Thy Apokalypse « Funeral Shrine » (2006)

Sur les cendres d’un Exâr Kün [Mixture Electro Metal Atmosphérique parée d’un concept, certains l’auront déjà probablement devinés, naïvement emprunté à la saga Star Wars] pour ma part totalement occulte, Thy Apokalypse voit le jour en septembre 2005 sous l’impulsion d’un certain Adunakhor Z, emmené par une thématique semblant, cette fois, lorgner, à l’instar d’Otargos ou autres groupes pré-modernes suintant de motivations purement esthétiques, vers des inspirations dignes de la haute métaphysique du dernier Terminator… Gageons qu’à la lumière de ce palabre introductif de bien piètres augures, beaucoup auront déjà refermés cette page pour voguer vers des découvertes de plus adultes carrures… D’autres attendront peut être d’apprendre que « Funeral Shrine » est la seconde prod’ d’Arhiman Records pour, indignés, passer leurs chemins… Au final, seuls les curieux les plus acharnés, et autres maladifs chineurs, goûteront à l’ultime répugnance d’apprendre que cette première démo a été totalement conçue et enregistrée par le biais de cet immonde software qu’est Fruity Loops… Non content de s’être laissé soudoyer par les charmes virtuels de My Space, Ebay, ou autre miteux réseaux Wiki, voici donc désormais que le Black Metal se met à la page de l’artificialité intégrale sous simple couvert d’évolution, de nécessaire modernisation.

De plus en plus rares sont les groupes / projets qui parviennent à utiliser le préalable introductif, classiquement de rigueur en matière d’Art Noir, a bon escient. Bien que de solide tradition, l’impact justifiant l’exercice s’émousse quotidiennement, le formalisme le plus pur ayant supplanté toute perspective pernicieuse, et, ce n’est pas « First Asault » qui va venir déroger à ce sinistre constat. Totalement anecdotique, pour ne pas dire clairement obsolète, son abstraction grossièrement galvaudée, surgelée, permet néanmoins, par le biais de sonorités, d’un synthétisme a peine plus digne que la B.O. du plus miteux jeu de la première Atari, semblant vouloir retranscrire celles d’une guitare acoustique qui s’essayerait au plus fadasse requiem, de se faire une brève idée de toute l’impersonnalité que nous réserve le déroulement à venir de la galette…

S’il y a au moins une ambition que l’on ne peut refuser de concéder à Thy Apokalypse, c’est de cultiver une rapidité jusqu’au-boutiste ; Désir d’une candeur touchante semblable à celle du jeune blondin qui, débutant à la guitare, va tenter d’exécuter le « Reign In Blood » de Slayer sur sa Yamaha Classique avant même d’être capable d’y poser un vulgaire La mineur … à celle du pubère adolescent qui, depuis trop longtemps tourmenté par ses hormones, se délivre enfin de son pucelage au rythme épileptique d’un pathétique missionnaire… Lieu commun dans lequel s’enferment bon nombre de jeunes groupes, en somme, avant d’atteindre une maturité plus évolutive ; Lieu commun à l’égard duquel je suis, de fait, généralement indulgent. Une fois n’étant pas coutume, ce ne sera pas le cas et pour cause : 
Pas la moindre goutte de sueur, sang ou sperme, pas l’ombre d’une crampe ou d’une brûlure, ne caractérise le premier véritable track qu’est « La démence de l'humanité ». Que le recours à une boîte à rythmes puisse s’avérer nécessaire, je le concède volontiers en tant, moi même, qu’utilisateur, mais, que dire lorsque les guitares, la basse sont elles mêmes le fruit d’une programmation, aussi méticuleuse soit elle ? Que dire lorsque, là où bon nombre de groupes passent un temps conséquent à se forger un son, une identité sonore forte et unique, les saturations, réverbérations & cie ne sont ici que le fruit d’une banale compression informatique ? Que dire lorsque tout cela se cache dans les tréfonds d’un effort de production médiocre pour, selon toute vraisemblance, tenter de faire passer la pilule de façon, un tant soit peu, naturelle. L’on serait bien tenté, perdu dans ce bordel cybernétique tiédasse, de trouver un bien maigre réconfort en la présence vocale mais, lorsque celle ci se révèle presque aussi lamentable et inaudible que le reste, il faut bien admettre l’évidence.

