Puanteur de Charnier
« Conglomerat de bulles irridescentes et du petit polyedre kaleidoscopique » (2003)

Pour commencer je dois dire que cette chronique est très personnelle, en effet chaque personne ressentira des choses différentes et aura une vision qui différera selon l’humeur, la personnalité et l’état d’esprit. 

L’artwork est crasseux et nécrosé : il s’agit de l’image d’un bambin au milieu d’un bain de sang. Le grain est crade à souhait. On peut distinguer la face arrachée et ensanglantée d’un individu non identifié. 

« Conglomérat de bulles irridescentes et du petit polyèdre kaléidoscopique » est l’œuvre d’un maniaque de la géométrie prénommé Alban Blaising. L’album a vu le jour en 2003 chez la Bile Noire Productions. Il est composé de 10 morceaux qui nous plonge dans un univers synthétique fait de pourriture, de déchets et de délires tridimensionnels. 

Le premier morceau porte le doux nom de « Cataclysme lépreux de pourriture à demi liquide ». Tout au long de ce titre, on a l’impression d’entendre gémir une bande de lépreux au stade terminal de leur pourriture corporelle. Les rythmes sont posés et flegmatiques. Une certaine douleur se dégage et l’odeur de la mort est plus que jamais présente. La musique se termine par une chute totale. 

Le deuxième track est nommé « Délire de distorsion prismatique ». Ce dernier à des consonances semblables à celles d’un vinyle passé à l’envers. La Boîte à Rythme ressemble à des coups donnés dans une cloison par un psychopathe. Quelques sons aigus et répétitifs donnent une impression de redondance cyclique. Une sensation d’isolement est très présente et très oppressante. Les quelques voix sont comme des cris de supplication, de douleur avant une exécution.

Vient « Cadaveri Bestiali », un morceau qui va en crescendo. Il commence de manière plus ou moins lente avec un clavier déviant qui pose une atmosphère déroutante. S’en suivent des flegmes vocaux totalement inhumains qui laissent place à une base rythmique exacerbée. En gros, un morceau qui frise le délire paranoïaque. 

Le titre suivant se nomme « Sphère d’existence mental ». On distingue quelques voix tout droit sorties d’une radio des années 40. Des interférences brouillent la réception du message qui veut (sans doute) être transmis. La boîte à rythme nous inflige des rythmes bien indus à souhait. Dans ce tout, on pense percevoir des bruits de nourrissons, à moins que se soit notre imagination. 

« Hypersensitif psychique » est un morceau dans lequel l’hypersensibilité psychique est bel et bien au rendez-vous. Les voix sont camouflées par des parasites. La batterie sonne très sèchement. On a l’impression d’être totalement perdu dans notre subconscient, on est à mi-chemin entre le coma et la vie. C’est tout comme une sensation d’être nul part et partout en même temps. 

Pour moi, la petite merveille de cet album est « Résidus sensoriels et détritus corporels ». On se sent comme perdu dans la brume, une brume qui pue le cadavre. On est comme entouré de dépouilles et de gens en train de crever qui réclament qu’une seule chose, c’est d’être achever. Quand on écoute l’arrière plan musical on distingue un bruit de foules, comme s’il s’agissait d’âmes errantes. La batterie est lente et menaçante, chaque coup nous frappe. Quand au piano, je trouve qu’il donne un côté noble au track. J’ai l’image d’être dans un pièce et de regarder par la fenêtre la mort se répandre. Un délice …. 

Le titre suivant à le nom de « Limont puant et visqueux ». L’effet que me fait ce morceau est le même que si j’avais pris un gros rail de C et que je regardais le monde qui m’entoure, et que la réalité se dévoile peu à peu. Bref, çà pue. La voix ressemble aux grognements d’un agonisant. Ce track est très perso, comme un mal-être. 

S’enchaîne « Champ cognitif multidimensionnel », un titre aux sons métalliques, schizophrènes et limite enfantins par moment. Alban joue sur le décalage entre des vibrations paranoïaques et des consonances plus calmes, ce qui donne au morceau un relief malsain. 

Lorsque j’écoute « Avorton hybride et impie » je ressens de la nostalgie et de la rancœur. La base rythmique est très martiale. Ce titre est assez répétitif dans sa substance. Il est très froid, très déroutant, comme une marche vers la mort. 

Cet album se finit par « Gélatineuse énormité » qui est sans doute le track le plus conventionnel de l’opus. Entrecoupé de larsens et de riffs de guitare plutôt lourds, cet instrumentation est parsemée de hurlements haineux, antipathiques et vindicatifs. Le tout se finissant par un ébranlement de sonorités cosmiques. 

Pour conclure cette chronique, Alban fait preuve d’une imagination fantasque, il possède un son singulier et au plus haut point personnel. Un album à ne pas mettre entre les mains du premier névrosé venu. Je dois dire que cette galette mérite une attention toute particulière car elle nous emmène dans un voyage pluridimensionnel aux sensations plutôt fortes.

Délicieusement infâme ….

Contact :
Alban Blaising
7 rue de la poterne
54830 GERBEVILLER
(France)
06 70 80 13 40

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