Selvmord « ... In Limbo » (2007)

L'année 2003 poussant ses derniers soupirs, l'ombre austère d'une Ukraine irradiée, en proie aux fécondes rudesses hivernales, engendre Selvmord. Dans un premier temps one-man-band orchestré par un certain Vlad à la gloire d'un individualisme des plus rigide, d'une haine irrépressible, et, des plus maladifs instincts auto-destructeurs, l'entité fomente la même année deux formateurs glaviots [« Winter Demo » & « Demo II »] dénués de toutes appellations, de tout packagings tangibles, dont la qualité plus que relative justifiera une distribution en vase clos, puis, un premier assaut officiel : « Ord Av Mork » [Également connu sous l'estampille « Evig Reise Compilation »].
Sur les cendres d'une tentative avortée de réincarnation en quatuor courant 2004, Vlad poursuit seul jusqu'au « ... In Limbo » nous intéressant ici, dans le feu duquel il s'octroie les services d'un batteur session ; Seconde démo d'abord sortie en guise de promo, à 66 exemplaires, en 2005, puis, cette année rééditée par le jeune, mais néanmoins prometteur, label gaulois Eisiger Mond Productions.

Drapé d'un linceul d'ambiances spectrales aux galvaudées allures d'agonies funèbres, je dois confesser qu'au vu de l'allégorie patronymique étrangement danoise colportée par le projet, de sa très décharnée esthétique, le mouvement introductif de « ... In Limbo », premier track, me fît exécrer la perspective d'avoir à endurer la potentielle médiocrité du nouvel apôtre en devenir d'un BM stérilement dévolu à une autolyse que trop théorique pour ne pas être laxative...
Supputations bien heureusement vérolées dés la mise à feu qui, immédiatement révélatrice d'une essence aussi raw en son feeling que qualitativement honorable concernant sa production, élève le débat à la croisée de la virulence aveugle d'un Funeral Mist ou Watain des premières heures, d'abandons arpégés morbides et cryogéniques aux limites de suggérer l'influence Devilish Era, et, d'une fibre mélodique très noble comme puisée à même la grandeur d'un Lutomysl compatriote...
... Art et manière bien plus pernicieuse d'exalter la Mort que je ne sais quelle fleuve musique de chambre arpégée.

Jetant tout blanc transitoire aux oubliettes, et, comme pour ne laisser, sur aucun axe, chances de survie au monothéisme rampant ici en ligne de mire, « The Poison Of All Things » exhorte ses rouages rythmiques à la mémoire de la sanguinaire folie primitive d'un Marduk époque « Heaven Shall Burn... » ... sacre ses riffs, son spectre vocal à l'ombre de toute la rudesse sentencieuse, la rage fondamentaliste d'un « Inquisitors Of Satan » de D.S.O. ; Mariage de cieux déshérités et d'enfers divinisés qui, constituant probablement le cycle le plus intense et violent de ce Cd-r, se trouve régulièrement fracturé par un très jouissif toucher thrashisant que l'on croirait droit exhumé de « Revelation Of Doom » de Gorgoroth.
Seul bémol à apporter pour ma part : La présence d'une courte outro teintée d'informes claviers dont la pertinence, l'utilité, restent à mon sens encore obscures.

Bien rares sont les groupes qui osent défier, aux entrailles même d'une release une et indivisible, ce que je qualifierais de conformisme monochrome en terme d'influences & modus operandi. En résulte des oeuvres majoritairement intenses à défaut d'être réellement riches. A contrario, encore plus rares sont les groupes qui, dans la transgression, parviennent à rester eux même à mesure que les tracks se succèdent, ne finissent pas par sombrer dans l'indigeste. Au chapitre de ce constat, Selvmord s'en tire plutôt honorablement avec un « Someone In Me » qui, ataviquement mélodique, d'intonations très païennes inspirant le poids potentiel du légendaire Moonblood dans le parcours de Vlad, emboîte fort naturellement le pas à son prédécesseur avant de mourir sur une outro acoustique toujours relativement anecdotique, mais déjà plus adéquat.

« Wolf And Hatred », vous l'aurez devinés, est une reprise de Ulver puisée à même l'éternel « Nattens Madrigal - Aatte Hymne til Ulven i Manden », pierre angulaire de l'Art Noir, au même titre que les plus communément citées, pour toute une génération. Excellente surprise pour ma part et mention spéciale au travail sur les distos faisant revivre l'espace de quelques minutes, certes un peu moins furieuses que les originelles mais ô combien passéistes, le sons si particulier d'un album trônant encore aujourd'hui à mon chevet.

Enfin, « ... In Limbo » s'achève sur un « Verrat » [Bonus track capturé en 2006] lorgnant vers des sonorités occultes propres à Heresii ou autre Dimhymn, tout en approfondissant une sulfureuse folie déjà très personnelle. Une conclusion annonciatrice du meilleur pour la suite des hostilités, outre certains essais vocaux très typés goth-batcave risquant, à la manière d'un LIK, d'un rebuter quelques uns.

Une excellente démo révélant un projet sur lequel il semblerait légitime de compter à l'avenir ; Confirmant la démarche honorablement sélective d'un label dont le futur semble d'ores et déjà tracé.
Soutient de masse plébiscité !


Contacts :

SELVMORD
www.selvmord.net

E.M.P.
http://www.eisigermond-productions.fr
mickael_weiss@yahoo.fr


Sperm. S.