Ond Aand « Rehears'Hell » (2004)

Dans un passé relativement lointain, mes plus perfides et dérangées attentions s’étaient déjà fermement heurtées à l’excellent Split Cd-r qui réunissait le dix huitième crachat fielleux du toujours plus vicelard et surprenant Zarach’ Baal’ Tharagh’ et, la demo “Rehears’hell 2004” de Ond Aand, groupe qui m’était jusqu’alors totalement inconnu, mais qui me colla néanmoins une branlée aussi salvatrice que fatale.

La réception en un format plus solitaire et exclusif, d’un promo de cette dernière, ayant réussit la prouesse de se jouer sans encombres des viles indiscrétions et suspicions gangrenant mon bureau de poste local, m’offrant en ce jour matière à approfondir mon addiction de façon plus privilégiée, laissons nous donc, corps et âme, aller à une dissection track by track. 

Désagrégée par un grain sonore aussi cru, fétide et gouleyant qu’un festin selon G.A. Romero, coutumière et rance haleine qui est à l’Art Noir ce que la teinte nauséeuse d’un Derrick est aux téléfilms germaniques, « Eternal Season Part I » ouvre le bal cadavéreux, insufflé par un halo acoustique aussi énigmatique que primitif. Les relents cristallins de cette essence éthérée ne tardant pas, sur le même thème, à sombrer en un tourment saturé, c’est une entité, de prime abord, empreinte d’une morne monotonie qui s’impose. Mais, galvanisé par une montée en puissance très épique et percutante, son Art entre rapidement en ébullition, dévoilant une identité alambiquée, des plus originale et, par là, difficilement estampillable d’une simple étiquette, à la continuelle charnière de rages Black Métalliques barbare et rustique, d’oppressions pesantes paraissant être puisées en la source du plus malsain des groupe de Doom, de suicides mélodiques puant de douloureux lendemains de défonces hypnotiquement digérées au Stoner le plus narcotique et, de coups de pieds au cul plus vigoureux, transpirant d’un passéisme heavy très Old School. De ce feeling étrange néanmoins intrinsèquement raw et résolument Black Metal s’exhale un organe vocal, à mon sens et au risque de me faire conchier par les détracteurs, certes assez particulier mais, tout bonnement exceptionnel en ce que, tantôt hurlé, tantôt guttural, encombré d’aucun effet de style et, au delà de la haine palpable, s’en dégage une souffrance quasi physique. 

Dans la même urgence, mis en bière par un riff paraissant succomber à une improbable overdose de champignons hallucinogènes, exacerbé par les émanations d’une disto poussiéreuse qui aurait, intacte, franchie le couloirs du temps depuis les années soixante dix, s’ensuit « Eternal Season Part II » ; Second chapitre d’une interminable descente aux enfers qui, rythmiquement plus soutenue et, comme pour enfoncer le clou de la façon la plus atroce qui soit, transpire d’insondables et perçantes émotions nostalgiques. Croupissant entre de fuyants et glaciaux arpéges acoustiques ou déchirés, de flinguées et frénétiques envolées nostalgiques sauvagement taillées au speed picking le plus orthodoxe et, soubresauts plus ataviques dignes d’un Primordial qui aurait fait une surprenante cure de crasse laideur, Ond Aand semble ici mettre toutes les armes de son coté pour pousser son auditorat, agonisant sous le poids de son ressentiment, à se faire sauter le caisson. 

Enfin, sur les bribes d’un larsen parasitaire que l’on ne retrouve que dans la plus grande tradition des rehearsal, la pièce s’achève sur « Actual Dimension Of Creeping Sickness ». Que dire de plus de ce concentré forcené que ce qui a déjà été proféré ? De ces guitares au savoir faire tremblant et visqueux perfusant des lancinances meurtrières ; De ces percussions crépitantes, instinctives, résonnant telles une escouade de masses hérétiques et sanguinaires stigmatisant, à l’aube d’un banquet paillard, la plus pieuse des brebis sur la croix de son idole mensongère ? Et, de ces servitudes vocales insondablement brutes, hantées par le spectre de Vikernes ou, d’un Lord Imperial, que l’ami Ebola qualifie lui même, et à fort juste titre, de concentré de rancœur, de giclée de foutre à la gueule des endomorphes polluant son air ? Absolument rien tant cette œuvre s’avère propice à abreuver les pulsions écœurées des plus marginaux et tourmentés maniaques. 

Je ne sais pas si l’édition ici chroniquées, strictement limitée à cinquante et un exemplaires, est encore disponible, mais, entre le Split avec Z’B’T’ et la récente réédition, point d’excuse possible pour ne pas y jeter une oreille.

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Sperm. S.