Eithel Sirion « La Splendeur du Néant (2004) »
| C’est en fait à l’issue d’un concert modeste en dimension mais honnête en intensité que j’ai pu me procurer moyennant quelques pécunes les démos du combo. Autant le dire tout de suite, après l’écoute de « La Splendeur du Néant », la dernière en date, les autres m’ont parues bien fades. Il sera donc inutile de le repréciser, ce glaviot sorti en 2004 est ce qui devrait être considéré comme le premier véritable assaut du groupe. Le style et la structure des morceaux restent certes similaires aux bases érigées par Yamaël quatre ans plus tôt, mais la linéarité a finalement laissé du terrain à la puissance la plus martiale et industrielle que l’on pouvait espérer voir émaner d’une telle structure. C’est en tout cas les impressions dominantes qui nous gagnent lorsque tonnent les premières notes du titre éponyme et premier morceau de la démo. Le travail des cordes demeure relativement simple en technicité mais dégagent une réelle énergie maléfique. De tradition gallo norvégienne forniquant avec de la suédoise, supportées par un arrière goût mélodique pas gerbant élevant le tout en des sphères plus sombres, elles vrombissent comme un moteur de char d’attaque, pulvérisant nos souvenirs de sonorités plates que l’on percevait sur « In Darkness » ou « Sigillum Diaboli » respectivement sorties en 2000 et 2002. Ce que fait dorénavant la force de la musique d’Eithel Sirion, c’est la lourdeur du rendu auditif que l’on s’inflige à la simple écoute de cette démo. Et cela ne serait rien sans cette rythmique à la fois rapide et écrasante façon marteau-pilon évoluant sur un tapis de cadavre. Sans confirmation aucune, on osera sans doute prétendre la présence d’électronique dans l’air… Boîte à Rythme ou batterie triggée ? Peut importe de savoir ce qui engendre ces claquements métalliques ! Une ambiance d’usine à génocide organisé industriellement se faite ressentir et je n’en demande pas plus. Les vokills se cantonnent à leur rôle traditionnel en manifestant leurs vomissements infâmes chargés de bile haineuse, dans la plus pure tradition d’un Black Metal rageur, indéniablement agressif envers ses auditeurs. Je crois que l’intitulé de la démo et des tracks ont suffisants de sens pour que les plus atrophiés du bulbe puissent se rendre compte qu’il n’est nul fait ici d’apologie de la vie ou d’une quelconque religion : Misanthropie, Guerre, Haine et Nihilisme se partagent copieusement la thématique de la chose en des textes scandés dans leur intégralité en français (hormis sur « Torn »). Et nul doute que Frost n’a pas eu besoin de recourir à je ne sais quel cours de chant « metal » organisé par cette énorme farce universitaire au nom de l’expansion et l’ouverture au monde du BM tolérant et humaniste (suivez mon regard…). Et dire que cette escroquerie pédagogique prétend même enseigner de manière scolaire le « chant punk », le comble ! Y en a qui doivent se retourner dans leur vomi… Mais je m’égare ! Le temps de reprendre une rasade de cette excellente bière lilloise histoire de rester aux couleurs locale et je me replonge dans le merdier ! En parcourant religieusement les cinq tracks de « La Splendeur du Néant », on se rend compte que les seules différences entre les morceaux se manifestent majoritairement dans le tempo et les mélodies construites par le jeu des guitares, aussi aisément assimilables que sombres et malsaines… A noter néanmoins sur le dernier lambeau, « Torn », un changement d’intensité avec passages mid-tempo et une batterie un poil recherchée où les blasts laissent place à un jeu de double plus subtil, de quoi varier quelque chose qui ne l’est pas énormément. De là résident donc à la fois la force et la faiblesse de cette démo. C’est un véritable monolithe de plomb noir, un plat dénué de panache qu’on ne peut mâcher mais qui nous tombe directement dans les couilles une fois avalé. Si ça avait été un album de 45 minutes, cela aurait peut-être posé problème à certaines petites natures aux tympans délicats ou à d’autres amateurs de diversité, mais sur une démo de moins d’une demi heure le tout passe comme un crucifix graissé au beurre de Normandie dans le con de la Sainte Vierge. Après un split et une compil sorties respectivement en 2005 et 2006, on reste en droit d’attendre quelque chose de nouveau de Eithel Sirion. Aucune perte de puissance ne saurait être tolérée sachant maintenant de quoi est capable le groupe avec un tel concentré d’énergie noire en la galette de « La Splendeur du Néant ».
Mickael Weiss
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