Reverence / Wolok / Sons of Fenris
« Anti Life Terror (2004) »

De l’alléchant projet de Split Ep annoncé entre Wolok et Reverence il y a déjà plusieurs mois, à la planification d’une version Cd partagée avec Crepuscule faute de label réellement intéressé par un tel pressage vinylique, pour en finir par la déprogrammation de ce même Crepuscule au profit de Sons Of Fenris, autant dire qu’il y avait matière à se faire mousser le créateur avec une frénésie toute particulière, d’autant plus que l’attente fut haletante et langoureuse.

C’est finalement le onze septembre 2004, date délicieusement haute en funestes symboles, que Brutal Druid Distro Prod, déjà responsable l’an passé du fantastique acte de propagande que fut la compilation « Furror Gallicum », va répandre le sulfureux venin dans les entrailles de notre Gaule obscure…

Les premiers spasmes de ce fort judicieusement nommé « Anti Life Terror » prennent corps dans le vertige et la folie d’un Reverence ayant, en un impressionnant et radical virage stylistique, définitivement fait peau neuve. La chose n’ayant eu de cesse de se profiler de réalisation en réalisation, jusqu’au Split avec B.A.N. sortit chez D.U.K.E. et chroniqué ici même ; Un miasme méphitique d’obscurantistes émotions nihilistes, dépressives et suicidaires ayant au fil des lunes submergé l’auguste dévotion d’antan à la dame verte et ses mystères, Lord Ipes Luciferia semble avoir désormais, en une irréversible mise en abîme, franchit les fragiles frontières séparant la vie et la Mort et, les trois tracks ici présentés suffisent à eux seuls pour s’en convaincre amplement.

Le jeu de corde rompt ici de façon prédominante avec la traditionnelle épilepsie régnant dans le milieu, cela au profit d’un tumulte intimiste d’arpéges profondément disharmonieux, de riffs vecteurs d’une oppression aussi glaciale que pachydermique et de mélodies maudites suintants en tout instant d’un dissonant désespoir. Supplicié par un incontestable, acide et tranchant travail sonore au niveau du grain des saturations, ce périple vers le naufrage ultime s’abandonne de tout ses fluides dans le spectre fuyant de troublants et hypnotiques apports synthétiques confinant les limites de la claustrophobie et dont certaines intonations, d’une pesanteur manipulatrice et d’une insistance quasi insoutenable, ne sont pas sans rappeler les abruptes interludes régnants sur un album tel que « The Mystical Beast Of Rebellion » de Blut Aus Nord.

En accord total avec cette substance malsaine en perpétuelle émulation, les percussions se développent de façon très lancinante, évanescente donnant à l’ensemble un visage quasi psychotrope, fantasmatique. Leurs consonances très indus semblent provenir d’un morne friche industriel bombardé au napalm où quelques machines oubliée poussent, en une coagulante sueur de rouille et de graisse, leurs derniers soupirs.

Enfin, les vokills rauques, maladifs et sentencieux de I. Luciferia se marient à la perfection à l’atmosphère déshumanisée de cet hymne sans bornes à l’autodestruction où peuvent s’entrevoir l’influence des derniers B.A.N., de Shining, MZ 412 ou même de Craft époque « Total Soul Rape ». De quoi, de part une substance devenue plus spécifique, originale et hermétique, laisser présager le meilleur quand à un potentiel premier album.

« Endless », se déclinant en une mourante outro, pousse peu à peu ses derniers souffles, mais l’auditorat ne doit pas pour autant espérer y trouver une accalmie, une quelconque échappatoire…

Un étouffant malaise ne tarde pas suinter des prémices de la quatrièmes plage, une rance ivresse dont le fumet infâme est si fort qu’il en est quasiment palpable !

Les amateurs les plus chevronnés et fanatiques de notre underground ne tarderont pas à reconnaître l’essence sépulcrale de Wolok, projet né des démences créatrices fusionnées de Lhükkmer’thz, géniteur de noires abominations telles que Zarach’ Baal’ Tharagh’, Stigma Diabolicum, Belzebul, Wurzburg, Z’B’T’ Space Ritual, Black Sheep etc… etc…, et de Lord Naggaroth, concepteur de psychotiques bestiaires tels que Devilish Era ou Krazumpath.

Aaaarrggh ! Malgré l’écoulement de déjà bien des mois, je me souviens encore de l'abjecte quintessence de « Universal Void », fantastique première démo, et, à mon plus grand et pervers plaisir, les trois track ici régurgités reprennent exactement les choses là où « End Of All » les avait laissé !

