Nyseius « Lueur d'une lune morte (2004) »

Ce groupe parisien a été crée au cours de l’année 2002 par Daeloth aux vokills et à la guitare, Her Gimnir en tant que second guitariste et Wotanfolk derrière les fûts. 2003 marquera l’arrivée de Sirium à la basse et commencent alors les préparatifs à la capture de ce qui va devenir « Lueur d’Une Lune Morte », leur première œuvre. En 2004, Maestus rejoint les rangs en tant que batteur de même que DTM en tant que claviersite et dont la collaboration sera visiblement de courte durée.

C’est en février 2004 que « Lueur D’une Lune Morte » sera enregistré et mixé.

Voilà pour l’essentiel biographiquement et historiquement.

Pour le reste, si ce groupe semble avoir mit plus d’un an à peaufiner et enfanter ce premier assaut et, qu’au yeux de certains, la chose paraîtra probablement excessive, il suffit de quelques secondes d’immersion auditive pour mieux en comprendre les raisons.

Nyseius se démarque nettement de la substance très raw, minimaliste et crue de grands doyens de la scène parisienne tels que Temple Of Baal, Antaeus, Arkhon Infaustus… en, proposant une conception de l’art noir très complexe, technique et riche… à tiroirs dirais-je presque.

Il n’en fallait pas moins pour conférer un intérêt et une profondeur aux quatre très longs tracks présentés sur cette galette dont la durée totale avoisine les quarante minutes. Au programme, donc, un élixir torturé et finement distillé qui n’est pas sans rappeler toute la quintessence d’aïeux pourrissant tels que Dissection ou Emperor dans leurs heures les plus suprêmes. Notre kamarade Yiskandar, qui s’est littéralement laisser envoûter, à même été jusqu’à pousser le vice plus loin en comparant l’essence de ces quatre tracks à la démence ultra dense et labyrinthique d’un Abigor de la grande époque.

Daeloth semble maîtriser son sujet sur le bout des doigts. On sent un réel travail de recherche dans la composition de l’ensemble qui comptabilise plus de quarante cinq riffs différents. Son jeu de guitare n’est pas foudroyant de technique mais reflète néanmoins un niveau correct offrant des pickings assez grandioses et impériaux d’une profondeur glaciale ainsi que des bases rythmiques aux antipodes des power chords basiques et reposant sur des osmoses à quatre, cinq, voir six cordes. Ses vokills sont placés avec une efficacité bien dosée et le spectre qui s’en dégage est doté d’un potentiel d’agression tout à fait appréciable dans son écorchement, sa puissance et sa présence.

La basse est généralement un instrument auquel j’accorde peu d’importance. Trop groovy à mon goût… Néanmoins, l’approche et le feeling de Sirium sont intéressants dans les variations qu’ils confèrent aux thèmes des guitares. Le relief et l’âme des cordes n’en ressortent que décuplés. A noter que Sirium s’occupe également des orchestrations synthétiques de façon judicieuse dans la mesure où elles accompagnent généralement avec sobriété le déchaînement métallique sans sombrer dans la pathétique grandiloquence de certains… Certaines prises de pouvoir des claviers sont à souligner mais, généralement à titre de transitions, intros, outros, breaks et offrent des retombées intimistes bien cadrées préfigurant de nouvelles et imminentes explosions. Un vecteur d’obscurité dans son plus simple appareil….

Enfin, le maniement des baguettes de Maestus est coulé dans le même moule. Il ne s’agit pas de figurer avec un martèlement fadasse. Les percussions développent au moins autant de changements de rythmes qu’il y a de variations de riffs, ce qui permet de réellement donner une aura aux diverses atmosphères qui ont étés recherchées dans le processus de composition de l’orchestration et des cordes. La production vraiment très soignée sans pour autant être surfaite et artificielle permet de découvrir un jeu précis et diversifié dans sa technique.

Voilà en somme qui est assez imposant compte tenu du jeune age du groupe et du fait que malgré les influences précitées, une patte plutôt personnelle et originale est en permanence sous jacente.

En ce qui concerne le concept de Nyseius, je me prononcerais avec beaucoup moins de certitude car, il est toujours difficile de cerner un groupe dans ses premiers souffles surtout en l’absence de tout lyrics. Disons que, selon le combo, les textes visiblement écrits dans la langue de Molière se veulent « être un médium amenant l’auditeur à faire une introspection, ainsi il est mit face à face avec la multitude de sensations et de réflexions restées prisonnières au plus profond de son être. Abolissant les frontières entre la réalité et l’imaginaire, il est amené à redécouvrir la sensation originelle d’intemporalité. Nyseius est le miroir de toutes les réflexions et visions de ce que représente cette dégénérescence que nous nommons vie sur terre. »

Il ne reste plus qu’à savoir si l’art de Nyseius a sa place dans votre conception de ce que le BM se doit d’être. Tout dépends du degrés de raffinement que l’on recherche.

Pour ma part, je n’écoute plus beaucoup ce type d’art noir, préférant à ce jour quelque chose de bien plus raw, destructeur et cru mais, ce « Lueur D’une Lune Morte » est parvenu à me faire revenir avec un plaisir certain à de vielles influences que je croyais oubliées. Une première démo réussie et prometteuse.

Contact :
Nyseius@wanadoo.fr
www.nyseius.fr.st

Sperm. S.