, originaire, à mon plus foutrique plaisir, des noires et meurtries terres de Lorraine ayant bercées mon enfance dépravée et chaotique….

Formé en octobre 2004 autour du duo Nekrophoros [guitares / chants] et Dindonaz [batterie], Caedes Vocum concrétise la volonté de monter un projet solide rompant avec des expériences & formations initiales, admettons le de façon générale, bien souvent décevantes et sans envergures… votre humble serviteur ayant déjà lui même essuyé bon nombre de déconvenues en la matière… Partant de ce postulat individualiste ô combien noble et sage, la première démo qu’est « Animus Silvae » sera donc capturée en avril / mai 2005 avec l’appui ponctuel d’un certain Gustav pour la basse, et, masterisée, sans le moindre mixage préalable, en juillet de la même année. 
De là, les commentaires plus que dithyrambique et prometteurs de mon confrère Mrik [que je salue au passage au même titre que toute l’équipe Foedus Aeternus Zine / Distro] ainsi que, je le concède, l’emprise qu’ont encore à ce jour sur mon être mes terres natales, me poussèrent rapidement à me procurer ce Cd-r pour en arriver à la présente chronique.

Si nombre d’individus superficiels n’accordants à l’Art Noir qu’un crédit purement esthétique ou sensationnaliste, ne dépasseront probablement pas le stade de la cover, certes plus que classique, tiédasse, et relativement peu audacieuse, les esprits clairvoyants pourront, quand à eux, constater que Caedes Vocum n’est en rien un énième parasite sans saveur, et, qu’il tend clairement à se dresser contre l’érosion quotidienne frappant le milieu, cela dés le premier track qu’est « Nuit Glaçante » ; Introduction très étrange, presque bipolaire, en ce qu’elle semble mêler l’orthodoxie funèbre, vaporeuse et contemplative des interludes les plus champêtres d’un Mystic Forest, et, la folie tourbillonnante, désagrégée, quasi visionnaire des intros / outros du Blut Aus Nord de « The Mystical Beast Of Rebellion » ou, les vertiges abyssaux du plus minimaliste des Stigma Diabolicum. L’on comprend alors que la sobriété de la cover et de tout le lay-out, de prime abord peut-être critiquable, n’est qu’une simple passerelle, une clé offerte à l’auditoire qui, pour le reste, devra composer seul, sans le moindre artifice et dans l’opacité la plus absolue, avec l’essence brute du projet…

Essence qui, globalement très modérée d’un point de vue strictement rythmique, se décline tout de son long en ambiances enivrantes et atmosphères communicatives, plutôt que de sombrer dans le tronc commun d’un bouillie supersonique dont trop peu ont le secret, déployant judicieusement un élixir de douloureux et mornes abandons arpégés qui, plus proche de la solitude suicidaire d’un « Hvis Lyset Tar Oss » de Burzum ou des asphyxies mortifères d’un Xasthur, que des antalgies bouseuses du très comique Shining, sont dignes des dernières images accompagnant une pendaison crépusculaire en rase campagne… De relances ataviques, sanguinaires et vengeresses paraissant unir, en leur rancœur quasi larmoyante, toute la fibre épique qui put animer les Bathory les plus barbares ou, la noblesse inoubliable du « Immortal Pride » de Graveland, à la grâce sacrificielle, agonisante, presque tragique, propre à la mélancolie écorchée vive d’un Peste Noire ou à l’hypnotisme auguste de Desolation Triumphalis… Et, lorsqu’il arrive à Caedes Vocum de s’abandonner totalement dans les bras de ses pulsions, de laisser exploser la haine la plus pure l’animant, une folie sans nom prend alors corps paraissant exhumer le fanatisme cruel et épileptique qui fit la gloire du fameux, et encore inégalable à ce jour, triptyque de Darkthrone auquel viendrait se joindre la cristalline nostalgie contondante d’un Kristallnacht, dans la rage ressuscité, et, pour l’occasion, matraqué par la violence aussi glaciale qu’animale ayant scellée à jamais les premiers albums d’Immortal. 
Les vocaux de Nekrophoros sont, quand à eux et à l’image aussi dense que variée de ce glaviot, plus que réussis en ce que, très polyvalents, ils alternent timbres plus rauques, âpres qu’un lifting chié à la ponceuse, écorchures dignes d’un V. Vikernes qui se serait cogné un gargarisme à l’acide de batterie, une chasse du dragon à l’uranium appauvrie, ou, de sporadiques chant clairs plus rustiques et authentiques qu’une cuite à la mirabelle. Honorant notre dialecte national, souvent de façon très compréhensible, ils scandent, au delà de toute idéologie galvaudée, une textuelle traitant du mysticisme et de l’histoire de lieux familiers au groupe, en accord avec le nom de cette démo signifiant, littéralement, « l’esprit de la forêt ». 

Bien évidemment, tout en ce « Animus Silvae » n’est pas forcément parfait, je pense notamment, outre quelques approximations relativement secondaires et une production par moment un peu trop faiblarde, à l’absence de la basse qui, si elle avait été palpable sur plus de trois tracks, aurait put offrir à ce Animus Silvae beaucoup plus de profondeur… Mais, cette première démo m’a par moment tellement inspiré mes insanes et solitaires errances nocturnes d’antan, qu’elle ne peut que figurer dans la liste de mes meilleurs découvertes de l’année 2005. Dix tracks pour prés de soixante dix minutes ayant réussis la prouesses de ne pas me lasser une seconde du début à la fin. 
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Caedes_vocum@hotmail.fr 

Sperm. S.