A mi chemin de ce Cd-r revêtant inexorablement, au fil des tracks, l’allure d’une vaste farce, “The apocalypse on the way” fait office d'intermezzo ; Initiative discutable en ce qu’elle ne peut manquer, après une intro dépassant de peu la minute et un premier track dont la durée avoisine à peine le double, d’inspirer le plus désemparé des remplissage, d’autant qu’elle s’étend sur prés de cinq bonnes minutes… Passons. Façonné dans une veine Dark Ambiant / Industriel, cette interlude se déclinant, sur d’austères sous bassement quasi narcotiques, presque drones, en des résonances tourbillonnantes, des sonorités disloquées et de discrètes percussions rituelles, pourrait presque inspirer « Pain; the Infinite Trauma » de Melek Tha si elle ne finissait pas par s’encroûter en une certaine redondance finalement très contenue et donc, par laisser à l’auditorat un tenace goût d’inachevé déjà vu.
A supposer que Thy Apokalypse soit en position de se prétendre Black Metal, chose que bien évidemment je réfute, un témoignage aussi distinct et, quelque part, abordable, facile, est encore bien insuffisant pour lui faire atteindre le qualificatif très fermé de Black / Indus que j’ai pu apercevoir ça et là sur la toile.

Mais il serait trop naïf de croire que ce projet, via ce troisième track, se résigne enfin à pleinement assumer sa vocation synthétique, à ne se limiter qu’à ce qui est à sa (très) faible portée, à relayer, donc, une folie telle que « La démence de l'humanité » au rang d’outrecuidante erreur de parcours, comme vient rapidement le souligner un « WWIII » synonyme de surenchère dans le grotesque le plus aberrant. Essayez de vous imaginer les plus abominables bootlegs rehearsal de VON, Blasphemy ou Sarcofago revisités, simultanément, par un No Past en grande forme, à la sauce cyber forcenée d’un Cock And Ball torture dont la maîtrise instrumentale, déjà bien faible, aurait, pour le coup, régressée en deçà de celle d’un Nocrataï avec, pour maître de cérémonie vocale, un Dany Filth qui, en plein stade terminal d’occlusion intestinale, tenterait de se soigner au destop… et vous serez relativement proches de la réalité. Médiocre, impensable, inaudible…

Enfin, ce non sens condensé en un peu plus de seize minutes se referme sur « Funeral dance from the past », impalpable mélange de World Music dans sa forme la plus tribale, d’Electro Indus et d’orgues liturgiques. L’expérience, de prime abord intéressante, finit par se révéler dispensable en vertu de l’impression d’inachevé, et donc de simple figuration, qu’elle procure… 

Pour citer un camarde, si habituellement je suis loin d'être fermé aux mélanges des genres à condition que le résultat soit violent noir et malsain, j'estime ici que l’on ouvre la boite de pandore. Je m'inquiète de voir, à l’avenir, l'Art Noir tourner le dos à la tradition, l'esprit Metal, si un vulgaire soft guitar pro remplace l'arsenal de rigueur. Si il est vrai que le milieu dit extrême tourne de plus en plus en rond et se bouffe la queue, je suis pas pour autant prêt à tout concevoir sous prétexte d’anti-conformisme. N'importe quel merdeux pourrait alors se revendiquer BM sans aucun effort. Plus aucunes tripes, authenticité.

Et merde [ !!!!!!!] je m’en vais me coller un bon vieux Zaghurim et offrir à cette rondelle un C.D.I. de choix sur ma plus poussiéreuse étagère de releases à oublier. Quitte, à l'avenir, à m'envoyer des promos de ce type, merci de le faire sur CDr-W.

Pour un éventuel contact, démerdez vous, cette chose ne mérite pas le soutien de R.U…

Sperm. S.