Vucub came (littéralement « 7 morts », nom d’une divinité infernale mexicaine, mentionnée dans le popol vuh, un des rares codex maya rescapé de l’Inquisistion) est une entité française à part dans le monde du metal actuel et plus particulièrement dans le microcosme du black metal. En effet ce groupe fondé sur les cendres d’Amon sul en 2002 par Partes Secanto (aka Nebro) et de Mictlan (aka Hermas) se veut aller dans la direction opposée à bon nombre de groupes créés à cette époque. La démarche de ce dernier tendant vers l’abject le plus absolu, l’enfermement sur soi-même pendant que d'autres pseudo evil warriors ne polluent la scène que pour tirer de la grognasse pré pubère et voir leurs photos en format A4 dans Rectallian, lui même intercalé entre Marie-Claire et Femmes actuelles dans les rayonnages des torchons à merdes.
Aux antipodes de ce bourbier, Vucub came nous vomi cette démo tape, composés à l’origine en 92-93 par Amon sul pour finalement être retravaillée et ressortie en 2004. Suivit d’une réédition par Symbolic prod/masochrist en 2006, qui fait l’objet de ces lignes. Preuve au vu de l’ancienneté du matériel que ce n’est pas la reconnaissance que recherchent ces deux âmes, mais bien à retranscrire et ressusciter l’esprit présent lors de la fondation du mouvement.
Cette première prod commence par une « Intro lament » étrange, fait de cris déformés, de growls bizarrement enregistrés et à vrai dire n’apporte pas grand-chose. N'étant pas adepte de ce genre d'exercice.
S’en suit le premier titre « Black as night, red as blood », et là on prend une claque, un black violent, rapide et ravageur nous saute aux oreilles. Le batteur excité comme pas deux voit sa contribution légèrement en retrait au niveau du mixage. Ceci a pour effet d’amoindrir malgré tout les conséquences dévastatrices de son jeu sur notre cerveau. Des riffs bien speed sont servis par une guitare accordée en mode tronçonneuse, prête à en découdre avec nos chaires et toutes formes de résistances présentes sur son passage. Ces derniers ne laissent pas une seconde de répit, jusqu'au break mid-tempo bien malsain, histoire de faire ressortir le coté maladif et poisseux de la bête. Les vokills sont excellents, intenses et haineux sur le début du titre, puis profonds et glauques sur le retard. Les arrachements de larynx sont plutôt rauques et profonds loin des cris suraigües de Lord Sabathan sur les premiers Enthroned. Le titre se fini de manière abrupte semblable à un raté lors de la copie de la tape.
Le second blasphème arrive, « Mysterium tremendum », titre lent et hypnotique, avec un riff répété en boucle mais inspiré, un peu comme si Malefic de Xasthur avait compris que la répétitivité pouvait être intéressante à condition d’avoir des riffs qui en vaillent la peine. Les vocaux sont sursaturés sur ce titre, mais le son quand à lui est étouffé et collant ce qui donne un rendu rauque et sourd, pour un résultat bluffant de noirceur. C’est simple les riffs auraient pu sortir tout droit de De mysteriis…. L’esprit est bel et bien là, Ave Satan.
Vucub came c’est le black metal dans ce qu’il a de plus immonde et repoussant, dans sa quintessence, sa forme la plus pure. On est à des années lumières du easy listing, des arrangements pompeux de sodomites avec claviers grandiloquents, de pagan intello plus proche d’un Astérix métal que de la transcription musicale de la charge furieuse de guerriers la rage aux burnes et la bave aux lèvres.
La production est parfaite pour ce genre de titre, les vocaux supplémentant la guitare à merveille et permettant une immersion totale dans cette abyme d’horreur. A peine ce titre achevé on se fait massacrer copieusement la gueule par un « Maëlstorm of evil » d’une brutalité sans nom, à la croisée entre un Panzer division Marduk, d’un Tsatthoggua sous ecstasy pour la vitesse et d’un Angel corpse en matière de brutalité. Une brutalité puante et ichoreuse telle qu’elle fut enfantée à l’origine par Bathory et consort, puis sacralisée par la 2nde vague. Forme que le black aurait du à tout jamais conserver, au lieu d’être abâtardi par nombre de pédérastes priapiques et libidineux incapables de saisir l’essence même de cet art. Tout simplement jouissif, cet assaut se prolonge jusqu'à nous faire atteindre une fois de plus un mid-tempo poussiéreux histoire de poser une ambiance mortuaire et de calmer un peu le jeu pour nous asphyxier en attendant la charge du prochain titre.
Une fois encore l’entité bicéphale est aussi douée sous tranxène que sous amphétamine mais hélas une fois de plus le titre se coupe aussi brutalement qu’une mâchoire sur une verge et laisse un arrière goût d’inachevé.
« 1939 the twilight Kali Yuga » prend le relais et sous cette appellation énigmatique on retrouve un morceaux ambiant, qui se risque aux mélanges osés entre cithare et xylophone alliés aux percussions limites tribales et toujours avec ces grognements par-dessus. Une fois de plus je n’accroche pas.
La piste énorme qu’est « La consolation des ombres » permet au groupe d’atteindre le sommet de son art, passages rapides avec une guitare incisive et tranchante comme un rasoir. Une furie rythmique en fond, le batteur prouve d’ailleurs par sa technique en alternant le blast/la double avec des passages sur les toms. Cela lui permet de rendre le blast moins mécanique et de fournir un jeu riche et varié loin du tabassage supersonique que beaucoup utilisent à tort et à travers.
Cette œuvre se clôture sur « Caput mortuum », outro construite sur le même moule, qui m’est toujours aussi hermétique, que « Intro lament » et « 1939 the twilight Kali Yuga ».
A moins d’être totalement mongrel vous aurez compris qu’il faut se pencher sur cette démo, réécouter pour apprécier toute la teneur de ce black, simple de prime abord mais complexe de fait. Il faut se plonger dans les couches concentriques de crasse pour atteindre le cœur de la bête. Certes les pistes ambiant ne m’ont fait aucun effet, mais devraient plaire aux adeptes des expérimentations alambiquées. Quand vous serez parvenu à saisir l’essence de Vucub came, croyez moi vous n’écouterez plus vos autres albums de la même oreille, certains vous paraîtrons peut être même fades comparé à ce monolithe de noirceur. A ne manquer sous aucun prétexte.
No Fucking Contact !
Gheritarish