Sargeist / Funeral Elegy « Split (2004) »

Bien que faisant preuve d’une certaine discrétion depuis quelques mois déjà, il n’en demeure pas moins que Pâleur Mortelle Prod, outre trois numéros d’un zine de tueur du même nom, laisse dans son sillage une lignée de démos toutes plus noires, insanes et mortifères les unes que les autres, comme l’atteste, une fois de plus, cette split tape, parue en 2004, réunissant Sargeist et, Funeral Elegy. 

Sargeist, bestiaire finnois, est en substance le projet solitaire de Shatraug, tête pensante d’un Horna que l’on ne présente plus, fondé en 1999. D’abord seul, puis appuyé de musiciens itinérants, pour enfin bénéficier du soutient de Noath Torog aux vocaux et de Horns derrière le fûts, tout deux membres de l’excellent Behexen, Shatraug capturera au fil du temps, sous cet étendard, les démos « Nokmaar / Heralding Breath Of The Pestilence » & « Tyranny Returns » en 2001, un split Ep aux cotés de Merrimack en 2002, suivit, l’année suivante, de « Satanic Black Devotion » à titre de premier album. 2004 verra naître une série de Splits, d’abord avec Temple Of Baal, puis Horned Almighty, pour finalement arriver à celui ci. 
Ce que j’ai, ces derniers temps, écouté de la scène finlandaise, m’a souvent prêté à croire que bon nombre de ses activistes comptent dans leurs influences celle de notre bonne vieille gaule en sa période la plus hermétique. Je me souviens d’un Satanic Warmaster plus que varois dans l’âme… Dans le cas Sargeist, les premiers roulements de bande ne sont pas sans rappeler le spectre maudit de ce qu’il est aujourd’hui devenu huppé de nommer les « Legions Noires » et, cette impression se fait persistante durant toute la progression de cette première partie : 
Arpéges crasseux, étranges, disloqués, d’une profonde et douloureuse mélancolie, dignes des dernières pensées d’un hérétique, rongé par la peste, contemplant, la corde au cou, une populace évangélisée, superstitieuse, le conchier / lapider, avant que le vertige ne l’arrache à jamais à ses ensorcelées campagnes, et, qui semblent tout droit exhumés d’une bonne vieille reh’ de Vlad Tepes… Murs de riffs tridimensionnels et porteurs de vices, plus torturés que les gémissements contenus d’une grenouille de bénitier ingénue qui se ferait labourer le terrain le jour de sa confirmation par son bon vieux curé de paroisse, dans la moiteur du confessionnal, que ne renierait pas le Mütiilation de l’ère glorieuse… Vocaux possédés, lointains mais malveillants, tels d’anciens cultes sacrilèges qui, invoqués par une nuit de solstice, reviendraient hanter les terres des vivants, façon Belketre… etc… etc…
N’allez pas pour autant relayer Sargeist au rang de simple ersatz car, à ces servitudes, certes nobles, se mêle une personnalité propre, une aura typique du toucher finlandais que l’on peut par exemple retrouver dans l’essence la plus raw, obscure et fanatique d’un Horna ou d’un Azaghal. 

Funeral Elegy, quand à lui, nous provient du pays de l’ero-guro, du shibari et de ces tendres Fureshu Gyaru se plaisant à pousser d’excitants « yamete !» tout en engloutissant goulûment ryochidori ou autres harigata entre deux uta-makura…
Formé en 2001 sur les bases du trio Hakuja pour les guitares & vocaux, Psychoblaze pour la basse [également membre d’Infernal Necromancy] et, Shiho pour la batterie, cette entité n’en est pas à son coup d’essai, ayant auparavant enfantée trois autres démos [« demo 1 » en 2001, « Funeral Elegy » en 2002 et, une démo reh’ en 2003]. Décidément, la scène asiatique ne cessera jamais de m’étonner… là où je m’attendais à un art noir façon space-opera à la Sigh ou, à un glaviot Black / Death ultra brutal et craspec à la DeathChurch, Funeral Elegy surprend, un peu à la façon d’un Infernal Necromancy et sa reprise d’Absurd, et propose ici quatre tracks très proches de l’influence varoise précitée, ainsi qu’une reprise de « A Strife A Victory » de feu Kristalnacht !! 
So… ne vous attendez à rien d’autre qu’à de cristallines guitares, d’une profondeur mélancolique plus écorchée vive qu’un rescapé de Tchernobyl que l’on soignerait à la pailler de fer, dans la veine des premiers Funeral… Des percussions plus vengeresses, plus salvatrices qu’une pluie de Napalm sur la bande de Gaza, façon Seigneur Voland, frôlant parfois l’atavisme mid tempo de Satanic Warmaster… Et, des vocaux, ravagés par la désobligeance, s’exhalant en un timbre se situant à la croisée des trois grands que je viens de citer. 
Une fois de plus, je ne me hâterais pas, langue de pute que je suis habituellement, à hurler au plagiat car Funeral Elegy dégage quelque chose de très personnel, un feeling que je ne saurais expliquer, renouvelant le genre tout en parvenant à l’honorer.

Une excellente et très intégriste tape, vous l’aurez compris. La plus gauloise des démo étrangère m’ayant été donné d’écouter !

Contact :
SARGEIST
http://www.moribundcult.com/sargeist.html

FUNERAL ELEGY
http://funeralelegy.net/

Sperm. S.