Sombre Chemin / Peste Noire « Mémoire Païenne » (2002)
Un
an après son très correct et fédérateur
« Légion Des Brumes », Sombre Chemin
surgit à nouveau du terreau ancestral le plus farouche pour
une « Mémoire Païenne » partagée
aux cotés d’un Peste Noire célébrant son premier
affront et, appelé à se révéler en les
sphères les plus intolérantes et sanguinaires de l’underground
gaulois. Jouissant de sa qualité d’aîné, c’est à Sombre Chemin qu’incombe la tâche de mettre en branle les quintessents rouages de cette tape parue chez Heidens Hart et, dont les cent quatre vingt dix huit copies ont, bien évidemment et depuis déjà bien des lunes, disparues dans les abîmes. Gouverné par l’intimisme spatial de claviers d’une froideur hyperboréenne, le solennel palabre introductif qu’est le track « Mémoire Païenne », en sa vocation de vaporeuse mais menaçante réminiscence, laisse clairement entrevoir un Sombre Chemin consommant les prémices d’un orientation musicale plus personnelle, d’une élévation au delà d’influences d’antan quelque peu passées d’usage. Délaissant la folie aveugle, le pilonnage massif et la haine incontrôlée de ses premières heures, l’entité, via une production plus primaire, fragile, brute et poussiéreuse, se dévoile sous un jour étonnamment posé et, tout en atmosphères. Menés sur les sentiers du sacrifice par des percussions ayant délaissées la furie ineffable de la boite à rythmes au profit d’un toucher organique résonnant, en ses rustiques subtilités, tel les frappes lointaines et brumeuses de forges brûlantes d’une ardente course aux armements, les riffs se déploient inexorablement mais, en un feeling des plus mélodique, une quintessence d’une dramatique nostalgie typiquement gauloise. Véritables introspections initiatiques au cœur d’intemporels enseignements, d’hérétiques et sylvestres traditions, ces nouveaux tracks, si douloureusement passéistes qu’ils suinteraient presque d’une sépulcrale dépression, s’avèrent être, dans leurs éthérés dénuements contemplatifs, particulièrement propices à la résurgence d’intimismes acoustiques semblant à eux seuls porteurs de l’incommensurable noblesse du paganisme renaissant, de claviers abyssaux d’une froideur submergeante comme s’exhalant de sagesses si enfouies qu’elles seraient vierges de toutes corruptions bassement humaines et, lignes de basses retentissantes, toutes en nuances, s’imposant telles le facteur épique et fédérateur de l’ensemble. Somme toute, Sombre Chemin fait ici peau neuve, rompant considérablement, hormis au niveau des vokills et de leurs sulfureuses inspirations, avec le premier assaut que fut « Légion Des Brumes ». Insufflé par les dernier souffles suffocants du très éloquent « Au Crépuscule Des Guerres », Peste Noire reprend le flambeau, brandissant en ligne de front le très Baudelairien et sublime « Spleen », que les initiés ont pus retrouver par la suite sur le fantastique « Macabre Transcendance… » chroniqué ici même. Jouissant d’une haleine sonore transpirant d’une décrépitude putréfiée plus qu’avancée, les trois tracks ici radicalement régurgités préfigurent à la perfection la monstruosité précitée qui verra le jour peu de temps après sous l’égide de Drakkar Prod. Des riffs labyrinthiques, errant en un enivrant tourment où copulent de façon violemment contradictoire, émotions d’une poignante mélancolie païenne, parfois tellement désespérées, souffrantes, que l’on en viendrait presque à retourner le tranchant de sa propre pièce d’arme contre soi, et, sursauts frénétiques des plus raw, riches en influences Old School, si incisifs et galvanisant que même l’agneau le plus frêle et pur ressentirait en leur essence les désirs les plus sanguinaires ; Des percussions chaotiques, désagrégées et belliqueuses, comme molestées sous le commandement de Mars lui même, d’où chaque roulement de grosse caisse explose, tel une lourde décharge de Stuka, où chaque claquement de tom résonne tel la tête d’un innocent s’écrasant, tranchée, sur le pavé d’une place publique, et, où chaque feulement de cymbale fend l’air tel les râles écorchés d’un goret que l’on saignerait pour un pastoral festin paillard ; Quelques samples copieusement répulsifs et scandaleux ; Et, enfin, des vokills tout bonnement démentiels dans leur degré d’écorchement francophones digne des hurlements ataviques d’un pestiféré lâché, Sten en main, dans le tumulte paisible d’un camp de réfugiés. En somme, voici donc une tape d’excellente facture et, relativement homogène, bien que parfois, l’ancienne quintessence de Sombre Chemin se fasse quelque peu regretter et que, de fait, les nouveaux tracks de la bête ne parviennent pas réellement à sortir de l’ombre de l’imposant Peste Noire. Contact : Sperm. S. |