Une incantatoire overdose de riffs dérangés, exécutés avec un feeling des plus décadent, livide et lancinant, vouée, de part une identité sonore aussi raw que mystiquement glaciale, à faire sombrer tout encéphales connectés à des oreilles non averties en un néant de discorde effroyable et tourbillonnant où l’esprit humain se trouve happé au cœur de ses propres servitudes.

Une aliénante introspection dans les tourments de laquelle, porté par une programmation rythmique toujours aussi cliniquement ritualistique et structurellement désagrégée, la conscience infirme et dégénérescente se trouve déchirée en un tumulte de sonorités synthétiques effroyablement distordues à la lisière permanente et ambivalente du Dark Ambiant et de l’Indus. Asservissement narcotique absolu et des plus perturbant que même un héroïnomane bipolaire subissant un sevrage à l’huile de foie de morue ne pourrait enfanter dans les bas fonds de sa cellule capitonnée sur un bontempi de l’ére soviétique !

Une mise à mort auditive galvanisée par les incroyables et indétrônables mutilations laryngales de Luc qui, tel le grand maître de je ne sais quelle obscure loge occulte, semble de part ses prêches, qu’il soient typiquement BM ou plus perturbants et inclassables, être le gardien de l’ultime étape de damnation !

A l’écoute d’un tel élixir, mes sens s’enivrent et cette frénétique transe m’amènerait presque à m’interroger quand à l’utilité des substances à effets secondaires ! Mon attente n’a pas été vaine ! Unique, une fois de plus !

Enfin, cette rondelle s’achève avec Sons Of Fenris lequel, tout comme ses nobles et nauséeux prédécesseur nous offre trois tracks en bonne et due forme qui, bien qu’ancrés dans un style un peu plus conventionnel, moins avant-gardiste s’érigent comme les dignes successeurs de la très réussie démo « Fenris » !

« Le Royaume Légendaire » ouvre la marche, hymne qui ne sera pas inconnu à celles et ceux ayant pris le temps de s’intéresser à l’excellente compilation double cd évoquée quelques dizaines de lignes plus haut. L’on y retrouve d’emblée, après un court sample introductif fort approprié, la verve de la bête de Werewolf : Un amoncellement barbare et tranchant de riffs transpirants d’une cristalline froideur, d’une ferme et belliqueuse détermination et d’une auguste nostalgie que seuls ceux puisant leurs substances au cœurs des sanctuaires aussi paisibles que meurtris de Mère Nature savent enfanter ; Des percussions frénétiques programmées une fois de plus par Tyran qui, comme résonnant au rythme du fracas de plusieurs milliers de lames et malgré certaines particularités et instabilités de temps à autres, s’affirment en un perpétuel concassage, un tumulte épileptique aussi primaire qu’élaboré ; Et, ce spectre vocal qui, scandant toujours à mon plus grand plaisir des lyrics écrits dans notre noble dialecte, semble résonner tel le râle rassasié de la bête victorieuse sur la vermine humaine, la gueule encore gorgée du sang de l’ennemi terrassé.

« Guerre Totale » emboîte le pas et, bâtit dans le même moule séculaire quoiqu’un peu plus aéré et épique, invoque une fois de plus le mythe lycanthrope ancestral. Tapis dans l’ombre panachée de bois profonds, les enfants de Gaia veillent et portent un regard avide sur une civilisation humaine qui ne sera bientôt plus que l’ombre de elle-même dans la terreur d’un règne animal reprenant ses droits.

Enfin, « Anti Life Terror » se clôture sur une reprise de « Freezing Moon » de qui l’on sait et même si un retour aux vielles racines est toujours revigorant en cette heure où la dépouille de Euronymous ne doit avoir de cesse de se retourner dans sa tombe, je dois dire que je n’aurais rien eu contre un hommage à une référence un peu moins commune. Il n’en demeure pas moins que ce track galvanisé aux stéroïdes reste intègre et exécuté avec une fidélité religieuse cela, bien évidement sans négliger la touche typique à Sons Of Fenris !

Mes propos parlent d’eux même quand à la quintessence de ce Split…. La conclusion sera simplement pour moi l’occasion de réitérer tout mon soutient à ces trois groupes, ainsi bien évidement qu’à BDP !

BUY OR GO fuck your mother !

Contact :
Reverence
http://reverence.free.fr
nihilisticreverence@free.fr

Wolok
Devilishera@aol.com

Sons Of Fenris
Werewolf.sonsoffenris@caramail.com
http://membres.lycos.fr/sonsoffenrisbm

Sperm. S.